Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 juin 2023 1 05 /06 /juin /2023 18:18


Erik Truffaz (trompette), 

Marcello Giuliani (contrebasse), Raphaël Chassin (batterie), Alexis Anérilles (piano), Matthis Pascaud (guitare), Sandrine Bonnaire et Camelia Jordana (voix).

 

Blue Note/Universal.

 

       Un brin de nostalgie et un zest de modernité. Erik Truffaz écrit sa partition originale pour une sélection musicale dédiée à quelques films et séries télévisées bien connus des années 50 à 70.

 

       Le trompettiste savoyard joue la carte de la sobriété, à la tête d’une courte formation de musiciens partageant son univers, dont le « vétéran » Marcello Giulani, complice de la période « électro ». La surprise sur le plan orchestral vient de la contribution de la chanteuse Camelia Jordana, qui reprend la partie de Marylin Monroe dans ‘One Silver Dollar’, titre-culte de la ‘’Rivière sans retour’’ (River of No Return) d’Otto Preminger, composition de Lionel Newman et Ken Darby et de la comédienne Sandrine Bonnaire, récitant un extrait de César et Rosalie, de Claude Sautet, sur une musique de Philippe Sarde.

 

       Le choix du répertoire effectué par Erik Truffaz ne connaît pas de frontière et donne lieu à un parcours qui ravira les cinéphiles (et « téléphiles ») et les amateurs de BO. Jugez plutôt : outre les deux films précités, les compositeurs se nomment Nino Rota (La Strada), Michel Magne (les Tontons Flingueurs, Fantomas), John Barry (la série Amicalement Votre, The Persuaders! , où s’illustraient Tony Curtis et Roger Moore), Ennio Morricone (Le Casse), Alain Romans (Les vacances de Mr. Hulot) et idole de Truffaz, Miles Davis (Ascenseur pour l’échafaud).

 

        Une trentaine de minutes en tout et pour tout qui évoquent des sentiments aussi divers que la tristesse, l’inquiétude, l’insouciance. « Quel temps fait-il à Paris ? », la composition d’Alain Romans, à qui Jacques Tati commandera aussi la musique de Mon Oncle, vient clore sur une note alerte ce bref panorama dans un rappel de l’atmosphère des vacances à la mer des années 50.  Et si l’on retenait « ROLLIN’ » comme le disque de l’été 2023 ?

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

En concert en juin à Nice (8), Chatellerault (14) et Vauvert (30).

 

 

Partager cet article
Repost0
4 juin 2023 7 04 /06 /juin /2023 08:07

Sylvain Kassap (clarinette, clarinette basse, chalumeau), Hélène Labarrière (contrebasse)

Spézet (Finistère), sans date

émouvance emv 1047 / Absilone-Socadisc

 

Retrouvailles sur disque d’un duo qui existe depuis quelques lustres. Avec des thèmes repris de leurs répertoires respectifs, dont certains qu’il jouaient en duo lors de concerts passés. Et de nouvelles compositions aussi, comme celle, intitulée Poul an Serf, qui évoque le lieu où fut enregistré ce disque. Ou Dji-Dji, qui salue la mémoire d’un contrebassiste que beaucoup d’entre nous aimaient et admiraient. Un bouquet de dédicaces qui disent sur quoi ces deux artistes se retrouvent, et qui nous est aussi donné en partage. Profondeur du son, de la basse comme des anches ; soin jaloux des nuances ; éclats surprenants, vifs et libres ; fascinant dialogue de deux esprits connivents : un régal, un chemin de découverte, d’imprévu, d’émois soudains. Et le texte de Jean Rochard, sobrement, entrouvre pour nous la porte de l’écoute. On s’y plonge avec délices.

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube

Partager cet article
Repost0
31 mai 2023 3 31 /05 /mai /2023 09:09
OK BOOMER                  ORCHESTRE TOUS DEHORS

 

ORCHESTRE TOUS DEHORS

OK BOOMER

 

 

TOUS DEHORS | Accueil | Site officiel | Jazz | France (tous-dehors.com)

Label Tous Dehors

 

Il sont treize en piste réunis en un ensemble décidément peu commun, audacieux et débridé dans cet Ok Boomer d’une fraîcheur bienvenue .

Comment rendre compte de la formidable diversité de sons, de styles que brasse le multi instrumentiste ( saxophones, clarinettes, harmonica et cornemuse) Laurent Dehors à la tête de son Orchestre Tous Dehors, ce sacré Grand Format qui fête ses trente ans , en sortant sur son propre label un album insolent et drôle dès le titre et la pochette? Son big band s’organise concentriquement depuis sa garde rapprochée composée de l’inénarrable Michel Massot au tuba, trombone et euphonium, du pianiste Matthew Bourne, du batteur Franck Vaillant, de fidèles plus ou moins récemment acquis à la cause comme le guitariste (à 7 cordes) et banjoïste Gabriel Gosse ( actif sur “I wanna boo on the beach”), ou la saxophoniste Céline Bonacina qui l’a impressionnée depuis leur récent duo vraiment formidable. Comme le chef sait évoluer et se renouveler, il s’entoure de partenaires recrutés selon leur potentiel, “des femmes, des gars, des jeunes, des moins jeunes". Dans cette mixité recherchée, seul le talent compte et une bonne dose d’humour, de fantaisie pour s’approprier la musique de Laurent, quelle que soit la difficulté des partitions, tous s'emparant du potentiel orchestral avec une aisance souriante... qui s’entend!

Laurent Dehors a créé son propre langage, mis au point une formule singulière et festive qui, en dépit de l’hétérogénéité apparente et des influences multiples révèle sa cohérence artistique. Dès les premières notes, on reconnaît la signature de ce compositeur qui ne joue pas que sur l’humour. Des interventions brèves, des fulgurances, des éclats soudains mais aussi de superbes unissons, de la rigueur en dépit de ces "décalages oreille" qu’il affectionne. Une partition mouvementée, très élaborée, aux ruptures soudaines, tout un art du collage et du montage. Les titres sont d’ailleurs un plaisir supplémentaire qui pourrait induire en erreur comme ce “Charleston” qui ouvre l’album, totalement déjanté, volontiers dissonant qui aurait fait fuir les “flappers” les plus délurées ou cette “Polka” plus cartoonesque (avec son emprunt au “vol du bourdon”) que dansante. “Disque Jockey” n’est pas en reste avec ses petits bruits rigolos (Michel Massot), “Les Quartes en main” suit, plus inquiétant, très percussif et répétitif. Toujours dans le détournement jusque dans ses micro-citations qui surgissent abruptement parodique. Laurent Dehors aime jouer des transversalités, déjouer les musiques populaires et s’il a détourné brillamment l’opéra, les chansons d’amour, repris à sa façon le trombone dans Dommage à Glenn, cet album n’ a pas une thématique précise, ce serait comme un condensé de tout le vécu d’un orchestre avec des morceaux courts, des instantanés, d’autres plus longs qui prennent le temps de se développer  comme dans ce “Soleil” où pince-sans-rire, Matthew Bourne calme le jeu avec ce lent prélude où le silence entre chaque note s'entend avant une composition pas toujours resplendissante, plutôt élégiaque en dépit des percussions. "Heureux" n’est pas non plus le titre le plus réjouissant, constat lucide,  lancinant retour en arrière sur notre temps?

On ne perd pas de temps dans cet orchestre : à l’intérieur de chaque composition se distribuent les rôles, les interventions des solistes, les plages d’improvisations et d’équilibre entre parties mélodiques et rythmiques. Ludique et lyrique à sa façon, une poésie instantanée se dégage de ces zigzags et acrobaties jusqu’au “folklore” de ce final surprenant Taïko Blues qui, loin de résonner du son des tambours japonais nous immergerait plutôt, cornemuse en tête, dans un bagad du festival interceltique de Lorient. Pas chauvin, ce diable de Normand, fast and furious” à l’aise dans tous les déplacements et variations, envoyant un bon gros son d’une énergie incomparable. Et là, vous n'écoutez que l’album! Imaginez en live avec son sens irrésistible de la scène, la puissance de feu de cette belle machine  décuplée. Alors n’hésitez plus à le programmer !

 

Sophie Chambon

 

 

 

OK BOOMER                  ORCHESTRE TOUS DEHORS
Partager cet article
Repost0
30 mai 2023 2 30 /05 /mai /2023 20:40

Musina Ebobissé (saxophone ténor, composition), Olga Amelchenko (saxophone alto), Povel Widerstrand (piano), Igor Spallati (contrebasse), Moritz Baumgärtner (batterie)

invité sur 2 plages : Igor Osypov (guitare)

Berlin, 23-24 octobre 2020

Jazzdor Series 16 / l’autre distribution

https://jazzdorseries.bandcamp.com/album/engrams

 

Second disque de ce groupe rassemblé par un saxophoniste français formé à Strasbourg, et qui a forgé cette phalange lors de son séjour berlinois. Le premier («Timeprints», Double Moon Records) avait été enregistré en 2018. Ce nouveau répertoire fut conçu et répété durant la crise sanitaire. La musique est d’une très subtile facture : polyphonies fouillées, harmonisations serrées, contrepoint savant, mais sans ostentation. En écoutant le disque, plage après plage, j’entends défiler dans mes souvenirs beaucoup des musiques qui m’ont emballé, depuis quelques décennies : de Konitz et Warne Marsh à Mark Turner en passant par Wayne Shorter. Bref la barre est placée très haut, et le groupe la franchit gaillardement, jouant et improvisant avec une verve sans pareille.. Très belle construction des thème et de leur développement (espace d’improvisation compris). C’est «de la très belle ouvrage», et pour tout dire du Grand Art, ou pour le dire autrement de la ‘grande forme’. Car tout en préservant la liberté des interprètes, le leader-compositeur a construit des pièces, et l’ensemble du répertoire, dans un cadre à ranger précieusement sur l’étagère des œuvres (très) abouties. Du Grand Art vous dis-je !

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
22 mai 2023 1 22 /05 /mai /2023 10:17

Nicolas Stephan (saxophones ténor & alto droit, synthétiseur, trompette, clarinette alto, compositions, textes)

invité : Sébastien Brun (batterie & électronique)

Maxi 45 tours Petit Label / Modulor ; et sur les plateformes numériques

https://nicostephan.bigcartel.com/product/null-nicolas-stephan-solo

 

En vinyle, cet opus solitaire du musicien-auteur. Solitaire pour deux plages, et accompagné par l’invité sur la troisième. Deux plages au singulier sur trois. Mais ce singulier est aussi porteur d’absolue singularité, de ce qui n’appartient qu’à lui.

C’est d’abord une sorte de chant, libre et mélancolique, presque une plainte qui va se muer en virulence. Le texte en façade du disque, comme un poème mystérieux, commence ainsi

 

Zéro n’existe

Un cercle croule

Une boucle, un piège

Une cible, Null….

 

Puis une polyphonie s’installe, par la magie des machines. Une profusion qui ouvrira la voie à d’autres chants intimes.

 

Suivra un cheminement dans la multi-phonie, une incantation peut-être. Un chemin de mystère qui reviendrait sur ses traces pour les subvertir.

 

Vient enfin le duo, plus qu’un duo car saxophone et batterie affrontent un vinyle non-identifié. Autre mystère, mais dans cette densité qui conjugue concertation et hasard, le saxophone poursuit son chant. Mystérieux certes, mais fascinant.

 

Xavier Prévost

.

Concerts solo à venir, le 25 mai à Rouen (La Brique), le 28 mai à Bagnolet théâtre de l’Échangeur,et le 30 juin à Paris (Galerie Les 26 chaises)

Partager cet article
Repost0
21 mai 2023 7 21 /05 /mai /2023 21:09

Hervé Sellin (piano), Jean-Paul Celea (contrebasse), Daniel Humair (batterie). Studio Sextan, Malakoff, septembre 2021. Frémeaux & Associés/Socadisc. Sortie mars 2023.

Est-ce un clin d’œil de l’histoire ? Le concert de sortie de New Stories s’est tenu le 22 mars, le lendemain de l’avènement du printemps et aussi pour les « soixante-huitards » associé au 22 mars 68, date de naissance du Mouvement ayant conduit à l’effervescent mai 68. Soyons clair : cette soirée au Bal Blomet (75015) restera comme la Première remarquée d’un trio aussi jeune (dans l’esprit) qu’expérimenté (dans la pratique) : Hervé Sellin, pianiste et initiateur du projet, Jean-Paul Celea, contrebasse, Daniel Humair, batterie.

