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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 16:22

Mirtha Pozzi (percussions mutiples : tambours, métaux, objets sonores, mots, bruits vocaux...)

Alfortville, sans date

NowLands TAC 017

 

En prélude, une partie des mots du percussionniste Pablo Cueco, compagnon de route de Mirtha Pozzi, dont quelques sons électro-acoustiques ont alimenté 4 des 16 plages du disque, et qui signe le texte du livret : «Il faut savoir choisir ! 'On n'est pas obligé de tout dire, partout, à chaque fois' comme dit Mirtha Pozzi... Le musicien n'est ni omniscient, ni omnipotent et ne peut être partout à la fois. On ne peut pas jouer tout, partout tout le temps. Il doit parfois aussi laisser ses oripeaux et bagages sur la rive et se plonger dans les eaux turbulentes d'une musique inconnue. Inouïe jusqu'alors. 'Toute licence en art !' dit-on...»

On ne saurait rêver meilleure propédeutique pour l'écoute de cette musique, afin d'en respecter l'absolue singularité. Quatre séquences de quatre plages où s'entremêlent des objets sonores, conçus selon des modalités différentes, et issus de quatre pièces distinctes en quatre parties : Musique mixte, Claviers de sons indéterminés, Poèmes sonores et enfin CUIK-PLAK-TRI-GÜAMIK. Au-delà de ce projet structurant, le cheminement d'une liberté où le préconçu croise l'improvisé, avec une sensation de constante liberté, et ce qu'il faut d'audace. En prime, l'insertion de quelques fragments de poésie sonore signés Bernard Réquichot et Hugo Ball. Voyage sonore, aventure perceptive, émois inédits, tout y est, sous le signe d'une pulsation tantôt tendue, tantôt ténue, toujours intense jusque dans la retenue. Et la prise de son, signée Christophe Hauser, est remarquable. Que dire de plus : un voyage, pour exister, doit être accompli, même un voyage onirique ; alors : ATTENTION AU DÉPART !

Xavier Prévost

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Quelques avant-ouïr

https://www.youtube.com/watch?v=nRWAIzXSflE Tzimx »

https://www.youtube.com/watch?v=z_3ycDPhk3s

https://www.nowlands.fr/tzimx-mirtha-pozzi/

 

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 11:31
MUSIC FROM THE EARLY 21st CENTURY  PREVITE/ SAFT/ CLINE

MUSIC FROM THE EARLY 21ST CENTURY

 

BOBBY PREVITE/ JAMIE SAFT/ NELS CLINE

RARE NOISE RECORDS

www.rarenoiserecords.com

 

https://www.rarenoiserecords.com/releases/music-from-the-early-21st-century/

 

 

 

 

J’aime les albums de Bobby Previte, de Jamie Saft… A chaque nouvelle production sur le très singulier label Rarenoise records, j’écoute et ne suis jamais déçue, me demandant s’ils vont se renouveller ou si dès l’intro, on retrouvera leur marque? Un peu de ces deux sensations me parcourent en ces temps étranges et leur dernière production, enregistrée l’an dernier, colle à l’ambiance surréelle de ces temps de confinement.

Le titre fait immédiatement écho à la pochette du 21st century schizoïd man de King Crimson (1969), cette musique rock progressive qui a laissé une empreinte forte dans ma mémoire. A bien y réfléchir, jusqu’à la fin de l’écoute, je me dis que c’était une fausse piste. Et pourtant…

La photo de la pochette cette fois induit une autre image, celle du film, FIRST MAN de Damien Chazelle sur l’aventure spatiale avec une B.O étrange au theremin, éminemment mystérieux. Jusqu’ à ce que j’apprenne que c’est la photo du téléscope spatial HUBBLE qui révèle des galaxies en train de naître, les plus proches étant bien résolues, les autres presque des points. On les voit telles qu’elles étaient alors, plus jeunes, plus actives, un miroir magique!

