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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 12:18
CLAUDE TCHAMITCHIAN TRIO  POETIC POWER

 

POETIC POWER CLAUDE TCHAMITCHIAN TRIO

EMOUVANCE/ABSILONE

Sortie le 14 FEVRIER

Claude TCHAMITCHIAN (cb)

Christophe MONNIOT (as)

Tom RAINEY ( dms) 

www.tchamitchian.fr

Sourde, tenace confiance en l’autre! Partant du jazz sans jamais le quitter, fidèle à cette musique d’imprévus, le contrebassiste continue à creuser son chemin, en sideman dans les meilleurs groupes qui soient mais aussi en leader. Quel magnifique trio, Claude Tchamitchian constitue ici dans ce Poetic Power de son label EMOUVANCE. Il me semble, qu’il me reprenne si je me trompe, qu’il n’a pas souvent joué dans ses propres groupes avec des saxophonistes. Le choix de l’altiste Christophe Monniot est évident, lumineux et espéré! Le musicien a le souffle inventif, la concentration agile et son chant est toujours émouvant, tant il recèle de capacités d’abandon. Un effacement de soi qui aboutit à un réel dépassement, il nous entraîne loin, haut, dans ses paysages intérieurs, sculptés dans sa mémoire et sa capacité exceptionnelle à des écarts maîtrisés! Ecoutons-le dès le premier thème “Katsounine” où propulsé par la rythmique, époustouflante, il embrase notre imaginaire, sans laisser de côté des instants plus tendres et rêveurs! Beauté fluctuante, fragile et dangereuse, intermittente le long de cette errance, en six pièces, longues, amples où tous les trois se livrent à corps perdu, multipliant les détours jusqu’aux fractures: ils peuvent se perdre, mais ils se retrouvent après des envolées plus ou moins joyeuses mais libres toujours, celles que réclament un jazz vif.

Claude Tchamitchian a une écriture sur son expérience qu’il désire moins encombrée par la joliesse de la mélodie, le sentimentalisme des passions que par le cheminement précis, ouvert aux “improvista”, attentif aux rencontres, aux interactions naturelles, comme dans “une promenade en forêt”, selon les notes toujours justes de Stéphane Ollivier. Jamais on ne l’a entendu aussi décisif, déterminant dans le travail de cette rythmique impeccablement réglée : aidé du merveilleux Tom Rainey d’une précision diabolique, il nous rattache, à ces obscures forces terriennes, ce grondement sourd et jaillissant que l’on perçoit en nous, “So close, so far”.

Ancrée dans le monde sensible, ouverte aux visions et sensations, c’est la musique exposante, jamais probante d’un “power trio” qui a aussi le sens de la nuance, de l’épure. Si le titre n’était déjà pris, on pourrait parler de “poetic motion”. Salutaire et salvateur!

Sophie Chambon

 

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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 16:43

Olivier Le Goas (batterie) Nir Felder (guitare), John Escreet (piano), Larry Grenadier (contrebasse)

Brooklyn, 17-18 février 2019

Challenge Records CR73493 / Distrart

 

Belle surprise en écoutant ce disque, qui effaçait une relative déception occasionnée par le précédent disque américain («Reciprocity», enregistré en 2015), où j'avais trouvé la musique un peu corsetée (manque de pratique du groupe en concert ? Manque d'engagement personnel des musiciens dans le projet musical ?). Le guitariste est le même, mais cette fois ce sont John Escreet au piano et Larry Grenadier à la contrebasse. Ce qui semble faire la différence, c'est la qualité de l'interaction, du jouage, qui nous révèle des partenaires totalement et collectivement engagés dans la musique. Par plusieurs aspects, le disque fait référence à Pat Metheny : par les titres (celui de l'album, qui évoque Off Ramp ; celui d'une plage, Light Size Dreams, qui nous rappelle Bright Size Life). Et aussi par l'esprit (la relation piano-guitare) ; encore que, à la première écoute en décembre, je me suis fait la réflexion que je préférais la liberté et l'authentique lyrisme de John Escreet à la réserve de Lyle Mays. Lyle Mays est mort quelques jours avant la rédaction de ces lignes, mais mon avis demeure, sans mauvaise conscience. Et Nir Felder est bien autre chose qu'un épigone de Metheny, même si la sonorité de l'instrument suggère parfois le rapprochement. Tout ça est très vivant, très intense, et les compositions d'Olivier Le Goas reflètent comme toujours un indiscutable sens de la forme. Avec en prime une reprise, finement élaborée, de So Long Frank Lloyd Wright , de Paul Simon, immortalisé par Simon and Garfunkel. Larry Grenadier est magistral, dans l'accompagnement comme en soliste : bref, c'est un disque hautement recommandable !

Xavier Prévost

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Olivier Le Goas jouera ce répertoire à Paris, au Sunside, le 31 mars, avec Manu Codjia, Leonardo Montana et Yoni Zelnik

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 01:01

Darryl Hall (contrebasse), Keith Brown (piano et fender rhode), Kenneth Brown (batterie), Baptiste Herbin (saxophones alto et soprano) et Chiara Pancaldi (vocal). Avril et août 2019. Space Time Records - BG1947/Socadisc.


Double retour pour Darryl Hall. Le contrebassiste américain opérant à Paris depuis une quinzaine d’années revient sur le devant de l’actualité avec un album en leader, pas moins de 20 ans après le premier, et cela est d’autant plus agréable pour le jazzophile qu’il a été récemment tenu éloigné des scènes durant plusieurs mois, pour des raisons de santé heureusement résolues.


Il reprend l’instrument en mains, pied au plancher dès le premier titre, Inner Urge (du saxophoniste Joe Henderson), avec un magnifique solo, et va démontrer tout au long de l’album qu’il est bien là, avec deux des fils de Donald Brown (l’illustre membre du groupe des pianistes de Memphis), Keith et Kenneth aux claviers et à la batterie, le saxophoniste Baptiste Herbin, (prix Django Reinhardt 2018 de l’Académie du Jazz, autre pilier du label Space Time Records) et la chanteuse Chiara Pancaldi -en verve sur un air brésilien de Caetano Veloso, Curação Vagabundo-.


 A la basse acoustique, parfois délaissée pour son homologue électrique, Darryl Hall nous délecte d’une leçon de swing bien tempéré, servie par un son ample et rond. Le répertoire choisi permet au contrebassiste d’évoluer sur plusieurs terrains, proposant des classiques (Woody’n You, Lullaby of Birdland), quatre compositions personnelles, un air de Gabriel Fauré (Libera Me) et un tube cinématographique (Pink Panther d’Henry Mancini) ... Un délice, et pas seulement pour les fans de la contrebasse !

 

 Retour assurément gagnant pour Darryl Hall.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

En concert au Sunside* le 13 février avec Carl-Henri Morrissey (piano) et Benjamin Henocq (batterie) pour le lancement du disque et les 14 et 15 au sein du quartet d’Enrico Rava et Aldo Romano avec Baptiste Trotignon (piano).

 

* Sunset-Sunside, 60 rue des Lombards, 75001-Paris, (01 40 26 46 60). http://www.sunset-sunside.com/

 

©photo & design : Philippe Levy-Stab, Jean-Philippe Guillaumont, Dolly Prann et X. (D.R.).

 

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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 10:31

Marc Benham (piano), John Hebert (basse) et Eric McPherson (batterie). Novembre 2018. SteepleChase Records/ Socadisc.

 

Biotope, quel drôle de nom pour un disque de jazz !. Consultons le Petit Robert : « Milieu biologique déterminé offrant à une biocénose (ensemble des êtres vivants d’un biotope) des conditions d’habitat relativement stables ». Diantre !  Dans l’esprit de Marc Benham, il s’agit du contexte organique favorable à son développement et dans le cas précis « le jazz qui swingue, qui chante et qui rit aussi ». Vaste programme.


Écoutons l’avis de Martial Solal : « Technique, feeling, sens harmonique et invention mélodique, Marc Benham possède à un très haut niveau toutes les qualités attendues d’un authentique musicien ».  


Sa palette est large : remarqué par un hommage à Fats Waller (Fats Good-Frémeaux.2016), le pianiste a emprunté un chemin plus contemporain dans un duo avec le trompettiste Quentin Ghomari (Gonam City-Neuklang.2018).


Pour son quatrième album, Marc Benham confirme de belle manière que son respect de la tradition n’exclut pas la connaissance des courants et styles qui ont modelé le jazz ce dernier demi-siècle. Admirateur de Fred Hersch, il a « kidnappé » sa rythmique de passage à Paris à l’automne 2018 - John Hebert, (contrebasse) et Eric McPherson (batterie) - pour boucler un album en une seule journée de studio, comme ce fut la règle dans les années 50 chez Blue Note.

 


La spontanéité est au rendez-vous pour un répertoire des plus œcuméniques : d’un classique de Fats Waller (Jitterbug Waltz, cheval de bataille d’Eric Dolphy à la flute) ou d’Ellington (Mood Indigo) à des titres emblématiques du be-bop (Con Alma, Airegin) et quatre compositions du pianiste lui-même, dont Pablo, référence au label, cocktail revigorant servi en ouverture.

 

Un album concentré (moins de 50 minutes, le temps d’un set en club), qui constitue d’ores et déjà une des belles surprises de 2020.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo Klaproos Art & X. (D.R.)

 

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 10:58

Jeff Seffer (clarinette basse, saxophones ténor, soprano & sopranino), Siegfried Kessler (piano, piano électrique), Didier Levallet (contrebasse), Jacques Thollot (batterie)

Paris, Le Stadium, 17 juin 1977

Souffle Continu Records FFLCD 054 / l'autre distribution

 

Belle surprise, et grand souvenir, en découvrant ce disque paru en octobre sous le label des disquaires du Souffle Continu (25 rue Gerbier, 75011 Paris). Je venais acheter, en réédition vinyle, le seul disque du groupe Dharma que je n'avais pas écouté : celui en trio, avec à la batterie un Ami regretté, Jacques Mahieux. Ce fut aussi l'occasion de découvrir les rééditions en vinyle du groupe Perception publiées par ces merveilleux exhumateurs du jazz hexagonal le plus libre. Mais en sus de ces 33 tours, déjà présents dans ma discothèque (ou en copie dans ma mémoire numérique), il y avait cet inédit, en CD. J'avais découvert Perception à Lille (avec alors Jean-My Truong à la batterie) au début des années 70, et j'avais eu plusieurs occasions de réécouter le groupe. Mais pas dans ce lieu Parisien où j'étais pourtant venu quelques fois lors des virées, en 2cv ou en 4L, qui nous conduisaient de Lille à Paris pour humer la scène jazzistique parisienne : virées qui passaient souvent par les concerts du Musée d'Art Moderne, ceux du Nouveau Carré Silvia-Monfort et du Stadium, avant de finir vers la Montagne-Sainte-Geneviève au Caveau de la Montagne, multiplex en réduction, avec du 'vieux style' au sous-sol, du bop au rez-de-chaussée, et des duos plus contemporains à l'étage. Le charter d'amateurs aussi lillois qu'impécunieux (5 passagers, voire plus, dans une petite voiture) reprenait ensuite la route, évitant l'autoroute au tarif dissuasif, pour arriver dans le Nord pour le petit déjeuner....

Bref, vous l'aurez compris, mon écoute n'est pas neutre, et même probablement est-elle partisane : j'assume.

Bonheur de découvrir cette mouture unique du quartette, avec la participation de Jacques Thollot. De quoi attiser encore ma passion, d'autant que j'ai eu le plaisir, au fil des années, de présenter sur scène les groupes de chacun d'eux. Et c'est bien de passion qu'il s'agit chez ces musiciens, et dans cette musique : passion exacerbée, audace formelle et instrumentale, folie collective qui nous vaut, me semble-t-il, d'entendre dans une plage le saxophoniste (que l'on appelait encore Jeff avant de lui rendre son prénom de Yochk'o) souffler simultanément dans le soprano et le sopranino tandis que 'Siggy' Kessler caracole au clavier, et que Levallet et Thollot poussent les feux jusqu'à la rupture d'équilibre. Compositions des trois réguliers du groupe (Jacques Thollot étant l'invité exceptionnel), et étonnement renouvelé à l'écoute de ces thèmes qui dérogent aux canons dominants de années 70. Hautement recommandable, que vous soyez comme moi contemporains de ces aventures musicales, ou plus jeunes adeptes. A l'écoute je me demande si, à un moment, 'Jeff' Yochk'o Seffer ne joue pas du taragot de sa Hongrie natale, tant ce son qui oscille entre cornemuse et cor anglais me paraît loin du sax soprano. Mais il fait partie de ces musiciens qui savent entraîner leur instrument loin de son timbre d'origine ; et peut-être aussi entends-je sous les doigts de Siggy, en plus du Fender, un Clavinet : alors mystère....

Xavier Prévost

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Sachez aussi que le Souffle Continu propose un coffret avec la réédition en vinyle des trois 33 tours d'origine, et cet inédit en CD

http://www.soufflecontinu.com/index.php?f=detail&ean=3505342611696&search=Perception

 

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22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 19:38

Vincent Courtois (violoncelle), Daniel Erdmann (saxophone ténor), Robin Fincker (saxophone ténor & clarinette)

Oakland (Californie), 26-27 juin 2019

Label La Buissonne RIAL 397034 / PIAS

 

Pour cette évocation de Jack London, que le trio avait donnée en concert plus d'un an avant de passer au disque, les musiciens ont choisi d'aller enregistrer à Oakland, où l'écrivain avait vécu à différents moments de sa vie. Ils étaient accompagnés dans ce voyage par Gérard de Haro, sorcier du son au studio La Buissonne, et animateur passionné du label éponyme. Les titres sont majoritairement signés par Vincent Courtois, qui cède la plume pour deux plages à Daniel Erdmann et à Robin Fincker. On trouve aussi un standard, Am I Blue. La musique oscillent entre une intense mélancolie (Love of Life, qui emprunte son titre à une nouvelle, et un recueil, de Jack London) et des moments de forte pulsation ; avec aussi souvent un vertige formel qui rappelle les musiques répétitives américaines. Le lyrisme des trois solistes est impressionnant et, loin de brider l'imagination des improvisateurs, il semble la stimuler. C'est une sorte d'effervescence collective qui s'épanouit dans un contexte où jazz, musique de chambre (voire musique irlandaise) se croisent pour notre plus grand bonheur d'écoute. Hautement recommandable !

Xavier Prévost

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Le disque paraîtra le 31 janvier. Le trio est à l'affiche du Festival Sons d'Hiver, le 23 janvier 2019 à 20h, au Théâtre de Choisy-le-Roi

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17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 15:34

Aymeric Avice (trompette en Si, trompette piccolo, bugle), Fred Roudet (trompettes en Si♭ & Mi♭, bugle), Simon Girard (trombone), Damien Sabatier (saxophones baryton, alto & sopranino), Gérald Chevillon (saxophones basse, ténor & soprano), Aki Rissanen (piano), Joachim Florent (contrebasse), Antoine Leymarie (batterie)

Pernes-les-Fontaines (Vaucluse), mai 2019

Compagnie Impérial CI/005/1/1 / Inouïe distribution

 

Après Impérial Orphéon, Impérial Pulsar et Impérial Quartet, voici le GRIO, Grand Impérial Orchestra, octette qui sonne comme un big band. Le titre évoque l'autobiographie de Duke Ellington mais c'est surtout à Mingus que l'on pense, à cause de l'incroyable effervescence et de la liberté qui se dégagent de chaque plage. L'ombre des musiques répétitives et des combinaisons rythmiques en cascade plane également sur ce disque singulier et, il faut le dire, très réussi. Le groove et la pulsation sont la matière constante sur laquelle s'envolent les sections comme les solistes. Il y aussi des épisodes apaisés et concertants, des escapades lyriques et des rebonds inattendus. L'une des sources revendiquées est empruntée au peuple Banda Linda d'Afrique Centrale, mais tout se déroule comme une cérémonie de jazz vivant, où structures préétablies et improvisations se combinent et s'épousent en toute liberté. Solistes inspirés tout au long du CD, avec peut-être une mention spéciale au tromboniste Simon Girard dont l'expressivité exacerbée nous rappelle les grands frissons mingusiens. Vivant, vital, indispensable !

Xavier Prévost

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Le GRIO jouera le 18 janvier au théâtre de Viviers (Ardèche), le 19 janvier au Galpon de Tournus (Saône-et-Loire), et le 20 janvier à Paris au Pan Piper

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?11=&v=R7DZW496zAg

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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 15:50

Claudia Solal (voix, textes, composition), Benoît Delbecq (piano préparé, composition)

Paris, mars 2018

Rogue Art ROG-0094 / https://roguart.com/product/hopetown/144

 

On entre, en écoutant ce disque, dans un univers de totale singularité. Après une tournée à Chicago dans le cadre de «The Bridge» (http://acrossthebridges.org/), avec 'Antichamber Music' (The Bridge #10), en quartette avec la bassoniste Katie Young et la violoncelliste Tomeka Reid autour des textes de James Joyce, ils ont souhaité prolonger en duo leur collaboration.

Ici les notes, les timbres inédits du piano préparé, les sonorités des textes en anglais, et leur prosodie, constituent une entité musicale et sonore dans laquelle le sens des textes, et le 'sens' de la musique (ses propriétés musicales identifiable.... ou non encore élucidées) constituent un univers poétique et sonore qui nous captive tout en nous entraînant loin de nos bases (références musicales connues, références poétiques perceptibles). Ici on retrouve l'inspiration de la Salomé d'Oscar Wilde, qui avait nourri un thème du groupe Spoonbox de la chanteuse, ailleurs les souvenirs d'anciennes sonorités, de rythmes asymétrique richement exploités par le pianiste. Mais en découvrant le disque de ces artistes dont je n'avais pas écouté sur scène le duo, j'ai l'impression de m'immerger dans une aventure sonore totalement inédite, alors que je les écoute, l'une et l'autre, depuis plus de vingt ans. On navigue en territoire inconnu, même si affleurent çà et là le souvenir des inflexions de la voix afro-américaine, les couleurs vocales et les intervalles extrêmes de la musique contemporaine, les sonorités telluriques de certaines musiques traditionnelles. Ce qui semble dominer surtout, c'est cette extrême liberté qui tend a prévaloir dans la musique improvisée, au sens large, et dans ses parentés avec le jazz. Une absolue singularité. Oui. Mais surtout une incontestable réussite artistique. On se précipite !

Xavier Prévost

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Le duo sera en concert au festival Sons d'hiver le 18 janvier à 20h30, à l'Auditorium Jean-Pierre Miquel de Vincennes, en première partie de Fred Frith

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5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 18:52

Céline Bonacina (saxophones baryton & soprano, kayamb, voix), Chris Jennings (contrebasse, saz), Jean-Luc Di Fraya (batterie, percussions, voix). Invité sur 6 plages : Pierre Durand (guitare)

Rochefort-sur-Mer, mai 2019

Cristal Records CR 289 / Sony Music

 

Quatre ans après «Crystal Rain», la saxophoniste enregistre dans une configuration différente : trio, et quartette avec guitare. Le répertoire se répartit entre Céline Bonacina et Chris Jennings, en parfaite cohérence. En ouverture une composition de la musicienne, qui dit son attachement à l'île de La Réunion, où elle a séjourné longuement, et enseigné au Conservatoire de Saint-Denis. Puis un thème du contrebassiste, composé en Bretagne, dénote aussi un souvenir d'ailleurs. Au fil des plages l'esprit du groupe, et de celle qui le dirige, s'affirme constamment, entre l'attachement au jazz et l'envie d'aller chercher, par les effets de chœur des voix, et par les rythmes, d'autres horizons. Mais on n'est pas ici dans un recours aux musiques du monde comme un succédané fédérateur. Le lyrisme, le sentiment de liberté, et l'intégrité formelle composent une succession de paysages qui demeurent habités par le beau souci de dire, d'exprimer, de (ra)conter. Quand la guitare de Pierre Durand fait son entrée, à la cinquième plage, c'est une autre porte encore qui s'ouvre, sur un autre espace. Et l'on se laisse ainsi embarquer, sans que jamais la densité musicale ne flanche. Il y aura aussi vers la fin deux compositions de Chris Jennings, l'une pour évoquer Joachim Kühn, au trio duquel il a participé, et l'autre en hommage à Ornette Coleman (Kühn n'est pas si loin) et à son partenaire de «Friends and Neighbors», Charlie Haden. Et en guise de conclusion, une mélodie qui respire encore les rythmes d'ailleurs, et fait entendre le luth d'un orient proche  : beau parcours musical, qui confirme une fois encore la pertinence artistique de la saxophoniste.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=xHQCQdseRLE

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Le groupe sera en concert le 17 janvier 2020 au Théâtre de Sartrouville (Yvelines). Au programme le même soir, André Villéger & Philippe Milanta, Benjamin Dousteyssier & Bruno Ruder.

 

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5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 14:49

Paul Jost (chant, harmonica et guitare), Jim Ridl (claviers), Dean Johnson (basse), Tim Horner (batterie) et en invité Joe Locke (vibraphone). 'Simple Life'. Jammin’colors / L’autre distribution. Novembre 2019.

 

C’est une des découvertes due à la période de rangement habituelle de discothèque lors de la trêve des confiseurs : « Simple Life », disque du chanteur américain de Philadelphie, Paul Jost.  L’artiste était venu le présenter fin novembre au club parisien le Sunside. Une prestation rare dans l’hexagone pour cet artiste régulièrement à l’affiche des clubs new-yorkais (55 Bar, Smoke, Dizzy’s…) quand il n’effectue pas une tournée pour le Département d’Etat (une quinzaine de jours en avril prochain au Pakistan et au Liban).

 

 

 S’il est loin d’être « un perdreau de l’année », comptant de multiples collaborations comme chanteur mais aussi instrumentiste (guitare, harmonica, batterie…) auprès notamment de Billy Eckstine, Ron Carter ou encore Bucky Pizzarelli, Paul Jost n’a entamé qu’en 2014 une carrière de soliste (Breaking Through). Le répertoire retenu dans son tout dernier album illustre l’éclectisme du vocaliste, apte à séduire l’auditoire des clubs : des classiques appartenant aussi bien à la sphère du jazz à proprement parler ('Caravan', de Duke Ellington et Juan Tizol, 'Folks Who Live on the Hill', de Kern et Hammerstein...) qu’au monde de la pop ('Blackbird' et 'With a Little Help from My Friends' de Lennon/MacCartney…) et quelques compositions personnelles ('Bela Tristeza', 'Livin’in the Wrong Time').

 

 

La surprise vient de l’interprétation. Paul Jost se place indubitablement dans la droite ligne des chanteurs qui savent raconter une histoire et –surtout- expriment un swing infernal et dans un autre temps une joliesse sensible. Ainsi peut-on évoquer à son écoute Jon Hendricks, Mark Murphy ou de ce côté-ci de l’Atlantique, David Lynx ou André Minvielle.
Le scat trouve avec Paul Jost un de ses porte-paroles actuels les plus talentueux. La virtuosité est au rendez-vous et toujours payante surtout quand il peut compter (Blackbird) sur la fougue lumineuse du vibraphoniste Joe Locke, autre (re)découverte de cet album chaleureusement recommandé pour entamer la décennie avec allégresse.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

* Paul Jost, 'Simple Life'. Novembre 2019. Jammin’colors / L’autre distribution.

 

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