Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 13:51

 

IS THAT POP MUSIC ?!?

Label Cristal Records

Distributeur  Harmonia mundi

www.lesonart.com 

www.cristalrecords.com

 LINX-CHEVALIER.jpg

 

Un projet intéressant du guitariste  David Chevallier qui montre un bel  éclectisme puisqu’en quelques années, il s’est intéressé aux madrigaux de Gesualdo, aux ayres  du luthiste de la période élizabethaine John Dowland, montrant que depuis ses débuts avec Denis Charolles, il a su naviguer à travers le temps et les musiques. Equilibriste osant toutes les modifications génétiques, il s’attaque cette fois avec quelques éléments incontournables (et fort doués) de sa compagnie, créée en 2003 (Yves Robert, Christophe Monniot....) au patrimoine de la musique pop. Un disque fraternel en quelque sorte, mais on aura plaisir à retrouver « pareille famille ». Avec tous ces soufflants magnifiques et le drive de Denis Charolles, le guitariste fait sonner l’ensemble.

 Ainsi, on va réécouter quelques pépites de Lennon, Macca, mais aussi de Tears for Fears (« Sowing the Seeds of Love »),  Duran Duran, Sting, U2. C’est David Linx qui donne de la voix dans certains  de ces thèmes très célèbres de la pop music.  Et on ne saurait trouver meilleur interprète, il a  le timbre idéal dans « Come together », le groove inspiré  dans «She said », la délicatesse nécessaire dans ce « Dream brother » tiré du superbe Grace  du malheureux Jeff Buckley.  Ces chansons culte reprennent d’autres couleurs avec les arrangements instrumentaux qui servent de délicat écrin à la voix chaude, bien placée, juste sans emphase. Ce qui ne fait que confirmer que les mélodies étaient formidables... Alors pourquoi se priver d’un aussi beau matériau ? Au cinéma, les « remakes » perdent souvent en intensité mais en musique et en jazz en particulier, on peut, on doit s’attendre à de belles surprises quand on peut partir de quelques cellules, isoler des fragments épars pour les retravailler. Les excellentes notes de pochette du leader précisent avec pertinence  le sens de son engagement et de son travail.  C’est une  vraie « jazz attitude » que laisse entendre ce titre faussement interrogatif « Is That Pop Music ? » :  une recherche transversale, multidisciplinaire qui reprend des « standards », les refaçonne. Au lieu de revoir encore le Great American Song Book et les merveilles de  Tin Pan Alley, on recycle de la pop, du rock. Times are changin’

Pas de problème et aucune ambiguïté, quand on aime jazz, pop, rock, ça fonctionne et avec une telle équipe, on se met à fredonner de bon cœur. Quand la musique est bonne, pourquoi se priver de ces émois ?  

Sophie Chambon

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 22:07

 

Ultrabolic

Distribution France : Musea

 dupont.hubert_jasmin_w.jpg

 

On se souvient encore avec plaisir des rythmes forts du Sawadu du trio du contrebassiste Hubert Dupont. Le voilà de retour avec un album qui fleure le printemps de l’autre côté de la Méditerranée tout en faisant  référence aux révolutions arabes dont on n’a pas vraiment  fini de mesurer les conséquences.

Enregistré en Ile-de-France, en live, à Musiques au Comptoir, à Fontenay-sous-Bois,  lors d’une résidence du groupe,  JASMIM est le dernier projet du leader contrebassiste, à la tête d’un quintet cette fois, toujours dans le cadre de sa structure Ultrabolic. Il en a écrit toutes les compositions et a su s’entourer une fois  encore d’un équipage mixte, parfaitement adapté.  De ce Jasmim international, on saisit toutes les nuances, au cœur des traditions du Moyen Orient, attentif à  la flûte envoûtante de Naïssam Jalal, aux  délicates sinuosités de la  guitare acoustique de Nelson Veras, aux percussions incontournables, acrobatiquement virtuoses de Youssef Hbeisch  qui jongle entre riqq et derbouka. Au sax alto, Denis Guivarch’ n’est pas en reste dans « T-shirt » ou «Faisab », opérant ainsi une « fusion » capiteuse entre traditions et jazz .

 Voilà une musique  de forme rigoureuse qui plonge très vite dans une ambiance planante  jusqu’à une transe doucement contrôlée. Etrange, énigmatique, elle se déploie dans l’espace, vibrant  en expansion, poétique et irrésistible .

