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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 17:44

Stefan Orins (piano), Christophe Hache (contrebasse), Peter Orins (batterie)

Attiches (Nord), 21-22 février 2017

Circum-Disc CIDI 1701/ https://www.circum-disc.com

 

Le cinquième disque d'un trio qui affiche déjà vingt années de complicité, et qui conserve intacte sa précieuse singularité. On peut s'évertuer à déceler des sources d'influence dans le piano jazz des cinq dernières décennies (Paul Bley, Bobo Stenson....), mais l'essentiel est ailleurs. Dans le désir ardent de susciter une tension permanente, et féconde, entre les trois acteurs du groupe. L'interaction va au-delà des signes repérables, qui identifient ici un dialogue, là un trilogue, ailleurs une sorte de contrepoint rythmique qui va donner naissance à univers mélodico-harmonique. Le pianiste explicite, en l'exorcisant, son titre d'album, «The Middle Way» : «C'est la voie du milieu, dit-il dans la vidéo de présentation sur Youtube, qui harmonise ce qui est visible et ce qui est invisible. La musique a ce côté à la fois matériel et spirituel ». La musique respire une envie folle de décalage, de dissymétrie (parmi d'autres, Winter always turns into spring, et aussi Ku , dont un passage me rappelle la Valse de Jacques Thollot, qu'aimait tant jouer Siegfried Kessler). Et dans cet univers tendu surgit souvent la fluidité cursive propre au jazz, comme un paisible cours d'eau entre deux cascades. Ici cohabitent, en permanence, le discontinu et le continu, dans une tension productive qui est souvent celle où s'écrit (au sens large, c'est-à-dire même quand elle est improvisée) la musique. Le disque a été enregistré 'à la maison', dans un petit bourg au sud de Lille, aux confins des anciens territoires de la Pévèle et du Mélantois. Il porte la marque de cet esprit deux fois nordiste (les frères Orins sont d'origine franco-suédoise, natifs de Roubaix, et Christophe Hache est un Camberlot - autrement dit né à Cambrai), qui lui permet de se faire entendre bien au-delà de nos frontières, et de temps à autres dans les clubs parisiens. Ce trio illustre magnifiquement une réalité du jazz hexagonal : l'excellence n'est plus rivée à la centralité parisienne ; elle s'épanouit partout où de vrais talents éclosent, se développent et durent, sans préjuger d'une quelconque territorialité qui assignerait tel ou tel à l'exiguïté d'un territoire, fût-il géographique.... ou stylistique.

Xavier Prévost

 

Un extrait sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=84eYhlPEC2c

 

En concert le 12 octobre 2017 à Lesquin (Nord), au Centre Culturel, et le 29 novembre à Paris, au Sunside

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 22:14

Laurent Coq (piano), Joshua Crumbly (contrebasse), Johnatan Blake (batterie)

Brooklyn, 31 octobre & 1er septembre 2016

Jazz & People JPCD 817004/Pias

 

Le pianiste Laurent Coq demeure un Jaywalker, ce piéton indiscipliné qui traverse hors des clous, et qu'il était en 1997 lorsqu'il enregistrait, déjà à Brooklyn, son premier disque auquel il avait donné ce titre qui lui va si bien. Après bien des escapades new-yorkaises, une installation dans cette ville durant 5 années, et une carrière riche en musiques et en débats très vifs sur la situation du jazz, il signe un disque en trio avec des partenaires états-uniens : le contrebassiste Joshua Crumbly et le batteur Johnathan Blake. L'un et l'autre sont fortement enracinés dans l'idiome du jazz, un parti pris qu'il revendique dans l'entretien accordé tout récemment à Jean Louis Lemarchand des Dernières Nouvelles du Jazz ( http://lesdnj.over-blog.com/2017/10/laurent-coq-je-suis-attache-aux-fondamentaux-du-jazz.html ). Le disque est un hymne à une sorte de famille musicale, parenté par forcément génétique (Kinship) qui le lie à des musicien(ne)s des deux rives de l'Atlantique, et d'ailleurs : chacun(e) se voit dédier un thème. Tous sont de sa plume, sauf le premier cosigné avec le bassiste et le batteur. Il leur a donné des titres choisis par les dédicataires pour évoquer les caractères propres au jazz, mais l'attribution de chaque plage a été laissée au hasard d'un tirage au chapeau. De son mentor Bruce Barth à la chanteuse souvent accompagnée, Laurence Allison, en passant par Mark Turner ou Miguel Zenon, tous ces Amis sont en fait les témoins d'un disque cohérent, où transparaît le goût d'une musique riche et dense, qui ne craint pas de rappeler qu'elle aura été, et demeure, la Grande Musique américaine. Jazz de stricte obédience, oui, mais jazz d'aujourd'hui, tourné vers le présent des langages musicaux qui s'épanouissent en son sein. Du beau, du grand piano, qui sonne, chante, et fait retentir de riches sonorités, une pulsation vive, et un lyrisme tantôt contrôlé, tantôt débridé. Le dialogue avec la rythmique est d'une permanente vivacité, et le piano s'envole quand s'impose l'instant de l'essor ; et après un trépidant labyrinthe intitulé Radiation, le disque se conclut par un solo recueilli, spectral et énigmatique, d'une troublante beauté. Beau disque, vraiment.

Xavier Prévost

.

Le trio est en tournée : le 10 octobre à Toulouse (Jazz sur son 31), les 11 & 12 à Paris, au Sunside. Puis le 14 à Gérone (en Catalogne), le 16 en Espagne, à Madrid, et le 19 au festival de Tourcoing.

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 22:00

Pierrick Pédron (saxophone alto), Carl-Henri Morisset (piano), Thomas Bramerie (contrebasse), Greg Hutchinson (batterie)

Meudon, 4-6 décembre 2016

Crescendo 5772624 / Caroline

 

Après avoir circulé dans tous les jazz(s) et leurs entours, Pierrick Pédron revient au jazz de stricte obédience pour ce disque en quartette, avec un répertoire de compositions originales forgées dans la pureté du minerai originel. J'ai lu et entendu citer à son propos, ici ou là, Parker et Konitz. Quant à moi j'entends, derrière une indiscutable personnalité sonore et stylistique, le souvenir de Gigi Gryce. Fantasme d'amateur ? Probablement.... Mais la première composition, Unknøwn, me rappelle l'énergie sinueuse, un peu mélancolique, de ce Maître oublié.

Assez parlé du passé : le présent de Pierrick Pédron, c'est une indiscutable liberté, à l'égard des codes et des langages, tout en conservant l'horizon de l'idiome. Il est en cela remarquablement assisté : le jeune pianiste Carl-Henri Morisset fait montre d'une personnalité déjà très affirmée, dans une aisance pianistique et harmonique qui force l'admiration ; Thomas Bramerie à la contrebasse, de longtemps compagnon de route du saxophoniste, pose au fil des plages les jalons d'un langage maîtrisé qui ne craint pas l'aventure ; quant au batteur Greg Hutchinson, désormais résident italien, il apporte un drive manifestement issu de l'écoute passionnée des grands batteurs du jazz moderne, mais qui correspond admirablement à l'intensité de l'instant, ce miracle permanent d'un jazz sans faux-semblants. La deuxième plage, Mum's Eyes, Pierrick l'a dédiée à la mémoire de sa mère, et c'est dans la maison familiale, en Bretagne, qu'il a composé le répertoire de ce disque. Suit un thème inspiré par sa région natale, repris de son album « Omry », dans une version fort différente. De ballade mélancolique en tempo vif et escarpé, nous avons tout loisir pour parcourir le paysage intérieur de ce grand lyrique, qui caracole d'une hommage cursif au pianiste Mulgrew Miller à une segmentation presque cubiste (Trolls) en passant par un peu de langueur avec A Broken Reed. Un paysage exploré avec la (précieuse) complicité de Laurent de Wilde, réalisateur-conseiller artistique du projet. Et pour compléter ce parcours personnel, deux versions d'une même chanson du groupe Depeche Mode, Enjoy the Silence (millésime 1990), traitée comme ces standards langoureux dont de tout temps les jazzmen firent leur miel. Bref, je n'en dis pas plus : l'écoute, et les réécoutes, furent pour mois un profond plaisir et la galette recèle encore, je crois, quelques secrets. La marque d'un Grand Disque : je pèse mes mots, persiste et signe !

Xavier Prévost

 

Le quartette sera en concert le 20 octobre à Toulouse (festival 'Jazz sur son 31') et du 23 au 25 octobre à Paris, au Duc des Lombards

 

Un condensé-express (44 secondes ! ) sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=a54Lt9UJkcc

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 07:27

Cam Jazz 2017
Antonio Sanchez (dms, samples, kybds,electr, vc)


Le batteur aux multiples awards, créateur de la musique du film Birdman et surtout teneur de beat chez Pat Metheny est certainement l’un des batteurs les plus intéressant de la scène actuelle. Régulièrement, dans ces colonnes nous vous rendons compte de ses albums sous le label Cam Jazz avec, à chaque fois un enthousiasme renouvelé. Car autant le dire, nous sommes dingues d’Antonio !
Et il ne dément pas notre fan club en publiant aujourd’hui «  Bad Hombre » où tout seul, entouré de ses machines à sample, il livre l’un des albums les plus fascinant de l’année.
Si «Bad Hombre » s’ ouvre sur un air mexicain ( sa patrie d’origine) il est vite recouvert par les nappes sonores, les lignes de basse et les riffs. Voilà d’où il vient. Voilà où il va. Et ce vers quoi il nous entraîne est inédit, sauf qu’il a peut être été marqué par les expériences de Metheny et de son  orchestrion avec la même passion de créer à lui seul de multiples trames de sons qui se juxtaposent.
Antonio Sanchez s’amuse en effet à créer des univers sonores basés sur des motifs répétitifs ( Philippe Glass en tête) sur lesquels viennent se greffer des sons électroniques et surtout des riffs de batterie impressionnants qui replacent le batteur au centre du jeu. Le soliste pour une fois c’est lui. Celui qui fait chanter les peaux de manière parfois spectaculaire comme sur Fire Trail moment culminant de « Bad Hombre ».  Antonio Sanchez est animateur et soliste. Celui qui donne du souffle à ce qui pourrait sans cela s’apparenter à une musique sérielle. C’est alors comme rentrer dans le laboratoire d’un savant fou et se laisser hypnotiser par son art. Certes on pourrait s’inquiéter de cette musique déshumanisée où les trames sont toutes électroniques et sans interventions d’autres musiciens. mais ce serait passer à côté d’un grand travail créatif qui suscite la pulse et l’imaginaire.
Dans ce travail exigeant du solo qui pourrait lasser, Antonio Sanchez parvient à ne jamais lasser. A toujours nous mettre en éveil. articulant que nous sommes à l’expérience. Cobayes volontaires d’une expérimentation sonore et polyrythmique.
Remarquable.
Jean-Marc Gelin

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 18:10

Roberto Negro (p), Emile Parisien (ss), Michèle Rabbia (dms)

Label Bleu 2017


Jeudi 5 octobre : Maison de la Culture d’Amiens
Mardi 21 Novembre : Studio de l’Ermitage


« Dadada » pour évoquer une sorte de vision dadaïste de la musique mais aussi le sens du rebondissement qu’il soit dramatique ou rythmique. Ces trois musiciens qui se connaissent depuis quatre ans ont un sens de la musique en trio suffisamment mutine pour livrer ici un objet assez protéiforme. L’album de Roberto Negro est comme l’évocation de personnages sommés de faire jouer notre imaginaire d’auditeur qui se promène dans un ouvrage subtil où se noue une sorte de partie de cache cache entre les musiciens. Il s’en dégage une force poétique rare dont tous les éléments éveillent l’attention au conte. Tout semble tapi dans l’ombre prêt à surgir derrière les jolies mélodies. De petites incises sonores remettent tout en cause, comme des sortes d’elfes qui  peupleraient de douces rêveries ( Gloria e la poetessa). Mais ne vous fiez pas trop longtemps à la ritournelle ou à la jolie mélodie, elles peuvent être interrompues à tout moment par l’irruption d’un bruit incongru. Les musiciens semblent à certains moments sur une rampe jusqu’à ce qu’à la manière d’un disque rayé, un ostinato bizarre arrête le mouvement ( Bagatelle). Et ces délicates interventions font un peu office de trublions musicaux (Poucet). Le pianiste apporte toujours la couleur, le trouble et le mystère comme sur Ceci est un merengue joué en clair obscur avec un sens poétique touchant.
Et puis parfois cela part à la manière d’un combo un peu fou. Il y a même parfois des accents Nouvelle orléans, ou même à la façon d'Ornette dans cette façon parfois facétieuse de jouer. Il n’est que d’entendre Emile Parisien sur Brimborion qui pour le coup n’a rien d’une babiole. Bechet, sort de ce corps ! Epoustouflant Emile qui apporte dans cette poésie un souffle de vie d’une force exceptionnelle !
Et comme un  trait d’union vibrant, Michèle Rabbia qui fait passer le frisson des peaux effleurées.

Dans cette scénographie passionnante il y a l’art du trio. Vous savez ce moment où les trois semblent marcher à l’intérieur d’un cercle dans un moment ininterrompu où il se suivent et se croisent. C’est qu’il y a quelque chose de la mise en espace. De l’installation contemporaine d’un art dadaïste.
Les personnages que l’on croise dans cette histoire sont fascinants, émouvants, inattendus et facétieux. Et l’ensemble est d’une réjouissante déstructuration.
Jean-Marc Gelin
 

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 23:02

Motema 2017
Jason Rigby (sax), Fabian Almazan (p), Chris Morrissey (cb), Mark Guiliana (dms)

Le nouveau petit génie de la batterie est un garçon très demandé sur la scène du jazz ! On l’avait entendu dans un formidable duo bourré de créativité aux côtés de Brad Mehldau dans le superbe album « Meliana ». D’autres, moins portés sur le jazz ont découvert son travail d’orfèvre dans l’album testamentaire de David Bowie, le chef d’oeuvre « Blackstar », travail que Guiliana poursuit aujourd’hui aux côtés du saxophoniste Donny Mc Caslin que certains ont pu découvrir cette année au Cabaret Sauvage avec le batteur dans une atmosphère où ils s’amusentà exploser les genres et à réinventer la musique avec des airs de sales gosses.

Le quartet de Mark Guiliana n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il a signé plusieurs albums en quartet dont le dernier « Family first » en 2015 où Shai Maestro prenait alors le piano. Pour le reste la formation est identique et si Fabian Almazan a prit la place au piano, Jason Rigby et Chris Morrissey en restent les chevilles ouvrières. Et c’est ainsi une formation qui tourne toute seule, qui tourne parfaitement avec deux piliers essentiels. D’un côté, à tout seigneur tout honneur Mark Guiliana en véritable orfèvre, polytrythmicien virevoltant et âme vibrante de cette partie à quatre dont il semble être le moteur essentiel. Ecoutez-le sur le titre éppnyme. Sa virtuosité est juste halluciante ( voir le vidéo ci-dessous). De l’autre, le lyrisme acéré et flamboyant de Jason Rigby qui dévore l’espace avec un sens de la phrase gourmande et libère de biens belles envolées mélodiques.
Rythmiquement c’est de la haute voltige grave aussi à l’entente fusionnelle de Guiliana et de Chris Morrissey. Car, le batteur, qui s’aventurait jusqu’à présent dans des univers plus électroniques, retourne ici à l’acoustique avec un certain classicisme.
Comme s’il était un peu moins à l’aise dans l’exercice, Mark Guiliana signe des compositions certes efficaces mais jamais vraiment transcendantes. Un peu en deçà de ce que ce quarte mérite. A l’exception peut être d’un magnifique morceau our lady sur lequel il déploie une énergie rythmique saisissante, ou encore ce Where are we now tiré de l’album de David Bowie «  The next way ».
Ce groupe qui a enregistré dans la foulée d’une tournée de deux semaines en Europe fonctionne en empathie totale et coule de source. Mark Guiliana en est le grand ordonnateur et le rouage premier.
A suivre
Jean-Marc Gelin

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 08:32
FREE, FLOW, FLY   Offerings    Andrew CROCKER

Free, Flow & Fly

Andrew Crocker

Offerings

 

Quel titre adéquat pour qualifier la musique de ce quintet entraîné par la voix et la trompette brodeuse d’Andrew Crocker qui est l' auteur des paroles et musiques ! Il chante en effet avec entrain et fantaisie, en français pour le premier titre «Art makes space» ( ! ) et «Errances» puis dans sa langue maternelle soutenu par les saxophones alto et soprano indispensables de Jean Michel Couchet. Il me semble pourtant que les textes ont moins d’importance, que le sens laisse la place au rythme, que les mots sont choisis pour leur sonorité, leur alliance : on peut une fois encore admirer la plasticité musicale de l’anglais dont les sons se fondent  dans les improvisations musicales, se disputent en toute fraternité avec le langage propre des instruments que se partagent les membres d’une belle équipe, celle de l’épatant guitariste Fred Maurin, leader de Ping machine . Voilà des musiciens hors pair qui jouent peut être du post bop mâtiné de rock progressif, s’il faut leur coller une étiquette. Qu’importe, c’est tout simplement beau, avec les envolées lyriques des soufflants et du guitariste, poussées par une rythmique de feu.

Les images et les sensations se développent autour d’une suite longue et passionnante «Offerings» qui couvre quatre titres sur les sept compositions de l’album. A la fois soutenue et festive, exubérante et mélodieuse, la musique se développe avec des textures qui s’ajointent, se superposent finement. Les interventions sont parfaitement calées, insérées par exemple, dans le jeu délicat sur «The Mind May Slip» du duo rythmique doublement raphaëlien ou rafaëlien avec Raphaël Schwab  (oui le Schwab de Schwab & Soro) à la contrebasse et Rafaël Korner aux drums.

Oui, cet album porte bien son nom, une offrande plurielle à la musique aimée, un album entêtant que l'on aura envie de réécouter, avec toutes ces résonances adroitement tissées, ces fredons qui reviennent en mémoire, des effluves de rock, du "sprechgesang", du Zappa même, du blues sur « Errances » quand opère la guitare « maurine ». Et  tous ces échos, ces petites madeleines nous parlent en bien.

Sophie Chambon

NB : on aime aussi le graphisme de la pochette et du carnet de Vincent Défossé

https://www.bing.com/videos/search?q=youtube+andrew+crocker+l+age+dor+offerings&&view=detail&mid=4841634DF9603562368F4841634DF9603562368F&FORM=VRDGAR

 

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 07:32

 

Verve 2017
Sylvain Rifflet ( saxs), Orchestre Appasionato ( Réli Riere, Véra Lopatina, Marc Desjardins, Akémi Fillon, Roxana Rastegar, Raphael Coqblin, Clmentine Bousquet, Hélène Maréchaux, Yaoré talibar, Maria Mosconi, Lilya Tymchyshyn, Arianna Smith, Jérémy Genet, Laetitia Anic, Jean-Edouard Carlier), Guillaume Lantenet marima et vib), Simon Tailleu (cb), Jeff Ballard (dms)
Arrgts : Fred Pallem
Direction: Mathieu Herzog et Raphaël Merlin

 

Sylvain Rifflet, artiste primé en 2016 aux Victoires de la Musique pour l’album « Mechanics » est assurément l’un des saxophoniste les plus intéressants de sa génération. Suffisamment reconnu en tout cas pour être aujourd’hui l’un des très rares français à avoir l’immense privilège de laisser son nom sur le très célèbre label de Norman Granz, celui sur lequel l’âge d’or du jazz a écrit parmi ses plus belles pages ( Charlie Parker, Lester Young, Billie Holiday, Coleman Hawkins  etc….). Et parmi les albums mythiques du label, il y a ce «Focus » enregistré en 1961 par Stan Getz avec un orchestre à Cordes. Getz qui figure au panthéon de Sylvain Rifflet qui voue à la tradition du jazz un culte sans limite et pour qui l’album de 1961 figure parmi les grands classiques du jazz.
C’est donc sur ce terrain-là que se situe Sylvain Rifflet en reprenant avec « Re-Focus » la matière de l’album du ténor américain. Non pas en revisitant l’album, non pas en le jouant autrement mais juste en s’emparant de son essence musicale. C’est donc Rifflet qui signe lui-même l’ensemble des compositions dont il livre une partition particulièrement aboutie. Elle vient mettre en valeur et en interaction les codes avec le travail du soliste d’une manière aussi sensuelle que subtile. C’est comme s’il déroulait un tapis de soie venant recouvrir ses volutes avec une infinie délicatesse. C’était bien tout le travail de « Focus » où les compositions d’Eddie Sauter mettaient en valeur autant le travail de Stan Getz que celui des cordes dont la partition se suffisait à elle-même.

Alors que les arrangements pour cordes, exercice auquel rêve de se confronter tout jazzman chevronné frôlent souvent le mauvais goût, ici Sylvain Rifflet ébloui. Ses compositions possèdent une force narrative exceptionnelle, s’entendant comme une succession d’histoires ou de plans cinématographiques. Les arrangements de Fred Pallem ( qui s’y connaît en musique de films !) sont, ici particulièrement subtils et laissent le soliste et l’orchestre jouer à un jeu où ils se croisent et s’entrecroisent dans une sorte de chassé croisé d’une rare élégance.
Le jeu de Sylvain Rifflet est un vrai régal d’agilité et de son maîtrisé, de lyrisme puissant et délicat à la fois. Il nous embarque et ne nous lâche plus.
Un grand disque.
Jean-Marc Gelin

 

 

 

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 14:40

OPENING

JAZZ FAMILY 2017
FRED NARDIN (p, fder, compos); Or Bareket (cb); Leon Parker (dms, pêrcus, embodirythm)

 


 
Il y a  des musiciens, y a pas à dire, ils sentent le jazz plein nez ! Ils respirent le jazz, ils transpirent le jazz, ils exhalent le jazz par tous les pores de leur peaux. Vous pouvez faire des longs discours sur la technique-ceci, la virtuosité-cela mais y a pas à tortiller, ils puent le jazz !
Fred Nardin, grand maître de cérémonie dans le formidable Amazone Keystone Jazz band ( vous vous souvenez le super "Pierre et le Loup" !?) et grand prix Django Reinhardt en 2016 semble être tombé dans la marmite quand il était petit, tout petit.
Et ce n’est pas seulement dans sa façon de faire swinguer le piano avec une facilité et une classe déconcertante, comme si la musique lui était aussi naturelle que de respirer. Ce n’est pas non plus dans cette aisance à trouver les motifs d’improvisation qui coulent de source. C’est aussi dans sa façon d’écrire des thèmes absolument magnifiques qui donnent tant de reliefs à cet album et qui semble tout droit sortis du songbook. On entend parfois dans le jeu de Nardin, des clins d’oeil à Oscar Peterson mais aussi à de grand pianistes comme Sonny Clark ou plus près de nous Keith Jarrett dont on imagine qu’il pourrait s’emparer d’un thème comme « Hope ». « Lost in you eyes »,composé aussi par Fred Nardin comme s’il s’agissait d’un classique du gospel   est un beau moment d’émotion alors que "Giant", toujours de Nardin ouvre l’album en mettant le jeu dans une veine Coltranienne ou Mc Coy Tynerienne pourrait on plutôt dire. Mais arrêtons-là l'énumération des thèmes ( dont deux Monk et un Cole Porter), puisque tout est bon dans cet Opening qui comme sont nom l'indique vous ouvrira tous vos chakras.
Et pour l’occasion Fred Nardin s’accompagne d’un duo de haute volée avec Or Bareket ( contrebassiste montant de la scène New-Yorkaise) et Léon Parker orfèvre en fioritures dentelées et compagnon de route d’autres pianistes bien connus sous nos contrées ( Franck Amsallem, Jacky Terrassons, Giovani Mirabassi).

Alors certes n’allez pas vous attendre à des grandes révolutions jazzistiques, cérébrales et ontologiques de cette musique. Elle puise à ses racines.
Et c’est comme si Fred Nardin embrassant tout d’un seul mouvement, nous disait avec un grand sourire et un optimisme échevelé : j’aime le jazz et je vais vous montrer pourquoi.
Suivez-le, dans sa démonstration. Elle est éclatante et jouissive!

 

La confirmation d'un immense pianiste.

Jean-Marc Gelin

 

 

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 11:43

Camille Productions 2017
André Villeger (ts, ss, bs, clb); Phgilippe Milanta (p), Thomas Bramerie (cb)

Concert au Sunside le 3 octobre

 

 

Il y a parfois dans le jazz des moments de grâce sur lesquels ajouter des mots semble superflu. De moments où le temps est suspendu à l’âme du jazz. Des moments où vous n’avez qu’à vous laisser porter par la beauté et le souffle.
André Villeger et Philippe Milanta nous avaient déjà donné un de ces moments avec leur précédent album ( « For Duke and Paul ») que nous avions chroniqué dans ces colonnes (Voir la chronique de Xavier Prevost). Ici c’est dans la même veine Ellingtonienne qu'ils revisitent le répertoire de Billy Strayhorn, assurément un des génie de la musique du XXème siècle et indissociablement lié à l’aventure d’Ellington. Pour cette occasion, ils s’adjoignent les services de Thomas Bramerie assigné à un rôle Blantonien dans une formule drumless qui privilégie la soie et le velours.
Avec une rare intelligence Villeger et Milanta signent des arrangements subtils, fidèles à l’esprit de Strayhorn qu’ils adaptent au trio avec une classe infinie. Respect de la forme et du fond. Même lorsque les deux compères signent leur propres compositions sur deux titres, ils restent dans l’esprit.
André Villeger, que pour ma part je situe à la hauteur d’un Guy Laffitte par sa magie du son d’une sensualité incroyable, Andre Villeger disais-je, est un connaisseur émérite de la musique d’Ellington dont il porte loin la musique depuis de longues années. On entend dans son discours combien il est imprégné de la phrase Ellingtonnienne. Combien il donne dans chacune de ses notes l’intensité exacte de la ponctuation. Villeger fait froisser légèrement le velours, souffle avec tendresse un air chaud et délicat, donne au swing le balancement élégant juste comme il faut, passe du ténor au baryton ou à la clarinette basse dans la tradition des Gonsalves, des Hodges, des Lester en portant haut cette culture du jazz qui, quoique l’on en dise passe le temps sans l’ombre d’une ride. Philippe Milanta et Thomas Bramerie se mettent au service avec le sens éclairé de l’enluminure.
Et si pour tutoyer les sommets il faut de l’amour, alors que celui que ce trio porte à Billy Strayhorn est incommensurable. Comme il se doit.
Un chef d’oeuvre.
Jean-marc Gelin

PS : A noter les liner comme toujours aussi fluides qu’érudites de Claude Carrière.

 

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