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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 22:18

 

UNIT RECORDS 2013

Yael Miller (vc), Julie Campiche (harpe), Manu Hagmann (cb), Roland Merlinc (dms)

 orioxy.jpg

C'est un quartet genevois intéressant. Pas transcendant loin de là, mais intéressant. D’abord par son instrumentuum qui associe deux instruments à cordes ( harpe et contrebasse) , une batterie et une voix. C'est une pièce théâtrale qui se déroule comme une sorte d'oeuvre antique. La chanteuse israélienne Yael Miller vocalise ou chante en hébreu. Le quartet installe une musique parfois étrange et fantomatique, parfois roots et wild. On est prêts à se laisser prendre la main par une vestale flottante sans savoir vraiment où et dans quel but. La harpe de Julie Campiche apporte cette couleur céleste et poétique alors que la basse de Manu Hagmann donne la pulse jazz avec les frottements de peaux délicats de Roland Merlinc. Quant à la chanteuse, c'est vers des rivages marins qu'elle ne laisse de nous entraîner. Voyage onirique, méditérannéen ou africain ( Imtamouti, Zmam) dans un métissage heureux. Vapeurs ensoleillées. World musique apaisée.

Parfois le groupe voudrait donner une intensité plus sauvage, plus rock tout en restant quand même en dedans sans véritablement impulser une quelconque énergie ( We're done - May 21). Ou alors blues à l'image de ce Wise man.

Mais l'ensemble nous a donné le sentiment d'une musique hésitante quant au choix à prendre, jouant la carte de la chanteuse sans savoir véritablement dans quelle direction aller. Un peu inaboutie parfois, la musique nous donne un peu le sentiment d’une certaine préciosité à l'image de The Others strangers qui sur le plan vocal nous laisse spectateur d'une performance qui n'en est pas vraiment une. L'émotion n'effleure jamais vraiment. Un peu comme un exercice pour tremplin de jeunes talents. Bien qu'elle ne manque pas d'une certain charme, voire d'un charme certain.

 

Jean-Marc Gelin 

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 19:52

 

Plus Loin Music 2013

Gregory Privat (p, fender, compos), Manu Dodjia (g), Jiri Slavik (cb), Arnaud Dolmen (ka), Sonny Troupé (dms)ka), Adriano Tenorio DD (perc) + Gustav Karlström (vc), Joby Bernabé (texte)

 

 privat.jpg

Le  nouvel album du pianiste martiniquais Grégory Privat sera encore un des évènements de cette rentrée jazzistique.

 

Pour  ceux  qui  seraient  passé  à  côté de son premier album « Ki Koté », courez  absolument  vous  procurer «  Tales of Cyparis » et attendez-vous à une  révélation.  Car  figurez-vous,  ce jeune pianiste a un talent…. juste énorme ! Sortant des sentiers un peu trop battus des pianistes jarrettiens, Meldhiens ou Svensonniens dont on a, par les temps qui courent le sentiment de  ne  plus  pouvoir sortir, Grégory Privat cultive quant à lui le goût de ses racines caribéennes (on pense à Alain Jean-Marie ou Mario Canonge). Pas étonnant de la part d’un musicien dont le père n’est autre que José Privat, pianiste  du  groupe antillais Malavoi. Mais Grégory étend ses références à quelques  stars  du  piano cubain au titre desquelles Chucho et Bebo Valdes qui  ne  doivent  pas  être  loin  de son gotha tant il cultive l’art de la mélodie  et  de  l’improvisation  chaloupés.  Il y a chez lui l’élégance du phrasé  souple,  du  swing  qui  délie les percussions, de la mélodie aussi légère  que  d’envolées  au  lyrisme  communicatif.  Le  phrasé raffiné des maîtres  cubains  est  bien  présent  au bout des doigts de Grégory Privat.

Mais,  ancré  aussi  dans  une  forme de jazz classique. Et l’on (je) pense aussi  parfois  à  Ahmad Jamal par son utilisation subtile des percussions, son  maniement  des  espaces  harmoniques  et du suspens et ses revirements d’accords en totale rupture (à l’image de Ritournelle par exemple).

S’il fallait des références marquantes en voilà. Excusez du peu !

 

Pour  son  nouvel  album,  Grégory  Privat  s’est  attaché à un personnage, Cyparis, pêcheur martiniquais qui fut emprisonné la veille de l’éruption de la  Montagne Pelée en 1902 et qui ne dut d’être le seul rescapé du désastre qu’à  sa  présence  au  cachot  (version officielle). Il survécut au prix de grandes  brûlures  et  ses  talents de conteur-hâbleur lui permirent par la suite  d’être engagé au sein du cirque américain Barnum exhibant là-bas ses meurtrissures  de  grand brûlé, de survivant et d’homme noir, attraction de foire  à  plus  d’un  titre.  Autre  forme de survie. On comprend alors que Gregory  Privat  empreint  de sa culture martiniquaise et de cette histoire remarquable  que lui racontait son père a trouvé ici un formidable matériau compositionnel  à  son  récit  musical  allant  du  choc de l’éruption à la mélancolie de l’exil ou à la violence du corps exhibé. Autant fallait il en tirer parti musicalement.

Avec  une  direction  artistique  remarquable  et  des arrangements parfois luxuriants  et  des  musiciens  talentueux  (dont notamment un superbe Manu Codjia)  Grégory  Privat joue sur des formats à géométrie variable  en trio ou  quartet,  avec  des  cordes ou avec un chanteur, s’appuyant à plusieurs endroits  sur la narration de textes en français ou créole dit par le poète incantatoire Joby Barnabé. L’insert de percussions Ka achève aussi d’ancrer cette  histoire  dans  sa  créolité  ici  revendiquée.  Autant  le  dire la construction artistique de l’album est foisonnante.

Pour  ma  part  dans  ces  moments superbes mes coups de cœur vont pour les plages  en  trio,  celles qui mettent en évidence ce pianiste rare. Il faut notamment  entendre  un  far from SD qui surgit comme grand moment de grâce pianistique  et  de  rêverie ancrée dans le jazz avec la démonstration d’un phrasé  d’une  incroyable  sensibilité. Un peu plus arrangé, ce Ritournelle dont nous parlions précédemment. Et quelle aisance dans la maitrise du flow au  bout  des  doigts  du  pianiste ! Dans un autre registre,  ce Carbetian Rhapsody  où l’énergie circule venant autant du pianiste lui-même que de sa section  rythmique  ou  encore  ce  sombre  Four  Chords aux nappes sonores électriques comme annonciatrices du désastre.

On  aime la complicité de Grégory Privat avec Manu Codjia faisant assaut de lyrisme  fougueux (Wake up !) ou encore, autre révélation de cet album, les deux  thèmes chantés par Gustav Karlstrom (fils d’Elisabeth Kontomanou) qui révèle cette voix superbe au registre médium qui fait un peu penser à celle de  Stevie  Wonder  et qui met en valeur dans une veine un peu funky ou pop les grands talents de compositeur du pianiste.

Album  magnifique s’il en est ; «  Tales of Cyparis » a le charme de ce qui se livre immédiatement et la richesse de ce qui se découvre ensuite.

Jean-Marc Gelin

 

 


 

 

 


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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 11:36

 

Fresh Sound New talent 2013

Michael Blake (ts), Samuel Blaser (tb), Russ Lossing ( fender), Michael Bates (cb), Jee davis (dms)

 bates-blaser.jpg

Voilà plus de 10 ans que Michael Bates et Samuel Blaser se connaissent. A l'époque où ils jouaient dans les mêmes clubs de New York. Le fil ne s'est jamais rompu et ils sortent aujourd'hui un nouvel album avec leur formation + le saxophoniste Michael Blake.

Autant le dire tout de suite : ça joue à très très haut niveau dans ce quintet. Les compos vont dans plusieurs directions,  balancent entre l'esprit Ornette, celui de Mingus, de Cecil Taylor, un peu de hard bop, de climats coltraniens et d'espaces plus pop. Mais c'est Russ Lossing surtout qui apporte avec ses nappes électriques et lunaires au fender où il se montre l'égal d'un Larry Golding, l’originalité de cet album semblant porter à lui seul sur ses épaule le quintet. Ce garçon est absolument bluffant aux claviers ( écouter son intervention sur le titre éponyme) par son intelligence de la musique, par son sens de l'accompagnement par ses tuilages, assurant le liant entre des personnalités musicales assez différentes. Si les compositions manquent parfois d'accroche,  elles sont cependant empreintes d'une réelle profondeur. Climat clair-osbcur soutenu par une rythmique de haut vol. Le jeu y est totalement interactif et le niveau des solistes y est exceptionnel. Samuel Blaser comme à son habitude joue avec autant de fougue que de passion mais aussi affichant une technique hallucinante quant à l'étendue de son registre. Et l’on découvre aussi Michael Blake que l'on ne connaît pas beaucoup de ce côté-ci de l'hexagone : Sax ténor dans la lignée des anciens ( Hawkins, Lucky Thompson).

Bref , un album totalement réussi qui révèle en tous cas la qualité de ses interprètes. Ceux-ci sont assurément bourrés de talent. A suivre….

Jean-Marc Gelin

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 11:07

 

Chris Cheek (ts), Cuong Vu (tp), Benjamin Moussay (p, fder), Steve Swallow (b), Chrisophe Marguet (dms)

Abalone 2013

marguet-christophe-sextet_constellation.jpg

 

Certains ont eu la chance d’assister à ce magnifique concert donné à Coutances en mai 2012 qui lançait ce projet, un an avant la sortie officielle de l’album. Nous l’avions chroniqué ici et rangé parmi les plus beaux concerts de l’année. Il y eu ensuite celui donné à la Villette quelques mois plus tard. Toujours avec cette formation franco-américaine surprenante et atypique mais aussi si difficile à réunir.

Côté français, le batteur-compositeur associe Benjamin Moussay aux claviers à Regis Huby au violon. De l’autre côté de l’Atlantique, Chris Cheek au ténor, Cuong Vu (le trompettiste américano-vietnamien entendu dans plusieurs groupes majeurs outre-atlantique et notamment aux côtés de Pat Metheny) et Steve Swallow à la basse se sont associés à ce voyage interstellaire.

C’est donc un sextet totalement inattendu et inédit que Christophe Marguet a réuni pour un album qu’il a composé de bout en bout avec l’art d’un façonnier (sauf After the rain de Coltrane). Et puisque ce sextet est inédit, Christophe Marguet a eu à coeur d’écrire tant pour chacun de ses membres, ayant en tête leur personnalité musicale qu’avec l’idée des multiples associations possibles parvenant à créer, au delà de ces multiples combinaisons une véritable homogénéité de groupe.

On aime l'inventivité de Régis Huby dont l'apport au son de groupe est exceptionnel. On aime cet incroyable trompettiste, Cuong Vu dont chacune des phrases déchire l'espace avec passin. On aime la souplesse et l'agilité du son de Chris Cheek porteur d'incandescence oyeuse. On aime le jeu de Swallow entre basse et guitare dont la pulse essentielle se mêle toujours à la ligne harmonique avec le sens de l'essentiel et du superflus. On aime Benjamin Moussay entre piano et fender dont chaque intervention est une véritable enluminure. Et enfin on aime Marguet, coeur batteur d'un drive subtil et prolixe.

Ce que propose Christophe Marguet ici est un véritable voyage, ouvrant des fenêtres superbes, se basant sur un système de progressions harmoniques d’une incroyable richesse ou laissant place à l’improvisation maîtrisée des solistes tous exceptionnels. Le soyeux du discours de Chris Cheek, le mordant étincelant de Cuong Vu auquel Regis Huby associe parfois un son magnifique portent en soi un langage universel et dense. Parfois ces constellations sont lunaires comme sur ce satiric dancer où le discours de Benjamin Moussay au fender apporte une sorte d’apesanteur sensuelle. Parfois elles puisent dans une inspiration plus classique dans une sorte de suspension du temps. Il faut écouter Agripouli  comme un voyage rêvé sur la mer italienne où les interventions de Régis Huby empreintes de swing mêlé puis de profondeur donnent au thème une dimension onirique auquel se joignent les cordes de Swallow puis les cuivres de Cheek et Vu. Ou encore Benghazi porteur d’une tension sous-jacente s’appuyant sur la ligne de basse, sur le drive et sur les nappes flottantes de Moussay et de Huby avant que la mélodie magnifiquement portée par Chris Cheek nous laisse avec une sorte de nostalgie. Un voyage du côté du hard-bop sur Old road permet d’entendre aussi une autre facette de cette constellation jazzistique où la pulse emporte tout sous le groove d’un Steve Swallow en grande forme.

La musique de Marguet n’est jamais stéréotypée. Créatrice de sensations et d’émotions. Que ces émotions passent par l’émergence de nappes harmoniques, par l’installation de pulsations irrépressibles ou par l’urgence qu’expriment les solistes dans l’énergie de leurs discours, il y a une force vitale incroyable qui s’en dégage. Un vrai collectif. C’était le rêve de Christophe Marguet de réunir ces musiciens qui tous se sont investis dans ce projet. Ce qui passe alors entre ces musiciens exceptionnels, ce courant continu qui circule pour donner le meilleur de la musique nous transporte et nous élève. Et ce rêve se transforme en voyage merveilleux qui nous embarque du premier thème jusqu’à la dernière note de ce superbe After the rain de Coltrane. Et nous laisse la tête dans les étoiles et le rêve en bandouillère.

Jean-Marc Gelin

 

 

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 20:52


charmasson.r-jaume.a-gress-d-rainey.t_flybabyfly_w.jpgAjmiseries
www.allumesdujazz.com
www.jazzalajmi.com
Distribution Abalone Socadisc

Voilà un disque qui a pris son temps avant de paraître. En 2004, un quartet franco-américain se retrouve à l’AJMI (Avignon). Le guitariste Rémy Charmasson est le lien avec le duo américain Gress /Rainey, bien que jamais le saxophoniste André Jaume ne soit en reste, toujours prêt à se lancer dans de nouvelles aventures. Ce souffleur« branché free » de son propre aveu est un musicien de jazzs avec un « s ».
Voilà un groupe improvisé, un projet de rencontre particulièrement convaincant qui fait œuvre collective,  dans un partage à deux, trois, quatre, l’entente inconsciente, étant la condition première de toute création improvisée.
Compromis entre écriture et improvisation, cet album élégant se prête à l’exercice de formes ouvertes, rythmiquement complexes qui restent heureusement immédiates, « organiques » comme le suggérait lors de l’enregistrement le batteur Tom Rainey : écoutez donc le formidable « Rock me » de Charmasson au riff inoubliable et toxique. Une musique qui évolue de climats labyrinthiques en ambiances plus engagées et percussives avec le duo rythmique superlatif de Drew Gress et Tom Rainey, cœur d’un quartet des plus toniques qui manie l’audace dans ces rythmes volontairement fragmentés « Oubliés ».
Une formation qui joue d’évidence ses propres compositions mais sans exclusive puisque, parmi les belles pièces de cet album, se trouve le morceau inaugural « Fuchsia Norval » du saxophoniste Frank Lowe (de la Great Black Music), le « White Horses » toujours inspirant de l’ami contrebassiste Bernard Santacruz, un superbe « Cassavetes » du guitariste un peu oublié aujourd’hui, Gérard Marais.
   
La cohérence dans le jeu est telle qu’il semble difficile de reconnaître l’auteur de certains thèmes d’autant que tous les intermèdes sont des créations collectives à 2 ou 3, prédelles d’exposition, à la manière d’Alechinsky qui brodent et bordent le centre dur de la représentation.
Aucune règle ne détermine ce qui se produit là, si ce n’est une complicité intelligente alliée au travail le plus rigoureux. Ces quatre-là savent s’écouter, se chercher, se trouver par mini-solos interposés, échanger questions-réponses, dialoguer dans une virtuosité réjouissante, avec le goût de la mélodie au besoin déconstruite. Peut-être pourrait-on avancer que la brillance, l’extravagance sont la marque du guitariste qui ne tombe pas dans le piège attendu du lyrisme alors qu’ il en a toutes les possibilités, les compositions plus lentes, mélancoliques telles ce « Fumaccia » du fait d’un souffleur, capable d’une douceur extrême du jazz de chambre à la Giuffre.
Un album que l’on aime pour ce qu’il éveille dans notre imaginaire, à la recherche d’élans lumineux et d’horizons éclatés, dans un chatoyant travail de textures : clarté  et élégance de la mise en place, agencement finaud de petites pièces, pas si faciles et de compositions plus élaborées.
 Exigeant sans être jamais déroutant, pénétrant enfin, pour peu que l’on se laisse happer par ce lyrisme étrangement sinueux.

Ce bel objet au graphisme de Gianfranco Pointillo, designer fidèle aux Ajmiseries,  a vu le jour en 2013 : Jean Paul Ricard  raconte comment cet enregistrement a pu enfin paraître, traduisant une « forme de résistance à une sorte de fatalité  dans une période qui s’inquiète peu de reconnaître à sa juste valeur ce type d’expérience dès lors qu’elle n’est pas le fait de personnalités plus ou moins starifiées par les medias dont la seule préoccupation consiste à amplifier des événements qui font déjà l’unanimité d’un anonyme grand public ».
Le public aime reconnaître plus que connaître.

Si Frank Sinatra nous exhortait de sa voix de velours à le suivre dans son  « Come fly with me », le jazz étant, de surcroît, né à l’époque où se réalisait le rêve de voler, n’hésitez pas vous embarquer dans cette rutilante machine et…bon vent de toute façon !

Sophie Chambon

 

 

 

Souvenir d’un enregistrement  longtemps retardé

Work in progress de FLY BABY  FLY  printemps 2004
Chronologie de l’opération
La création s’est échelonnée sur une semaine .
•    Vendredi 5 et samedi 6 mars : Répétitions dans le but d’établir un programme, d’essayer différentes combinaisons en se faisant plaisir.
•    Dimanche 7 mars :  Départ pour l’Hérault  et concert- test à L’archipel au Lauret .
•    Lundi 8 mars et mardi 9 mars : Enregistrement au studio Lakanal de Montpellier sous la vigilance de Boris Darley, dans le studio sans piano qui correspond parfaitement à la structure de cette formation.  Départ de  Drew Gress  pour Séville où il jouait le soir suivant
•    Mercredi 10 mars : Relâche
•    Jeudi 11 Mars : Attente du retour mouvementé du contrebassiste ( son vol fut retardé à Madrid à cause des événements tragiques d’Atocha ).   21 heures : Concert à l’Ajmi comme prévu  .
•    Vendredi 12 et Samedi 13 mars :  Masterclasse  sur le rythme donnée par les musiciens, encore une occasion de jouer certaines compositions.  Perrine Mansuy se joint au groupe ravie d’être entourée par une rythmique de choc.
Vendredi 5 mars : Premier jour des répétitions
10 heures : Les Américains, toujours très ponctuels,  attendent devant l’ Hôtel de l’Horloge (sur la place du même nom, à cinq minutes du Palais des Papes qu’on vienne les chercher pour les conduire à l’Ajmi. Arrivée à « l’atelier », le travail va pouvoir commencer .
Rémi Charmasson propose des titres, Drew  Gress et Tom Rainey suivent les indications, le quartet commence à jouer.
 Rock me (babe) composition plutôt funk à la James Brown : tout de suite  le ton est donné, on est dans l’ambiance.  Indications sur la dernière phrase qu’il s’agit de faire tourner .
Souvent les échanges, interrogations, reprises concernent la façon de sortir du thème, proposent des solutions pour éviter une succession de solos, ou la répétition trop systématique de certaines phrases. C’est que visiblement les musiciens prennent du plaisir à jouer et veulent transmettre ces sensations.
 Tom propose de partir de façon totalement improvisée pour construire peu à peu l’édifice. Au lieu de se constituer un ordre des solos, il s’agirait de les rendre collectifs au contraire. Il devient vite évident que le batteur s’interroge tout particulièrement sur l’architecture des morceaux, tente en permanence de rendre plus vivante les structures .
André Jaume propose ensuite  Pour Buddy  (Collette),  autre souffleur avec lequel il joua et qui fut, pour l’anecdote, le premier musicien noir californien à jouer pour la télé :  c’est une autre esthétique, un thème plus classique  qui entraînera une discussion sur la structure des thèmes AABA de 32 mesures. Les musiciens s’interrompent, marquent au crayon quelques indications, sur les  mesures…
11h 30  A la pause, Drew Gress qui parle un français très correct feuillette le dernier exemplaire des Allumés du jazz , André Jaume sirote son café, content de la tournure des événements et de la belle vitalité de l’ensemble alors que Tom et Rémi continuent à s’entraîner sur une phrase, un accord.
On reprend ce thème plusieurs fois jusqu’au déjeuner.
12h30 Déjeuner au Grand Café qui fait partie de La Manutention : c’est la « cantine » de l’Ajmi, de très bonne qualité . Echanges  sur des souvenirs de concerts, anecdotes de la vie de musiciens, évocation de Claude Nougaro qui vient de tirer sa révérence.
14h00 Reprise avec un morceau de Frank Lowe Fushsia Norval qui « se veut étrange mais tourne bien  » . Certains  suggèrent à Tom d‘être encore plus libre,  puisque Drew et André tiennent la cadence.  Tom  toujours phlegmatique  assure sa volonté de jouer «  organic ». Ah les subtilités de la traduction. « Play it organic » est une expression essentielle en américain qui pourrait se traduire……. En tous les cas, rien à voir avec « fonctionnel ».
La partition sert à proposer, à rassembler mais tout reste ouvert à ces improvisateurs. Il n’y a jamais de version définitive. La plupart des reprises, en début d’après midi,  se feront sur tempo plus rapide. Mais le travail important est la mise en espace . Les Américains se coulent tout de suite dans les compositions et ne font des suggestions qu’à la fin de chaque pièce. C’est dire que l’interaction est rapide, pertinente.
15H 00 Un troisième thème plus free de Rémi  Charmasson Sans Histoire introduit une discussion sur la coda.
 Puis les musiciens enchaînent avec :
Valse habile (à BILL) d’André Jaume : le thème joué à la flûte induit encore un changement de rythme,de style, le A  étant plus long (16 mesures) le pont ne constituant qu’un interlude de 8 mesures…la discussion s’engage encore sur la façon de finir le morceau, retourner sur le si bémol….
 Partir au loin :  André Jaume assure que sa composition  ne sera pas retenue nécessairement, mais qu’il aimerait l’entendre avec ce quartet,  « il n’y a personne pour jouer ça en Corse… » Repris finalement dans une version plus rapide,  il conclut,  ravi : « ça sonne comme je veux ! » on a ainsi ce son chaleureux, ample, charnel.
16H 30 : Pour finir Oubliés, un hommage à Django splendide joué sur un tempo rapide .
17H30 Fin de la première journée. Les musiciens s’estiment satisfaits du travail réalisé.
Avec de tels professionnels, le travail semble  facile, tant cela se passe bien , sereinement et efficacement. Les thèmes entendus laissent présager que le disque qui n’a pas encore de titre sera un petit bijou .


Samedi 6 mars : Dernier jour des répétitions

Poursuite des répétitions sur le même rythme et choix des morceaux pour le concert du lendemain au Lauret. On prendra un autre thème de Frank Lowe (Gepetto) et Cassavetes de Gérard Marais . Discussion sur les films et aussi sur la série de Johnny Staccato qui vit débuter le réalisateur alors acteur, série culte dont la  musique était signée Elmer Bernstein.

Laissons au guitariste Rémi Charmasson le soin de finir l’article en nous donnant son « bilan » de l’opération :


CODA :
« Les morceaux joués en concert le dimanche soir ont été retenus pour l'enregistrement...
La première prise en studio chez Boris Darley  au Studio Lakanal s'est faite le lundi à 11h....
Le même jour à 18h, 80% du futur cd était dans "la boîte".
Le lendemain, 3 nouvelles versions de 3 titres étaient enregistrées pour finir la séance à 15h...
André a joué fabuleusement bien pendant cette aventure. Il est incontestablement un des meilleurs improvisateurs de sa génération avec un son et un jeu de ténor inimitable ...et Boris a une fois de plus prouvé qu'il est un des meilleurs ingénieurs du son de la planète... 
16h  Batterie et guitare chargées dans mon break, Boris sur le trottoir nous salue et nous réaffirme admiratif, qu'il n'a jamais vécu une séance aussi rapide et efficace. »

Les titres:

`

Fushia Norval ( Franck Lowe).


Sans histoire ( Rémi Charmasson)


Cassavetes ( Gérard Marais)


Oubliés ( Rémi Charmasson)


Rock me ( Rémi Charmasson)


White horses (Bernard Santacruz)


Gepetto( Franck Lowe).


Valse habile (André Jaume)

Pour Buddy n'est pas retenu pour des questions de cohérence ...
Entre les titres ont été prévus de courtes saynètes, une dizaine d’impros, des duos très courts, créent les enchaînements , les transitions 
Le titre du cd n'est pas encore arrêté, mais l’album devrait sortir dans moins d'un an.
Le quartet  tournera  en France et en Europe en mai 2005.
Qu’on se le dise !




A J M I ( Association pour le Jazz et la Musique Improvisée.)
La manutention 4, rue escaliers Sainte-Anne
84000 Avignon (France).

Email: info@jazzalajmi.com  Website: www.jazzalajmi.com



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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 08:06

 

Hative 2013

Michel Marre (tp, fch), Alain Jean-Marie (p), Yves Torchinsky (cb), Simon Goubert (dms)

 

 marre.jpg

 

Michel Marre, comme tous ceux qui sont venus à la trompette à force d’écoute des plus belles pages du bop et du hard bop, a un amour profond pour Clifford Brown. Rares sont les musiciens en effet qui ont pu, à ce point marquer l’histoire de leur instrument. Et pourtant Clifford Brown disparu tragiquement à l’âge de 26 ans dans un accident de voiture avec d’autres de ses copains musiciens est véritablement un des grands héros du jazz des années 60. Je tiens pour ma part les albums de Clifford comme les plus importants de l’hsitoire du jazz, et Clifford comme le plus grand trompettiste de tous les temps à l’instar d’un Fats Navarro, d’un Lee Morgan ou d’un Freddie Hubbard. Mais je l’avoue la liste est très longue…..

Comme un retour aux sources, Michel Marre, routier du jazz qui a bourlingué entre autre avec Mal Waldron, Sam Rivers ou encore Archie Shepp revient à Brownie et à son plaisir de jouer de bons vieux standards. Sans pour autant donner dans l’imitation. Juste un moyen d’exprimer par cet album et en compagnie d’une rythmique qui connaît bien cette affaire-là, tout ce qu’il doit à l’un de ses maîtres. Et d’ailleurs c’est au buggle que Michel Marre s’exprime le plus souvent, instrument pourtant loin d’être le medium favori de Clifford Brown. Avec de beaux arrangements ( magnifique ouverture sur Round Midnight), Michel Marre y montre ce que les trompettistes expriment souvent ( curieusement pas forcément le trait dominant chez Brown), son amour de la mélodie et du chant. En vrai chanteur de l’instrument.

Les  4 vieux briscards rivalisent de jeu subtil et émouvant avec un art consommé du savoir-faire. Alain Jean-Marie comme toujours merveilleux accompagnateur, enlumineur de tous les motifs. Yves Torchinsky en soutient de la ligne mélodie et de la pulse. Simon Goubert qui fait passer des frissons dans la musique à force de drive fin et de frémissements de peaux.

Forcément dans le choix des thèmes le sublime hommage de Benny Golson ( I remember Clifford), un thème magnifique de Michel Marre ( Espera) et quelques bons vieux standards ( We’ll be together again, Body and Soul, Baby don’t you please come home, caresless love). Au milieu de l’album quelques petites incises de pure impro qui s’insèrent malicieusement, juste pour prolonger le plaisir que ces quatre-là ont à jouer ensemble.

Et au final un album plutôt réussi entre émotion, swing et retenue. D’une certaine manière ce quartet parle d’amour. Et sans révolutionner le genre, nous murmure à l’oreille de fort jolies choses. De quoi baisser un peu les lumières et se laisser glisser au doux pays du jazz.

Jean-marc Gelin

 

 

 

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 19:30

Oboman-Ithursarry.pngAdlib production 52è Rue Est

www.moduledistribution.com

www.jeanlucfillon.com

Avec l’ alliance du hautbois et du « piano à vent », Jean Luc « Oboman » Fillon continue à jouer -et son parcours nous le prouve- avec l’originalité de cet instrument, hors contexte classique, privilégiant les particularismes musicaux, toujours à la recherche d’un son, d’un phrasé personnels. Musicien audacieux, il ose se frayer un chemin au cœur de tous les possibles, attiré par l’aventure. Et chaque album en est une nouvelle preuve, multipliant les rencontres, les essais, les recherches. Pour l’élégance du jeu, l’équilibre des voix, la couleur et la subtilité de l’anche double. Oboréades réunit cette fois Jean Luc Fillon à l’accordéoniste  Didier Ithursarry . Oboréades, dans la mythologie est lefils de Borée (vent du Nord) avec Erythie qui souffle du sud, et il peut à loisir se transformer de simple brise fraîche en tornade.

Dans cet album, la combinaison de deux timbres originaux et particulièrement inusités en jazz ne nous surprendra pas, mais il ne s’agit pas de world music, avec effets exotiques. Cultiver l’originalité en soi n’a rien de remarquable, beaucoup de musiciens du classique et du contemporain ont tenté de sortir de leur territoires drastiquement délimités  mais quand cette recherche se réalise dans un contexte adapté et insolite, après une véritable réflexion musicale, on atteint l’exception et le résultat tout à fait époustouflant confirme une intelligence musicale hors norme. Ça groove grave entre eux deux qui savent intégrer de multiples influences en un entrelacs harmonique subtil.

Dès le premier morceau « Les lavandières », nous en avons la preuve : l’album démarre sur un formidable unisson accordéon /hautbois, une petite prouesse technique. Dans « Sconclusione » au cor anglais, plus sombre et moelleux, Jean Luc Fillon se jette avec le soutien de l’accordéoniste en contrepoint, qui commente et pimente leur dialogue. Le « Chat pacha » tout en allitération, au tempo rapide, tourbillonne avant que « Frecciarossa » ne réveille subtilement quelques effluves de chansons napolitaines. Sur « Double Scotch », toujours enlevé, composition de Hermeto Pascoale, le hautbois se pête à une montée « en broderie » raffinée, brillante tout simplement. Et quant au traitement du tube « Bebe » de l’incroyable Hermeto Pascoal au « look d’albinos barbu et chevelu », le hautboïste arrive à jouer, toujours aussi rapide et leste sur des rythmes différenciés. Ainsi cette promenade qu’il nous offre est-elle pleine d’imprévus. On ne sait jamais où ces deux là nous entraînent mais on se laisse embarquer bien volontiers, confiants. Quand le talent est là…

Sophie Chambon  

 

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 19:23


choros-do-brazil---oboman-aquarela.jpgJean Luc Oboman  Fillon/ Edu Miranda/ Tuniko Goulart
Buda musique/ Soca disc


Jean Luc Fillon continue à exploiter le filon des particularismes musicaux et à braconner sur les terres de l’improvisation en adaptant cette fois le répertoire  très particulier des choros du Brésil, à savoir l’une des premières formes musicales qui présente quelques parallèles avec le jazz, puisqu’il s’inspire d’une danse afro-brésilienne ancienne, le lundu. Au début du XXème siècle, le choro se trouva en relation étroite avec d’autres styles voisins nord américains, ragtime et dixieland. D‘où l’adjonction de trombones, saxophones, percussions.... les ensembles de choros étant donc à géométrie variable.
A la rencontre de deux styles musicaux, la musique classique romantique qu’il a pratiqué à un très haut niveau et le jazz qui l’a séduit pour sa liberté, son rapport au rythme, Jean Luc Fillon est avant tout intéressé par la recherche d’un son et d’un phrasé très personnels. Il peut les développer dans la forme du choro, dont la cellule de base, le « terno », s’articulant autour de bois et de cordes, a une métrique à deux temps en forme de rondo, marquée de syncopes et de modulations harmoniques caractéristiques. Le hautbois se glisse donc ici à la place de la flûte, et reprend le rôle d’instrument mélodique avec la mandoline brésilienne ( le bandolim), la guitare ayant un rôle harmonique et rythmique.
Les choros, de tradition orale à l’origine, se retrouvent au cœur de musiques populaires beaucoup plus connues comme la samba ou la bossa nova. La danse n’est jamais très loin, en dépit de l’étymologie (« chorar » signifie « pleurer ») : les choros sont plutôt conçus sur un rythme joyeux et enlevé qui a ses origines dans la valse, la polka, certaines danses européennes... Le métissage n’est donc pas un mot galvaudé.
Dans cet album en trio, notre Oboman s’entoure de nouveaux complices, brésiliens cette fois-ci donc : le guitariste Tuniko Goulart et le mandoliniste  Edu Miranda. Le répertoire d’Aquarela, sorti chez Buda Musique, parcourt entre autres des compositions de Vinicius de Moraes, de Pixinguinha et d’Hermeto Pascoal. Il n’est pas étonnant que l’univers décalé et joyeux de ce poly-instrumentiste fou, vraiment inclassable, ait attiré notre hautboïste. Brésilien attaché au folklore de son pays, Pascoal introduisit dans des mélodies superbes tous les ingrédients de l’époque : fusion, free, avec indéniablement ce sens du rythme et des couleurs propres à la musique sud-américaine.
 Jean Luc Fillon nous fait voyager dans un même morceau entre les musiques ethniques, les folklores de nos provinces (Poitou, Catalogne) ou d’Italie (Sardaigne, Piémont) mais aussi  le jazz free ou le contemporain le plus XXème, reliés par des transitions  qui nous paraissent naturelles alors qu’elles sont du domaine de la performance. C’est formidablement festif sur le  « Chorinho pra ele » que nous avons tous en mémoire sans toujours savoir que c’est du Pascoal. Dans certains titres comme « Doce de Coco », ou « Carinhoso », le jazz apparaît très finement, avec un délicieux parfum de nostalgie : d’un coup, Oboman joue et swingue d’évidence. Notons enfin une rapidité vertigineuse, une virtuosité dans les sinuosités et  les volutes, particulièrement dans les unissons, parfaits, avec la mandoline. Jean Luc Fillon a déjà  pratiqué avec bonheur dans son CD précédent « Oboréades », le même procédé avec l’accordéon. Sa maîtrise instrumentale se révèle à ce moment là singulière. La synchronisation du rythme, de la justesse et du phrasé est parfaite, note à note, dans un style d’improvisation débridée. Un travail  de réglage impressionnant.
Un Cd à écouter rapidement.
 

 

Sophie Chambon


Choros do Brazil a été sélectionné « CD de la semaine » par FIP.

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 07:53

 

Abalone 2013

Franck Vaillant ( dms, perc), Pierre de Bethmann (p, fder), Bruno Chevillon ( cb)

 coverthisisatrio.jpg

 

Attention grosse secousse dans le petit monde du jazz hexagonal. Accrochez vous bien aux fauteuils : le batteur de Benzine, l’un des acteurs les plus créatifs du moment a décidé de bousculer de landernau et de secouer quelques unes de nos bonnes vieilles habitudes !

Car, avec cet album-choc, Franck Vaillant à l’instar d’un Bad Plus à la française (modèle assez évident) renverse ici la table et les conventions du trio piano-basse-batterie. D’emblée, dès l’écoute du premier morceau, on sait que l’on a devant nous un vrai album de batteur. Où la pulse s’installe comme LE centre de gravité. Comme Dave King, le batteur de Bad Plus, Franck Vaillant propose d’installer la batterie comme le vrai leader du trio. Et il faut alors un batteur exceptionnel et une inventivité rythmique hallucinante pour repousser la place de la mélodie ou de l’harmonie traditionnellement dévolue au piano au profit d’un discours où tous les reliefs viennent de la batterie. On pourrait craindre la démonstration à écouter Franck Vaillant passer constamment devant. Et pourtant le batteur de Benzine parvient généralement à éviter cet ecueil avec un jeu où le jazz et le rock ne se sont jamais aussi bien mêlés dans une sorte de jazz-garage pourrait t-on dire.

Car il faut aussi deux partenaires de jeu très intelligents pour comprendre cet agencement, cette nouvelle forme du trio. Où l’on découvre un Pierre de Bethmann dans un registre que l’on ne lui connaissait pas, plus engagé, plus agressif ( dans le bon sens du terme), tout en ménageant de superbes nuances. Le trio dans un exercice d’équilibriste instable absolument fascinant.

Et i y a aussi cette rencontre rarissime entre le pianiste et le contrebassiste Bruno Chevillon, totalement inattendue. Car, puisque la batterie se charge comme un vrai soliste de l’exposé des motifs, que le clavier installe les trames, il revient entièrement à Chevillon de poser la pulse ( écouter des thèmes comme Aspiracoeur ou Aqa Haw) et d’assumer avec le clavier le rôle dévolu à la rythmique. Vaillant étant lui, dans une autre approche.

Il faut ainsi écouter toute l’inventivité de ce trio dans un morceau comme Aspiracoeur où Franck Vaillant décoiffe avec des rythmes totalement décalés. Ou encore écouter ce thème un peu rock-lunaire (No return) aux contours galactiques.

De bout en bout de cet album, le trio dégage une énergie folle, totalement doppé, à la limite du tour de force.  Et Fanck Vaillant de s’imposer comme l’un des musiciens les plus passionnant du moment.

Plus qu’un power trio, cette sorte de punchy-trio exceptionnel, tenu aux forceps par des musiciens de très haute volée, va vous sortir d’une certaine torpeur.

Faire voler en éclats vos habitudes.

Le Bad Plus à la Française est né aujourd’hui. Qu’on se le dise !

Jean-Marc Gelin

 

 

 

© Juin Vinate, Live at Triton
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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 23:00

 

Michel Zenino (contrebasse, arrangements), Jean Pierre Arnaud (batterie) Olivier Temime (saxophone)

www.atoutjazz.com

www.cristalrecords.com

 Massaliajazz.png

En tant que régionale de l’équipe, on se devait d’écouter d’une oreille plus qu’attentive cet album- hommage aux compositions marseillaises et provençales, à l’heure où le petit monde culturel n’a d’yeux que pour la cité phocéenne, élue Capitale culturelle européenne, en oubliant souvent que c’est tout le territoire de Marseille-Provence, soit plus d’une centaine de communes sur le département des Bouches du Rhône qui est concerné.

Michel Zenino, Jean-Pierre Arnaud, Olivier Temime s’en donnent à cœur joie, avec une simplicité bon enfant pour célébrer leur ville, loin de la mode et de ses diktats. Comme les Américains reprenaient les tubes de Broadway, notre trio de méridionaux bien allumés, en partant de la tradition, se réapproprie le « folklore » local, assaisonnant ces bons vieux saucissons à la sauce hard bop.

 Dépoussiérant certains clichés, ils transforment en jazz  certains fondamentaux de la « culture marseillaise », à savoir «Félicie aussi » de l’inénarrable Fernand Contandin, dit Fernandel, des chansons ensoleillées de l’auteur d’opérettes, Vincent Scotto ( « Cane Canebière », « Adieu Venise Provençale » ) ou l’« Aujourd’hui peut-être » de Paul Durand, immortalisé par Fernand Sardou. Ces thèmes se refont une jeunesse insolente et énergique, joués avec la flamme (plus que la flemme ) méridionale.

Le pastaga ou petit jaune, les boules de pétanque, les filles de la Belle de Mai ( manque juste « Mon amant de St Jean » dans ces reprises ) honorent les représentations d’un Marseille d’autrefois, ce Marseille de toujours, bon enfant, servies à tue-tête par les vendeuses de poisson « ave l’assent » sur le Vieux Port ou la Canebière…

La pochette de Massaliazz  (ah ! le joli mot valise ) représente un pain cubique de savon de Marseille (il ne reste plus en fait que trois savonneries en ville et pour tout dire, le savon de Marseille se fabrique…ailleurs  ) repeint en bleu ( aux couleurs de la ville, de l’azur, de la mer …de l’O.M ). Mais on ne refait pas la légende.

Le jazz dans tout ça?  On le retrouve dans cette ville où le verbe est roi, qui, après le rap de groupes phares, aujourd’hui, célèbre plutôt le hip hop et les musiques du monde. Car traversée de tant de mémoires et d’imaginaires, la ville a toujours favorisé l’inspiration, mixant les genres les plus divers, se voulant à contre-courant ou d’avant garde. Ce trio de jazzmen « classiques »  renoue donc avec une autre tradition, car, quand on lit A fond de cale de G.Suzanne et M. Samson chez Wildproject, on découvre que le jazz était très écouté entre deux guerres et ses musiciens très actifs.

Ce trio Massaliazz  mérite  d’être écouté, avec un batteur plein d’énergie qui enlève l’affaire avec fougue, un contrebassiste auteur de beaux arrangements et un saxophoniste mieux qu’ inspiré.

L’ensemble  jazze allègrement. Jamais affranchis de leurs désormais lointains modèles, Sonny Rollins, John Coltrane, le trio puise sans réserve dans ce répertoire admiré, aimé car tellement aimable, donnant à certains thèmes une vigueur nouvelle. Avec humour, « Without a song » devient “Sans mes tongs », “Body and Soul”, « Boudiou on s’ Saoûle », « Bernie’s tune », « J.P. Mes Thunes ».

Oui, c’est du jazz, du bon, du vrai et ça fait du bien. On aurait pu entendre davantage cette musique, au moment des cérémonies et autres manifestations festives de la ville. Dans Massaliazz, tout est savoureux, parfait pour l’été, mais pas seulement, et pourra s’écouter au-delà de l’année 2013.

Absolument conseillé, sans modération !

 

Sophie Chambon

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