On ne peut que souscrire à ce projet idéal, espérer la réunification des rives de la Méditerranée, monde oriental dont la musique complexe emprunte des chemins obliques, toujours lyriques, sinuant  entre le chant de la jeune flûtiste et les pulsations élégantes  de la contrebasse. On embarque, selon les rythmes du cœur, pour cette aventure, humaine avant tout. Et c’est une très grande douceur, une paix évidente qui envahit l’auditeur,  à l’écoute de cet album assez unique. Une révolution  sans violence, perspective des plus  encourageantes de nos jours.

 

Sophie Chambon

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 07:08

 

La jeune scène du jazz hexagonal s'illustre avec deux albums sortis récemment et mettant en scène un guitariste d'une part et un pianiste d'autre part.

Lorsque les enfants de la pop music, s'approprient la liberté du jazz le résultat est carrément convaincant.

A découvrir de toute urgence

 

 

PJ5 : « Word »

Paul Jarret (g), Maxence Ravelomanantsoa (ts), Léo Pellet (tb), Alexandre Perrot (cb), Ariel Tessier (dms) + Stéphane Guilaume (clb, ss), Isabel Sörling (vc), Benjamin Belloir (flgh), Bertrand Luzignant (flgh), Anthony Caillet (euph)

 pj5 word w1

Le jeune quintet récemment primé au Tremplin jazz de la Défense et mené par son leader le guitariste Paul Jarret surprend son monde avec la sortie de ce premier album rempli de promesses, plutôt convaincant dans l'écriture et dans le maniement de ce jazz moderne new-yorkais aussi fluide qu'élégant. Carrément pop (sur un morceau comme Peanuts), on jurerait que quelques grands frères sont passés par là, des gens comme Kneebody ou comme Fly mais aussi une vraie influence de la scène française pop-jazz actuelle.

Il y a assurément beaucoup de talents dans ce groupe mais aussi une très grande concentration, un grand soucis de bien faire qui peu nuire parfois à la spontanéité à l’instar de Ahfields qui revendique clairement cet ancrage Pop-jazz un peu pauvre malgré cette montée en tension qui frôle un peu le cliché l'écriture ( on excusera pour autant les false starts et les petites imperfections de mise en place). En revanche bien plus convaincant lorsqu'il revient à des fondamentaux plus jazz comme sur ce Talk 1 où le saxophoniste peut s'exprimer sur une incise un peu trop courte à mon goût (coït interrompu). Il n'empêche, il domine dans ce groupe une belle énergie et une vraie envie de mouiller la chemise. Et aussi quelques beaux moments d'émotions comme sur Ode, morceau solo et réverbéré assez joli, belle parenthèse enchantée

Il y a des moments intéressants, des tiroirs qui s'ouvrent. Avec cet album du jeune guitariste on est dans l'ambiance d'un jazz très New Yorkais tel que le pratique la jeune génération des post rosenwinkelliens. Il y a des grooves puissants ( Peanuts) qui s'expriment mais avec des procédés d'écriture efficaces certes mais parfois un peu académiques.

Un très beau morceau chanté qui se poursuit de manière superbe sur Far North Suite où l'écriture prend une magnifique envergure orchestrale avec un très beau sax ténor et une partie chantée qui fait littéralement décoller le morceau assurément le plus réussi de l'album. Idem sur Over the lazy dog qui là encore montre des vraies voies intéressantes dans l'écriture très moderne de ce jazz à la dimension quasi cinématographique. On dirait parfois du David Binney dans ses envolées binaires, comme dans ce morceau, Stammer, pas si balbutiant que cela avec un magnifique moment de clarinette basse porté par un Stéphane Guillaume particulièrement inspiré ( comme à son habitude).

Force est de constater que ce groupe tient bien là toutes ses promesses. Enthousiasmant et totalement convaincant

 

 


AMNESIAC QUARTET : «  Tribute to radiohead vol.2 »

 

Sebastien paindestre (cl), Joachim Govin (cb), Fabrice Theuillon (ss), Antoine Pagnaotti (dms)

  Tribute-To-Radiohead-Vol2

Cet album, deuxième volume de l’hommage rendu à Radiohead est avant tout un énorme travail sur les arrangements et sur le son. Très pro dans la réalisation artistique avec pas (ou trop peu) de place laissé au hasard. Tout s'agence au papier millimétré. tout s'organise autour de l'idée pop, autour des nappes électriques mais aussi du rapport à la mélodie plutôt dévolue au saxophoniste Fabrice Thueillon à laquelle s'associe le travail sur les arrangements harmoniques. Il fallait, comme sur le premier opus rester dans l'idée mais s'en détacher aussi. S'écarter du côté un peu wild de Thom Yorke, le chanteur de Radiohead pour aller vers quelque chose de plus soft, de pop lunaire et psychédélique ( comme Exit Music). Le matériau est ici largement emprunté à  « Ok Computer » cet album cultissime enregistré en 1997 et qui marque véritablement l'envol du groupe et un tournant dans la musique pop.

 Si parfois cette musique donne un e le sentiment de tourner sur elle même comme récisémment sur Exit Music celle de Radiohead démarre en douceur pour livrer une progression sensationnelle tout au long du morceau. SP a au contraire privilégié une lecture plus linéaire qui évite d'ailleurs la paraphrase.

La tournure résolument pop détournée sur Climbing up the wall là encore repris de Ok Computer que Paindestre avec talent ne rénove pas, au contraire ancre dans une histoire "Electrique" d'un jazz fusion et d'une pop très 70's avec des sonorités très vintage, là où au contraire Radiohead donnait des sonorités très lunaires un peu futuristes avant de partir dans une sorte d'explosion noisy totalement bluffante. Morceau

d'anthologie qui nous fait dire que Sebastien Paindestre a, c’est le moisn que l’on puisse dire eu un sacré cran pour oser s'y attaquer. Il nous arrive parfois de regretter que Sebastien Paindestre qui s'avère un clavieriste remarquable, ne prenne pas plus souvent le pari du trio compte tenu des sonorités qu'il parvient à créer et qui donnent une lecture très intéressante. Pourquoi ne pas installer plus souvent ce trio fascinant ? Néanmoins une approche plus shorterienne sur Knives out ancre le morceau dans un environnement jazz-fusion qu'il est intéressant de voir accolé à Radiohead. Après, il y a certaines redites. Sur The Tourist par exemple on retrouve les mêmes structures, le même beat et le même tempo (l'original)  avec la même façon de faire tourner en utilisant les mêmes espaces lents avant que tout a coup, le morceau ne connaisse une heureuse évolution en cours de route, hyper bien conçue et réalisée avec un Sébastien Paindestre comme libéré. La force des arrangements est apaisée dans la version de Sebastien Paindestre, donnant à l'œuvre un autre éclairage, plus apaisée mais néanmoins tout aussi fascinante. Le pari était audacieux, le risque de dénaturer aussi et c’est pourtant un vrai tour de force que réalise Paindestre avec un véritable amour pour son sujet au point de lui avoir consacré déjà deux albums sans se trahir lui-même.

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 08:58

Bonsaï Music 2013

Emmanuel Bex, Nico Morelli, Mike Ladd

 morelli.jpg

 

C'est un album rare. Et précieux.

B 2 Bill ce n'est pas 4 mains mais bien 4 claviers qui ne font qu'un seul dans une osmose totale. Bex et Morelli signent en effet tous les 2 (en compagnie de Mike Ladd sur plusieurs titres) l’un des plus modernes et des plus émouvants hommages qui puissent être rendu au pianiste de Painfileds.

L’organiste et le pianiste sont ici en totale fusion, se complétant plus que dialoguant, s’appuyant l’un sur l’autre, créant ensemble un son original à la fois électrique et acoustique. Dans cet hommage brillant et moderne a Bill Evans il fallait parvenir à revisiter ainsi l'œuvre du pianiste en s’affranchissant des codes du jazz modal. Pari risqué d’une écriture et surtout d'arrangements audacieux naviguant sans cesse entre les sonorités de l’orgue et celles du piano. Pari fou , insensé et pourtant totalement renversant.

Comment par ce simple duo de ces deux claviers parvenir à relire Bill Evans en transmettant autant d’émotion ! Cette émotion qui effleure puis qui submerge dans B minor Waltzcomme une longue marche empreinte d'une infinie tristesse. Une tristesse mineure. Tout est réinventé. Tout est relu avec un supplément d'âme. Jusqu'à ce Waltz for debbyadmirable de swing derrière la voix de Mike Ladd et un leitmotiv " Everybody digs me" en référence au légendaire « Everybody digs » du pianiste enregistré en 1958 aux débuts de sa carrière.  Incroyablement fort ! Mais il y a du groove aussi comme dans ce Bill in puglia qui tourne sur autour d'harmonies étranges avec un swing irrésistible et fascinant. Presque hypnotique. On est plus dans l’approche personnelle de Nico Morelli qui s’approprie Bill Evans sur les terres de la pizica. Groove aussi sur Five sur le mode tournerie, avec l'incise de la voix de Mike Ladd, des voicing d'Emmanuel Bex ou même de la voix de Bill Evans en illustration sonore.

Oeuvre iconoclaste, déroutante et jamais monolithique. Il y a par exemple dans ce Bill in Space quelque chose de totalement lunaire. Une sorte de flottement dans un monde onirique, fantasmagorique où la voix ténébreuse de Mike Ladd et les voicing du clavier de Bex pénètrent dans un rêve évoquant le fantôme de Bill Evans. Il faut entendre  ce Bill' Heart à pleurer d’émotion parce que l'on a pas entendu souvent de si bel hommage, de si beaux moments de pure grâce. Ou encore Children's play song très émouvant aussi.

Quelle lecture intelligente.

 

 

 

Et si le plus bel hommage que peuvent rendre des artistes, c’est de s’apprprier l’eouvre avec leur propre âme, sans imiter sans signer, en la revistant  leur façon tout en faisant passer l’amour qu’ils ont pour pour leur sujet, si l’hommage est de parvenir à nous donner l’envie d’y revenir sans cesse, alors effectivement il n’en est pas de plus beaux que celui que Bex et Morelli lui ont aujourd’hui rendu.

Jean-Marc Gelin

 

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 07:40

 

www.antoineherve.com 

Parution le 22 octobre 2013-10-26

Distribué par Harmonia Mundi

Produit par RV Productions

antoine-herve-3.jpg

 

 

Cinq pianistes pour six DVD : voilà le nouveau cadeau du pianiste Antoine Hervé qui paraît sous une forme compactée : des heures de bonheur en perspective  dans un joli petit objet économe en place. Là n’est pas le seul intérêt de ce savoureux coffret, dont chaque nouvel opus complète, éclaire ceux qui l’ont précédé. L’amateur aura ainsi, par exemple, désormais une démonstration convaincante sur le piano jazz  avec les trois volumes fondamentaux  dédiés à Oscar Peterson, Bill Evans et  Thelonius Monk (des pianistes au style très différent qui s’appréciaient au demeurant). Il ne s’agit pas seulement de dresser leur  portrait mais de faire comprendre comment a évolué le jazz sous les doigts de musiciens exceptionnels. 

Le coffret comprend trois rééditions (Oscar Peterson « Le swing et la virtuosité » 2DVDs parus en mai 2012), Keith Jarrett  «  Pianiste sans frontières » Octobre 2012, Dave Brubeck «Les rythmiques du diable » juin 2013.

Une nouveauté  Bill Evans «Turn out the stars»  paru en septembre 2013

Un inédit  Thelonius Monk «Le griot du be bop ».

 

Les deux dernières sessions furent filmées « live » à la collégiale d’Angers devant un public séduit. Comment en pourrait- il être autrement ? La série en tous points remarquable du pianiste de jazz Antoine Hervé sur les grands jazzmen du XXème siècle allie pédagogie, humour et ainsi développe la connaissance de cette musique. A présent unanimement reconnu, ce travail encyclopédique, sur un rythme soutenu, constitue une somme impressionnante qui éveille l’intérêt des amateurs éclairés comme des néophytes, les bonus s’adressant plus particulièrement aux musiciens soucieux d’étudier plus en profondeur certains aspects du style (les recherches harmoniques de Bill Evans ou l’originalité de Thelonius Sphere Monk).

antoine-herve-2.jpg

La représentation du piano  sur l’écran vidéo du piano permet de suivre en direct le jeu alerte du pianiste sur les touches blanches et noires, de voir comment se «fabrique » la musique. Antoine Hervé comme son alter ego et ami Jean-François Zygel dans sa boîte à musique, parviennent à rendre la musique plus accessible, ils  en démocratisent  l’accès ou du moins la connaissance par ses concerts commentés de façon ludique. Antoine Hervé y met tellement de bonne volonté que ça marche à tous les coups. On en arriverait presque à croire qu’il est facile de jouer du jazz. A défaut de devenir musicien(ne), on comprend un peu mieux et en s’amusant, ce qui est assurément non négligeable. Car la leçon de ce cycle de concerts est à la fois cérébrale et sensible. On en sort comme « initié ». « Ludidactique » en un mot, telle est le résultat de cette histoire de séduction et de musique.

 

NB : La Leçon de Jazz tourne d’ailleurs en France et remporte un vif succès dans le off d’Avignon depuis deux ans, où la musique prend de plus en plus de place dans la programmation.

 

Sophie Chambon

 

 

 


Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 21:09

 

Marc Cary ( p, fender), Sameer Gupta: Drums, Tabla; Burniss Earl Travis II, Rashaan Carter: Bass

 marc-cary.jpg

 

Des sonorités électriques lunaires ou acoustiques pour un jazz plus straight, l'univers du pianiste Marc cary est aussi foisonnant que si l'on prenait la synthèse d'un Jason Moran croisé avec un Robert Glasper. Il y a chez l’ancien pianiste d’Abbey Lincoln (à qui il a récemment consacré un magnifique album) un vrai savoir faire de la musique avec des machines à groover un peu iconoclaste. Ainsi un morceau spatial comme Todi Blues qui évoque les meilleures heures du jazz fusion côtoie ainsi un Tanktifedqui s'inscrit plus dans une lignée d'un jazz plus classique mais toujours avec ce sens du groove. Avec Marc Cary on bascule entre une musique électrique tapissant les espaces sonores et un groove acoustique plus lyrique et foisonnant à l’image de cet irrésistible et atomique Boom.

Les progressions harmoniques sont étonnantes. Marc Cary navigue sans cesse entre la linéarité de ces progressions et des lignes de brisures à la limite de la dissonance sans jamais pour autant s'approcher trop près de Monk. Il faut justement écouter Boom pour comprendre les filiations et le rapprochement que l'on pourrait en faire avec un Jason Moran dans l'art de la construction-deconstruction.

Marc Cary propose des idées intéressantes et développe un vrai langage personnel.

Il y a des moments de flottements absolument superbe (Open Baby) où l'on peut juste regretter de ne pas y entendre un drumming plus rond, plus en douceur, la rythmique étant d’une manière générale assez timide et en retrait.

Ce qui n’empêche pas l'album d’être passionnant, toujours inventif, toujours créatif sur les propositions. Celui qui accompagne souvent Meschell Ndegeocello n’est jamais enfermé dans un système. Dans ce Outside my window dans une veine assez classique qui fait penser à jason Moran l'on retrouve la patte des maîtres du piano jazz dans un thème étourdissant de virtuosité et de créativité harmonique et rythmique. idem sur Ready or not.

Que Jana Herzen, la patronne du label Motemma qui avait fait le pari, il y a une 10aine d’année de lancer Gregory Porter alors inconnu, peut dormir tranquille. Il est clair que l’on n’a pas fini d’entendre Marc Cary. Pour notre plus grand bonheur.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

A noter que le pianiste sera au Duc des Lombard avec son Focus Trio le 16 novembre. A ne manquer sous aucun prétexte

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 22:22

 

Cristal Records. Octobre 2013. Sélection de Claude Carrière.

 Tenor-Sax---visuel-300-DPI.jpg

Voilà une collection qui a gagné ses lettres de noblesse au titre de la vulgarisation et de la connaissance du patrimoine du jazz. Le cahier des charges est immuable : présenter dans un seul album, sur une durée moyenne de soixante-dix minutes, une sélection couvrant un thème, un compositeur, un interprète ou un instrument, en retenant les œuvres entrées dans le domaine public (50 ans après leur publication).

Président honoraire de l’Académie du Jazz, grand érudit devant l’éternel, Claude Carrière jette son dévolu cette fois sur le saxophone ténor. A tout seigneur tout honneur, il lève le rideau avec le « père du saxophone »,Coleman Hawkins dans ce qui deviendra un chef d’œuvre absolu, « Body & Soul » gravé le 11 octobre 1939. Le ténor accède au premier rang des instruments et ses princes de l’ère classique se nomment Herschel Evans (chez Basie), Ben Webster (chez Ellington), Lester Young, Chu Berry, Don Byas (dans son « hit » Laura), Flip Phillips, Illinois Jacquet, Arnett Cobb, Lucky Thompson, Dexter Gordon et Wardell Gray(dans un « combat » de haut vol).

 Galerie des légendes du saxophone ténor, cette sélection limitée à dix-huit interprètes propose naturellement les deux géants des années 50-60, à tort présentés comme concurrents, John Coltrane et Sonny Rollins. Viennent compléter cette introduction au ténor, les duettistes Al Cohn et Zoot Sims, Stan Getz (aérien) et deux vétérans toujours en activité, Benny Golson (l’ancien directeur musical des Jazz Messengers) et Wayne Shorter, qui boucle la revue avec un enregistrement de 1960 sur l’une de ses compositions (Tenderfoot) délivrée par un quartet où s’illustre le batteur Art Blakey.

Enrichi d’un livret alerte et documenté et d’informations précises (dates d’enregistrement, compositions des formations), un album à prix attractif, à chaudement recommander et notamment aux néophytes.

Jean-Louis Lemarchand

 

Repost 0
Published by Jean-Louis Lemarchand - dans Chroniques CD
commenter cet article
20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 09:31

Laborie Jazz 2013

Shai Maestro (p), Jorge Roeder (cb), Ziv Ravitz (dms)

www.Shai Maestro. com

www.laboriejazz.com


 shai.jpg

 

La musique de Shai Maestro, jeune pianiste israélien issu de la même école pianistique que Yaron Herman (enseignée par Opher Brayer), semble avec ce deuxième opus perdre un peu de la puissance et de la fraîcheur qui émanait du premier. Un peu comme si elle se cherchait. Et c’est vrai qu’on pourrait le croire à l’ouverture de l’album, à écouter Gal, morceau interminable qui ne dit pas grand chose. Pourtant si on l’écoute attentivement l’entame de cet album est tout bonnement remarquable moins par ce qu’il dit que par cette façon de planter le décor. Où l’on comprend vite qu’il est surtout question d’installer les musiciens, de leur donner leur propre espace de jeu.

Car avec  « The road to Ithaca » il faut entendre l’album comme celui de la maturité où il est moins question d’affirmer son jeu de piano que de mettre en évidence la force d'un trio magnifique dans lequel Ziv ravitz et Jorge Roder sont les éléments essentiels. On pense à la rythmique Ballard/Grenadier par exemple.

Dans cet album Shai Maestro s’impose dans la construction des espaces harmoniques et rythmiques où sa personnalité musicale individuelle importe moins que celle d’un groupe qui se construit autour de lui et qui porte sa propre identité.

La musique y est souvent ténébreuse, sombre et presque romantique à la fois. Jouant dans les graves du piano avec autant de maîtrise que de virtuosité, Shai Maestro va chercher dans de multiples influences. Celles classique de Debussy (The Other Road), celles plus dans le jazz de Jamal (Gal), celles un peu pop (Paradox) et souvent, celles issues de sa propre culture d’Israël (Vertigo). Peu importe le but qu’il se fixe c’est la route qui importe nous dit Shai Maestro en référence à la route d’Ithaca qu’empruntait Ulysse. Et c’est celle-ci qui justifie alors toutes les digressions et les méandres de ce beau voyage.

Techniquement ce power trio est absolument irréprochable et d’une richesse musicale de très haute volée. Plus encore que sur le précédent album, à otre hmble avis. Les renversements harmoniques instillés par Shai Maestro y sont exemplaires et la puissance rythmique qui porte l’album en fait un réel power trio. Ces trois là jouent avec télépathie, porteurs du même projet, capables de donner à la musique une incroyable expressivité. Mais il faut aussi noter la prise de son exceptionnelle réalisée par Rob Griffin véritable 4èmehomme de ce trio ( Pour info Rob Griffin, primé aux Grammys Awards est notamment l’ingénieur du son du quartet de Wayne Shorter) et qui contribue à donner ce formidable son de groupe.

 

Il y a dans cet album de l’espace, de la maîtrise mais aussi parfois de l’émotion. On pense à Meldhau lorsque l’on entend Untold. Mais au-delà de toutes ces références, Shai Maestro montre surtout qu’avec patience et maîtrise, il prend son temps pour bâtir et tracer sa route. Et cette maîtrise-là mérite à elle seule qu’on l’appelle « Maestro ».

Jean-Marc Gelin

 

 

 

PS : mention toute particulière au graphisme de Maggie Taylor qui signe la couverture de l'album ( Garden 2005 et que nous vous invitons à découvrir ici

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 23:11

 

RV poduction – Dist Harmonia Mundi

www.antoineherve.com

 herve.antoine_brubeck_wide_w.jpg

 

Les leçons de piano d’Antoine Hevré sont de véritables petits bijoux d’intelligence et d’érudition ludique. Aucune de ces leçons n’a échappé à ce principe de nous rendre intelligents avec délectation et plaisir.

J’imagine que certains compareront ces leçons de jazz avec les petites leçons de jean-François Zygel. Pourquoi pas. Même amour gourmand à partager comme l’on partagerait entre amis, un gros gâteau dont on connait tous les secrets de fabrication. Comme l’on descendrait dans la cave pour y savourer, entre nous, juste entre nous, l’un de ces millésimes bien cachés que le pianiste accepte de partager avec les néophytes autant qu’avec les amateurs éclairés.

Ces bonnes cuvées vont d’ailleurs se trouver réunies dans un coffret où l’on trouvera notamment Oscar Peterson, Keith Jarret, Bill Evans, Thelonious Monk et, le dernier venu de la liste Dave Brubeck qu’Antoine Hervé a choisi d’intituler «  Dave Brubeck ou les rythmiques du diable ». Sous-tire facétieux et petit clin d’œil à l’un de ses maîtres.

[ Rectifions tout de suite pour ceux qui seraient tentés de briller en société sur ce thème, Take five n’est pas un thème de Dave Brubeck mais de Paul Desmond son magnifique et inégalable compagnon de toujours ( enfin jusqu’à sa mort s’entend…) ].

Moins d’un an après la disparition du pianiste (en décembre 2012 à l’âge de 92 ans), il était logique que dans sa relecture des génies du piano jazz, Antoine Hervé fasse un place toute particulière à celui du pianiste de Concord, Californie. Rien n’est oublié dans cette leçon qui retrace autant la biographie du pianiste que l’analyse critique et musicale de l’œuvre de Brubeck faisant un place toute particulière à la construction rythmique.

C’est Joe Morello, l’un des batteurs les plus exceptionnels de l’histoire du jazz qui a dû manger ses balais et ses baguettes plus d’une fois sur les structures infernales du pianiste. Parce que Brubeck est une sorte de savant fou, testant sans cesse dans son laboratoire de nouvelles formules.

Peut-être parce qu’au départ il aime autant Darius Milhaud, son maître, que Schoenberg et le dodécaphonisme, Dave Brubeck n’est pas du genre à ressasser les AABA des standards du songbook. Alors dans son workshop ( qui deviendra ensuite le  « Jazz brubeck quartet », il s’amuse à mélanger, à essayer, à tenter des choses comme jouer avec les polyrythmies africaines ou mélanger du contrapuntique avec des habaneras cubaines. Et cela donne des tubes planétaires comme le jazz n’en a pas connu beaucoup depuis Guershwin :  Blue Rondo à la Turk, Three to get ready, The Duke etc…..

Il n’en fallait pas tant pour donner à cet esthète du jazz, à ce grand amoureux qu’est Antoine Hervé l’envie et le goût de  nous apprendre avec autant d’intelligence que de passion.

 

 

 

 

Et toujours, derrière ces leçons de jazz, les moments où Antoine Hervé se met derrière le piano comme autant de moments absolument renversants où le pianiste s’inscrit dans la lignée des plus grands et nous offre des moments de piano jazz absolument exceptionnels. Où l’on aurait presque envie de lui demander de faire un simple disque, avec sa rythmique, autour de ces grands thèmes du jazz qu’il connaît par cœur pour en livrer sa propre lecture.

Les leçons de jazz d’Antoine Hervé sont à déguster sans modération, à voir à revoir et à offrir à ses proches. A ceux qui ignorent le jazz comme à ceux qui ne savent pas encore qu’avec Antoine Hervé ils vont peut-être bien finir par l’aimer…. A la folie……

Jean-marc Gelin

 

 

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 22:47

DLM Editions 2013 Denis Levaillant (p), Barre PHillips (cb), Barry Altschul (dms)

 

 denis-levaillant.jpg


C’est presque d’une résurrection dont il s’agit ici. Presque, car le double album de Denis Levaillant n’est pas d’une actualité cuisante s’agissant de la réédition de deux enregistrements, l’un en live de 1989 à l’occasion de Banlieues Bleues et l’autre en studio enregistré à Davout deux ans plus tôt. C’est plutôt de redécouverte heureuse qu’il faudrait parler ici. Car il faut bien avouer que le pianiste Denis Levaillant, aujourd’hui âgé de 61 ans avait quelque peu disparu des radars. Au moins de ceux de la scène du jazz hexagonal. Le pianiste, brillant improvisateur et compositeur a pourtant travaillé avec les plus grands jazzmen français, en passant par Portal, Chautemps, Avenel ou encore Levallet. Musicien éclairé et passionné par la rencontre de la musique avec tous les arts, Denis Levaillant a pas mal travaillé pour le théâtre, notamment avec Alain Françon. Seulement voilà, dans le jazz français des années 2000, on ne l’entendait pas. Et notre cécité était bien fautive.

Avec cette sortie des Passagers du Delta, c’est donc une totale redécouverte de pépites qui auraient pu rester enfouies quelque part au fond d’une armoire qui nous sont offertes. Avec le charme d’une musique qui exhale un parfum certes un peu daté mais toujours incroyablement forte. A l’orée des années 90 où le jazz hésitait entre le revival et se frayer un chemin dans l’après free jazz.  Denis Levaillant était, à l’instar d’une Sophia Domancich, d’une Stylvie Courvoisier ou d’un William Parker, de ceux qui s’emparait de cette musique avec une sérieuse envie de la dépoussiérer, en gardant du free la force de l’énergie, la créativité de l’improvisation mais en l’embarquant sur un terrain de compositions construites et déconstruites avec une science accomplie.

Dans ces deux albums de Denis Levaillant, il y a ses compagnons de route, ces passagers embarqués avec lui et qui constituent ce qu’aujourd’hui on aurait tendance à appeler un « power trio ». Deux passagers et non des moindres, Barre Philipps et Barry Altschul deux musiciens de haut vol issus de la scène free jazz américaine des années 70 et qui ont toujours conservé cette rare maîtrise de l’improvisation et de l’écoute. Mais surtout deux personnalités particulièrement fortes et puissantes qui se connaissent bien pour avoir si souvent joué ensemble ( notamment aux côtés de Paul Bley).

Denis Levaillant leur offre ici un ciment, un trait d’union pour faire lever cette pâte unique, ce matériau d’exception. Et ce sont les compositions et le jeu du pianiste qui viennent ici porter la musique à son meilleur. Le trio qu’il nous donne à entendre est en totalement empathie, composé de trois caractères musicaux jouant dans leur périmètre et se retrouvant par magie dans l'architecture d'ensemble. La musique est intelligente. Elle déstructure les rythmes et les harmonies tout en conservant une version énergique. Un esprit proche de Cecil Taylor, d’Andrew Hill (dans une moindre mesure) ou, plus proche de nous de Matthew Shipp  plane au-dessus de cette musique post free. Même des thèmes en apparence un peu légers et anodins peuvent se trouver intelligemment perturbés comme cette biguine détournée,  just arrived qui paradoxalement conclut la partie enregistrée en studio. Les plages improvisées sont vives, alertes, puissantes, intelligentes mais jamais intellectuelles.  Il faut écouter la passion lyrique d’un Pressing On pour apprécier toute la magie de ces grands trios du jazz engagés dans une sorte de course poursuite exaltante. Ou encore ce free mandela (1 an avant la libération du leader de

l’ANC) où Denis Levaillant, bien avant Andy Emler, utilisait le piano comme une véritable Kora, enchaînant les triolets. Si la musique de Denis Levaillant est rythmique ( Dance from Nowhere, Ryhtmic Training…..), jouant avec les structures, les molestant aussi elle se joue aussi de tous les codes harmoniques ( Rythmic training). Le driver de la musique de Denis Levaillant est surtout de faire de la musique une sorte de matériau sonore malléable à souhait.

La musique de Denis Levaillant est généreuse et ce trio s’en empare avec une certaine gourmandise. On écoute et l’on réécoute ces Passagers du Delta sans se lasser.

Le parti pris de livrer des versions live et en studio en 2 Cd distinct est tout de même un peu lourd et ne méritait peut être pas un double album. Il eut peut être mieux valu proposer pour quelques morceaux, la version live juste après la version studio pour nous permettre d’en apprécier les différents reliefs.

Mais quand on aime, on ne compte pas, et la double version de ce magnifique trio prolonge le plaisir de cette redécouverte, l’amertume de ne pas l’avoir entendu en live et le désir absolu qu’ils poursuivent leur beau voyage.

Jean-marc Gelin


 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj