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17 février 2022 4 17 /02 /février /2022 19:11
FRED PALLEM & LE SACRE DU TYMPAN

 

FRED PALLEM & LE SACRE DU TYMPAN

Réédition Street machine/ Kuroneko

 

Sortie le 18 février

 

 

Compositions et arrangements, basse électrique– Fred Pallem,

Alto Saxophone, Sopranino Saxophone – Christophe Monniot,

Baritone Saxophone, Alto Saxophone, Soprano Saxophone, Flute – Rémi Sciuto,

Bass Saxophone, Sopranino Saxophone,Tenor Saxophone – Fred Gastard,

Cornet, Vocals – Médéric Collignon,

Bugle, Trumpet –Fabrice Martinez, Guillaume Dutrieux, Yann Martin,

Tenor Saxophone, Sopranino Saxophone – Matthieu Donarier,

Drums – Vinz Taeger,

Flute, Piccolo Flute – Aude Challéat,

Glockenspiel, Vibraphone, Xylophone – Nicolas Mathuriau,

Guitar, Banjo – Ludovic Bruni,

Piano, Synthé,orgue – Vincent Taurelle,

Trombone – Daniel Zimmerman, Julien Chirol, Lionel Seguy, Pascal Benech,

Tuba – Renald Villoteau

 

Une réédition bienvenue sous forme de CD mais aussi de vinyls avec une pochette vintage d’ Elzo Durt qui m’a rappelé, allez savoir pourquoi, celle de Déja Vu du mythique CSN&Y, pour le côté rétro sans doute, alors qu’il faudrait aller voir du côté de l'imagerie de Wes Anderson dans Moonlight Kingdom. C'est que le cinétempo est au coeur de l'univers de Fred Pallem depuis longtemps.

On avait oublié la magie de cette musique du Sacre du Tympan (quel titre magnifique dû à Serge Rosenberg, journaliste à Politis ), formation qui apparut comme un OVNI, il y a 20 ans, avec la fine fleur du jazz français, musiciens frais émoulus du CNSM pour beaucoup, les meilleurs solistes de l’époque, la génération de Baby Boom, les Donarier, Monniot, Sciuto, Zimmermann...

Ces vingt musiciens constituent le “Sacre de l’Ouïe” selon la formule de Fred Goaty (Jazzmagazine et Muzik) qui a recueilli, dans les liner notes, petit carnet fort instructif, les impressions des membres de l’orchestre, certaines à l’époque et d’autres aujourd’hui, vingt ans après.

Un projet électrique et électrisant pour une formation luxueuse aux vives couleurs, avec les arrangements brillants, inventifs d’un maître en la matière, Fred Pallem. Fou de funk, de musiques vintage qu’il savait déjà moderniser, soul master au plus près de la Black music, celle qui court de la fin des années soixante à la fin des années quatre vingt, le chef de l’insolent Sacre du Tympan s’est confectionné un orchestre sur mesure, un collectif puissamment cuivré qui sonne avec une vitalité réjouissante: 2 sax alto, 2 sax ténor, un sax baryton, 1 sax basse, 3 trompettes, 1 cornet, 3 trombones et 2 basse, 1 guitare électrique, 1 guitare basse, et une section rythmique d’acier , dominée par un Vinz Taeger impérial à la batterie, gardien du tempo et de la structure. Car le rythme ne faiblit jamais avec ces 20 musiciens à pied d’oeuvre sur le champ de manoeuvres!

Dès un premier titre épatant ( regardez la vidéo de 2002), on est plongé au coeur du chaudron, bonheur rare de voir et revoir -on ne s’en lasserait pas, cette “Procession d’illuminés” avec le solo décapant de Rémi Sciuto. Quelque chose de “cartoonesque” indiscutablement, dans le rythme fou et un retour du cinéma encore et toujours, celui deTim Burton à son meilleur avec les musiques de Danny Elfman. Oui, cette musique inouïe, il fallait la voir autant que l’écouter! Un soupçon de Nino Rota, pas vraiment du Bernard Herrmann. Fred Pallem aimait déjà, assurément- mais pas encore au point d’en graver une cire -cela viendrait après, la musique du génial François de Roubaix, l’homme-orchestre, touche-à-tout, autodidacte qui jouait avec les timbres et instruments bizarres, composait, bricolait dans son “home studio” l’un des inventeurs de musique de film, à la française, avec Michel Magne dans laquelle le jazz, le rock avaient grande part.

Le bassiste leader du Sacre est toujours un formidable arrangeur, il a fait son chemin depuis et participé au programme de Fred Maurin pour le dernier ONJ, sur Ornette Coleman, à sa place dans un programme qui danse, Dancing in your head, plus que sur l’autre volet, Rituals.

Avec la suite de titres qui mettent en jambes irrésistiblement comme le “Dancing fool” du "singing fool" de Frank Zappa. On ne fait pas que danser dans sa tête avec cet orchestre, idéal pour se démarquer des autres grands formats, un vrai groupe de jazz avec la puissance de feu d’un groupe de rock, un mélange entre Genesis et Stan Kenton.

Peu d’orchestres sonnaient alors aussi intelligemment tout en restant très accessibles. Stimulant l’imagination, en racontant des histoires de cow-boys au galop (fantastique «A l’Ouest» désorientant rodéo, en accéléré à la Benny Hill). C’est volontiers potache, délicieusement régressif, on sent que les musiciens s’amusent en osant beaucoup, même si cette musique réglée au cordeau n’est pas facile. Un univers burlesque pour ne pas dire déjanté, mais aussi onirique dans cette suite en quatre volets, inspirée du Little Nemo de Mc Kay (“Au fond de l’oreiller”, “Des lits avec des jambes”, “Poursuivi par des éléphants géants” où s’illustre Donarier, “Réveil” où comme le personnage, on se retrouve par terre!).

On est  aussi dans le conte, la fantaisie, dans un jazz pluriel que l’on regarde comme au cirque, en attendant jeux et numéros.“Une de perdue, une de perdue” en est tout à fait exemplaire avec les élucubrations vocales du trublion Médo avant son solo au cornet, et la tellurique prise de son de Fred Gastard qui lui emboîte le pavillon.

Composée en alternant subtilement tempi et climats, sans perdre jamais la cohérence du montage, toujours bondissante avec des écarts inattendus, la musique est rendue avec une efficacité fougueuse par cet équipage dans un désordre juste apparent, emballements, échappées libres et embardées, suivis de moments plus tendrement rêveurs. Nous voilà happés sans pouvoir reprendre souffle  avec des moments de grâce pure dans “C’est l’Illyrie, Madame”, une guitare cristalline qui insuffle douceur et lyrisme dans ce monde velu, une ballade rêveuse, romantique. Pas le temps de s’émouvoir, survient un titre farfelu, trivial même “Et pour quelques fayots de plus”, back chez Davy Crockett, au pays du western spaghetti, façon pasta  e fagioli, avec des nappes gazeuses au synthé.

La nostalgie est de mise en redécouvrant les débuts de cet orchestre inclassable des premières années du millénaire. Un vif plaisir d’écoute en tous les cas. Fortement conseillé, cet album sera notre prescription de rentrée de vacances.

 

Sophie Chambon

 

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17 février 2022 4 17 /02 /février /2022 15:24

Tony Malaby (saxophones ténor & soprano), Ben Monder (guitare), Michael Formanek (contrebasse), Tom Rainey (batterie)

Astoria (New York), 24 juin 2021

Pyroclastic Records PR 18

https://tonymalabypyroclastic.bandcamp.com/album/the-cave-of-winds

 

Marc Ducret était le guitariste du premier CD de ce groupe, enregistré en 2000 (Arabesque Jazz AJ0153), mais Ben Monder l'avait précédé dans la première mouture du quartette, qui n'a pas laissé de trace phonographique, et avec ce disque il revient dans le jeu. La musique, composée par le saxophoniste (sauf une plage improvisée collectivement), procède de son univers coutumier. Ici un thème fortement ancré dans le jazz (la première plage) va se dissoudre progressivement dans les lignes très libres qui s'entrecroisent dans une sorte de contrepoint à la partie de saxophone ténor. Et dans la plage suivante l'improvisation collective va dessiner l'autre rive de ce langage qui irrigue la totalité du disque, entre fines constructions audacieuses et déchaînements expressifs. Avec, tout au long du CD, une intensité musicale et une cohérence esthétique qui nous captivent.

Xavier Prévost

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La maturation de ce disque est le prolongement des groupes de travail presque clandestins que Tony Malaby a rassemblés pendant les confinements sous un pont du New Jersey, et où se sont succédés Tim Berne, Mark Helias, William Parker, Kenny Warren et quelques autres : 5 CD à découvrir ici

https://tonymalaby.bandcamp.com/ 

Et aussi sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=ih-dtMCxuMg&t=2s


 

Tony Malaby sera en tournée avec Angelica Sanchez & Tom Rainey,

le 22 mars à Strasbourg (Jazzdor) , et le 24 mars en Avignon (AJMI)

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15 février 2022 2 15 /02 /février /2022 21:57

Wadada Leo Smith (trompette), Vijay Iyer (piano, piano électrique, orgue, électronique), Jack DeJohnette (batterie & percussion)

New York, 22 novembre 2016

TUM CD 060 / Orkhêstra

 

Paru à la fin de l'année, mais enregistré voici plus de 5 ans, un hommage très personnel du trompettiste-compositeur, et de ses partenaires, à Lady Day. Le thème-titre, composé par le trompettiste, commence par une sorte d'ouverture intense et mystérieuse du batteur, jouant des timbres en virtuose. Puis vient la trompette, entre cri et mélancolie, tandis que le piano pose des accords aussi sombres que tendus. Ensuite c'est une composition du pianiste, où la voix de Malcolm X, traitée en fragments, semble épaissir un mystère attisé par les effets électroniques. Suit une pièce composée par Wadada Leo Smith en hommage à Anthony Davis, partenaire historique du Golden Quartet du trompettiste : cette fois c'est fureur et mystère, associés. Le disque se poursuit avec un classique du batteur, qui a joué ce thème dans toutes les configurations, y compris en piano solo : escale mélancolique et déchirée (le son de la trompette, avec sourdine, surfant sur le dilemme entre justesse et expressivité), qui nous ramène dans le vif du sujet, avant une dernière plage, concise, en forme d'impro collective façon fusion libertaire. Il ressort de ce répertoire d'apparence composite une constante d'intensité, d'engagement, d'expressivité : le plus bel hommage à Lady Day.

Au même moment, juste avant l'hiver, et sous le même label, paraissait ce coffret de 4 disques qui reprend 4 pièces enregistrées par Wadada Leo Smith en 2015 et 2018, en quartette, avec Henry Threadgill (puis Jonathon Haffner), John Lindberg & Jack DeJohnette. Ces 'Chicago Symphonies' ne font pas référence aux grands effectifs de la musique classique européenne, mais à la légendaire Symphony For Improvisers (1966) de Don Cherry. Un ensemble d'une belle intensité, à découvrir d'urgence.

Xavier Prévost 

 

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14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 09:30

Sylvain Cathala (saxophone ténor, compositions), Olivier Laisney (trompette), Benjamin Moussay (piano), Frédéric Chiffoleau (contrebasse), Maxime Zampieri (batterie)

Les Lilas, 4 décembre 2020

Le Triton TRI-21564 / l'autre distribution

 

Un disque enregistré au Triton à l'issue d'une résidence de création, lors d'un concert sans public, peu de temps avant la fin du second confinement de l'année 2020. France Musique avait enregistré ce concert pour une diffusion dans l'émission 'Jazz Club' du 12 décembre. Le disque restitue l'essentiel de ce concert, non dans la prise de son en 'direct 2 pistes' réalisée par la radio, mais dans un enregistrement multipiste de l'équipe du Triton, mixé quelques semaines plus tard.

Comme toujours, Sylvain Cathala fait valoir la singularité de sa démarche. Jazzman accompli, il développe une ambition formelle, nourrie des libertés conquises par le jazz depuis une quarantaine d'années, des libertés qui concernent autant la combinaison des rythmes que les lignes mélodiques distendues ou les harmonies en tension presque permanente. Il en résulte une musique qui est à la fois intensément vivante, à fleur de peau, et pourtant toujours inscrite dans la perspective d'une forme élaborée, en mutation constante. Dès la première plage la ligne de saxophone s'énonce sur un mode qui mêle mélancolie et pulsation, chant et sinuosité. La trompette se joint à ces phrases qui essaiment en de multiples bifurcations, arbitrées par le surgissement d'un solo de piano. Le langage se joue de la tonalité sans toutefois la récuser. C'est tendu, expressif, riche d'invention. Ce sera ainsi de bout en bout : un jazz vivant qui ne se contente pas de s'écouter vivre, mais qui chaque fois s'offre l'ambition de franchir la balustrade du possible. Et tous les membres du quintette sont engagés dans ce qui devient une sorte de création collective. À écouter, et déguster, avec l'attention qui s'impose. Y revenir permet de dévoiler encore un nouvel horizon : l'assurance que l'on est bien en présence d'une œuvre, au plein sens du terme.

Xavier Prévost

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Lien de réécoute du Jazz Club du 12 décembre 2020 sur France Musique

https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/jazz-club/sylvain-cathala-au-triton-4853350

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La vidéo du concert sur le site du Triton (accès payant, 2 €)

https://vod.letriton.com/trit-on-air-les-replays/04122020-20h30.html

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Un extrait de 6 minutes sur Youtube 

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13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 21:39

Geoffroy Gesser (saxophone ténor, clarinette, réalisation des entretiens), Simon Henocq (électronique), Prune Bécheau (violon), Aymeric Avice (trompette), Joel Grip (contrebasse), Francesco Pastacaldi (batterie), Cécile Laffon (montage des entretiens), La Peuge en mai (compositions et improvisations)

Pantin, La Dynamo des Banlieues Bleues, 31 janvier 2020

Coax Records COAX044PEUG

https://www.collectifcoax.com/label/la-peuge-en-mai

 

Une entreprise artistique et musicale hors du commun : en 2016, le saxophoniste Geoffroy Gesser enregistre un entretien avec ses grands-parents à propos de leur enfance pendant la seconde guerre mondiale, puis de la vie ouvrière aux usines Peugeot de Montbéliard. De ce premier recueil de témoignages est né le désir d'en savoir plus sur les grèves de Mai 1968 dans cette région et autour de cette entreprise très symbolique d'une époque et de son industrie. Le musicien recueillera ensuite la parole de 15 femmes et hommes, témoins de ces événements plus que marquants. Un montage des entretiens est réalisé, dans un esprit de documentaire sonore. Et les musicien(ne)s vont construire autour de ce document sonore une œuvre singulière qui pourrait être un atelier de création radiophonique de France Culture, et qui est un concert : poing levé, mémoire en éveil. Le disque (CD et LP) fait revivre le quatrième concert public de cette belle aventure aussi musicale que puissamment sociale. La musique est en dialogue avec les témoignages, avec parfois des séquences qui jaillissent comme autant d'insurrections musicales. Inclassable, et totalement pertinent, à tout point de vue.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

 

Concert de sortie du disque le mardi 15 février à 20h30 à Paris, au Carreau du Temple, dans le cadre de l'émission "A l'improviste" d'Anne Montaron pour France Musique

Infos en suivant ce lien https://www.maisondelaradioetdelamusique.fr/evenement/emission-en-public/concert-limproviste-5

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13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 17:29
HEALING ORCHESTRA       FREE JAZZ FOR THE PEOPLE

HEALING ORCHESTRA FREE JAZZ FOR THE PEOPLE

 

 

Paul WACRENIER : direction et composition, piano, vibraphone

Invité Sylvain Kassap : Clarinette et Clarinette basse

 

Fanny MENEGOZ : flûtes

Sarah Colomb : violon

Xavier BORNENS et Leo JEANNET: trompettes,

Arnaud SACASE sax alto, Jon VICUNA: sax baryton, Jean-François PETITJEAN: sax ténor

Victor Aubert /Blaise Chevalier: contrebasse,

Mauro BASILIO: violoncelle,

Benoist RAFFIN: batterie, Sven CLERX: percussions

Prise de son, mixage, mastering : Ananda Cherer

 

 

On est dans le vif du sujet, le vif d’un jazz jeune et vigoureux avec le Healing Orchestra qui, sur le label LFDS, sort un double album dont la genèse a été quelque peu perturbée par la pandémie. Le projet de cet ensemble depuis sa création est de donner à entendre des formes diverses du  free jazz, musique libre, organique : The Fraternity Suite ( sur le CD2 ) composée de trois parties Fraternity, A rare but pleasant feeling, Blooming in Tough days fut enregistrée en live en janvier 2020 lors du Festival SONS D’HIVER, au Théâtre Jacques Carat de Cachan, deux partenaires essentiels de l’enregistrement. Des jours difficiles allaient arriver, puisque les autres compositions ont été captées sans public au Petit Faucheux de Tours, autre soutien précieux, en octobre 2020. Une histoire mouvementée pour ce double album, enfin sorti le 1er février 2022.

Il faut écouter sans a priori cette musique de Paul Wacrenius, pianiste, percussionniste (qui s’est aussi intéressé à la bombarde bretonne, à la Kalimba, M’bira de la tradition Shona, Likembe des musiques urbaines congolaises et Guembri), compositeur, à la direction de cet orchestre Grands Formats de 13 musiciens épatants.

Free Jazz for the people s’adresse à tous, réjouissant, flamboyant, baroque au sens d’irrégulier, en équilibre instable; l’orchestre déconstruit, exacerbe jusqu’au débordement, faisant craquer les coutures, mais aura aussi un effet apaisant, si ce n’est curatif, sur les plages douces, dans cette ballade dédiée à Mal Waldron, “Spirit of Mal”, où le collectif accompagne de façon totalement improvisée.

Une acalmie provisoire également après le déluge du premier morceau “Article 35 de l’an 1”, tout un programme en soi, un manifeste de lutte révolutionnaire, puisqu’il s’agit d’une référence à la constitution, jamais appliquée de l’an 1, soit 1793.

Une esthétique parfaitement définie et coordonnée dès la pochette dont on apprécie les vibrations colorées, le graphisme dense, joyeux de Maïda Chavak. A l’intérieur, la palette explosive et lumineuse, graffitée de citations de William Parker (Revolution is a life-time process...We live, breath, think and walk in the rhythm of this vision…) entoure les notes toujours excellentes d’ Alexandre Pierrepont qui prolonge et développe les mots de William Parker.

La beauté de la forme est démesurée et elle coule à flot. 

Ces mots lourds de sens engagent un programme structurant, radical et pourtant simple. La forme vient après, seulement vecteur de cette vision. La connection est faite,  pont entre l’AACM et Paris et le leader Paul Wacrenier fait partie de la deuxième génération de The Bridge, entreprise de longue haleine, réconciliatrice des musiciens de free américains et européens. Une aventure initiée par Pierrepont, réflexive et réversible, une succession de voyages aller-retour, de traversées de l’Atlantique avec des équipages différents pour chaque sens! C'est une démarche unificatrice pour une musique qui suit les recommandations, jamais édictées en précepte, prônant débordement, ensauvagement.

Les musiciens s’exécutent, dirigeant par exemple notre attention vers ce “Confluences”, qu’il faut écouter toute affaire cessante, la pièce la plus folle : tous se jettent dans la bataille du son, se jouant de la structure qu’ils respectent pourtant dans une succession de solis vifs et de merveilleux unissons de tous les pupitres comme dans un vrai big band.

La rythmique ( batterie, percussions, vibraphone du leader qui abandonne aussi son piano) est souple et soutenue, en tension permanente; les cuivres musclés, les trois sax sonnent comme un seul homme et les deux trompettes strient la matière sonore, sans oublier les cordes, les flûtes et le chant de Fanny Menegoz.

La mise en scène virevoltante et inspirée souligne un dérèglement réglé justement car dans cet engagement collectif, sans direction établie, cet élan très impulsif, les arrangements sont de la troupe. Et pourtant ça ne part pas dans tous les sens. Dans ce champ passionnément complexe, l’interprétation fièvreuse obéit à des choix tranchés, le jeu paraît débridé alors que l’ensemble très soudé permet à chacun de se retrouver et de vivre pleinement sa partie au sein du groupe. Le son jaillit dans tous ses états et éclats dans des textures rugueuses, mais soyeuses grâce aux cordes ou aux flûtes.

 Virevoltant dans la rigueur, cette musique ardente dans ses commencements est à savourer aussi dans une introspection plus douce ( “Pouvoir du dedans”), exaltée par les solos du vétéran qui garde intacte la flamme, le clarinettiste Sylvain Kassap, suivi des solos respectifs de Blaise Chevallier à la contrebasse, Mauro Basilio au violoncelle, et Sarah Colomb au violon. Voilà magnifiée une science subtile des couleurs et de leurs nuances, des rencontres de timbres insolites qui fusionnent bien.

Accrocheur, pugnace, tendre aussi, cet orchestre gravit des pentes abruptes, expérimentales qui ne déplairont pas aux non initiés. Si cet album mérite l’écoute, entonnons une fois encore le slogan ajmien

Le meilleur moyen d’écouter du jazz c’est d’en voir! 

 Voici donc indiquées les dates des futurs concerts, près de chez vous peut-être, car ces performances méritent d’être suivies en live où l’on saisit pleinement la teneur poétique, la maîtrise à un tel niveau d’intensité et de justesse de ces formes ouvertes, suffisamment libres pour qu’on les reprenne et retravaille, qui se démultiplient, construisent en déconstruisant, soufflent et apaisent aussi. Tous ces musiciens portent ce style à son acme, à la suite des grands qui ont montré la voie, le Liberation Orchestra, le supersonique et vrombissant Sun RA, et Charles Mingus dans ses workshops impulsifs, en recherche d’un certain désordre mis en scène avec soin.

Une musique addictive, catharsis à coeur et ciel ouvert qui fonctionne sur une durée, justement adaptée. Plus que réjouissant!

Sophie Chambon

 

4 Mars 2022 Le Petit Faucheux, Tours (37)

29 Mars 2022 au Studio de l'Ermitage, Paris 

26, 27 & 28 mai 22 résidence-concert à La Fraternelle, Saint-Claude (39)

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11 février 2022 5 11 /02 /février /2022 16:22
IDANTITÂ FLORIAN FAVRE

IDANTITÂ FLORIAN FAVRE

Piano, piano préparé, voix

 

Sortie le 21 janvier 2022

CONCERT DE SORTIE 8 Février au SUNSET

 

www.florianfavre.com

 

Traumton records Traumton - Label, Musikproduktion & Studios

 

Florian Favre a déjà beaucoup enregistré dans toutes les configurations possibles, en solo, duo, avec son propre trio créé en 2011 et en quintet. Huit albums à son actif et des projets très variés comme ce Neology dans lequel ce pianiste Suisse s'essaie au slam.

Il est certain que pendant le premier confinement, il y a bientôt deux ans, nous nous sommes tous interrogés sur le futur, la vie d’après et les artistes avec plus d’acuité, car ils ont vécu cet isolement en n’ayant souvent d’autre ressource que de travailler seul leur instrument.

Lors de cette période d’angoisse, propice à toutes les interrogations existentielles, Florian Favre est retourné chez lui, dans la région de Fribourg et s’est mis à travailler un solo que nous écoutons aujourd’hui, Identitâ, après son précédent Dernière Danse en 2014.

Sur les douze titres de cet album, quatre compositions sont de sa plume dont la première éponyme, mais il est allé puiser aux sources du pays natal en adaptant des compositions qui parlent au coeur des Helvètes, celles du maître de chapelle Joseph Bovet. Ce nom ne nous évoque pas grand chose, à nous Français, mais si je vous dis “le vieux chalet”…un fredon resurgira, une madeleine pour moi, une boîte à musique que mes parents avaient acheté en Suisse justement, lors d’un séjour dans le canton de Fribourg. Un chalet d'où sortait cette musique qui égrènait :

"Là-haut sur la montagne, était un vieux chalet

Mur blanc toit de bardeaux

Devant la porte un vieux bouleau..."

Terriblement exotique pour moi mais le pianiste en donne une version enlevée qui transfigure la mélodie simple de cette chansonnette, avec un final très expressif.

Ce sont des histoires de lutins, de montagnes, d’exil, de beauté naïve sur un beau pays, un imagnaire collectif revisité afin de monter qu’une tradition, figée est une tradition morte”...Objectif réussi, on ne saurait mieux dire.

C’est après la réussite esthétique d’un petit film tourné sur le lac de Gruyère, pour le thème populaire “Adyu mon bi payi” que Florian Favre a recherché d’autres morceaux entendus et chantés parfois jusqu'au ressassement dans les chorales,  selon la tradition dans chaque village du canton de Fribourg. Il sait faire résonner son piano de son jeu alerte, vigoureux, jamais mièvre et rendre ces mélodies tout de suite accrocheuses.

L’album est conçu avec soin dans une intelligente alternance des thèmes: sur quelques pièces de sa composition, il cherche et obtient ce son de caisse claire en triturant, farfouillant, bricolant dans le ventre de l’instrument. Il se sert d'un piano préparé, avec l’écharpe dont il ne se défait jamais, coincée dans les cordes par exemple sur “Dont’ burn the witch”, morceau en 5/8 plus percussif de ce fait, aux accents métalliques, aux motifs secs et répétitifs.

Une seule composition est de Cole Porter “I Got a crush on you” qu’il délivre avec humilité sur un tempo lent, qu’il revisite en explorant la part de l’ombre d’un amour peut être non partagé. Rien à voir avec la version solaire de Sinatra, sûr de lui quand il proclame son béguin. Et cette interprétation est sans doute un hommage plus juste au véritable tempérament du songwriter américain.

Si Florian Favre avoue travailler comme un fou les standards américains et apprendre tous les jours de la fréquentation des grands pianistes comme Oscar Peterson ou Bill Evans, il confie que les Suisses n’osent pas s’accaparer un patrimoine musical qui ne leur appartient pas. Une question de légitimité et quand il est question de racines et d’identité, autant aller puiser dans les ressources  de son pays. Une démarche intègre qui me fait songer au trio cent pour cent helvète de Humair/Blaser/ Kanzig dans leur 1291. L’Amérique reste un territoire fantasmé cependant, une source d’inspiration et s'il existe des convergences, Florian Favre s'amuse à les traiter finement  dans “Our cowboy”, en pensant aux gardiens de troupeaux suisses. Avec une interpétation chaloupée, dansante, un certain swing, on est dans un film, un western dans les alpages...

Ecouter ses émotions, s’affranchir peut être de ce que l’on ne veut pas être, aller plus loin, Florian Favre ne se limitera pas au seul folklore suisse : il rêve d’ expansion peut-être, en introduisant des instruments de cultures différentes comme le oud, de se retrouver non plus au coeur mais à un carrefour d’identités.

Lyrique mais jamais sentimentale, atmosphérique, fougueuse, cette musique semble le fait d’un groupe et non d’un seul homme. Le pianiste a su admirablement gérer les qualités harmoniques, mélodiques et rythmiques de son instrument, swingant comme un combo pour le moins dans “La fanfare du printemps”, un titre qui est une gajeure en solo!

Avec une grande sincérité dans son engagement pianistique, Florian Favre sort un album combatif et plein d’espoir. Avec cette version triste, romantique de Cole Porter qu’il a gardée pour la fin, il évolue en équilibre sur des émotions pures, modifiant les climats de sorte que l'album s’écoute d’un trait. Recette instinctive et pourtant réfléchie que l’on adopte instantanément. On se désaltère à cette source fraîche, ayant envie d’y replonger très vite.

Sophie Chambon

 

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8 février 2022 2 08 /02 /février /2022 19:29

Sébastien Texier (saxophone alto), Gautier Garrigue (batterie), Henri Texier (contrebasse)

Les Lilas, 27 février 2021

Label Bleu LBLC 6743 / l'autre distribution

 

Un nouvel exemple des musiques nées du confinement : au printemps 2020, le contrebassiste a pris l'habitude de jouer régulièrement avec son fils Sébastien, confiné comme lui, et qui réside dans le même village de l'Essonne. Et le répertoire s'est naturellement tissé, entre des standards du jazz et d'anciennes compositions. À l'orée du troisième confinement, ils se sont retrouvés sur la scène du Triton pour un concert sans public, et avec le renfort du batteur Gautier Garrigue, partenaire régulier depuis plus de 5 ans. Un concert diffusé en direct sur France Musique dans l'émission 'Jazz Club' d'Yvan Amar, concert prolongé d'une enregistrement pour Label Bleu. Le répertoire, et le disque, sont à l'image des libertés que donne cette formule du trio : plaisir des standards, joués dans la richesse de leur évidence mélodique (Round About Midnight, Besame Mucho) ou abordés 'à la hussarde' en entrant directement dans l'improvisation et la paraphrase, en esquivant l'exposé du thème. Sur What Is This Thing Called Love, Sébastien Texier pratique cet exercice de voltige, cher au regretté Lee Konitz, et qui consiste, dès la première mesure, à se jeter dans l'inconnu avec pour seul filet la trame harmonique. Avec un thème du batteur, un autre du saxophoniste, et deux anciennes compositions du contrebassiste, c'est un programme qui fait vibrer l'essence même de cette formule instrumentale : clarté des lignes, liberté d'une interaction rendue plus grande encore par un effectif intime, avec un espace privilégié pour l'expressivité et le lyrisme. Le nouveau thème composé par Henri Texier, Bacri's Mood, est une évocation du comédien Jean-Pierre Bacri, mort quelques semaines avant l'enregistrement du disque. Comme une touche supplémentaire de cette belle mélancolie qui traverse quelques plages du disque, et nous va droit au cœur.

Xavier Prévost

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Le trio jouera le 9 février à Auxerre (au Silex), le 12 à Paris (Théâtre de l'Athénée) et le 25 à Tours (Petit Faucheux)

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Un avant-ouïr sur Youtube

 

Sur le site du Triton, une entrevue du contrebassiste avec Stéphane Olivier

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6 février 2022 7 06 /02 /février /2022 19:35

Deux nouveaux CD, deux rencontres de leaders, et deux albums marquants. Pour OGJB Quartet, c'est le deuxième disque, après « Bamako », enregistré trois ans plus tôt. Et pour l'autre CD, c'est la réunion de trois musiciens qui, à des moments différents, ont été les partenaires de Cecil Taylor

The OGJB QUARTET «Ode to O»

Oliver Lake (saxophones alto & soprano), Graham Haynes (cornet, electronique), Joe Fonda (contrebasse), Barry Altschul (batterie, percussion)

New York, 7 & 8 juin 2019

TUM Records TUM CD 058 / Orkhêstra

 

Chaque membre apporte des compositions, que complètent des titres conçus collectivement. La première plage, qui est le thème-titre de l'album, est signée Barry Altschul. C'est un hommage à Ornette Coleman, dont le souvenir nourrit une partie de cette musique. Au fil des plages tend en effet à prévaloir une conception tendue de la musique, sur le plan mélodique comme dans les harmonies. Et ce goût d'aller loin, jusqu'au bord du point d'équilibre, à la limite entre la continuité du rythme et l'explosion en vol. On trouve aussi, comme chez Ornette, des thèmes lents et mélancoliques, dont les phrases déchirées marquent la fin d'un monde musical et sa mutation. Le tout respirant un esprit de profonde liberté, qui s'épanouit encore dans les deux plages totalement improvisées. C'est à la fois un manifeste pour une histoire assumée (celle du free jazz) et pour son prolongement dans le présent ; et, à ce double titre, précieux.

 

ANDREW CYRILLE, WILLIAM PARKER & ENRICO RAVA «2 Blues for Cecil»

Enrico Rava (bugle), William Parker (contrebasse), Andrew Cyrille (batterie)

Paris, 1er et 2 février 2020

TUM Records TUM CD 059 / Orkhêstra

Enregistré à Paris (studio Ferber), au lendemain d'un concert au festival Sons d'Hiver, ce disque restitue les traces d'une aventure doublement commune : celle que fut, pour chacun d'eux, le fait de jouer avec Cecil Taylor, et celle aussi qui consiste à se rassembler dans le souvenir de ces expériences pour donner naissance à de nouvelles musiques.

©Luciano Rossetti 

 

Quatre improvisations, dont deux blues (hétérodoxes et pourtant reliés à l'esprit de cette musique, et au sens de l'évocation de Cecil Taylor), et deux digressions très libres, chargées de l'esprit du jazz. Et aussi des compositions de chacun d'eux, où l'individualité se fond dans le projet collectif. Pour conclure, ce sera un standard, My Funny Valentine, peuplé par le souvenirs des fantômes (Miles, Chet) et pourtant doté d'une singularité neuve. Le grand art du standard en somme : pétrir le passé pour un horizon encore inédit. Bref ce trio est vraiment une belle rencontre, pour un grand moment de musique.

Xavier Prévost

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4 février 2022 5 04 /02 /février /2022 09:24

Bill Charlap (piano), Peter Washington (contrebasse), Kenny Washington (batterie).
Studio Sear Sound, New-York. 24-25 mai 2021.
Blue Note/Universal.

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Un quart de siècle! Le pianiste Bill Charlap joue en trio avec Peter Washington, contrebassiste et Kenny Washington, batterie, depuis 1997. Et même s’il n’existe aucun lien de parenté entre Peter, californien, et Kenny, new-yorkais, ces trois là s’entendent et s’écoutent comme « larrons en foire ».

 

Avec le temps, ils sont parvenus à un état de grâce fait de lyrisme, de sensibilité, cet art de dire tant avec si peu. Leur dernier album s’intitule « Street of Dreams », une composition de Victor Young datant de 1932.

 

Les autres titres enregistrés fleurent bon aussi le répertoire classique du jazz et des musiques improvisées, relevant ainsi de l’univers de Duke Ellington (Day Dream, œuvre co-signée avec Billy Strayhorn, et The Duke, hommage de Dave Brubeck) ou de Michel Legrand (What Are You Doing The Rest of Your Life, de la bande originale de The Happy Ending en 1969).

 

Tout effet est banni dans cet enregistrement soigné par un ingénieur du son de référence (James Farber), on se laisse emporter au fil des notes. Que demander de plus ?

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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