Qu’en est il de la musique de ce jazz trio avec orgue, ainsi étiqueté pour faire vite, où trois sorciers d’un son planant font un va et vient stylistique sur une bande étroite cependant! Les titres très énigmatiques, voire "nonsensiques" s’enchaînent : “Paywall” plus dub qu’hard rock, “Parkhour” avec la guitare à fleur de cordes, fulgurante et énergique de Nels Cline, le mini moog de Jamie Saft et une belle ligne de basse. “The Extreme Present”, plus familier, tisse une trame obsédante aux motifs répétitifs. “Totes” a une langueur rêveuse, jamais inconsistante.

Ces trois musiciens expérimentateurs, maîtres du son et de la technique vont ainsi improviser sur dix pièces assez longues, pensant à une éventuelle postérité? Comme une bouteille à la mer, ils jettent leur musique dans la galaxie. Pour l’instant, nous n’en sortons pas indemne de ce son sourd, mat, une musique hors sol et hors âge. Universelle? Le fredon du futur que nous ne connaîtrons pas?

Une matière travaillée, affinée, organique aussi qui peut  être caressante et mélancolique, ouatée dans cet “occession” déroutant; les bougres, ils arrivent à nous communiquer leurs sentiments. La forme fait sens. On aimera aussi “The New Weird” comme en demi teinte, où la guitare pose la mélodie, mène la danse, avant que l’orgue Hammond ne la rejoigne. Le trio sort de la brume en un fin crescendo, plus de dix minutes avant que la musique ne se perde en un murmure, dans les limbes? Comme en live. Un live où le dernier larron, Bobby Previte, que l'on ne présente plus, qui s'était intéressé dans un album de 2001 aux 23 Constellations de Joan Miro  est merveilleux dans ce groove un peu différent, apocalyptique de “Machine learning”.

Y-a t-il un effet du hasard? Cette musique d’un formidable power trio ne pouvait tomber mieux en ce moment….. Strange days….

Sophie CHAMBON

 

 

 

 

 

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 17:13

Nulle intention, malgré l'accroche visuelle, de faire référence au célèbre film de JLG. Rien que le clin d'œil générationnel d'un désormais vieux cinéphile qui, juste avant 1968, s'enthousiasmait autant pour Godard que pour Albert Ayler, Coltrane, Pharoah Sanders, Ornette Coleman, André Hodeir ou le disque «En Liberté» de Martial Solal.... Bref déjà un indécrottable guetteur de nouveaux émois esthétiques et d'émotions fortes. Alors, en ce premier semestre, le chroniqueur a tendu l'oreille vers quelques nouveautés états-uniennes glanées dans une production aussi pléthorique là-bas que dans notre vieille Europe.

WILL VINSON «Four Forty One»

Whirlwind Recordings

 

Le premier coupable est un saxophoniste alto (et soprano), le Londonien de New York Will Vinson, avec un projet singulier mais très pluriel : des rencontres avec cinq pianistes parmi les plus prestigieux : Sullivan Fortner, Tigran Hamasyan, Gerald Clayton, Fred Hersch & Gonzalo Rubacaba. Et presque autant de sections rythmiques différentes, avec la crème des bassistes et des batteurs. Au final un beau catalogue d'excellence, auquel manque ce soupçon de flamme qui nous consumerait. Deux exceptions peut-être : les rencontres avec Sullivan Fortner, où l'on sent percer le goût du risque, et celles avec Fred Hersch, où s'installe un vrai lyrisme. Un peu décevant donc, au regard de l'ambition d'un tel échantillon.

 

DELFEAYO MARSALIS & Uptown Jazz Orchestra «Jazz Party»

Troubadour Jass Records

 

Le quatrième rejeton de la dynastie Marsalis (dont le patriarche, Ellis Marsalis Jr., est mort le 1er avril 2020) est un tromboniste plein de verve. Avec un copieux big band, et une brochette de vocalistes du meilleur aloi, il fait une belle plongée dans un jazz assez classique, avec ce qu'il faut de résurgences néo-orléanaises, une constante effervescence, et même une excursion funky ; avec aussi, en prime, une plage torride qui fait revivre les folies mingusiennes. Un régal sans œillères !

