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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 20:52


charmasson.r-jaume.a-gress-d-rainey.t_flybabyfly_w.jpgAjmiseries
www.allumesdujazz.com
www.jazzalajmi.com
Distribution Abalone Socadisc

Voilà un disque qui a pris son temps avant de paraître. En 2004, un quartet franco-américain se retrouve à l’AJMI (Avignon). Le guitariste Rémy Charmasson est le lien avec le duo américain Gress /Rainey, bien que jamais le saxophoniste André Jaume ne soit en reste, toujours prêt à se lancer dans de nouvelles aventures. Ce souffleur« branché free » de son propre aveu est un musicien de jazzs avec un « s ».
Voilà un groupe improvisé, un projet de rencontre particulièrement convaincant qui fait œuvre collective,  dans un partage à deux, trois, quatre, l’entente inconsciente, étant la condition première de toute création improvisée.
Compromis entre écriture et improvisation, cet album élégant se prête à l’exercice de formes ouvertes, rythmiquement complexes qui restent heureusement immédiates, « organiques » comme le suggérait lors de l’enregistrement le batteur Tom Rainey : écoutez donc le formidable « Rock me » de Charmasson au riff inoubliable et toxique. Une musique qui évolue de climats labyrinthiques en ambiances plus engagées et percussives avec le duo rythmique superlatif de Drew Gress et Tom Rainey, cœur d’un quartet des plus toniques qui manie l’audace dans ces rythmes volontairement fragmentés « Oubliés ».
Une formation qui joue d’évidence ses propres compositions mais sans exclusive puisque, parmi les belles pièces de cet album, se trouve le morceau inaugural « Fuchsia Norval » du saxophoniste Frank Lowe (de la Great Black Music), le « White Horses » toujours inspirant de l’ami contrebassiste Bernard Santacruz, un superbe « Cassavetes » du guitariste un peu oublié aujourd’hui, Gérard Marais.
   
La cohérence dans le jeu est telle qu’il semble difficile de reconnaître l’auteur de certains thèmes d’autant que tous les intermèdes sont des créations collectives à 2 ou 3, prédelles d’exposition, à la manière d’Alechinsky qui brodent et bordent le centre dur de la représentation.
Aucune règle ne détermine ce qui se produit là, si ce n’est une complicité intelligente alliée au travail le plus rigoureux. Ces quatre-là savent s’écouter, se chercher, se trouver par mini-solos interposés, échanger questions-réponses, dialoguer dans une virtuosité réjouissante, avec le goût de la mélodie au besoin déconstruite. Peut-être pourrait-on avancer que la brillance, l’extravagance sont la marque du guitariste qui ne tombe pas dans le piège attendu du lyrisme alors qu’ il en a toutes les possibilités, les compositions plus lentes, mélancoliques telles ce « Fumaccia » du fait d’un souffleur, capable d’une douceur extrême du jazz de chambre à la Giuffre.
Un album que l’on aime pour ce qu’il éveille dans notre imaginaire, à la recherche d’élans lumineux et d’horizons éclatés, dans un chatoyant travail de textures : clarté  et élégance de la mise en place, agencement finaud de petites pièces, pas si faciles et de compositions plus élaborées.
 Exigeant sans être jamais déroutant, pénétrant enfin, pour peu que l’on se laisse happer par ce lyrisme étrangement sinueux.

Ce bel objet au graphisme de Gianfranco Pointillo, designer fidèle aux Ajmiseries,  a vu le jour en 2013 : Jean Paul Ricard  raconte comment cet enregistrement a pu enfin paraître, traduisant une « forme de résistance à une sorte de fatalité  dans une période qui s’inquiète peu de reconnaître à sa juste valeur ce type d’expérience dès lors qu’elle n’est pas le fait de personnalités plus ou moins starifiées par les medias dont la seule préoccupation consiste à amplifier des événements qui font déjà l’unanimité d’un anonyme grand public ».
Le public aime reconnaître plus que connaître.

Si Frank Sinatra nous exhortait de sa voix de velours à le suivre dans son  « Come fly with me », le jazz étant, de surcroît, né à l’époque où se réalisait le rêve de voler, n’hésitez pas vous embarquer dans cette rutilante machine et…bon vent de toute façon !

Sophie Chambon

 

 

 

