Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 21:58

 

Enja 2013

Tristan Loriaut (g), Michel Rosciglione (cb), Goeffrey Cormont (dms, perc), Gaêl Horellou (as), Sébastien Llado (tb), Pierre de Bathmann (p), Ari Hoenig (dms) Philippe Tallis & isabelle Robert (vl), Myriam Bis-Cambrelling (viole), Pascal Goignet (vlc)

 

 tristan-copie-1.jpg

Ce n'est pas parce que Tristan est un copain et, by the  way un collaborateur des DNJ que l'on va se priver de dire tout le bien que l'on pense de son premier album paru sous son nom chez le prestigieux label ENJA.  J'en connais d'ailleurs un (ronchon), habitué aux acerbes commentaires critiques  qui ne va pas tarder à nous poster quelques commentaires salés du genre : les DNJ c'est copinage et compagnie ! D'avance bienvenue à tes commentaires que nous accueillerons comme toujours avec bienveillance.

Et maintenant, ces préalables étant posés,passons à la musique.

Moi j'aime cet album de Tristan Loriaut où le jazz sent le frais et véhicule un bel élan d'optimisme joyeux. Y a pas de mal à s'faire du bien, pourrait t-on dire. Et comme le garçon n'est pas du genre à choisir la facilité, il fait appel à un casting de très haut niveau dans le genre de ce qui se fait de mieux (et pourtant jamais réunis tous ensembles).

Après un petite mise en bouche exotique, Loriaut enchaîne avec un bon blues des familles où Gaël Horellou et Sébastien Llado se disputent dans le genre du pas trop gras mais du qui colle bien aux basques ( Bonne arrivée). Petite touche d'exotisme ensuite du côté de l'Afrique avec ces rythmes bien balancés ( Yovo yovo) qui semblent puiser dans les récentes escapades du guitariste dont il nous confiait à son retour combien elles l'avaient marqué sur le plan musical. Car c'est sûrement le fil conducteur de l'album : cette relation à l'Afrique dont Tristan Loriaut a surtout retenu cette propension à la joie de vivre de peu et de tout. Et c'est sûrement de là que lui est venue l'envie d'une musique qui groove, d'une musique qui danse et qui swingue derrière des airs parfois un peu rosenwinkeliens ( on ne se refait pas !). On notera ainsi ce Mawulolo's dance jubilatoire qui invite à la danse joviale et heureuse. Car oui, c'est ça, ce disque rend heureux. Aux antipodes de longues constructions intellectuelles dans lesquelles le jazz se perd parfois, celui-là enchante et donne la pêche à l'instar d'Agbalepedo exotique en diable qui nous promet une belle joyeuseté du mangrove.

Quelques arrangements étonnants donnent  du relief à cet album comme ce très beau Rue Saint Lazareenregistré avec vocalises et cordes sur un tapis de drive orchestré par Ari Hoenig. Audacieux pari que d'insérer ce morceau à la lente nonchalance. Rêverie et déambulation un brin nostalgique. Que l'on retrouve un peu plus tard d'une autre manière et moins réussie sur Upper west side mais sur lequel l'intervention de Tristan, dans un registre plus grave, convainc moins.

On aime en revanche ce groove sur Blues a little whithe chocolate Dragonfly. On dirait du Grant Green dans l'esprit un peu hard bop. Tristan y joue superbement avec un incroyable feeling et un sens de chaque note jouée. Irrésistiblement propulsé par une rythmique d'enfer. Beau moment, vraiment !  On regrette en revanche un Airegin, seul standard joué suir l'album mais qui se trouve un peu jeté là, à la va-vite comme un cheveu sur la soupe et pour tout dire un peu bâclé en 2'54. Le temps néanmoins de démontrer toute la maturité de jeu auquel Tristan Loriaut est arrivé aujourd'hui. dans une maîtrise parfaite de l'improvisation et du son qu'il démontre sur un dernier blues joué en solo sur Don't panic.

Pas un seul moment d'ennui dans cet album que Tristan Loriaut dirige de main de maître laissant l'espace à ses camarades de jeu, laissant la musique exhaler tout le plaisir qu'elle procure. Devrait être obligatoire et remboursé par la sécu !

A faire tourner en boucle sans restriction.