Un avant ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=OjjXg1KuZaI

et sur AllMusic

https://www.allmusic.com/album/jazz-party-mw0003339021

 

GORDON GRDINA SEPTET «Resist»

Iragabast Records

 

Un pas de côté jusqu'au Canada anglophone, avec un disque enregistré à Vancouver, et publié sous le label de l'États-Unien Jon Irabagon. Un septette qui combine le East Van Strings qui associe Gordon Grdina (guitare) à un trio à cordes, et un trio contrebasse, batterie, avec les saxophones de Jon Irabagon. Une musique très singulière, qui combine jazz très ouvert, musique savante façon début du vingtième siècle, et aussi plus contemporaine : très dense, plutôt neuf et audacieux, et assez passionnant.

 

JASON PALMER «12 Musings for Isabella»

Giant Step Arts

 

Avec Mark Turner, Joel Ross, Edward Perez & Kendrick Scott, le trompettiste nous propose 12 rêveries inspirées par des peintures dérobées en 1990 au musée Isabelle Stewart Gardner de Boston : Degas, Rembrandt, Manet, Vermeer.... et aussi la tradition graphique chinoise. Une porte ouverte vers un monde multiforme où le souci de la forme demeure constant. Une incontestable réussite esthétique et musicale, servie par des solistes improvisateurs de haut-vol. Bravo !

Xavier Prévost

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à paraître le 1er Mai

KARUNA TRIO :Adam Rudolph, Ralph M. Jones, Hamid Drake «Imaginay Archipelago»

Meta Records

https://www.youtube.com/watch?v=6nBT2-OY1y0

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(prévu le 8 mai ) SORTIE REPORTÉE au 5 JUIN

MARIA SCHNEIDER «Data Lords»

ArtistShare

disponible exclusivement sur https://www.mariaschneider.com

https://www.artistshare.com/Projects/Experience/1/510

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à paraître le 15 mai

WALTER SMITH III & NATHAN STEVENS «In Common 2»

Whirlwind Recordings

https://www.youtube.com/watch?v=CMsNaIe8JZE&feature=youtu.be

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à paraître le 19 juin

RUDRESH MAHANTAPPA «Hero Trio»

Whirlwind Recordings

https://www.youtube.com/watch?v=c9PMsGLYNgk

 

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 14:36

Avishai Cohen (trompette, synthétiseur, effets), Uzi Ramirez (guitare), Yonatan Albalak (guitare, guitare basse), Aviv Cohen (batterie), Ziv Ravitz (batterie, échantillonnage)

Pernes-les-Fontaines, août 2019

ECM 2680 / Universal

 

Je l'avoue, et je le confesserais même volontiers, si un relent de religiosité dans telle expression ne m'en dissuadait, j'aime la musique d'Avishai Cohen, sa façon d'incarner la musique tout en la nimbant d'un atour exquisément abstrait. Je l'écoute sur disque, j'ai eu le bonheur de le voir (et de l'entendre !) en concert et, pour céder à une familiarité non exempte de vulgarité, 'je suis client'. J'étais donc curieux de découvrir ce nouveau groupe et cette nouvelle escapade esthétique. Le terrain, étendu autant qu'escarpé, balaie l'univers pop-rock, ses descendances et ses écarts. Belle production, netteté sonore, on navigue dans un univers dont le flou est absent. Les compositions du trompettiste, dont deux sont aussi travaillées par l'influence du producteur chez qui le groupe a répété en Israël, révèlent un souci mélodique constant, avec ce qu'il faut d'échappées où l'improvisation se libère. Une synthèse en somme entre ce qui semble être le projet spécifique du groupe et sa prestation.