Souvenir d’un enregistrement  longtemps retardé

Work in progress de FLY BABY  FLY  printemps 2004
Chronologie de l’opération
La création s’est échelonnée sur une semaine .
•    Vendredi 5 et samedi 6 mars : Répétitions dans le but d’établir un programme, d’essayer différentes combinaisons en se faisant plaisir.
•    Dimanche 7 mars :  Départ pour l’Hérault  et concert- test à L’archipel au Lauret .
•    Lundi 8 mars et mardi 9 mars : Enregistrement au studio Lakanal de Montpellier sous la vigilance de Boris Darley, dans le studio sans piano qui correspond parfaitement à la structure de cette formation.  Départ de  Drew Gress  pour Séville où il jouait le soir suivant
•    Mercredi 10 mars : Relâche
•    Jeudi 11 Mars : Attente du retour mouvementé du contrebassiste ( son vol fut retardé à Madrid à cause des événements tragiques d’Atocha ).   21 heures : Concert à l’Ajmi comme prévu  .
•    Vendredi 12 et Samedi 13 mars :  Masterclasse  sur le rythme donnée par les musiciens, encore une occasion de jouer certaines compositions.  Perrine Mansuy se joint au groupe ravie d’être entourée par une rythmique de choc.
Vendredi 5 mars : Premier jour des répétitions
10 heures : Les Américains, toujours très ponctuels,  attendent devant l’ Hôtel de l’Horloge (sur la place du même nom, à cinq minutes du Palais des Papes qu’on vienne les chercher pour les conduire à l’Ajmi. Arrivée à « l’atelier », le travail va pouvoir commencer .
Rémi Charmasson propose des titres, Drew  Gress et Tom Rainey suivent les indications, le quartet commence à jouer.
 Rock me (babe) composition plutôt funk à la James Brown : tout de suite  le ton est donné, on est dans l’ambiance.  Indications sur la dernière phrase qu’il s’agit de faire tourner .
Souvent les échanges, interrogations, reprises concernent la façon de sortir du thème, proposent des solutions pour éviter une succession de solos, ou la répétition trop systématique de certaines phrases. C’est que visiblement les musiciens prennent du plaisir à jouer et veulent transmettre ces sensations.
 Tom propose de partir de façon totalement improvisée pour construire peu à peu l’édifice. Au lieu de se constituer un ordre des solos, il s’agirait de les rendre collectifs au contraire. Il devient vite évident que le batteur s’interroge tout particulièrement sur l’architecture des morceaux, tente en permanence de rendre plus vivante les structures .
André Jaume propose ensuite  Pour Buddy  (Collette),  autre souffleur avec lequel il joua et qui fut, pour l’anecdote, le premier musicien noir californien à jouer pour la télé :  c’est une autre esthétique, un thème plus classique  qui entraînera une discussion sur la structure des thèmes AABA de 32 mesures. Les musiciens s’interrompent, marquent au crayon quelques indications, sur les  mesures…
11h 30  A la pause, Drew Gress qui parle un français très correct feuillette le dernier exemplaire des Allumés du jazz , André Jaume sirote son café, content de la tournure des événements et de la belle vitalité de l’ensemble alors que Tom et Rémi continuent à s’entraîner sur une phrase, un accord.
On reprend ce thème plusieurs fois jusqu’au déjeuner.
12h30 Déjeuner au Grand Café qui fait partie de La Manutention : c’est la « cantine » de l’Ajmi, de très bonne qualité . Echanges  sur des souvenirs de concerts, anecdotes de la vie de musiciens, évocation de Claude Nougaro qui vient de tirer sa révérence.
14h00 Reprise avec un morceau de Frank Lowe Fushsia Norval qui « se veut étrange mais tourne bien  » . Certains  suggèrent à Tom d‘être encore plus libre,  puisque Drew et André tiennent la cadence.  Tom  toujours phlegmatique  assure sa volonté de jouer «  organic ». Ah les subtilités de la traduction. « Play it organic » est une expression essentielle en américain qui pourrait se traduire……. En tous les cas, rien à voir avec « fonctionnel ».
La partition sert à proposer, à rassembler mais tout reste ouvert à ces improvisateurs. Il n’y a jamais de version définitive. La plupart des reprises, en début d’après midi,  se feront sur tempo plus rapide. Mais le travail important est la mise en espace . Les Américains se coulent tout de suite dans les compositions et ne font des suggestions qu’à la fin de chaque pièce. C’est dire que l’interaction est rapide, pertinente.
15H 00 Un troisième thème plus free de Rémi  Charmasson Sans Histoire introduit une discussion sur la coda.
 Puis les musiciens enchaînent avec :
Valse habile (à BILL) d’André Jaume : le thème joué à la flûte induit encore un changement de rythme,de style, le A  étant plus long (16 mesures) le pont ne constituant qu’un interlude de 8 mesures…la discussion s’engage encore sur la façon de finir le morceau, retourner sur le si bémol….
 Partir au loin :  André Jaume assure que sa composition  ne sera pas retenue nécessairement, mais qu’il aimerait l’entendre avec ce quartet,  « il n’y a personne pour jouer ça en Corse… » Repris finalement dans une version plus rapide,  il conclut,  ravi : « ça sonne comme je veux ! » on a ainsi ce son chaleureux, ample, charnel.
16H 30 : Pour finir Oubliés, un hommage à Django splendide joué sur un tempo rapide .
17H30 Fin de la première journée. Les musiciens s’estiment satisfaits du travail réalisé.
Avec de tels professionnels, le travail semble  facile, tant cela se passe bien , sereinement et efficacement. Les thèmes entendus laissent présager que le disque qui n’a pas encore de titre sera un petit bijou .


Samedi 6 mars : Dernier jour des répétitions

Poursuite des répétitions sur le même rythme et choix des morceaux pour le concert du lendemain au Lauret. On prendra un autre thème de Frank Lowe (Gepetto) et Cassavetes de Gérard Marais . Discussion sur les films et aussi sur la série de Johnny Staccato qui vit débuter le réalisateur alors acteur, série culte dont la  musique était signée Elmer Bernstein.

Laissons au guitariste Rémi Charmasson le soin de finir l’article en nous donnant son « bilan » de l’opération :


CODA :
« Les morceaux joués en concert le dimanche soir ont été retenus pour l'enregistrement...
La première prise en studio chez Boris Darley  au Studio Lakanal s'est faite le lundi à 11h....
Le même jour à 18h, 80% du futur cd était dans "la boîte".
Le lendemain, 3 nouvelles versions de 3 titres étaient enregistrées pour finir la séance à 15h...
André a joué fabuleusement bien pendant cette aventure. Il est incontestablement un des meilleurs improvisateurs de sa génération avec un son et un jeu de ténor inimitable ...et Boris a une fois de plus prouvé qu'il est un des meilleurs ingénieurs du son de la planète... 
16h  Batterie et guitare chargées dans mon break, Boris sur le trottoir nous salue et nous réaffirme admiratif, qu'il n'a jamais vécu une séance aussi rapide et efficace. »

Les titres:

`

Fushia Norval ( Franck Lowe).


Sans histoire ( Rémi Charmasson)


Cassavetes ( Gérard Marais)


Oubliés ( Rémi Charmasson)


Rock me ( Rémi Charmasson)


White horses (Bernard Santacruz)


Gepetto( Franck Lowe).


Valse habile (André Jaume)

Pour Buddy n'est pas retenu pour des questions de cohérence ...
Entre les titres ont été prévus de courtes saynètes, une dizaine d’impros, des duos très courts, créent les enchaînements , les transitions 
Le titre du cd n'est pas encore arrêté, mais l’album devrait sortir dans moins d'un an.
Le quartet  tournera  en France et en Europe en mai 2005.
Qu’on se le dise !




A J M I ( Association pour le Jazz et la Musique Improvisée.)
La manutention 4, rue escaliers Sainte-Anne
84000 Avignon (France).

Email: info@jazzalajmi.com  Website: www.jazzalajmi.com



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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 08:06

 

Hative 2013

Michel Marre (tp, fch), Alain Jean-Marie (p), Yves Torchinsky (cb), Simon Goubert (dms)

 

 marre.jpg

 

Michel Marre, comme tous ceux qui sont venus à la trompette à force d’écoute des plus belles pages du bop et du hard bop, a un amour profond pour Clifford Brown. Rares sont les musiciens en effet qui ont pu, à ce point marquer l’histoire de leur instrument. Et pourtant Clifford Brown disparu tragiquement à l’âge de 26 ans dans un accident de voiture avec d’autres de ses copains musiciens est véritablement un des grands héros du jazz des années 60. Je tiens pour ma part les albums de Clifford comme les plus importants de l’hsitoire du jazz, et Clifford comme le plus grand trompettiste de tous les temps à l’instar d’un Fats Navarro, d’un Lee Morgan ou d’un Freddie Hubbard. Mais je l’avoue la liste est très longue…..

Comme un retour aux sources, Michel Marre, routier du jazz qui a bourlingué entre autre avec Mal Waldron, Sam Rivers ou encore Archie Shepp revient à Brownie et à son plaisir de jouer de bons vieux standards. Sans pour autant donner dans l’imitation. Juste un moyen d’exprimer par cet album et en compagnie d’une rythmique qui connaît bien cette affaire-là, tout ce qu’il doit à l’un de ses maîtres. Et d’ailleurs c’est au buggle que Michel Marre s’exprime le plus souvent, instrument pourtant loin d’être le medium favori de Clifford Brown. Avec de beaux arrangements ( magnifique ouverture sur Round Midnight), Michel Marre y montre ce que les trompettistes expriment souvent ( curieusement pas forcément le trait dominant chez Brown), son amour de la mélodie et du chant. En vrai chanteur de l’instrument.

Les  4 vieux briscards rivalisent de jeu subtil et émouvant avec un art consommé du savoir-faire. Alain Jean-Marie comme toujours merveilleux accompagnateur, enlumineur de tous les motifs. Yves Torchinsky en soutient de la ligne mélodie et de la pulse. Simon Goubert qui fait passer des frissons dans la musique à force de drive fin et de frémissements de peaux.

Forcément dans le choix des thèmes le sublime hommage de Benny Golson ( I remember Clifford), un thème magnifique de Michel Marre ( Espera) et quelques bons vieux standards ( We’ll be together again, Body and Soul, Baby don’t you please come home, caresless love). Au milieu de l’album quelques petites incises de pure impro qui s’insèrent malicieusement, juste pour prolonger le plaisir que ces quatre-là ont à jouer ensemble.

Et au final un album plutôt réussi entre émotion, swing et retenue. D’une certaine manière ce quartet parle d’amour. Et sans révolutionner le genre, nous murmure à l’oreille de fort jolies choses. De quoi baisser un peu les lumières et se laisser glisser au doux pays du jazz.

Jean-marc Gelin

 

 

 

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 19:30

Oboman-Ithursarry.pngAdlib production 52è Rue Est

www.moduledistribution.com

www.jeanlucfillon.com

Avec l’ alliance du hautbois et du « piano à vent », Jean Luc « Oboman » Fillon continue à jouer -et son parcours nous le prouve- avec l’originalité de cet instrument, hors contexte classique, privilégiant les particularismes musicaux, toujours à la recherche d’un son, d’un phrasé personnels. Musicien audacieux, il ose se frayer un chemin au cœur de tous les possibles, attiré par l’aventure. Et chaque album en est une nouvelle preuve, multipliant les rencontres, les essais, les recherches. Pour l’élégance du jeu, l’équilibre des voix, la couleur et la subtilité de l’anche double. Oboréades réunit cette fois Jean Luc Fillon à l’accordéoniste  Didier Ithursarry . Oboréades, dans la mythologie est lefils de Borée (vent du Nord) avec Erythie qui souffle du sud, et il peut à loisir se transformer de simple brise fraîche en tornade.

Dans cet album, la combinaison de deux timbres originaux et particulièrement inusités en jazz ne nous surprendra pas, mais il ne s’agit pas de world music, avec effets exotiques. Cultiver l’originalité en soi n’a rien de remarquable, beaucoup de musiciens du classique et du contemporain ont tenté de sortir de leur territoires drastiquement délimités  mais quand cette recherche se réalise dans un contexte adapté et insolite, après une véritable réflexion musicale, on atteint l’exception et le résultat tout à fait époustouflant confirme une intelligence musicale hors norme. Ça groove grave entre eux deux qui savent intégrer de multiples influences en un entrelacs harmonique subtil.

Dès le premier morceau « Les lavandières », nous en avons la preuve : l’album démarre sur un formidable unisson accordéon /hautbois, une petite prouesse technique. Dans « Sconclusione » au cor anglais, plus sombre et moelleux, Jean Luc Fillon se jette avec le soutien de l’accordéoniste en contrepoint, qui commente et pimente leur dialogue. Le « Chat pacha » tout en allitération, au tempo rapide, tourbillonne avant que « Frecciarossa » ne réveille subtilement quelques effluves de chansons napolitaines. Sur « Double Scotch », toujours enlevé, composition de Hermeto Pascoale, le hautbois se pête à une montée « en broderie » raffinée, brillante tout simplement. Et quant au traitement du tube « Bebe » de l’incroyable Hermeto Pascoal au « look d’albinos barbu et chevelu », le hautboïste arrive à jouer, toujours aussi rapide et leste sur des rythmes différenciés. Ainsi cette promenade qu’il nous offre est-elle pleine d’imprévus. On ne sait jamais où ces deux là nous entraînent mais on se laisse embarquer bien volontiers, confiants. Quand le talent est là…

Sophie Chambon  

 

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 19:23


choros-do-brazil---oboman-aquarela.jpgJean Luc Oboman  Fillon/ Edu Miranda/ Tuniko Goulart
Buda musique/ Soca disc


Jean Luc Fillon continue à exploiter le filon des particularismes musicaux et à braconner sur les terres de l’improvisation en adaptant cette fois le répertoire  très particulier des choros du Brésil, à savoir l’une des premières formes musicales qui présente quelques parallèles avec le jazz, puisqu’il s’inspire d’une danse afro-brésilienne ancienne, le lundu. Au début du XXème siècle, le choro se trouva en relation étroite avec d’autres styles voisins nord américains, ragtime et dixieland. D‘où l’adjonction de trombones, saxophones, percussions.... les ensembles de choros étant donc à géométrie variable.
A la rencontre de deux styles musicaux, la musique classique romantique qu’il a pratiqué à un très haut niveau et le jazz qui l’a séduit pour sa liberté, son rapport au rythme, Jean Luc Fillon est avant tout intéressé par la recherche d’un son et d’un phrasé très personnels. Il peut les développer dans la forme du choro, dont la cellule de base, le « terno », s’articulant autour de bois et de cordes, a une métrique à deux temps en forme de rondo, marquée de syncopes et de modulations harmoniques caractéristiques. Le hautbois se glisse donc ici à la place de la flûte, et reprend le rôle d’instrument mélodique avec la mandoline brésilienne ( le bandolim), la guitare ayant un rôle harmonique et rythmique.
Les choros, de tradition orale à l’origine, se retrouvent au cœur de musiques populaires beaucoup plus connues comme la samba ou la bossa nova. La danse n’est jamais très loin, en dépit de l’étymologie (« chorar » signifie « pleurer ») : les choros sont plutôt conçus sur un rythme joyeux et enlevé qui a ses origines dans la valse, la polka, certaines danses européennes... Le métissage n’est donc pas un mot galvaudé.
Dans cet album en trio, notre Oboman s’entoure de nouveaux complices, brésiliens cette fois-ci donc : le guitariste Tuniko Goulart et le mandoliniste  Edu Miranda. Le répertoire d’Aquarela, sorti chez Buda Musique, parcourt entre autres des compositions de Vinicius de Moraes, de Pixinguinha et d’Hermeto Pascoal. Il n’est pas étonnant que l’univers décalé et joyeux de ce poly-instrumentiste fou, vraiment inclassable, ait attiré notre hautboïste. Brésilien attaché au folklore de son pays, Pascoal introduisit dans des mélodies superbes tous les ingrédients de l’époque : fusion, free, avec indéniablement ce sens du rythme et des couleurs propres à la musique sud-américaine.
 Jean Luc Fillon nous fait voyager dans un même morceau entre les musiques ethniques, les folklores de nos provinces (Poitou, Catalogne) ou d’Italie (Sardaigne, Piémont) mais aussi  le jazz free ou le contemporain le plus XXème, reliés par des transitions  qui nous paraissent naturelles alors qu’elles sont du domaine de la performance. C’est formidablement festif sur le  « Chorinho pra ele » que nous avons tous en mémoire sans toujours savoir que c’est du Pascoal. Dans certains titres comme « Doce de Coco », ou « Carinhoso », le jazz apparaît très finement, avec un délicieux parfum de nostalgie : d’un coup, Oboman joue et swingue d’évidence. Notons enfin une rapidité vertigineuse, une virtuosité dans les sinuosités et  les volutes, particulièrement dans les unissons, parfaits, avec la mandoline. Jean Luc Fillon a déjà  pratiqué avec bonheur dans son CD précédent « Oboréades », le même procédé avec l’accordéon. Sa maîtrise instrumentale se révèle à ce moment là singulière. La synchronisation du rythme, de la justesse et du phrasé est parfaite, note à note, dans un style d’improvisation débridée. Un travail  de réglage impressionnant.
Un Cd à écouter rapidement.
 

 

Sophie Chambon


Choros do Brazil a été sélectionné « CD de la semaine » par FIP.

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 07:53

 

Abalone 2013

Franck Vaillant ( dms, perc), Pierre de Bethmann (p, fder), Bruno Chevillon ( cb)

 coverthisisatrio.jpg

 

Attention grosse secousse dans le petit monde du jazz hexagonal. Accrochez vous bien aux fauteuils : le batteur de Benzine, l’un des acteurs les plus créatifs du moment a décidé de bousculer de landernau et de secouer quelques unes de nos bonnes vieilles habitudes !

Car, avec cet album-choc, Franck Vaillant à l’instar d’un Bad Plus à la française (modèle assez évident) renverse ici la table et les conventions du trio piano-basse-batterie. D’emblée, dès l’écoute du premier morceau, on sait que l’on a devant nous un vrai album de batteur. Où la pulse s’installe comme LE centre de gravité. Comme Dave King, le batteur de Bad Plus, Franck Vaillant propose d’installer la batterie comme le vrai leader du trio. Et il faut alors un batteur exceptionnel et une inventivité rythmique hallucinante pour repousser la place de la mélodie ou de l’harmonie traditionnellement dévolue au piano au profit d’un discours où tous les reliefs viennent de la batterie. On pourrait craindre la démonstration à écouter Franck Vaillant passer constamment devant. Et pourtant le batteur de Benzine parvient généralement à éviter cet ecueil avec un jeu où le jazz et le rock ne se sont jamais aussi bien mêlés dans une sorte de jazz-garage pourrait t-on dire.

Car il faut aussi deux partenaires de jeu très intelligents pour comprendre cet agencement, cette nouvelle forme du trio. Où l’on découvre un Pierre de Bethmann dans un registre que l’on ne lui connaissait pas, plus engagé, plus agressif ( dans le bon sens du terme), tout en ménageant de superbes nuances. Le trio dans un exercice d’équilibriste instable absolument fascinant.

Et i y a aussi cette rencontre rarissime entre le pianiste et le contrebassiste Bruno Chevillon, totalement inattendue. Car, puisque la batterie se charge comme un vrai soliste de l’exposé des motifs, que le clavier installe les trames, il revient entièrement à Chevillon de poser la pulse ( écouter des thèmes comme Aspiracoeur ou Aqa Haw) et d’assumer avec le clavier le rôle dévolu à la rythmique. Vaillant étant lui, dans une autre approche.

Il faut ainsi écouter toute l’inventivité de ce trio dans un morceau comme Aspiracoeur où Franck Vaillant décoiffe avec des rythmes totalement décalés. Ou encore écouter ce thème un peu rock-lunaire (No return) aux contours galactiques.

De bout en bout de cet album, le trio dégage une énergie folle, totalement doppé, à la limite du tour de force.  Et Fanck Vaillant de s’imposer comme l’un des musiciens les plus passionnant du moment.

Plus qu’un power trio, cette sorte de punchy-trio exceptionnel, tenu aux forceps par des musiciens de très haute volée, va vous sortir d’une certaine torpeur.

Faire voler en éclats vos habitudes.

Le Bad Plus à la Française est né aujourd’hui. Qu’on se le dise !

Jean-Marc Gelin

 

 

 

© Juin Vinate, Live at Triton
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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 23:00

 

Michel Zenino (contrebasse, arrangements), Jean Pierre Arnaud (batterie) Olivier Temime (saxophone)

www.atoutjazz.com

www.cristalrecords.com

 Massaliajazz.png

En tant que régionale de l’équipe, on se devait d’écouter d’une oreille plus qu’attentive cet album- hommage aux compositions marseillaises et provençales, à l’heure où le petit monde culturel n’a d’yeux que pour la cité phocéenne, élue Capitale culturelle européenne, en oubliant souvent que c’est tout le territoire de Marseille-Provence, soit plus d’une centaine de communes sur le département des Bouches du Rhône qui est concerné.

Michel Zenino, Jean-Pierre Arnaud, Olivier Temime s’en donnent à cœur joie, avec une simplicité bon enfant pour célébrer leur ville, loin de la mode et de ses diktats. Comme les Américains reprenaient les tubes de Broadway, notre trio de méridionaux bien allumés, en partant de la tradition, se réapproprie le « folklore » local, assaisonnant ces bons vieux saucissons à la sauce hard bop.

 Dépoussiérant certains clichés, ils transforment en jazz  certains fondamentaux de la « culture marseillaise », à savoir «Félicie aussi » de l’inénarrable Fernand Contandin, dit Fernandel, des chansons ensoleillées de l’auteur d’opérettes, Vincent Scotto ( « Cane Canebière », « Adieu Venise Provençale » ) ou l’« Aujourd’hui peut-être » de Paul Durand, immortalisé par Fernand Sardou. Ces thèmes se refont une jeunesse insolente et énergique, joués avec la flamme (plus que la flemme ) méridionale.

Le pastaga ou petit jaune, les boules de pétanque, les filles de la Belle de Mai ( manque juste « Mon amant de St Jean » dans ces reprises ) honorent les représentations d’un Marseille d’autrefois, ce Marseille de toujours, bon enfant, servies à tue-tête par les vendeuses de poisson « ave l’assent » sur le Vieux Port ou la Canebière…

La pochette de Massaliazz  (ah ! le joli mot valise ) représente un pain cubique de savon de Marseille (il ne reste plus en fait que trois savonneries en ville et pour tout dire, le savon de Marseille se fabrique…ailleurs  ) repeint en bleu ( aux couleurs de la ville, de l’azur, de la mer …de l’O.M ). Mais on ne refait pas la légende.

Le jazz dans tout ça?  On le retrouve dans cette ville où le verbe est roi, qui, après le rap de groupes phares, aujourd’hui, célèbre plutôt le hip hop et les musiques du monde. Car traversée de tant de mémoires et d’imaginaires, la ville a toujours favorisé l’inspiration, mixant les genres les plus divers, se voulant à contre-courant ou d’avant garde. Ce trio de jazzmen « classiques »  renoue donc avec une autre tradition, car, quand on lit A fond de cale de G.Suzanne et M. Samson chez Wildproject, on découvre que le jazz était très écouté entre deux guerres et ses musiciens très actifs.

Ce trio Massaliazz  mérite  d’être écouté, avec un batteur plein d’énergie qui enlève l’affaire avec fougue, un contrebassiste auteur de beaux arrangements et un saxophoniste mieux qu’ inspiré.

L’ensemble  jazze allègrement. Jamais affranchis de leurs désormais lointains modèles, Sonny Rollins, John Coltrane, le trio puise sans réserve dans ce répertoire admiré, aimé car tellement aimable, donnant à certains thèmes une vigueur nouvelle. Avec humour, « Without a song » devient “Sans mes tongs », “Body and Soul”, « Boudiou on s’ Saoûle », « Bernie’s tune », « J.P. Mes Thunes ».

Oui, c’est du jazz, du bon, du vrai et ça fait du bien. On aurait pu entendre davantage cette musique, au moment des cérémonies et autres manifestations festives de la ville. Dans Massaliazz, tout est savoureux, parfait pour l’été, mais pas seulement, et pourra s’écouter au-delà de l’année 2013.

Absolument conseillé, sans modération !

 

Sophie Chambon

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 18:12

 

2 projets sortent coup sur coup, restitué l'un en Cd et l'autre en DVD.  2 projets dans lesquels le guitariste affiche son affection pour la musique traditionnelle américaine, celle des valses country, de la folk et du bluegrass.

Avec dans les deux cas un instrumentum cordes (+ batterie dans le cas de Big Sur) et un brin de nostalgie pour l'Amérique des pionniers.


BILL FRISELL: "Big sur"

Okeh 2013

Bill Frisell (g), Eyvind Kang (vl), Hank Roberts ( vlc), Jenny Scheinman (vl), Rudy Roston (dms)

 billfrisellbigsur.png

Dans l'album qui sort sur le label légendaire Okeh (celui sur lequel Louis Armstrong enregistra son premier disque ), le guitariste répond à une commande du festival de jazz de Monterey . Le projet de Frisell lui fut inspiré par Glen Deven Ranch endroit de toute beauté en Californie, pays des espaces sauvages, des mustangs et des prairies de l'Ouest ouvertes sur la mer. Toute la musique de Frisell s'en inspire. Véritable carte postale.  

À l'instar et avec le même instrumentum qu'un John Zorn avec The Dreamers, Frisell compose ici une musique très identitaire et s'approprie les codes de la musique traditionnelle. Mais là où Zorn dirige et laisse le quartet vibrer, Frisell privilégie au contraire une musique très écrite où les mélodies exhalent ici la valse lente, celle des farmers, celles des bals et celle de la musique que l'on écoute sur le rocking chair sous la Veranda le soir.

Entouré de musiciens très impliqués, le guitariste de Baltimore privilégie l'osmose d'un moment d'intimité pour une musique de chambre aux douceurs un brin mélancoliques, dont la continuité et la monotonie, sans lasser, sont autant de façons de rendre un hommage, comme peint couleur sépia à ces grands espaces qu'il affectionne.

 

 

 

BILL FRISELL : " The Disfarmer project"

Un film de Guillaume Dero

DVD la Huit

Bill Frisell (g), Carrière Rodriguez ( fiddle, g), Greg Leisz (g, dobro), Viktor Krauss (cb)

disfarmer

Autre projet, joué à Banlieues Bleues en 2011, le Disfarmer project du nom de ce photographe des années 30 (Mike Disfarmer) qui, dans les années 30, en pleine dépression réalisa une série de portraits des habitants du village de Herber Springs dans l'Arkansas. Portrait de gens simples dont Bill Frisell au travers de sa musique parvient à nous faire partager l'émotion qu'il a ressentie à la vue de ces visages figés sur la pellicule, de ces histoires racontées dans de simples regards captés par le photographe dans une immobilité parfois très touchante. Qui d'autre que Frisell pouvait, avec autant d'empathie et de sympathie, s'approprier cette plongée dans l'Amerique profonde, cette Amérique rurale qu'il aime tant.

En se gardant bien de proposer une musique par trop évocatrice ( à la différence de Big Sur qui est une véritable carte postale), Bill Frisell ne tombe pas dans le cliché mais nous livre simplement ce quil ressent en découvrant ces photographies. Musique mariant les résonnances de la guitare, trames des cordes et ligne précise du violon, Bill Frisell nenferme pas mais au contraire propose des shémas très ouverts que lon pourrait fort bien imaginer mariés à des voix voire même à des cuivres.

 

Banlieue Bleue comme souvent, rend toutes ses lettres de noblesse à l'idée du festival comme lieu d'émergence de projets originaux ( le concert était accompagné de la diffusion des clichés de Mike Disfamer) qui avait donné lieu à un albm enregistré en 2002 chez Nonesuch.

Et comme souvent c'est la Huit qui prolonge le projet et l'accompagne d'une interview de l'artiste. Où Frisell, avec beaucoup d'humilité raconte devant les caméras la genèse de ce projet et la nature de son émotion.

 

 

 

Quil sagisse de Big Sur ou du Disfarmer Project, Bill Frisell se découvre ainsi comme un artiste authentique et sincère. fédérateur de deux combos très subtils. Un artiste qui revendique avec beaucoup dhumilité ses racines musicales pourtant bien loin du Maryland et si proches de lArkansas ou de la Californie.

 

Jean-Marc Gelin

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 07:21

 

Petit Label 2013

Emile Parisien (ss), Bertrand Ravalard (p), Jean-laude Oleksiak (cb), Antoine Paganotti (dms)

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Ce quartet qui existe depuis 2004 nous propose ici une relecture de la musique de 2 grands compositeurs polonais bien trop méconnus  ( Trzaskowski et Komeda) et qui pourtant mériteraient largement de figurer au rang des emblèmes de ce jazz des années 60 que certains ont découvert au travers des films de Jerry Skolimowski (« Le départ ») ou des premiers longs métrage de Roman Polanski. Komeda, compositeur génial en signait alors la musique dans une inspiration hard bop grâce à laquelle il donnait vie à cette nouvelle vague du cinéma.

 

Magnifié ici par un contrebassiste exceptionnel et un formidable drumming de Paganotti le quartet la joue roots. Entendez par là, sans fioriture de son réarrangé ou hyper mixé. Non, on est ici au plus près d'une quasi-session live, bouillonnante et vivante. On croit être en club à l'époque où ils étaient enfumés et où l'on s'entassait dans de petites caves voûtées sentant le fauve. Pas d'essai de moderniser la musique mais au contraire un voyage dans le temps avec force de swing et d'expression quasi coltranienne ( écouter l'admirable et modal near a forrest). Ça joue avec les tripes et avec une énorme envie. Emile Parisien, tribal s'invite dans ce quartet avec la fougue et le coeur ( gros comme ça !) qu'on lui connaît pour dynamiter les lignes chaque fois que l'occasion lui en est donné. Il faut voir dans ce Near a forrest comment il laisse exploser l'improvisation et comment il revient au thème dans un continum totalement maîtrisé et propulsé par une rythmique explosive. Et puisque l'on parle de rythme, il faut ici mentionner la précision diabolique du placement du saxophoniste comme sur ce kalatowski syncopé dans lequel Emile Parisien semble se faufiler comme un chat.

 

La musique, en elle-même est brillante, remplie de ressors harmoniques comme savaient si bien la manier les grandes stars du hard bop de l'époque. Et il y a aussi une réelle intelligence dans cette relecture de certains thèmes. On se souvient par exemple du thème du film « Le départ » dont la mélodie était chantée par Christiane Legrand. Ici, la course-poursuite s'engage avec une rythmique véritablement intrépide et donne une autre lecture qui ne fait toutefois pas totalement oublier l’apport absolument inoubliable de Don Cherry à la bande originale du film.

 

Après avoir milité lors du festival du Jazz au Cinéma à Paris pour la redécouverte de Krystof Komeda, cette immersion dans ce bouillonnant jazz polonais nous enchante par l'audace de son classicisme.

Et si, finalement, la modernité était dans cette redécouverte ?

Jean-Marc Gelin

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 21:58

 

Enja 2013

Tristan Loriaut (g), Michel Rosciglione (cb), Goeffrey Cormont (dms, perc), Gaêl Horellou (as), Sébastien Llado (tb), Pierre de Bathmann (p), Ari Hoenig (dms) Philippe Tallis & isabelle Robert (vl), Myriam Bis-Cambrelling (viole), Pascal Goignet (vlc)

 

 tristan-copie-1.jpg

Ce n'est pas parce que Tristan est un copain et, by the  way un collaborateur des DNJ que l'on va se priver de dire tout le bien que l'on pense de son premier album paru sous son nom chez le prestigieux label ENJA.  J'en connais d'ailleurs un (ronchon), habitué aux acerbes commentaires critiques  qui ne va pas tarder à nous poster quelques commentaires salés du genre : les DNJ c'est copinage et compagnie ! D'avance bienvenue à tes commentaires que nous accueillerons comme toujours avec bienveillance.

Et maintenant, ces préalables étant posés,passons à la musique.

Moi j'aime cet album de Tristan Loriaut où le jazz sent le frais et véhicule un bel élan d'optimisme joyeux. Y a pas de mal à s'faire du bien, pourrait t-on dire. Et comme le garçon n'est pas du genre à choisir la facilité, il fait appel à un casting de très haut niveau dans le genre de ce qui se fait de mieux (et pourtant jamais réunis tous ensembles).

Après un petite mise en bouche exotique, Loriaut enchaîne avec un bon blues des familles où Gaël Horellou et Sébastien Llado se disputent dans le genre du pas trop gras mais du qui colle bien aux basques ( Bonne arrivée). Petite touche d'exotisme ensuite du côté de l'Afrique avec ces rythmes bien balancés ( Yovo yovo) qui semblent puiser dans les récentes escapades du guitariste dont il nous confiait à son retour combien elles l'avaient marqué sur le plan musical. Car c'est sûrement le fil conducteur de l'album : cette relation à l'Afrique dont Tristan Loriaut a surtout retenu cette propension à la joie de vivre de peu et de tout. Et c'est sûrement de là que lui est venue l'envie d'une musique qui groove, d'une musique qui danse et qui swingue derrière des airs parfois un peu rosenwinkeliens ( on ne se refait pas !). On notera ainsi ce Mawulolo's dance jubilatoire qui invite à la danse joviale et heureuse. Car oui, c'est ça, ce disque rend heureux. Aux antipodes de longues constructions intellectuelles dans lesquelles le jazz se perd parfois, celui-là enchante et donne la pêche à l'instar d'Agbalepedo exotique en diable qui nous promet une belle joyeuseté du mangrove.

Quelques arrangements étonnants donnent  du relief à cet album comme ce très beau Rue Saint Lazareenregistré avec vocalises et cordes sur un tapis de drive orchestré par Ari Hoenig. Audacieux pari que d'insérer ce morceau à la lente nonchalance. Rêverie et déambulation un brin nostalgique. Que l'on retrouve un peu plus tard d'une autre manière et moins réussie sur Upper west side mais sur lequel l'intervention de Tristan, dans un registre plus grave, convainc moins.

On aime en revanche ce groove sur Blues a little whithe chocolate Dragonfly. On dirait du Grant Green dans l'esprit un peu hard bop. Tristan y joue superbement avec un incroyable feeling et un sens de chaque note jouée. Irrésistiblement propulsé par une rythmique d'enfer. Beau moment, vraiment !  On regrette en revanche un Airegin, seul standard joué suir l'album mais qui se trouve un peu jeté là, à la va-vite comme un cheveu sur la soupe et pour tout dire un peu bâclé en 2'54. Le temps néanmoins de démontrer toute la maturité de jeu auquel Tristan Loriaut est arrivé aujourd'hui. dans une maîtrise parfaite de l'improvisation et du son qu'il démontre sur un dernier blues joué en solo sur Don't panic.

Pas un seul moment d'ennui dans cet album que Tristan Loriaut dirige de main de maître laissant l'espace à ses camarades de jeu, laissant la musique exhaler tout le plaisir qu'elle procure. Devrait être obligatoire et remboursé par la sécu !

A faire tourner en boucle sans restriction.

Jean-Marc Gelin

 

Tristan Loriaut sera en trio (avec Geoffrey Cormont et Michel Rosciglione) au SUNSIDE le Jeudi 13 Juin à 21h pour la sortie du disque


 

 

 

 

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 21:33

Cordes et âmes 2013

Alexandra Grimal (ts), Jozef Dumoulin (p), Nelson Veras (g), Dré Palléamaerts (dms)

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Attention, choc absolu !

Album de toute beauté. Une sorte de beauté fluide, flottant avec grâce. D'où certainement le titre de ces morceaux ( Khamsin) qui évoque ce vent de sable dans le désert d'Israël.

La musique est là, dans la retenue de chacun des membres de ce beau quartet qui se laissent ensemble porter par ce flot, tous en retenue et tous en délicatesse. Il y a dans ces jeu à 4, une très grande attention au son. Comme s'il s'agissait d'un mobile fragile sur lequel ils prennent soin de souffler harmonieusement pour que ces motifs se meuvent dans l'espace dans un ordre serein. Car il se dégage de leur jeu une sorte de souffle Zen incroyablement apaisant. Le son d'Alexandra Grimal notamment. Un son rempli d'air, un esprit Lesterien dans une approche moderne. Un son sensuel.

La musique proposée par Alexandra Grimal est ici un moment de pure grâce comme il y en a peu en musique. Un moment où, débarrassée de toute forme de clichés, la musique prime et prend toute sa place, en libère toutes ses essences essentielles. En choisissant dans son quartet de remplacer la contrebasse par une guitare (et quelle guitare, celle de Nelson Veras ), Alexandra Grimal crée une texture musicale particulièrement intéressante. Dire que celle qui joua il y a peu aux côtés de Lee Konitz reste influencée par lui,et donc par ricochet par celle de Tristano est une hypothèse audacieuse. Mais tentons la. Dans la musique d'Alexandra Grimal il y a des moments forts, des pulsations vitales mais jamais exagérées. Des moments d'évasions portés  soit par le souffle de la saxophoniste, soit par les envolées de Jozef Dumoulin que l'on trouve ici au piano acoustique ou par les lignes et arabesques splendides de Nelson Veras.  Et le relief tout en drive fin de Dré Pallemaerts, grand batteur  d'un rare feeling. Les constructions de la musique de Grimal sont parfois complexes, jamais flatteuses pour l'auditeur qui doit aller les chercher et s'ouvrir à cette musique. Une musique qui joue sur les intervalles, sur les atonalités et sur les rythmiques impaires obligeant les musiciens à une concentration extrême entre écriture exigeante et libre improvisations.  Car la musique d'Alexandra Grimal ne se conçoit pas comme une succession de chorus mais comme une savante architecture en mouvement où chacun contribue à l'ensemble dans uns savant équilibre harmonique.  Comme dans ce sublime Suite for now qui nous fait pénétrer dans un monde onirique où tout bouge autour de nous.

Il y a des moments de flottements mais aussi de vrais moments de liberté presque free où Alexandra Grimal va chercher des sons dans le cri et le rugissement. Toujours avec cette même maîtrise qui donne le sentiment que la saxophoniste a une étendue de savoir-jouer exceptionnel. Et puis avant le morceau caché, un sublime Smile qui achève cet album en nous faisant prolonger l'aventure et en nous emmenant très, très loin.

Il y a dans cet album-là  une vraie profondeur qui nous a touché. Sans que l'on sache réellement pourquoi mais avec une conviction profonde d'avoir atteint là à l'essence de la musique de jazz.

Jean-Marc Gelin

Alexandra Grimal sera demain soir en concert au Duc des Lombards à Paris

pour la présentation de cet album exceptionnel.

Concerts à 20h et 22h

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