Jean-Marc Gelin

 

Tristan Loriaut sera en trio (avec Geoffrey Cormont et Michel Rosciglione) au SUNSIDE le Jeudi 13 Juin à 21h pour la sortie du disque


 

 

 

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 21:33

Cordes et âmes 2013

Alexandra Grimal (ts), Jozef Dumoulin (p), Nelson Veras (g), Dré Palléamaerts (dms)

 Heliopolis-def-copie-1.jpg

 

Attention, choc absolu !

Album de toute beauté. Une sorte de beauté fluide, flottant avec grâce. D'où certainement le titre de ces morceaux ( Khamsin) qui évoque ce vent de sable dans le désert d'Israël.

La musique est là, dans la retenue de chacun des membres de ce beau quartet qui se laissent ensemble porter par ce flot, tous en retenue et tous en délicatesse. Il y a dans ces jeu à 4, une très grande attention au son. Comme s'il s'agissait d'un mobile fragile sur lequel ils prennent soin de souffler harmonieusement pour que ces motifs se meuvent dans l'espace dans un ordre serein. Car il se dégage de leur jeu une sorte de souffle Zen incroyablement apaisant. Le son d'Alexandra Grimal notamment. Un son rempli d'air, un esprit Lesterien dans une approche moderne. Un son sensuel.

La musique proposée par Alexandra Grimal est ici un moment de pure grâce comme il y en a peu en musique. Un moment où, débarrassée de toute forme de clichés, la musique prime et prend toute sa place, en libère toutes ses essences essentielles. En choisissant dans son quartet de remplacer la contrebasse par une guitare (et quelle guitare, celle de Nelson Veras ), Alexandra Grimal crée une texture musicale particulièrement intéressante. Dire que celle qui joua il y a peu aux côtés de Lee Konitz reste influencée par lui,et donc par ricochet par celle de Tristano est une hypothèse audacieuse. Mais tentons la. Dans la musique d'Alexandra Grimal il y a des moments forts, des pulsations vitales mais jamais exagérées. Des moments d'évasions portés  soit par le souffle de la saxophoniste, soit par les envolées de Jozef Dumoulin que l'on trouve ici au piano acoustique ou par les lignes et arabesques splendides de Nelson Veras.  Et le relief tout en drive fin de Dré Pallemaerts, grand batteur  d'un rare feeling. Les constructions de la musique de Grimal sont parfois complexes, jamais flatteuses pour l'auditeur qui doit aller les chercher et s'ouvrir à cette musique. Une musique qui joue sur les intervalles, sur les atonalités et sur les rythmiques impaires obligeant les musiciens à une concentration extrême entre écriture exigeante et libre improvisations.  Car la musique d'Alexandra Grimal ne se conçoit pas comme une succession de chorus mais comme une savante architecture en mouvement où chacun contribue à l'ensemble dans uns savant équilibre harmonique.  Comme dans ce sublime Suite for now qui nous fait pénétrer dans un monde onirique où tout bouge autour de nous.

Il y a des moments de flottements mais aussi de vrais moments de liberté presque free où Alexandra Grimal va chercher des sons dans le cri et le rugissement. Toujours avec cette même maîtrise qui donne le sentiment que la saxophoniste a une étendue de savoir-jouer exceptionnel. Et puis avant le morceau caché, un sublime Smile qui achève cet album en nous faisant prolonger l'aventure et en nous emmenant très, très loin.

Il y a dans cet album-là  une vraie profondeur qui nous a touché. Sans que l'on sache réellement pourquoi mais avec une conviction profonde d'avoir atteint là à l'essence de la musique de jazz.

Jean-Marc Gelin

Alexandra Grimal sera demain soir en concert au Duc des Lombards à Paris

pour la présentation de cet album exceptionnel.

Concerts à 20h et 22h

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 10:55

Deutsche Grammophon (Universal).