Dans Teardrop de Massive Attack, je ne retrouve pas le côté organique et lyrique tout à la fois qui m'avait un peu séduit dans la version d'origine, même si ce n'est pas la musique qui me captive. En revanche, au fil de l'impro d'Avishai Cohen, un renfort d'expressivité exacerbée parvient à me transporter. J'aurais trouvé la reprise de la quatorzième Sonate, dite Clair de Lune, de Beethoven, un peu niaiseuse, malgré ses légères inflexions mélodiques, si elle n'était sauvée dans l'improvisation par quelques hardiesses surexpressives. Et l'onirisme sonore de certaines plages m'a charmé. Donc, malgré ces quelques réserves et frustrations, je serai heureux d'écouter ce groupe en concert dès que possible. Hélas pas de date française dans la salve annocée du 30 avril au 8 mai (si le virus l'autorise), mais peut-être une escapade à Tournai/Doornik, en Flandre belge, pas loin de Roubaix et du Pévèle chers à mon cœur, le 2 mai. L'espoir fait (re)vivre.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube  

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 01:07

Kurt Elling (voix), Danilo Perez (piano et fender Rhodes), Clark Sommers (contrebasse), Chico Pinheiro (guitare), Miguel Zenon (saxophone alto), Jonathan Blake (batterie), Rogero Boccato et Roman Diaz (percussions). Studio Sear Sound. New York. Edition Records/UVM.

 

Nous avions quitté Kurt Elling avec un album engagé, ‘The Questions’ (Okeh-Sony Music), qui lui valut le Prix du jazz vocal de l’Académie du Jazz 2018 et le Prix du chanteur de l’année au referendum 2019 des lecteurs de Downbeat ... Un cri d’alarme : « Nous devons dans cette époque effrayante et perplexe relever un défi politique, idéologique », nous avait-il alors confié.

 

Aujourd’hui, le baryton de Chicago revient -pour un label anglais indépendant, Edition Records- avec une œuvre pleine de sérénité, toujours marquée du sceau de la poésie, ne serait-ce que par des hommages à des poètes et écrivains états-uniens, Franz Wright, Robert Bly, Toni Morrison.

 


Kurt Elling s’est alloué la complicité du pianiste Danilo Perez, coproducteur du disque et présent sur chacun des onze titres, formant un tandem tout en harmonie. Le chanteur nous fait apprécier un phrasé délicat, élégant, maîtrisé. L’entente entre Kurt et Danilo atteint un sommet dans ‘Stays’, une pièce de Wayne Shorter que le pianiste connaît bien, membre permanent du combo du saxophoniste. Le saxophoniste portoricain invité Miguel Zenon amène une touche latino bienvenue (Beloved) dans un album qui respire la classe de bout en bout.

 


Jean-Louis Lemarchand.

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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 18:09

François Raulin (piano, mbira, composition), François Corneloup (saxophones soprano & baryton), Ramon Lopez (batterie, percussions)

Pernes-les-Fontaines, 17-18 octobre 2018

Label La Forge FOR 12/1 / Inouïe distribution

 

Divine surprise que de voir advenir, sur disque, la musique d'un concert-récit créé en 2015 au festival Détours de Babel de Grenoble, et auquel j'avais eu le plaisir d'assister l'année suivante au festival D'Jazz de Nevers (compte-rendu sur le DNJ ici, et sur le site de Jazz Magazine ). Le concert-récit s'intitulait Reste, je m'en vais, et accueillait la présence, et le charisme, d'Anne Alvaro. La musique y cohabitait avec des textes issus d'un livre intitulé Ishi : Testament du dernier Indien sauvage d'Amérique du Nord (Plon, Terres Humaines, 1968), écrit par Theodora Kroeber à partir des témoignages recueillis par son mari, l'anthropologue Alfred Louis Kroeber. Ce récit est celui d'Ishi, l'ultime survivant de la tribu amérindienne Yana. La musique du groupe a été puissamment inspirée par ce récit, et elle se livre seule, sans le texte, avec une intensité remarquable. Les thèmes ont été majoritairement composés par François Raulin, à l'exception d'un traditionnel amérindien sur lequel le trio vient se greffer, et d'une improvisation collective très ouverte qui conclut le CD. Musique qui est à la fois très élaborée, et totalement ouverte au lyrisme des improvisateurs. En écoutant la plage intitulée Traque en rouge et noir, on se rappelle le goût de François Raulin pour la musique de Lennie Tristano. Un goût de franc-tireur qui n'est pas incompatible avec le désir de faire musique autour de la figure emblématique d'Ishi.

Et au fil des plages on se souvient de la présence de François Corneloup dans le disque « Dakota Mab » (2015) signé Henri Texier, qui évoque aussi ces indiens d'Amérique du Nord. Ainsi que le penchant de Ramon Lopez pour les musiques engagées dont le message n'étouffe pas la musicalité. Ce disque est une expérience d'écoute remarquable, un voyage dans l'imaginaire et l'ailleurs fondé sur le souvenir du dernier survivant d'une monde perdu. Très très beau.

Xavier Prévost

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Un avant ouïr sur le site de La Forge CIR (Compositeurs Improvisateurs Réunis)

https://www.laforgecir.com/play-list/

Un écho sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=OuxAoGWFBNM&feature=youtu.be

   Le trio avec Anne Alvaro au festival D'Jazz de Nevers en novembre 2016

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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 00:06

Kandace Springs (voix, claviers), Steve Cardenas (guitare), Scott Colley (contrebasse) et Clarence Penn (batterie). Invités: Norah Jones (voix), Chris Potter (saxophone ténor), David Sanborne (saxophone alto), Avishai Cohen (trompette), Elena Pinderhughes (flute) et Christian McBride (contrebasse). Blue Note/Universal. Paru  en France le 27 mars 2020.

Prince lui avait conseillé : « Fais en sorte que tout soit centré sur ta voix. Tu pourrais devenir la Roberta Flack de ta génération ».

 

Kandace Springs a bien écouté son mentor. La native de Nashville, découverte en France voici quatre ans avec « Soul Eyes » (Blue Note), titre d’une composition de Mal Waldron, nous offre un récital de haute volée où le jazz et la soul font bon ménage.

 

Produit par un as du métier, Larry Klein, « The Women Who Raised Me » permet à Kandace Springs de rendre hommage aux femmes qui l’ont inspirée. L’éventail est large, d’Ella Fitzgerald et Billie Holiday à Norah Jones en passant par Nina Simone et bien sûr, Roberta Flack. Nous est proposé ici un florilège de standards cueillis sur sept décennies (‘Solitude’ datant de 1934) où Michel Legrand (‘What Are You Doing the Rest of My Life’) côtoie Screamin’Jay Hawkins (‘I Put a Spell on You’).  
Deux titres donnent une idée de l’étendue du registre de Kandace Springs, ‘Devil My Care’ (insouciante en français) pris sur un train d’enfer assorti d’un solo de basse de Christian McBride, et ‘Strange Fruit’, merveille de sobriété où la chanteuse s’accompagne au Fender Rhodes.


« Je suis une jeune femme qui adore jouer une musique que les gens perçoivent comme une musique de vieux(sic) » nous confiait en 2016 Kandace Springs lors de sa première venue à Paris.  Chanteuse et pianiste, elle sait s’entourer d’interprètes qui connaissent les secrets de la « note bleue » (se mettent ainsi en valeur David Sanborne dans 'I Put A Spell on You’, Christian McBride dans ‘Devil My Care’, Avishaï Cohen dans ‘Pearls’).  

 

Un album hautement recommandé.  

 

Jean-Louis Lemarchand

 

https://www.youtube.com/watch?v=TLDGD8MKlSQ

 

Le concert de lancement de l’album prévu au Café de la Danse (75011) le 28 mars est reporté au 2 juillet, en raison de la crise sanitaire.

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 14:36

Tim Berne(saxophone alto), Marc Ducret(guitares), Matt Mitchell (piano, piano bastringue, synthétiseurs), Oscar Noriega (clarinette basse, clarinette), Chess Smith (batterie, vibraphone, glockenspiel, tambour haïtien, gongs)

Rhinebeck (État de New York), 29 mai 2019

Intakt CD 340 / Orkhêstra

 

Premier réflexe légèrement cocardier : plaisir de voir arriver dans ce groupe (qui, sauf erreur, possède déjà 5 autres CD à son actif) le très unique Marc Ducret, complice de Tim berne dans quelques autres groupes (Caos Totale, Big Satan, Science Fiction, Bloodcount) et leurs CD. Et puis, dès la première plage, cette formidable sensation d'entrer dans un univers de maîtrise libertaire. Je m'explique. On commence par un thème que l'on pourrait qualifier de librement sériel (mais d'essence lyrique, comme cela s'entend chez Bartók). Et progressivement la musique se développe par prises progressives de libertés (surveillées, mais pas que....) par tous les musiciens. Ce qui nous épate dès l'abord, c'est la réactivité, l'interactivité, la qualité du dialogue entre tous les acteurs de cette folie créative. Ça fuse, ça jaillit, ça court-circuite, et pourtant le projet esthétique est patent, et de surcroît accompli. Tim Berne mène la danse, tant par ses propositions que par ses échappées, mais pas de bavardage, pas de complaisance, simplement de l'ardeur à dessiner un horizon musical ambitieux autant qu'inouï. Et la fête continue : échappée chambriste contemporaine soudain revigorée par le lancinement d'un motif de saxophone qui emporte ensuite tout le groupe, avant de s'ouvrir aux commentaires très libres de chacun. Comme une idée, désormais accomplie, mais sans ostentation de maîtrise, d'une liberté paroxystique. Cette magie opère de bout en bout, sur un répertoire imaginé par Tim Berne, augmenté d'une composition de Julius Hemphill, Dear Friend, inédite au disque me semble-t-il, et originellement conçue pour un trio ; merveille de pure musicalité recueillie. Et aussi l'assistance de David Torn sur l'ultime plage, solo de sax avec paysage électronique. Une absolue réussite d'une aventure musicale toujours en mouvement, jamais en panne de créativité. Ici la pensée musicale, la sensualité du son et l'émotion sont en parfaite symbiose. Admirable !

Xavier Prévost

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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 16:50
HAPPY HOURS  CHRISTOPHE MARGUET  QUARTET

HAPPY HOURS

Christophe MARGUET QUARTET

Label Mélodie en sous sol /L’autre Distribution

 

Happy hours, ce sont les heures joyeuses, de détente, de retrouvailles entre amis après le travail. Pour le formidable quartet du batteur Christophe MARGUET, cela va  beaucoup plus loin. Une certaine idée de l’existence, de ce qui nous (a) rend(u) heureux et qui nous donne à espérer. Il conduit un équipage qui tient la route et en douze pièces construites avec cohérence, donne, dans une saine liberté de création, une musique généreuse, expansionniste, d’autant plus remarquable que personne dans son collectif ne prend le pouvoir. Mais chacune des interventions des quatre complices sonne juste. Ça joue l'unisson, en diverses combinaisons, dans une écoute mutuelle : la musique respire, évolue continûment dans l’échange, création très travaillée de chaque instant.

Le quartet évolue sur des terres musicales connues et communes, avec des références fortes sur lesquelles ces musiciens ont construit l’édifice musical. S’il y a belle lurette qu’ils ont brisé les codes, ils restent dans l’idiome jazz cependant, de part l’instrumentation (piano, batterie, contrebasse, trompette et bugle) et la trame des compositions du batteur leader.

La réussite est collective : une rythmique éblouissante avec un Marguet précis, attentif, détonant, surprenant toujours par cette douce violence qui le caractérise, celle de l’engagement. Soutenu par la contrebassiste Hélène Labarrière dont il apprécie depuis longtemps la personnalité affirmée, il a vérifié avec plaisir que le seul nouveau venu, le pianiste Julien Touéry, savait s’intégrer dans le groupe. Quant au trompettiste/bugliste Yoann Loustalot, il est sur tous les fronts et, s’il nous propulse très haut, il a le désir de jouer avec et dans l’orchestre.

Certains des titres sont des hommages à des musiciens qui ont compté dans la vie de Christophe Marguet. Ainsi “Happy Hours” est une référence à Don Cherry, à sa joie de vivre et de jouer, avec ce sens de la fête africaine et des percussions. A cette influence, Marguet rajoute sa touche, glissant ici quelque chose de plus urbain. Haute fidélité“ est un hommage au batteur, le maître Paul Motian qu’il écoute depuis l’adolescence. Christophe Marguet voit comme “un tunnel qui se développe, quelque chose de gris”. Sur cette base, les quatre travaillent sur les matières de son, les mélanges de timbres, tous ces alliages qu’ils font évoluer ... Yoan Loustalot est saisissant, proche de la voix humaine, frémissant, nerveux, toujours lyrique. Il s’élève au dessus de la rythmique même quand elle s’emballe, pouvant varier ses phrasés, pointus, explosifs, ou plus sensuels. Souffle, précision, sensibilité, que lui manque-t-il? Il peut aussi stratosphériser sans jamais s’alanguir, devenir sombre et rêveur. Ou vrombir tel un bourdon énervé sur ce “Happy Hours” éponyme qui est tout sauf serein. Titre immédiatement suivi par un “Trop tard?”  grave, dédié au photographe brésilien Sébastien Salgado dans le documentaire de Wim Wenders sur Le sel de la terre.

On le voit, HAPPY HOURS est un nouveau projet qui s’intègre dans la démarche de “résistance poétique” et politique du batteur comme dans le thème “C.C.H” où avec entrain et une énergie qui ne veut pas sombrer dans le désespoir, il est question du camping de cet humaniste paysan dont le champ est surnommé le Camping Cedric Herrou.

La découverte de cet album réserve quelques surprises, mais il n’y a qu’ à suivre le mouvement. Christophe Marguet vit pleinement dans son temps, tout en étant sensible à la beauté cachée des choses, attentif à garder le droit fil de la tradition et à mettre ses pas dans les pas de ses pères.

Sophie Chambon

 

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 21:26

Carla Bley (piano), Andy Sheppard (saxophones ténor & soprano), Steve Swallow (guitare basse)

Lugano, mai 2019

ECM 2669 /Universal

 

Certaines connivences confinent à l'extase, comme celle qui unit Carla et Steve. Lui jouait de la contrebasse quand, voici près de 60 ans, il enregistra une première fois la musique de la compositrice-pianiste dans le trio du mari d'icelle, Paul Bley. Très longtemps après, alors qu'il avait abandonné la contrebasse pour la guitare basse, il firent vie commune ; mais la connivence musicale s'était déjà installée de longtemps. Et cela fait des lustres qu'ils communiquent d'une façon presque magique par la musique. Trois suites composées par Carla Bley, trois miracles de formes surgies de la simplicité la plus pure pour s'épanouir dans une douce complexité. La teneur de la majorité des plages est mélancolique. On commence par le blues, au plus près des racines. Les basses introductives du piano, plus que lentes, résonnent comme un appel des origines. Résonnent même un peu trop, car dans ce magnifique auditorium en bois de la radio publique suisse de langue italienne (RSI), ça sonne terriblement bien, et la réverbération ajoutée frôle un court instant la faute de goût. Mais ce sera un très furtif manquement, dans une prise de son superlative. Il n'y a plus qu'à s'abandonner. La rondeur de la basse trace un chemin où s'épanouit le chant des saxophones, et la pianiste, toujours pertinente, n'élude pas les écarts poétiques. Il y aura aussi un duo piano-basse qui dépasse de loin les frontières usuelles de l'empathie.

De plage en plage la magie opère, et soudain va sourdre l'humour indestructible de Carla. Magnifique, de bout en bout. Chant du cygne ? On espère que non, pour elle et eux comme pour nous.

Xavier Prévost

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