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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 18:08

Arnaud Roulin (piano, synthétiseur, électroniuqe, accordéon, percussions),Frédéric Galiay (guitare basse, voix), Edward Perraud (batterie, voix, électronique), Laurent Bardainne (saxophone ténor, voix, synthétiseur), Fabrice Martinez (trompette, bugle, voix, percussions), Thomas de Pourquery (saxophone alto, voix, électronique, percussions, composition)

La Frette-sur-Seine, juillet 2016

Label Bleu LBLC 6723 / L'Autre Distribution

 

Après «Thomas de Pourquery & Supersonic Play Sun Ra», publié en 2014, on guette dans cette nouvelle mouture l'ombre du Mage interstellaire. Et si la troisième plage est bien un thème d'icelui (WeTravel The Space Ways), il semble que l'on puisse écouter ce disque sans le subordonner à cette référence, hormis peut-être le goût d'une liberté sans limites (fussent-elles inter-galactiques). L'énergie est folle, à n'en pas douter, mais elle n'oblitère ni le talent de composition/arrangement, ni l'irrépressible groove, et moins encore cette faculté de chanter avec douceur ou violence, d'improviser en toute liberté sans perdre de vue les sources plurielles du langage choisi à l'instant ''T''. Tout se mêle ici, dans un état de conscience comme décuplé qui semble viser le pur bonheur de jouer, l'horizon d'une jouissance musicale sans frein. Tous les musiciens sont impeccables d'engagement et de pertinence. C'est une fête de l'oreille et de l'esprit, l'occasion de se rappeler que l'on pense aussi avec ses oreilles (et même avec ses pieds, quand la danse s'en mêle). Jouissif ? Alors jouissons, une fois libérés de nos entraves stylistiques !

Xavier Prévost

 

Le groupe fait l'ouverture du festival Tendance Jazz d'Amiens  le 8 mars 2017. Et il donnera un concert de sortie du disque à Paris, à la Gaîté Lyrique, le 25 avril.

 

 

Un des thèmes du disque, dans une version de scène, sur Youtube

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 09:39

Après un disque en quartette («Mikado», Grand Prix Jazz de l'Académie Charles Cros 2014), le pianiste revient en trio, ou plutôt en trios : deux CD, deux combinaisons trianguliares suscitées par deux approches musicales distinctes ; et deux incontestables réussites.

 

«The Party»

Paul Lay (piano, composition), Clemens Van Der Feen (contrebasse), Dré Pallemaerts (batterie)

Malakoff, 6-10 juin 2016

Laborie Jazz CDLJ 41 / Socadisc

 

Avec «The Party», c'est le trio de jazz dans sa forme canonique, avec contrebasse et batterie, et le choix du jazz tel qu'on l'identifie généralement. Mais ce trio-là ne ronronne pas. Le piano du studio Sextan est d'une qualité rare. Paul avoue avoir mis quelque temps à en apprivoiser les ressources, mais le résultat vaut le détour : précis, soyeux, l'instrument délivre du pur cristal, des harmoniques très riches, mais aussi des grondements telluriques. Le pianiste a scénarisé le répertoire d'une manière programmatique, comme le ferait un album concept. Mais l'essentiel est ailleurs : dans la richesse d'inspiration des compositions (très variées dans leur conception), et dans la parfaite coïncidence avec une idée du jazz qui englobe l'esprit des standards (alors qu'il s'agit exclusivement de compositions originales, excepté le magnifique I Fall In Love Too Easily conclusif, en solo). La grande aisance du pianiste n'a rien d'ostentatoire, et les phrases qui jaillissent sont d'une pertinence qui n'exclut pas la surprise. La connivence est parfaite avec Clemens Van Der Feen et Dré Pallemaerts, déjà présents sur le disque en quartette : Paul Lay a manifestement trouvé les partenaires qui conviennent idéalement à son approche du trio, la structure de ses compositions leur laisse tout l'espace pour s'exprimer, et ils maintiennent dans le déroulement de la musique une effervescence permanente. Décidément, ce disque est une totale réussite !