 

Cover-Galliano_Vivaldi.jpg« Je veux garder la personnalité de l'instrument, son histoire. Ce n'est pas parce que je joue avec un orchestre à cordes classique que je vais me mettre en queue-de-pie ! ». C’était il y a près de quinze ans. Richard Galliano se confiait lors de la sortie d’un album en compagnie de l'orchestre des solistes de Toscane.
Depuis, l’accordéoniste n’a cessé de naviguer dans toutes les sphères de la musique, du jazz au classique. Avec la même gourmandise. En signant chez Deutsche Grammofon, l’interprète admirateur de Piazzolla a fait un choix artistique indiscutable. Il renoue avec cette musique qu’il jouait et écoutait dès ses premières années d’exercice sur les rives de la Méditerranée.
 Après avoir abordé Bach et Chopin, avec modestie et respect, Galliano s’attaque au plus populaire du répertoire avec les Quatre Saisons de Vivaldi. Les versions se comptent par centaines dans les bacs et on a même entendu un violoniste serbe à la chevelure en folie ajouter une cinquième saison donnée avec fougue et brio. Galliano ne manque assurément pas de ces deux qualités mais il ne les exhibe pas. Il refuse ce qu’il dénomme « l’accordéonisme », cette volonté –cette velléité- de transformer le roi du bal populaire de la France de nos parents et grand’parents, en instrument royal du type orgue de cathédrale.
Par ses arrangements et son jeu, Richard Galliano met en quelque sorte son Victoria 1963, chef d’oeuvre du facteur italien Castelfidardo, en sourdine. L’important à ses yeux c’est de laisser entendre les mélodies de Vivaldi avec leur puissance émotionnelle et pulsionnelle, sans « en rajouter ». Certains assurément feront la moue devant cette approche révérencielle. D’autres préfèreront le traitement « jazz » dans les années 50 d’Hubert Fol (avec dans la phalange des saxophonistes Jean-Louis Chautemps) qui a fait l’objet d’une réédition dans la précieuse collection Jazz in Paris.
Reste que Richard Galliano, en symbiose avec ces compagnons de la sphère classique- Jean-Marc Apap, alto, Jean-Marc Phillips-Varjabédian, violon, Stéphane Logerot, contrebasse- apporte respiration et rythme à ces Quatre Saisons. Il ne se sert pas de cette œuvre illustre-à la différence de certains « jazzmen » dans le passé avec Bach, chacun pense à un certain pianiste « au collier » ou à un clarinettiste apprécié dans les églises- il lui rend hommage, de manière authentique et sincère. Et il assume ses choix, conscient du risque que « tout le monde lui tombe dessus (sic) ». Cette indépendance ce n’est pas la moindre des qualités-touchantes- de Richard Galliano.

En concert le 22 mai à l’Eglise Saint Eustache (75001) ; Bruxelles le 27 mai ; Joinville le 29 ; Soissons le 30 et Lésigny le 31 mai. .
Jean-Louis Lemarchand

Repost 0
Published by Jean-Louis Lemarchand - dans Chroniques CD
commenter cet article
20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 21:05

 

ECM 2013

Craig Taborn (p), Thomas Morgan (cb), Gérald Cleaver (dms)

 

 craig-taborn-trio-chants.jpg

Marque de fabrique ECM : la qualité du son et la reverb donnée au piano.

C'est toujours, avec le label de Manfreid ERicher une impression d'espaces larges dans le traitement du son. Comme si  les trois membres du trio formaient un triangle et occupaient cet espace en mouvement en se rapprochant ou s'éloignant les uns des autres comme autant de combinaisons possibles. Il y a à la fois une école du piano nordique, faite de silence et de grandes respirations et une école plus américaine plus portée sur les improvisations jouées sur des motifs harmoniques complexes.

La musique ( des compositions de Craig Taborn) relève d'une conception très personnelle du trio jazz où l'on sent toute l'attention que le pianiste a apporté personnellement à chacun de ses camarades de jeu dans l'écriture. De ce fait il parvient à créer une réelle interaction de jeu entre les trois. Où l'on notera tout particulièrement le travail incroyable de musicalité de Gerald Cleaver qui va chercher des reliefs et des ornementations de jeu très subtils. Véritable coeur palpitant.

Le début de l'album fait mouche avec ses trouvailles harmoniques et rythmiques, ce calage de très haute précision qui bouscule un peu. Saints, un des morceau les plus réussi de l'album nous fait entrer dans cette belle machinerie. Craig Taborn fait surgir de véritables pépites au bout de ses doigts. Sa déambulation surprend, nous oblige à une écoute attentionnée pour suivre les méandres de ses improvisations. Idem sur les ostinatos qui ouvrent  Beat the ground et sur lesquels le driving de Gerald Cleaver