L’art du trio, les trois comparses en connaissent les ressorts et les subtilités. La liste serait trop longue de leurs contributions depuis les années 60 à ce format le plus usité du jazz. Loin d’en avoir épuisé les charmes, Hervé Sellin, Jean-Paul Celea et Daniel Humair se livrent ici à une fête qui consacre le partage des valeurs suprêmes du jazz, la combinaison de l’écriture et de l’improvisation. Ces trois là ne cèdent pas à la tentation de l’excès de confiance et s’épanouissent dans une écoute et un respect réciproques.

Les douze titres, dont neuf compositions d’Hervé Sellin (y compris deux signées par les 3 interprètes), sont autant de miniatures, des pièces courtes (au maximum 5 minutes et 6 secondes) dévoilant l’essentiel et laissant deviner le reste. Une alternance de plages de sérénité –en ouverture et clôture de l’album- et de moments enjoués propres à la virtuosité (jamais gratuite) et à ce que l’on dénomme, référence classique, le swing. L’amateur éclairé y retrouvera par instants des accents de Martial Solal (le goût de la surprise) sous les doigts du pianiste, la plénitude du son de la contrebasse de Jean-Paul Celea (avec ou sans archet), la précision du coloriste batteur-peintre (ou peintre-batteur) Daniel Humair.

Un album enthousiasmant qui s’annonce déjà comme un des disques de l’année et qui prend tout son sel dans son expression sur scène. Avis aux programmateurs de festivals !

Jean-Louis Lemarchand

Partager cet article
Repost0
19 mai 2023 5 19 /05 /mai /2023 21:53

Fanny Ménégoz (flûtes traversières, composition), Gaspar José (vibraphone, percussions), Alexandre Perrot (contrebasse), Ianik Tallet (batterie)

Villetaneuse, 23-24 mai 2022

Onze Heures Onze ONZ 050 / Socadisc

 

Deuxième disque de la flûtiste, et affirmation conjointe de la quête d’un jazz contemporain et d’une revendication de l’effervescence propre au jazz. Les thèmes s’affranchissent de l’univers tonal, les improvisations sont ouvertes, souvent dans un horizon modal. C’est très vif, sinueux, ça vous embarque : la flûte est d’une liberté insolente, tout en gardant l’élan thématique et ses intervalles distendus. Chaque titre nous emmène vers un univers autonome, et pourtant la constante est là, d’une esthétique aventureuse autant que maîtrisée. À la fin de chaque plage on se dit ‘où vont ils-elle nous entraîner’ ? Et chaque fois surgit un horizon neuf, une aventure musicale, un nouveau battement. Les partenaires de la flûtiste font preuve, dans leurs improvisations, de ce même goût d’une liberté qui entrevoit toujours son horizon. Libre et construit. Construit et libre. Comme le jazz. Une réussite.

Xavier Prévost

.

Le groupe est en concert le 24 mai 2023 à Paris, à La Petite Halle, en co-plateau avec le groupe Phonem de Maïlys Maronne

.

Un avant-ouïr sur Youtube

Partager cet article
Repost0
18 mai 2023 4 18 /05 /mai /2023 11:23

Adrien Moignard (guitare), Diego Imbert (contrebasse)

Saint Laurent du Mottay (Maine-et-Loire) 14-16 juin 2022

Label Ouest / Hachette distribution

 

Cela fait des années que j’écoute Adrien Moignard avec grand plaisir, et admiration. C’est l’Ami Franck Bergerot qui avait attiré vers lui mon attention. Le 23 janvier 2010, jour du centenaire de la naissance de Django Reinhardt, je l’avais invité à donner en trio un concert ‘Jazz sur le Vif’ au studio 105 de la Maison de Radio France. La veille, il jouait à Copenhague avec le big band de la Radio Danoise : les Scandinaves ont toujours accordé une attention particulière au prolongement du jazz manouche en Europe. Lors de ce concert, il n’y eut pas que des compositions de Django, ni même que des thèmes de son répertoire : par exemple le trio joua So What de Miles Davis. Ce que j’aime chez ce guitariste, c’est la liberté avec laquelle il prolonge cet héritage, liberté harmonique, autonomie du phrasé…. Le retrouver, 70 ans après la mort de Django, dans ce disque sur les compositions du guitariste (et aussi un thème co-signé par Stéphane Grapelli), c’est redécouvrir son art de dire sa singularité dans l’approche de cet univers. La complicité du contrebassiste Diego Imbert, orfèvre ès-duo, y contribue largement. La sonorité de la guitare chante comme on respire, et les phrases de l’improvisation, côté guitare comme à la contrebasse, s’engagent dans des méandres qui nous transportent au-delà de l’univers de référence. On est tout à la fois chez Django et ailleurs, du côté de ce que le jazz a produit depuis 1953, et que le Prince du jazz manouche entrevoyait dans sa période ‘électrique’, vers 1947. Le choix d’Adrien Moignard est de jouer un instrument acoustique - choix constant chez lui – avec ici des cordes nylon, confirme cette singularité. Et de plage en plage la réussite est constante : les thèmes de Django sont comme revivifiés, sans le syndrome naphtaliné qui affecte parfois de telles entreprises. Belle réussite, et considérable plaisir d’écoute.

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube

 

Partager cet article
Repost0
16 mai 2023 2 16 /05 /mai /2023 19:34

Laurent Cugny (piano électrique, arrangements, direction), Pierre de Bethmann (piano électrique), Laurent Coulondre (orgue), Manu Codjia (guitare), Jérôme Regard (contrebasse), Stéphane Huchard (batterie), Antoine Paganotti (batterie), Quentin Ghomari (trompette), Martin Guerpin (saxophone soprano), Stéphane Guillaume (clarinette basse), Clément Daldosso (contrebasse), Élie Martin-Charrière (batterie)

Villetaneuse, septembre 2022

Frémeaux et Associés FA 8601 / Socadisc

 

Le retour au disque de Laurent Cugny, avec un nouveau groupe, qui rassemble des partenaires de haut vol, entre ceux qui ont accompagné sa carrière, et la nouvelle génération. Deux batteries (l’historique Stéphane Huchard en permanence, et en alternance Antoine Paganotti & Élie Martin-Charrière), deux pianos Fender et un orgue Hammond B3, une seule contrebasse à la fois, et des solistes inspirés : Manu Codjia, Martin Guerpin, Stéphane Guillaume : une affiche de rêve au service d’une idée musicale, celle de Laurent Cugny, manifestement partagée par tous les membres du groupe. C’est comme la rencontre des tropismes du pianiste-arrangeur-leader (Miles Davis période électrique, Joe Zawinul….) et de sa culture, de Duke Ellington aux Beatles en passant par Joni Mitchell et Pat Martino. Avec en filigrane l’ombre tutélaire et bienveillante de Gil Evans, auquel il a consacré un livre décisif, et qu’il avait aussi accueilli dans son orchestre à la fin des années 80 pour une tournée européenne et deux disques. Deux compositions originales qui reflètent exactement les aspirations esthétiques de Laurent Cugny (foisonnement dans la lisibilité, liberté des solistes qui sont totalement en phase avec l’esprit de la musique). Et cet esprit va prévaloir, de plage en plage, dans la reprise de thèmes extrêmement divers : l’incroyable arrangement de  I Want You (Lennon-McCartney) va restituer, via le traitement des instruments à vent notamment, une vocalité expressive qui fait renaître l’impact de l’original. Ou encore L’air que l’on respire, de Michel Jonasz, que je ne connaissais pas, et dont je découvre les ressources dévoilées par le magicien Cugny et ses comparses. L’esprit du jazz, en somme, qui consiste à se réapproprier toutes les musiques pour en faire son miel. Le Mood Indigo d’Ellington se trouve paré d’habits neufs, sans être aucunement trahi ; etc…. etc…. La magie des alliages et des textures (3 claviers, 2 batterie) combinée à la force des solistes (que l’on devine tout à la fois dirigés et libres) fonctionne en permanence. Toutes les plages sont fortes, et ce disque est une absolue réussite, de sa première à sa dernière minute.

Xavier Prévost

.

Le groupe sera en concert le 17 mai à Paris, à l’auditorium du site Jussieu de la Sorbonne (festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés), le 9 juillet au Saint Omer Jaaz Festival (Pas-de-Calais) & le 4 août au festival de La Londe (Var)

.

Quelques avant-ouïr sur Youtube

https://youtu.be/Nh3ELA7vrnQ

https://youtu.be/leLhUVem-sI

https://youtu.be/ureQXIq4Co4

Partager cet article
Repost0
6 mai 2023 6 06 /05 /mai /2023 23:03

Le label de l’ingénieur du son-musicien Jean-Marc Foussat a publié récemment deux nouveaux disques, où il dialogue avec Urs Leimgruber et Carlos Zingaro d’une part, et avec Sylvain Guérineau d’autre part ; et deux rééditions venues l’une du label In Situ, qui rassemble Daunik Lazro, Carlos Zingaro, Sakis Papadimitriou & Jean Bolcato, et l’autre du label Potlatch, qui associe Daunik Lazro, Carlos Zingaro, Joëlle Léandre & Paul Lovens

 

JEAN-MARC FOUSSAT & SYLVAIN GUÉRINEAU «Rustiques»

Jean-Marc Foussat (synthétiseur, piano, voix, jouets), Sylvain Guérineau (saxophone ténor, clarinette basse)

24 novembre 2022, Montbarrois (Loiret)

Fou Records FR-CD 49 / Les Allumés du Jazz

https://www.fourecords.com/FR-CD49

 

Ici le dialogue se noue sous l’égide de Jacques Prévert, entre liberté corrosive et tendresse du son et des sens. Libre donc, comme l’air….

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=sB9NTl3HVw8

 

JEAN-MARC FOUSSAT, URS LEIMGRUBER & CARLOS ZINGARO «L’Aile d’Icare»

Jean-Marc Foussat (synthétiseur, voix), Urs Leimgruber (saxophones ténor & soprano), Carlos Zingaro (violon)

Bignac (Charente), 22 mars 2019

Fou Records FR-CD 44 / Les Allumés du Jazz

https://www.fourecords.com/FR-CD44.htm

 

Qu’est-ce qui, de l’envol ou de la chute, détermine le cours des choses, et de la musique donc. «Le mystère des choses, où est-il ?» nous dit le poème de Fernando Pessoa, sur le livret du CD. Ne le cherchons pas, laissons venir à nous ces sonorités vibrantes de sensations et d’images. Elles nous conduisent au terme du poème : «Les choses n’ont pas de signification : elles ont de l’existence. Les choses sont l’unique sens occulte des choses»

 

 

LAZRO-ZINGARO-PAPADIMITRIOU-BOLCATO «PeriΦeria»

Daunik Lazro (saxophones alto & baryton), Carlos Zingaro (violons électrique & électro-acoustique), Sakis Papadimitriou (piano), Jean Bolcato (contrebasse & voix)

Vandœuvre-lès-Nancy, 10-12 avril 1993

Fou Records FR CD 43 / Les Allumés du Jazz

https://www.fourecords.com/FR-CD43.htm

 

Dans le texte du livret le pianiste Sakis Papadimitriou évoque l’origine du titre en grec ancien, et tout ce qu’il transporte de sens induit, de rêves et de dérives. Entre le périmètre du cercle, le fait de porter la vie ou le sens, l’odyssée d’Ulysse ou le tournoiement du derviche, c’est un espace ouvert, et donc libre, qui s’est offert aux musiciens. Tous ensemble , ou par dialogues transversaux, ils nous entraînent dans cette liberté, la leur, qui devient nôtre autant que nous choisissions de les suivre. Le plaisir et la surprise sont au bout du chemin. Suivons-les avec bonheur.

 

 

MADLY YOU

Daunik Lazro (saxophones alto & baryton), Carlos Alves ‘Zingaro’ (violon), Joëlle Léandre (contrebasse, voix), Paul Lovens (contrebasse, scie musicale)

Le Blanc-Mesnil, 22 mars 2001

Fou Records FR CD 46 / Les Allumés du Jazz

https://www.fourecords.com/FR-CD46.htm

 

 

Pour évoquer cette musique, simplement citer cet extrait du livret, signé P.L. Renou : «Deux secondes à peine ont suffi à Joëlle Léandre, Daunik Lazro, Carlos Zingaro et Paul Lovens pour parapher d’une main collective ce silence d’avant la musique, dont la déchirure, si elle ne procède pas de lui, la soumet aux emprunts arbitraires qu’on a dits, qui l’inféodent aux langages communs, l’adressant ainsi à une oreille commune». Tout est dit, qui nous prépare à écouter ce nouveau miracle de l’improvisation collective, dont le quartette a cultivé dès longtemps le secret

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0