 

 

«Alcazar Memories»

Pauyl Lay (piano), Isabel Sörling (voix), Simon Tailleu (contrebasse)

Malakoff, 30 mai-3 juin 2016

Laborie Jazz CDLJ 40 / Socadisc

 

L'autre trio, c'est celui du disque «Alcazar Memories», avec la chanteuse suédoise (et souvent parisienne : elle a étudié au Conservatoire de Paris) Isabel Sörling. L'idée maîtresse de ce trio, c'est de relire en toute liberté la chanson populaire, qu'elle soit suédoise ; française.... ou américaine. Le contrebassiste du trio, Simon Tailleu, était membre du premier trio de Paul Lay, pour le disque «Unveiling», en 2010. Simon Tailleu est de Martigues, presque marseillais donc : quoi de plus naturel que de le retrouver dans une évocation de l'Alcazar de Marseille ? Quoi qu'il en soit, Vincent Scotto (Adieu Venise provençale) revit dans une version très singulière, au côté d'Amour et Printemps, valse qui fut très populaire, signée par le Strasbourgeois Émile Waldteufel, (que l'on appelait à la fin du XIXème siècle le Wagner français ! ). Il y a place aussi pour des chansons originales, composées par le pianiste. La chanteuse a signé nombre de textes ; elle traverse les langues et les langages musicaux avec un naturel confondant, incarnant chaque chanson dans un registre différent, et réinventant dans l'ultime plage The Man I Love. Ce trio-là est aussi une vraie réussite. Un an après le prix Django Reinhardt de l'Académie du jazz, l'année 2017 pourrait bien être encore marquée par le talent de Paul Lay.

Xavier Prévost

 

Les deux CD sont également disponibles en un coffret Laborie Jazz LC 24585 / Socadisc

 

Les deux trios joueront le 15 mars à Paris au Café de la Danse

 

Le trio «The Party» se produira le 7 mars à Charleville-Mézières, le 16 à Agen, le 17 à Limoges, le 18 à Marciac, le 19 à Orthez et le 30 à la Criée de Marseille

 

Le trio «Alcazar Memories» jouera au Château de Maintenon (Eure-et-Loir) le 12 mars, et les 6 & 7 avril à Guebwiller

 

Découvrir «The Party» sur Youtube

 

Découvrir «Alcazar Memories» sur Youtube

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 22:13

Vincent Bourgeyx (piano), Matt Pennman (contrebasse), Obed Calvaire (batterie)

Invités : David Prez (saxophones ténor & soprano), Sara Lazarus (voix)

Meudon, mai 2016

Fresh Sound New Talent FSNT 516 / Socadisc

 

Un nouveau disque de Vincent Bourgeyx, c'est toujours une bonne nouvelle. Le Bordelais, formé au Berklee College de Boston, a fait un début de carrière aux U.S.A., et la scène française a de ce fait peiné à l'identifier jusqu'à l'orée des années 2000. C'est pourtant son cinquième disque en leader, et une fois encore une magnifique preuve de jazzité, de swing et de partage artistique. À la basse, son ancien condisciple de Boston, Matt Pennman. À la batterie, Obed Calvaire, Américain de Miami originaire d'Haïti, entendu avec Wynton Marsalis comme avec Ambrose Akinmusire, Mark Murphy ou Jacques Schwarz-Bart. Les compositions originales sont sinueuses à souhait, car le musicien aime musarder entre les tonalités (tonuler comme disent certains, pour évoquer ce qu'improprement on qualifierait de modulation). Les thèmes sont motivants, la rythmique est d'une qualité extrême, David Prez au ténor sur six plages (et sur une seule au soprano) est d'une pertinence musicale constante, et dans un évident plaisir de jouer. Sara Lazarus, magnifique d'interprétation et de diction, comme toujours, nous régale de standards peu visités (I Got Lost In His Arms, d'Irving Berlin, et I've Grown Accustomed To His Face, de Lerner & Loewe). Les plages en trio sont épatantes de swing et d'inventivité : l'idiome est maîtrisé, magnifié même, et les clichés sont gaiement contournés : Tune Up, de Miles Davis, est de ce point de vue plus qu'éloquent. En solo ce sera une courte valse sur un thème original, et un standard (For All We Know), phrasé avec une ferveur presque vocale après une intro tissée de méandres. On se précipite, surtout si l'on a pas encore eu le plaisir de découvrir ce très bon pianiste.

Xavier Prévost

Un aperçu sur Youtube en suivant ce lien

 

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 18:14

Bruno Chevillon (guitare basse, contrebasse, électronique, tambourin, voix), Éric Échampard (batterie, voix), Benjamin de la Fuente (violon, guitare ténor, électronique, slide guitar, voix), Samuel Sighicelli (orgue, échantillonneur, synthétiseur analogique, piano électrique, piano, voix)

Pernes-les-Fontaines, juillet et novembre 2015

La Buissonne RJAL 397027 / PIAS

 

Troisième disque du groupe, et toujours une musique de tous les paradoxes. On entre dans l'objet phonographique par une longue plage qui mêle les rêves fusionnels des années soixante finissantes, entre Pink Floyd et Led Zeppelin, où pop expérimentale, rock dur, musique électroacoustique et électronique s'entrelaçaient dans un horizon prospectif légèrement psychotropique. L'aventure se poursuit, de plage en plage, en convoquant toutes les ressources artistiques, qu'elles soient instrumentales, stylistiques, théoriques ou technologiques. Ce qui frappe pourtant, au-delà de tout, c'est la puissante énergie vitale qui se dégage d'une telle rencontre : l'improvisation interactive, et la liberté offerte au pulsionnel, semblent se sublimer dans un indiscutable sens de la forme. Forme mouvante et instable, et qui pourtant se donne à lire comme telle. Certaines plages (I Wonder...) offrent un déroulement d'apparence plus linéaire, selon une sorte de crescendo dramatique amorti par l'étrangeté de l'espace sonore. La plage suivante, 1064° C (point de fusion de l'or), nous ramène en plein rock psychédélique. Et ainsi de suite.... Chaque étape défie toute taxinomie fiable pour un tel objet musical. C'est totalement fascinant, d'une netteté sonore incroyable, et l'on se dit que cette musique parlera forcément à ceux qui aiment le jazz. On est loin d'Armstrong et de Parker, mais pas si loin de l'espace ouvert en 1969 par Miles Davis avec «Bitches Brew». Non que la musique de Caravaggio ressemble en quelque manière à celle de Miles, mais parce qu'on y trouve une sorte de liberté insolente, d'aspiration à la métamorphose, qui habite le jazz dans son meilleur. C'est indiscutablement une musique de l'avenir, et pourquoi pas l'avenir de la musique (en tout cas l'un de ses possibles).

Xavier Prévost

 

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 22:25

 

Roy Nahanson (saxophones, voix), Curtis Fowlkes (trombone, voix), Bill Ware (vibraphone, piano électrique, voix), Brad Jones (contrebasse, voix), Sam Bardfeld (violon), E.J. Rodriguez (percussions, batterie, voix), Ben Perowsky (batterie). Invité : Marc Ribot (guitare)

Brookyn, sans date

Enja yellowbird YEB-7766 / L'Autre Distribution

 

La suite des aventures de ce groupe hors norme, toujours décalé, mais solidement implanté dans les sources du jazz, quitte à les détourner avec force barrages, dérivations et autres captations. Dès l'abord, il y a cette nostalgie de Mingus, avec un groove obstiné, survolé de multiples incantations improvisées et hyper expressives (Paris, le premier titre, un hommage au festival Banlieues Bleues, dont le groupe est un hôte quasi permanent). Roy Nathanson parcourt la gamme des saxophones, du soprano au sax basse, et son compère (et comparse) Curtis Fowlkes n'est jamais en reste d'une improvisation exacerbée. Et pourtant, sous cet apparent désordre des sentiments, la musique est millimétrée, pleine de surpises et autres rebonds. On caracole ainsi d'un presque classique du Rhythm'n'Blues à une espèce de jazz fusion tendance soul, mais le jazz est partout, dans les solos, dans l'esprit (un peu punk aussi, héritage de leur proximité avec les Lounge Lizards). Et parfois même carrément pop. Et pourtant on marche, on court même, tant l'énergie et l'engagement sont au rendez-vous. Le groupe fête son trentième anniversaire : cinq des membres d'origine sont au rendez vous de plage en plage, et Marc Ribot, qui fut aussi de l'aventure originelle, se joint à eux pour un titre. À certains égards on reste fidèle au jazz des origines, quand art singulier et divertissement se confondaient en un langage émergeant qui partait dans les années 20 à la conquête du vingtième siècle. Déconcertant, corrosif, abouti et jouissif : que demander de plus ?

Xavier Prévost

 

Le groupe sera une fois encore au programme du festival Banlieues Bleues, à la Dynamo de Banlieues Bleues le 14 mars. Programme détaillé – du 3 mars au 31 mars- en suivant ce lien 

 

THE JAZZ PASSENGERS «Still Life With Trouble»
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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 22:12

Pierre Bœspflug (piano, composition), René Dagognet (trompette & bugle)

Strasbourg, octobre 2016

Cristal Records – Latitudes 5.1 LAT 6 / dist. numérique Believe Digital

 

Deux musiciens de Lorraine que l'on a aussi entendus hors de leur région, séparément ou ensemble, notamment dans l'Ensemble Bernica, auquel s'est associé François Jeanneau. Deux orfèvres sur leur instrument, et deux chercheurs de voies singulières. Le disque fait suite, 10 ans après, à un premier duo, «Matinale». On oscille ici entre jazz de chambre contemporain, valses mélancoliques et langoureux vertiges improvisés. Le jazz et les musiques savantes de la première moitié du XXème siècle dialoguent dans les compositions du pianiste, et les énergies libertaires se glissent dans les trois plages totalement improvisées, qui pourtant gardent en vue l'horizon d'autres langages musicaux. Très beaux son et phrasé du souffleur, à la trompette comme au bugle, lyrisme de tous les instants chez les deux partenaires, le pianiste soignant tout spécialement le perlé, la netteté autant que la profondeur des résonances. Bref une vraiment belle musique, inclassable : son caractère irréductible en fait le prix. Au programme une seule pièce exogène : Zipper'teaseuse, composée par François Jeanneau et Daniel Humair au temps béni du trio Humair-Jeanneau-Texier. L'entente entre les deux musiciens est de parfaite connivence, dans les nuances comme dans les coups d'éclats. Le disque s'est produit en financement participatif, un tiers reste à pourvoir, et on peut encore s'y associer (et ainsi l'acquérir en support physique) sur Ulule jusqu'au 3 mars 2017 en suivant ce lien.

Xavier Prévost

 

Le duo donnera un concert pour la sortie du CD, le vendredi 3 mars 2017 à la MJC Desforges de Nancy

 

 

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 12:13

Craig Taborn (piano, électronique), Chris Speed (saxophone ténor, clarinette), Chris Lightcap (contrebasse, guitare basse), Dave King (batterie, percussions électroniques)

New York, 5-7 mai 2016

ECM 571 3805 / Universal

 

Décidément, Craig Taborn se confirme comme l'une des figures prééminentes de la scène d'aujourd'hui, côté piano, improvisation et composition. Un récent concert en solo, au festival Sons d'hiver, nous avait fait découvrir un artiste à la conquête de nouveaux espaces sonores et musicaux (voir le compte rendu chez nos amis de Jazz Magazine). Ici, en leader d'un quartette, pour son troisième disque chez ECM (et le septième sous son nom), il donne la pleine mesure de son talent singulier, qui conjugue un formidable sens de la forme, des nuances et du contrôle des dynamiques, avec une capacité inouïe à déplacer les limites de l'improvisation. Et de surcroît, il transmet cette faculté à ses partenaires (qui sont, il est vrai, tous de très haut vol) en les embarquant dans un espace où liberté et rigueur, écriture et improvisation, se mêlent, se démêlent et s'emmêlent avec bonheur. L'univers est d'une étendue impressionnante, conjuguant les intervalles très distendus de la musique dite contemporaine avec une sens de la pulsation qui n'appartient qu'au jazz. Rien d'excessivement abstrait ici pourtant, car le lyrisme et l'expressivité prévalent, effaçant d'un trait toute dérive vers l'opacité guindée. Les compositions (de sa plume, excepté un thème de Roscoe Mitchell) sont sinueuses, et recèlent des bifurcations inattendues, des détours formels troublants, avec ce sens de la construction que l'on trouvait naguère chez Andrew Hill : un univers balisé, et qui pourtant permet aux solistes improvisateurs de s'échapper vers leur singularité. L'électronique, utilisée avec un discernement presque parcimonieux, donne l'illusion que l'on ne quitte jamais l'univers d'un jazz purement acoustique. À écouter, et surtout réécouter, avec délices et recueillement : admirable !

Xavier Prévost

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 17:21
SuPerDog

SuPerDoG

Fred Gardette (sax baryton), Guillame Nuss (trombone), Florent Briqué (trompette), Christophe Telbian (batterie)

Soulspazm

Premier album sorti sur le label Oreille en Friche/Inouïe distribution, en janvier 2017, après une tournée en Chine, ce Superdog ( ? ) dévoile un projet ambitieux : ce trio originel de cuivres auquel s’ajoute une batterie rend compte de l’effet King Crimson, groupe protéiforme déroutant, cross over de jazz, rock progressif et recherche contemporaine. Attention ! Les fans de K.C risquent de ne pas retrouver grand-chose du son, de l’atmosphère de leur groupe fétiche, avec cette instrumentation jazz qui n’a pas grand-chose à voir avec les guitares de Robert Fripp. Et puis, d’abord de quel K.C s’agit-il ? Puisque le groupe n’a cessé d’évoluer avec le temps, le tyrannique leader ne cessant d'en renouveler le personnel, l’ambiance, le style.

En 2012, Mederic Collignon s’était déjà attaqué au monument K.C avec son Jus de Bocse. A la recherche du roi frippé n’avait repris que le premier album culte,  étrangement original de Robert Fripp aux riffs lyriques, exacerbés. Avec In the court of the Crimson King, un groupe royal était né, composé d’Ian Mc Donald aux anches et mellotron, de Michael Giles à la batterie, de Greg Lake à la basse et au chant, du poète Peter Sinfield. 

Fort habilement, le quartet lyonnais propose une synthèse très personnelle, ne s’arrêtant pas à la première formule, « mixant » différents titres de In The Court of The Crimson king (1969) incluant « 21st Century Schizoid Man", « Moonchild », « I talk to the Wind », Islands (1971) avec « Indoor Games », Discipline (2001) avec « Elephant Talk », Thrak (2002) avec « Vroom Vroom », « Sex, Sleep, Eat Drink, Dream » et enfin le treizième album The power to believe en 2003 (« The power to believe », «Dangerous curves »).

Comme il est difficile de trouver des points communs entre tous les différents avatars, l’amateur du K.C des années 70 sera un peu désarçonné, si ce n’est désappointé. J'ai retrouvé des effluves émotionnels et mélodieux de cette période  dans 4 titres sur 9 ; et aucune reprise de mes deux albums préférés de 1974 , Red et Starless and Bible Black. A la réflexion, ce n’est sans doute pas plus mal ( que faire du phénoménal "Fracture" par exemple?) car que l’on connaisse ou non le groupe, ce que le quartet en tire est fondamentalement différent : l’instrumentation est gravement cuivrée avec un bon gros son de brass band, les mélodies et le chant déconstruits, réorganisés autrement selon la science fine des arrangements essentiellement dus à Florent Briqué (tp, bugle). Avec une certaine fantaisie qui n’exclut pas la rigueur de l’écriture, le quartet s’empare de certains thèmes connus pour en faire une recherche raffinée sur les textures et la mise en espace sonore : demeurent une énergie violente, une certaine dramaturgie, de la démesure, un entrain de bon aloi. Et finalement ce goût de l’expérimentation qui restitue l’esprit de K.C avec une belle résonance actuelle. Et puis, voilà bien des musiciens singuliers qui n’oublient pas de jouer collectif !

Très prometteur!


NB : Dans la discothèque rock idéale, figure In the Court of the Crimson King paru en 69, une année des plus fastes (Hot rats (Zappa), Led Zep II, Pink Floyd (Ummagumma), Tommy (The Who) et tant d’autres pépites… On pouvait lire dans Rock & Folk, à propos de ce premier disque « un excellent nouveau groupe jamme un voyage dans l’espace et joue fort très, très fort » mêlant de drôles d’influences jazz, des comptines* enfantines et Bach !
*comme Genesis

 

Sophie Chambon

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 16:51

Günter Baby Sommer (batterie, percussions, voix), Gianluigi Trovesi (saxophone alto, clarinette alto), Manfred Schoof (tromette, bugle), Antonio Borghini (contrebasse)

Gütersloh, 31 octobre 2016

Intuition INTCHR 71321 / Socadisc

 

Avec ce disque sous-titré 'Live at Theater Gütersloh', c'est la suite de cette collection intitulée European Jazz Legends (ici le volume 9), suscitée par la revue JazzThing avec la complicité de la radio de Cologne (WDR : Westdeutscher Rundfunk). Après Enrico Pieranunzi, Michel Portal, Henri Texier, Miroslav Vitous et quelques autres, c'est cette fois le débonnaire (et espiègle) batteur de Dresde qui est honoré par cet hommage radio-phonograhique. Depuis les années 70, ce percussionniste endiablé dynamite la scène libertaire européenne, et finalement ces dernières années les occasions de l'écouter, sur scène comme sur disque, ne furent pas légion (mais il était en mai dernier à l'Europa festival du Mans eu duo avec Michel Godard, petit écho sur les DNJ en suivant ce lien). Le groupe évoque le format, et l'esprit, de ceux de Don Cherry et Ornette Coleman (est-ce un hasard si la première plage s'intitule Like Don ?). On est ici entre des mélopées qui résonnent comme des hymnes, des éclats transgressifs, des thèmes segmentés à souhait, et un lyrisme de tous les instants. Les partenaires de Günter Sommer sont comme lui issu de ce monde épris de liberté qui sait aussi les exigences de la rigueur musicale. Le groupe, qui existe depuis plus de 30 ans, avait à l'origine pour bassiste Barre Phillips. C'est un représentant d'une autre génération, Antonio Borghini, qui est ici à l'œuvre. On a entendu cet Italien de Berlin avec Alexander von Schlippenbach, Stefano Bollani, Han Bennink, David Murray.... et il semble parfaitement à l'aise dans cette phalange d'activistes du jazz libre. Le percussionniste n'a rien perdu de son espièglerie, qui le conduit à des ruptures iconoclaste, et à des vocalisations inattendues, tout en maintenant la vivante pulsation polyrythmique en pleine effervescence. Et les deux 'souffleurs', également pourvoyeurs de thèmes, sont à l'exact diapason de cette entreprise pleine de vitalité. Comme pour tous les disques de la collection la dernière plage est un entretien (ici en Allemand) avec un Götz Bühler, qui pilote cette série. C'est un régal, et pas seulement pour les nostalgiques du free jazz version européenne.

Xavier Prévost

 

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 20:47

ANNE QUILLIER 6tet  « Dusty Shelters » Label Pince Oreilles / Inouïe Distribution
Aurélien Joly (trompette), Pierre Horckmans (clarinettes), Grégory Sallet (saxophones), Michel Molines (contrebasse), Guillaume Bertrand (batterie), Anne Quillier (piano, piano électrique, composition)

 

Les tops de janvier : Les DNJ ont aimé !

Deuxième disque en sextette de la pianiste lyonnaise, et confirmation de son talent de compositrice autant que de chef de bande. La musique est très élaborée, avec un grand sens de la forme et des couleurs, et un art accompli d'intégrer les solistes dans un un flux captivant. Une vraie réussite, assurément.
Xavier Prévost

 

 

Géraldine Laurent-Paul Lay, Duc des Lombards (75001) 2 février.
Deux prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz qui dialoguent, complices. Au menu, des thèmes issus du dernier album de la saxophoniste, At Work, et des compositions du pianiste. Une première sur scène pleine de promesses. Atmosphère aérienne, un petit air de la West Coast, des envolées lyriques. Affaire à suivre de près.

Jean-Louis Lemarchand

 

 

Vadim Nselovski : " Get up and go"

Jazz Famlily 2017

Vadim Neselosvski (p), Ronen Itzik (dms, percus), Dan Loomis (cb), Sara Serpa ( vc)

 

 

 

 

 

 

Les tops de janvier : Les DNJ ont aimé !

Maginifique découverte que celle de ce pianiste

Rien d'étonnant à ce que le jeune homme ait été appelé en 2014 pour rejoindre la formation de Gary Burton en tant que pianiste, compositeur et arrangeur et apr!ès avoir joué avec les plus grands jazzmen américains. Car le pianiste urkrainien a toutes ces qualités et bien d'autres encore. Improvisateur de génie, rythmicien exceptionnel, Vadim Neselovski nous entraîne avec des compositions magnifiques d'un bout à l'autre de ce très très grand album entre classique et jazz fougueux débordant de vie.  A découvrir absolument.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

Mihàly Dresch Quartet with Chris Potter- Zea-(BMC)

 

 

Les tops de janvier : Les DNJ ont aimé !

Saxophoniste (ténor et soprano) hongrois, Mihàly Dresch joue également d’un instrument de sa propre facture, le fuhun, sorte de flute dotée de clés de saxophone. Dans le même registre, son groupe, sans piano, comprend un joueur de cymbalum, renforçant une rythmique classique (basse-batterie). Figure centrale de la scène de Budapest, développant un son vigoureux et tranchant, Dresch a invité Chris Potter (ténor et clarinette basse). Un échange euro-américain qui séduit par sa force originale.


Jean-Louis Lemarchand

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