impressionne. Gerald Cleaver, toujours lui éblouissant, lyrique et bouillonnant. C'est notamment ce qui impressionne beaucoup : cette rythmique forte derrière le pianiste, doublée par le jeu de main gauche de Craig taborn qui l'ancre dans une profondeur dans laquelle on se laisse attraper. Mais cette musique de chambre prend souvent le travers, au fil de l'album, d'un intimisme qui connaît quelques moments de grandes lenteurs dans lesquels on aime divaguer et s'ennuyer un peu  ( All tru night, cracking heart, silver ghost). C'est une approche parfois très classieuse du piano jazz avec sa part de rêverie et d'errance comme les aime Manfreid Eicher. Mais parfois aussi la machine se met en branle sur des thèmes répétitifs comme sur Speak the name où la tension crée réveille un peu l'intérêt de l'auditeur. Qui saura c'est sûr en découvrir toutes les beautés cachées.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 07:34

 

Nonesuch / Tzadik 2013

Pat Metheny (tout !), Antonio Sanchez (dms)

Sortie le 20 main 2013

 metheny-tap-zorn-2013.jpg

Metheny/John Zorn : les deux hommes se connaissent bien et s'apprécient mutuellement. Et même si l'on imagine que Pat Metheny ne fait pas réellement partie de la cosmologie New-Yorkaise de Zorn, le guitariste du Missouri apprécie le travail de Zorn et le connaît parfaitement. Et cette collaboration inédite donne lieu ici à quelque chose d'assez rare dans le milieu musical : voir le projet sortir sous deux labels, celui de Zorn d'un côté ( Tzadik) et celui qui accueille Metheny de l'autre ( Nonesuch).

Que le guitariste se révèle un superbe interprète du Book of Angel pour en signer la 20ème album n'a rien de réellement surprenant. On sait que Zorn a l'habitude de faire appel aux musiciens les plus inventifs et les plus créatifs popur interpréter le song book de Masada. On a encore en mémoire les interprtéaion données par Medeski Martin and Wood ou encore celles de Joe Lovano dans le volume 12.

Mais qui mieux que Metheny pour en exprimer toute la richesse musicale, puisant à l'acoustique ou à l'électrique et surtout dans un instrumentum foisonnant dans toutes les richesses de textures de cette musique Zornienne décidément bine iconoclaste. Où l'on entend parfois Metheny jouer de la guitare comme une mandoline aux fines ciselures mélodiques ou encore comme instrument de bruitage pour plonger dans le magma des ténèbres. Il faudrait quelques explications sur les conditions de cet enregistrement. Ainsi Hurmiz,morceau presque free enregistré vraisemblablement en une prise dans des conditions qui semblent être celle de home studio ? (où l'on entend le cri d'un enfant à la fin du morceau et un "chuuut" qui ne sont pas partis au mixage) et qui  montre  qu'au delà d'être hyper ( et génialement) arrangé, Metheny sait aussi rester au coeur de l'instant brut. C'est qu'il y a chez le guitariste l'exigenc et le sens de l'artisanat de qualité, un compagnonnage rare. Car dans cet album Metheny fait presque tout avec le même talent d'instrumentiste que celui qui a donné naissance à son orchestrion. Il faut écouter ses chevauchées fantastiques  sur Mastena dans la pure tradition Methenienne faisant vibrer d'une force incroyable la musique de Zorn. C'est fort, intense ! Et quel travail de Antonio Sanchez, dont on ne cesse de dire dans ces colonnes qu'il est décidément l'un des plus grands batteurs de la planète jazz.

Metheny entre dans l'intime, c-a-d dans la compréhension très forte qu'il a de la musique de Zorn et de son potentiel émotif. Et la démonstration qu'il fait ici c'est qu'il est véritablement un génie de l'arrangement et de l'orchestration. Il faut écouter Sarieloù c'est tout son orchestre imaginaire qui se met en branle. Dans ce morceau : des mouvements, des tiroirs qui s'ouvrent, des intentions sucrées et salées, du doux et de l'épicé dans un même mouvement porté par la guitare Methenienne qui brille, qui brille. Exceptionnel !!

Que ceux qui pensent que le Book of Angel se répète inlassablement lèvent le doigt et se dénoncent. Car cet album va les ramener à la réalité d'une magnifique rencontre de deux génies musicaux du jazz et de la musique du XXIème siècle.

Jean-Marc Gelin

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 19:09

 

Emarcy 2013

Cecil Mc Lron (vc), aaron Dhiel (p), Rodney Whitaker (cb), Henri Riley (dms), James Chirillo (bjo, g)

 

 Cecile-McLorin-Salvant--WomanChild.jpg

Cecil Mc Lorin c'est THE Voice. La révélation de cette année ! Pour beaucoup, lorsque l’on nous annonça sa présence lors de la présentation du nouvel Attica Blues d’Archie Shepp à la Villette en septembre 2012, elle était totalement inconnue. Pourtant, en trois phrases la chanteuse parvenait ce soir là à renverser le public de la Grande Halle. Sarah Vaughan semblait avoir investi ce temple du jazz. Et puis il y eu peu après la parution du dernier album de Jacky Terrasson ( « Gouache ») sur lequel la chanteuse accompagnait le pianiste et là encore nous transportait. Il ne lui restait qu’à graver son propre album pour découvrir , au-delà de quelques Youtube pas toujours flatteurs, la vraie personnalité de la chanteuse.

Et la pari est bien au delà du probant, il fait plus que confirmer, il s’inscrit comme l’un des plus bel album de jazz vocal de ces dernières années. Car la chanteuse franco-haitienne qui gagna en 2010 le concours Thélonious Monk dans la catégorie du jazz vocal (ce qui n’est pas peu dire) a cette sorte de voix qui porte tout. Qui emporte tout.

 

Cette voix patiente et gourmande à la fois. Patiente parce qu’elle prend le temps nécéssaire, celui de donner le sens et le son à chaque mot qu’elle prononce avec un le goût de donner à la phrase le feeling. Gourmande parce que Cecil Mc Lorin aime les mots et les mélodies, le blues érotique et la ballade romantique avec la même passion. Et surtout avec la même classe que celle qui animait ses illustres aînées Cecil Mc Lorin peut effectivement tout chanter. Que ce soit des standards, des classiques ou même chanter en Français, exercice pourtant que l’on sait périlleux à faire swinguer ! Son timbre est absolument exceptionnel et lui permet de passer de l'hyper grave à l'aigu avec la même densité. Techniquement la chanteuse est exceptionnelle. Dans sa voix, si parfaitement posée,toutes les modulations possiblesCette voix qu'elle parvient à traîner dans quelques blues un peu trash (comme sur Nobody). Cette voix parfois sage mais aussi d’une sauvagerie (woman child) dont elle joue avec quelques facéties (You bring out the savage in me).

Les grandes chanteuses ressuscitent par la voix de Cecil Mc Lorin. Celle de Sarah,  celle d'Ella ou encore celle d'Abbey. Mais il ne s’agit pas pour autant d’un simple exercice de pure imitation. Car Cecil Mc Lorin parvient à nous convaincre qu’elle a intégré ces voix, se les a approprié au point de s’en faire une deuxième peau. La chanteuse a cette liberté qui émancipe, cette tradition qu'elle parvient à dépasser. Et pour s’en convaincre, ce sens de la réinterprétation comme sur ce What a moonlight can do où elle s'anticipe totalement jusqu’à faire (un peu) oublier Billie.

La chanteuse qui s’est ici entouré d’une équipe de grande classe avec un Aaron Dielh lumineux dans ses interventions au piano signe là un grand album de jazz. Et s’il fallait un titre pour vous en convaincre, laissez vous aller à écouter ce St Louis Gal qui ouvre l’album, éloge de la lenteur, éloge de la moiteur du blues, éloge du feeling.

Jean-Marc Gelin

 

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 15:27

sebtexierLabel Cristal records/ Distributeur harmonia mundi
Sortie 17 avril 2013

On aime le début en fanfare, faussement  joyeux, étrangement répétitif du dernier opus du clarinettiste poly-instrumentiste Sébastien Texier. Les élements se déchaînent dans ce premier thème, le rythme devient haletant.  Qui sont donc ces parasites toxiques? Pas les compagnons de son quintet, tous leaders à leur façon, Bruno Angelini au piano, Alain Vankenhove à la trompette et au bugle, la paire rythmique solide et ardente de Fred Chiffoleau et Guillaume Dommartin ? A moins qu’il ne faille prendre « toxique » au sens d’entêtants, enivrants... Ce sont plutôt la peur, l’insouciance, l’inconscience humaines qui s’avèrent  germes maléfiques. La fragilité humaine oblige à une certaine humilité, la colère militante monte face à l’absurdité du monde avec la dernière composition dédiée aux victimes de Fukushima....  Avec cet épilogue, à l’heure où il faudrait tirer des bilans, on a l’impression d’être au cœur des tensions entre raison et irraisonné, touchant de près à cette « contamination » rampante.
Mais revenons à la musique de Sébastien Texier, auteur des huit compositions de l’album. Quelle façon énergique et touchante de se jeter dans la musique comme dans cet « Are you sure ? » qui assurément l’est, intense, persistant. Sa musique produit son effet, relayée par un piano, fluide, sombre, presque toujours intrépide. On note la circularité des morceaux qui s’enchaînent dans une suite de belle continuité, avec un « Mumble blues » vibrant, qui n’échappe pourtant pas à une dimension hypnotique. On est frappé de cette répétition lancinante de certains thèmes comme dans l’abrupt « Toxic parasites ». Les compositions, plutôt classiques dans leur ensemble, sonnent bien avec ces formidables instrumentistes, la musique évoluant de climats labyrinthiques, créant un vague à l’âme crépusculaire, un spleen intimiste, en ambiances plus engagées et percussives. Dans une alternance de thèmes bienvenue, chacun prend largement sa place, en pleine connivence, dans la douceur veloutée du son, la caresse de la mélodie ou dans des soli plus angoissants, comme dans «l’Insouciance», tout un art de l’inquiétude en sourdine. Ce qui confère au quintet l’allure d’une entreprise collective avec une musique qui, sans être propice à la rêverie, sait jouer des demi-teintes d’une méditation sous surveillance. Ainsi, virevoltants ou mélancoliques, mais toujours lyriques, ces thèmes sobrement beaux  dessinent un patchwork  de préoccupations intimes ou citoyennes à partager chez soi ou en club entre amis. Performance à suivre!
Sophie Chambon

Repost 0
Published by Sophie chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 21:49
 

ACT 2013

 

Céline Bonacina (s), Kevin Reveyrand (b), Hary Ratsimbazafy (dms) Guests : Himiko Paganotti (v), Pascal Shumacher (vib), Mino Cinelu (perc)

 BONACINA.jpeg

Le nouvel album de Céline Bonacina nommé « Open Heart » fait suite à l’album « Way of Life » sortie en 2010 également chez ECM. Entourée toujours du même batteur (Hary Ratsimbazafy, très très bon et polyvalent), elle a été rejoint par Kevin Reveyrand à la basse, ce dernier est notamment compositeur de certains morceaux de cet opus. Des invités sont également présents tels que Himiko Paganotti à la très belles voix, chaude et sensuelle (Il faut aller la voir en concert si elle passe près de chez vous, elle intervient dans la formation de Magma et accompagne Nguyen Le sur sa tournée « Songs for Freedom », en plus de jouer dans le groupe Slug), Pascal Shumacher au vibraphone ou encore Mino Cinelu aux percussions.

 

L’album commence par « Souffle d’un songe », un morceau inspiré par Erik Satie. C’est une entrée très méditative que nous propose Céline Bonacina, toute en douceur avec une utilisation du re-recording judicieuse et bien amenée. Ensuite, « Circle Dance » arrive et là, on rentre dans le vif du sujet avec une rythmique basse/batterie entêtante tout au long du morceau. Le son développé au saxophone baryton dénote une personnalité et une présence nette et ce sentiment ne nous lâchera pas au cours des 12 titres qui composent cet album. Lorsque débute « Wild world », ce côté sauvage retranscrit par cette musique est saisissant. La ligne de basse nous hypnotise et nous emmène dans un voyage qui se termine par une envolée rythmique aux consonances africaines. Les deux morceaux qui suivent sont beaucoup plus calmes. « Bayrum » peut s’écouter comme une comptine pour enfant où, le vibraphone, au son rond, est totalement adapté pour ce type de thème. « So Close So Far » est lui très envoûtant. On se laisse bercer par la voix de Himiko Paganotti accompagnée par un saxophone alto et un vibraphone en résonance permanente. Le final est beaucoup plus entraînant et dansant avec un trio voix - sax alto - vibraphone des plus intéressant. L’introduction au sax baryton du morceau « Watch your step » ne devrait pas vous laisser indifférent. S’ensuit un « Out of Nowhere » très riche en rythmes endiablés avec un final aux consonances free qui se démarque clairement du reste de l’album. Le calme revient avec une ballade saxophone – basse sympathique. « Desert » est riche en mouvement et est vraiment un très beau morceau. La douceur est ce qui a voulu probablement être développée tout au lond du morceau « Open Heart ». L’album se termine par « Snap the Slap », un duo saxophone baryton – voix très groovy ainsi qu’une prise live avec un morceau de Michael Wollny.

 

Finalement, si l’on devrait résumer cet album en quelques mots, rythme et éclectisme seraient les plus représentatifs. Eclectisme, que certains pourront lui reprocher, mais qui dénote une ouverture d’esprit et une volonté de nous faire voyager clairement ressentie tout au long de cet opus. Cette ouverture d’esprit se ressent à travers le mélange des cultures mais également les différents styles de jazz abordés. Rythme car il y a un perpétuel mouvement au sein de chaque morceau qui n’est jamais source de lassitude et de perdition. Les mélodies sont d’une efficacité telle que vous accrocherez rapidement à cet album très recommandable et qui devrait prendre encore plus d’ampleur à travers les prestations live délivrées par ce trio.

Repost 0
Published by Bastien Léger - dans Chroniques CD
commenter cet article
6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 20:37

 

Cristal records 2013

Sébastien Texier ( as,cl) ;  Alain vankenhove (tp), Fréderic Chiffoleau(cb), Bruno Angelini (p), Guillaumme Domartin (dms)

 

sebtexier.jpg 

C’est l’album de la maturité pour Sébastien Texier. Le saxophoniste rompt ici avec une esthétique très poétique qui était un peu sa marque de fabrique ( voir le magnifique album consacré il y a quelques années au facteur Cheval, enregsitré avec Edouard Bineau, « L’Obsessioniste ») mais qui lui donnait aussi une image un peu lisse. Avec sa nouvelle équipe et des compositions ultra-efficaces et magnifiquement écrites, il crée au contraire ici une sorte de sound unit, un groupe ultra homogène fait de personnalités musicales affirmées qui, chacunes, trouvent leur place dans cette mécanique impressionnante. Car Texier affirme ici son caractère. Bien trempé. Une sorte de virilité dans le jeu, à la fois puissant et incroyable de maîtrise, associé à une belle sensualité. Il faut entendre ce Mumble Blues qu’il porte à haut niveau d’incandescence en déchirant le son de sa clarinette comme pour aborder ce thème dans le crade et le poisseux d‘un blues qui colle aux basques. Car derrière le travail compositionnel il y a aussi tout un travail sur le son. Ecoutez Song for Paul Motian, morceau sublime, éthéré et flottant dans une brume sensuelle qui enveloppe ! Quel plus bel hommage à Motian que ce thème ou encore cet autre thème : Le courage ne fait pas toutqui a aussi cette même façon de marier la structure formelle avec la liberté du presque free. Il y a du jazz là-dedans. Du qui puise aux racines. Sébastien Texier entre dans son sujet sans fioritures. Compose admirablement. S’entoure de vrais guerriers à l’âme sensible. Il y a par ailleurs de belles envolées hard bop sur lesquelles le saxophoniste fait montre d’une belle agilité et prouve, qu’à bon escient, mais à bon escient seulement, il sait emballer le tempo.

Au fil d’un album complet et cohérent Sébastien Texier impose un groupe et un collectif. Au fil de cet album on découvre plusieurs facettes de son jeu, plusieurs inspirations et des climats différents. Sébastien Texier est pluriel et son talent fait de lui un  saxophoniste aussi prolixe que tendre, aussi viril que sensuel. Au fil de cet album Sébastien Texier s’impose petit à petit non seulement comme un saxophoniste de grand talent mais aussi comme un vrai leader d’un groupe épatant.

Jean-Marc Gelin

 

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 14:15

Remi-CHARMASSON-quintet--The-Wind-cries-Jimi.jpgAjmi series

Voilà un  titre astucieux et poétique pour un hommage au génial gaucher de Seattle. On pouvait néanmoins avoir quelque inquiétude à l'idée d'entendre une nouvelle  version des tubes hendrixiens, plus ou moins remaniés. C'est compter sans le talent du guitariste Rémi Charmasson qui a attendu  longtemps avant de créer un projet personnel, en quintet, à  partir de l'univers si créatif du guitariste.
C'est " Little wing " qui commence l'album, l'une des ballades lyriques en diable de Jimi Hendrix,  portrait fantasmé d'une jeune femme, plutôt  éthérée. Après la longue introduction au piano de Perrine Mansuy vraiment troublante, Laure Donnat continue à nous désorienter, en étirant les mots très sensuellement et ce n'est qu'ensuite que l'accompagnement " classique " guitare-basse-batterie joue vraiment la mélodie, le nerf rythmique du quintet étant merveilleusement assuré par le (contre)bassiste Bernard Santacruz et le jeune batteur Bruno Bertrand.
En effet le parti pris de l'album n'est pas de rivaliser en riffs de guitare saturée, en  distorsions déchaînées, en effets de la wah wah dont Hendrix tira des sons insoupçonnés des créateurs même ou premiers utilisateurs que furent Cream et Zappa . Il est certain qu'on  ne pourra jamais  ressentir l'onde de choc déclenchée par  les strates d'électricité du jeu tourbillonnant d'Hendrix. Mais Rémi Charmasson  connaît tout ou presque de son instrument. Donc, il ne voulait pas trop la jouer " guitar hero " sauf sur quelques moments judicieusement choisis (on peut tout de même se faire  plaisir)  comme sur " Voodoo Chile ", ou " Wait until tomorrow ", qu'Hendrix considérait  bizarrement comme une chanson commerciale ! Nul doute que Charmasson sait faire chanter ses guitares.
Pour le reste, il fait confiance aux femmes du groupe, la pianiste Perrine Mansuy à l'univers singulier et la chanteuse Laure Donnat (on se souvient de son dernier projet sur Billie Holiday) pour rehausser ses arrangements  du répertoire hendrixien. Certaines versions se rapprochent de l'original  comme le délicieux " The wind cries Mary " qui finit pourtant dans un crescendo de " Hey Jude ",  single de McCartney sorti en 68. Ce qui souligne un aspect intéressant des compositions qui tirent sur le versant pop. Le répertoire choisi par Rémi Charmasson permet en effet de couvrir plusieurs aspects de la personnalité d'Hendrix et de saisir l'évolution d'une carrière courte, mouvementée, incandescente. Ainsi " Burning of the Midnight Lamp " a un statut particulier dans la discographie hendrixienne, puisque ce single de 1967 " illustre l'évolution musicale d'Hendrix, en six mois d' Are you experienced ? à  Axis : Bold as Love, avec une orchestration chargée, clavecin, chœurs et guitare jouée comme une mandoline ", nous rappelle l'un des spécialistes les plus sérieux du sujet,  Régis Canselier, dans Jimi HENDRIX, le rêve inachevé, remarquable  travail aux éditions du Mot et du Reste. Dans "One Rainy Wish", de  Axis : Bold as Love, Hendrix a conçu ses parties de guitare (Fender Stratocaster et Octavia) plus comme un compositeur que comme un simple guitariste. Hendrix se livrant à des séances d'improvisation épiques, à des tentatives constantes d'exploration, voilà pourquoi, sans doute, plus de quarante ans après sa mort, il nous bouleverse encore.


The Wind cries Jimi n'est  donc pas un tribut à l'intention des fans, des collectionneurs, des amateurs perdus devant la profusion d'albums qui ressortent. C'est le "Labour of Love  de quelqu'un qui a grandi avec Jimi Hendrix, qui s'est nourri de l'époque et de sa formidable richesse, et qui tente joliment ses propres variations avec une autre instrumentation et des musiciennes. De  "Them Changes", l'une des compositions les plus célèbres de Buddy Miles dans le  dernier groupe  Band of Gypsies, avec des improvisations du batteur d'inspiration soul, voire gospel et un solo funky d'Hendrix, la version du quintet en fait autre chose d'absolument  moderne et de très différent. De l'intérêt des variations autour de " standards " qui constitue l'esprit même du jazz, se réapproprier et adapter des mélodies et compositions aimées sans en faire des " remakes ". Le final  "People get ready  n'est pas d' Hendrix mais de Curtis Mayfield, très engagé à l'époque dans les luttes raciales. Sans que cela ne soit trop décalé, ce choix éclaire la vision plurielle du quintet.

Sophie Chambon

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj