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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 20:34

JOSHUA-REDMAN-James-Farm.jpgJoshua Redman (ts, ss), Aaron Park (p), Matt Penman (cb), Eric Harland (dm)
Nonesuch 2011


Le distributeur ne nous ayant pas fait parvenir cet album, c'est donc à l'aveugle et sans dossier de presse que nous nous lançons dans la chronique de ce bel opus réalisé par un formidable quartet américain inédit. 
L'autre jour à un concert, un voisin me disait  "l'inconvénient avec tout ces jeunes sax américains c'est qu'ils se ressemblent tous. A l'époque du hard bop au moins on faisait la différence entre Mobley, Coltrane ou Dexter". Celui là ne devait certainement pas inclure Joshua Redman dans ses litanies.  Car il est évident dès les premières notes jouées par le saxophoniste de Berkeley que l'on reconnait sa marque de fabrique, la puissance de son jeu, le lyrisme et le groove omniprésent de ce son qui tranche dans le vif clair comme une lame de sabre et ciselé au fleuret. Et chez le saxophoniste cette marque, si séduisante de l'époque de l'Elastic Band. Celle d'un saxophoniste déjà légendaire qui a lui seul illustre le syncrétisme entre le jazz des origines ( quelle façon de jouer le blues ! Formidable lenteur sur Star Crossed), celui qui lui vient de son père ( le regretté Dewey) et ce funk moderne qui traine ses guêtres dans les clubs de big apple et qui l'ancre dans une réjouissante modernité incandescente du jazz (Polliwog é pour faire un tube).
Mais au delà du simple talent de Joshua Redman, il y a dans cet album cette art de rendre à nouveau le jazz populaire, de le moderniser, de l'amener à un public large sans renier d'un pouce sur l'exigence de la qualité du jeu et des compositions. Certes d'aucun pourront critiquer le côté un peu formaté de ces dernières qui semblent entrer dans un moule assez consensuel. Sauf qu'il y a dans ce jazz là autant d'exigence de que fluidité dans l'écoute. De refus de tout easy listening tout en restant accessible. Parce que ces musiciens expriment que le jazz est aussi une façon d'animer, d'insuffler de la  vie, brute avec cette pointe de sauvagerie ici domptée et maîtrisée.
Et l'ensemble devient assez rapidement prenant, entraînés que l'on est par cette façon de délivrer un jazz toujours alerte, parfois "heureux" (1981), parfois sombre ( comme sur Star crossedoù une réelle intensité dramatique s'installe), voire même une légère pointe d'orientalisme( Coax) et toujours ce sens du groove terrible que le quartet insuffle avec des allures de mauvais garçons  comme sur I-10où Joshua Redman qui semble jouer loin du micro donne un son métallique moins policé, plus râpeux à son ténor. Même si ce n'est pas son instrument de prédilection, Redman livre aussi un beau thème au soprano sur Low fivesoù la puissance de son jeu se met au service d'un discours plus mélancolique.
Le quartet sans toutefois que l'on s'autorise pour autant à parler de "grand disque" joue la carte de l'efficacité. Les thèmes y fonctionnent à merveille avec une énergie qui circule et un quartet formidablement fusionnel. L'association magique du moment est celle du duo très demandé Matt Penman et Eric Harland ( de cette association qui nous fait penser a celle de Brian Blade et Jeff Balard) . Et Aaron Park quant à lui impressionne par sa présence et s'impose en leader de la section rythmique avec puissance et une précision diabolique.


Jean-marc Gelin

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 08:41

Kind of Blue 2011

Samuel Blaser (tb), Russ Lossing (p), Thomas Morgan (cb), Paul Motian (dm)

 BlaserSamuel_ConsortInMotion_w-2.jpg

Il y a des albums dont on pourrait parler comme de véritables ouvrages.  Ou comme des études presque littéraires. De ces albums qui portent véritablement en eux un vrai propos. C'est exactement le cas de cet album fourmillant d'intelligence que le tromboniste suisse consacre pour une grande partie a la relecture de pièces de Monteverdi. A une approche jazz de la musique de la renaissance et baroque.

Samuel Blaser qui vit entre New-york et Berlin, deux haut lieux de création s'il en est livre en effet une passionnante exploration personnelle de cette musique, matériau précieux et base de digressions abstraites, de libres improvisations à partir d'un support sur la base mélodique au plus proche de l'original et qui évoque bien sur les arias de celui qui fut l'inventeur de l'Opéra.

Samuel Blaser qui s'apprête a publier tout prochainement un album en compagnie de Marc Ducret et de Gerald Cleaver, est un musicien rare. Pas seulement l'instrumentiste exceptionnel qui libère le trombone de tous ses carcans pour lui donner ici une expressivité sublimée, mais aussi un musicien qui propose, un musicien qui invente, qui crée et qui donne vie à ce qu'il crée. Un musicien en mouvement en quelque sorte.  Maitre en animation, en "renaissance" en quelque sorte, au sens littéral de redonner vie à ce qui n'est plus. Travail d'orfèvre aussi.

De cette musique-là on entend bien la respiration intérieure. Elle ouvre des espaces d'improvisations très libres autour de ce que l'on pourrait appeler des variations. L'esprit "free" (au pied de la lettre) peut s'y retrouver quant à la liberté que les musiciens s'y accordent. Liberté formidablement encadrée par les talents d'arrangeurs de Samuel Blaser. C'est bien là l'esprit de ce mouvement historique (La Renaissance) : la liberté de création encadrée dans des canons académiques et formels.

A ses côtés, Paul Motian est ici le coloriste de l'ensemble, au pinceau fin et subtil. Ses effleurements de peau donnent le frisson. Quant à l'entente avec le pianiste helvétique Russ Lossing, elle éclate ici, là où chacun propose sa propre lecture, sans que l'on sache vraiment si l'on est dans le domaine de l'improvisation ou de l'écrit.

Et il faut absolument venir et revenir sans cesse à cet album qui recèle de vraies merveilles cachées.  Découvrir le jeu fascinant de Samuel Blaser dont le discours captive et fascine. Aucun développement linéaire mais des reliefs et des sons, des sons râpeux au grain épais, des glissandos plaintifs, des growls qui arrachent des bouts de terre et de ciel,  des évocations comme des récitatifs magnifiquement incarnés. Y revenir toujours. Et découvrir ces digressions sur Frescobaldi ou encore sur cet émouvant Ritornello de Monteverdi. Il y a cette approche de la musique où celle-ci est si expressive qu'elle semble presque nous parler et discourir avec nous.

Et dans cet album aux milles contours l'émotion qui effleure toujours avec légèreté pour ceux qui y prêterons l'oreille.

Grand disque

Jean-marc Gelin 

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 13:35

POST SCRIPTUM

Sortie le 4 juillet 2011

ECM

wolfert.jpeg

Voilà encore un album ECM, saisissant de «force tranquille», apaisant et intense. Dire qu’on reste en famille est une évidence : le leader est un pianiste hollandais -inconnu de nous jusqu’alors- dont le premier disque, Currents,déjà chez ECM, avec la  même formation, remonte à 2008. Il avait cependant participé à quelques uns des enregistrements ECM de la chanteuse suisse Suzanne Abbuehl, entre autre, le splendide April, en 2001. 

Le pianiste a trouvé un compagnon idéal pour une aventure musicale de cette teneur, en Claudio Puntin, clarinettiste suisse, qui, avec son phrasé aéré et sa manière de faire respirer la musique, apporte fraîcheur et sentiment à cet intrigant Post Scriptum. Quatorze pièces plutôt courtes s’emboîtent dans le puzzle de ce tableau musical, autant d’images sonores d’une forme souvent expérimentale.

Cérébrale et sensible dès le premier titre «Meander», que peut bien évoquer cette musique ? Une ville, une couleur, les méditations d’une journée, d’un mois, voire une saison ? On n’en saura guère plus mais les compositions coulent, ponctuées d’affirmations mesurées le plus souvent, avec cependant quelques ruptures ou emballements toujours inattendus. La jouissance du son le dispute à la pertinence du propos, constituant une invitation à la liberté d’écoute, de jeu, de sens. Une très belle circulation de timbres fondée sur une palette instrumentale douce et insistante, dans une atmoshère classique. Mais si on ne pense pas au jazz, il finit par revenir de lui même !

Cristallin et profond, le piano se joint aux coulées de la clarinette dans la confidence de ce «Silver cloud» dont les variations illustrent la pochette d’un bleu métallique. Dans l’élégiaque « Angelico », il ne parvient pas à troubler la quiétude de la ballade, les graves de la contrebasse et de l’arco de Matts Eilertsen, agissant au contraire de façon apaisante, en contrepoint de la délicate clarinette.

De concert, sans concertation apparente, puisque l’improvisé est joué avec aisance, voilà une leçon d’équilibre qui parvient à cette forme d’intensité par la maîtrise du silence, l’audace du manque.

La sobriété de chacun, les interventions subtiles et veloutées, la batterie raffinée de Samuel Rohrer, font de cet album un ensemble étrangement intemporel, qui dégage une émotion douce mais peu banale, sans sensiblerie, ni effets trop appuyés. Une musique qui ne coule pas de source mais d’évidence possède une énergie fluide. Un pari réussi, forme et fond en adéquation, jamais dans l’abrupt et les stridences.

Décidément les Nordiques ont une façon passionnante de faire de la musique,de concilier classique et jazz,qui résiste à toute tentation, tentative de facilité. Que ce Post scriptum soit suivi d’une longue suite, c’est ce que l’on peut souhaiter à ce groupe prometteur.

Sophie Chambon  

 

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 11:22

www.bigfourquartet.com

2011

Julien Soro (as, ts), Stephan Caracci (vb), Fabien Debellefontaine (tuba), Rafaël Koerner (dm)

big-four-quartet.jpg

Deuxième album du très remarquable et très remarqué Big Four quartet. Remarquable assurément autant par la somme des talents qu’il agrège que par l’instrumentum très original qu’il réunit. En effet en associant un vibraphone et un tuba en lieu et place d’un couple piano-batterie, Julien Soro, pierre angulaire de ce projet contribue à la création d’une matière sonore originale.

Alors c'est mutin. C'est le lieu où l'énergie et la puissance deviennent ludiques. Dans leur musique l'influence d'un Tim Berne d’un Steve Coleman ou d’un Henri Threadgill. Celle d'une musique aux confins du jazz, du rock et de la musique contemporaine (même si ce raccourci réducteur n’aurait en soi rien de très original), se jouant des métriques et des grilles harmoniques.

Big Four tourne beaucoup autour du son de l’incroyable saxophoniste leader, Julien Soro dont la simple puissance évocatrice du jeu dynamite tout. Depuis plusieurs années déjà on a repéré Julien Soro comme l'un des plus talentueux de sa génération. Après avoir littéralement porté son groupe Gaïa sur plusieurs tremplin de jazz, puis être passé dans le quatuor des saxophones aux côtés de Chautemps, Jeanneau et Jean-Charles Richard, Julien Soro s'impose aujourd’hui avec Big Four comme l'un des saxophonistes de référence en France. La puissance et surtout la densité de son discours sonne comme un fleuve irrépressible, massif, avec cette épaisseur qui donne du poids au discours. Entendre par exemple son introduction sur Bientôt l'heure ou Svp pris d'assaut par Julien Soro alors que la rythmique rivalise de dynamisme insufflé.

Mais ce sont 4 « sons unis » et il y a des associations dans ce groupe. Le tuba ( qui remplace la basse traditionnelle) et la batterie. Le sax et les nappes souples du vibra de Stephan Caracci (vibraphoniste que l'on entend entre autre chez Raphaël Imbert) et qui imprime magnifiquement sa science de l'harmonie, son sens de l'accompagnement et des sonorités presque électriques et parfois lunaires. Et toujours cette belle empathie du groupe comme sur la Septième parole où l’on est impressionnés par le soin partagé à façonner l’ouvrage. C’est un peu comme si l’on voyait sous nos yeux une mécanique interactive se mettre en branle comme sur cet Automne a trois temps où l'on visualise presque les rouages et engrenage d'un collectif qui "tourne" ensemble. Et il y a le sens du détail et du compagnonnage. Pas étonnant que presque tous les membres de ce quartet se retrouvent tous dans le Ping Machine de Fred Maurin, autre belle et formidable mécanique.

Les compositions, toutes signées de Julien Soro et révèlent une écriture de grande qualité formelle. Sans trop forcément rechercher les espaces, Soro parvient à créer une musique exigeante qui laisse place au jeu collectif et remplace les contre-chants par des mécanismes de questions-réponses cachés derrière le soliste. Remarquablement efficaces ces compositions nous bousculent parfois et nous sortent de toute tentation d’easy listening. Cet album se découvre pour ceux qui en feront l’effort.

Mais, revers de la médaille, ces compositions manquent parfois de direction claire. Ainsi par exemple cette relance sur Nos Sons Unis alors que l’on aurait peut être souhaité une coda plus « attendue » ou encore une prise alternative de Boule de neige qui aurait pu aussi être évitée.

Reste la force de cette musique passionnante et créative en diable et la puissance de son leader qui passe et emporte, comme dans cet Automne à trois tempsoù le jeu passionné de Soro s’impose comme l’un des moments forts de cet album.

photos-2010-2011 0951Jean-Marc Gelin

 

Big Four Quartet sera en concert au Parc Floral dimanche 3 juillet

La sortie officielle de l’album est prévue pour le 8 septembre au Sunset à Paris

 

 

 

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 09:24

Naïve 2011

Elie Dalibert (as), Manuel Adnot (g), Arthur Narcy (dm)

 Sidony_box_Pink_Paradise.jpeg

Ce jeune groupe retenu par Jazz Migration l’an dernier et vainqueur du trophée jazz à Vienne fait à nouveau sensation pour  son (déjà) deuxième album. Ce jeune groupe qui fonctionne sur une base, on ne peut plus simple (sax, guitare, batterie) semble réinventer et moderniser l’art du trio. Composant presque tous leurs morceaux collectivement ils manient en effet l’art de la dramaturgie musicale avec brio. Avec trois instruments et des nappes électriques qui viennent souligner le trait ou étirer les sons, ils créent des atmosphères de polar, des sentiments d’angoisse, ils créent de l’espace, de l’émotion brute. Cette émotion vient du rock c’est sûr (j’ai même pensé, aller savoir pourquoi, à Jeff Buckley allant jusqu’à oublier qu’aucun ne chante ni ne vocalise). Les trois musiciens soulignent légèrement un  propos mélodique comme une sorte d’argument, de prétexte à leurs développements (au sens littéral de ce qui précède le texte). Ici joue l’alternance d’une prédominance « jazz » soulignée par le sax d’Eie Dalibert et « rock » portée par la guitare de Manuel Adnot avec dans le rôle de l’entremetteur créateur de reliefs, Arthur Narcy à la batterie. Et cette alternance et aussi une alternance de jeu dans le jeu lui-même (l’improvisation) et le non-jeu ( les étirances sonores). Car il s’agit moins ici de se lancer dans des développements lyriques que de contribuer à la création collective d’un son et d’un poétique.

La musique est construite sur des émergences, comme celle d’un ostinoto rock (Tatooine), sur l’apparition de sons saturés ( Wilson) ou au contraire dépouillé à l’extrême ( comme sur ce Léman qui étire la note sur près de 10 mn, créant des résonances poignantes comme à la vue d’une toile minimaliste. Des montées paroxystiques mais jamais chaotiques laissent place à des descentes planantes comme sur ce titre éponyme, Pink Paradise où la musique dit plus que la musique elle même.

Tout est fait pour raviver l’intérêt de l’auditeur en faisant ainsi se succéder des moments forts, des moments de vie à la fois denses et palpitants.

Au final Ultimate Pop song vient clôturer de manière encore une fois bouleversante cet album qui ne peut laisser indifférent. Sidony Box s’impose alors définitivement comme l’un des groupes les plus intéressants du moment sur la trace de ses grands frères au titre desquels on rangerait volontiers Limousine.

En explosant les frontières musicales avec une cohérence remarquable, en suscitant un imaginaire artistique, Sidony Box intègre et assimile avec une modernité captivante l’art universel du trio.

Jean-Marc Gelin

 photos-2010-2011 0951

Sidony Box fait partie d’un colelctif d’artiste passionant 1Name4Acrew : voir le site http://www.1name4acrew.com/site/

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 08:57

Label Cristal records/ Harmonia mundi

 Nice-Jazz-Orchestra-Festival.jpg

Voilà un disque éminemment réjouissant qu’il convient de déguster simplement : un jazz classique, lisible, et bien vivant  dès la pochette où les cuivres s’offrent à nous, resplendissant en un bouquet final … à Nice, reine de la Côte d’Azur, l’une des capitales historiques du jazz . Ainsi se présente le NJO (Nice Jazz Orchestra), orchestre rutilant créé en 2008 par des enfants du pays, à l’initiative du saxophoniste Pierre Bertrand, du contrebassiste Christian Pachiaudi et du batteur Alain Asplanato, avec les meilleurs solistes de la région.

Dans cet album sorti sur le label Cristal, le Nice Jazz Orchestra, composé de 17 musiciens, fait son festival justement. A sa tête, l’un des spécialistes de la direction d’orchestre, un as de l’arrangement, un maître de la composition, Pierre Bertrand. Ce sudiste n’en est pas à son coup d‘essai puisqu’il a créé avec son compère, le Toulonnais d’adoption Nicolas Folmer, cet autre grand format, le Paris Jazz Big Band. Il invite d’ailleurs ce dernier ainsi que le clarinettiste mentonnais Stéphane Chausse, l’accordéoniste Frédéric Viale, les chanteurs du Sashird Lao ..

De quoi créer une multicolor feeling fanfare qui tire le big band vers un marching band sur des thèmes chantants comme la « Grande parade boogaloo », hommage au premier festival de jazz de Nice.

L’album s’ouvre par un délicat « My funny Valentine » en hommage au regretté François Chassagnite, trompettiste du NJO (ce fut son dernier solo), mort le 8 avril dernier. Le répertoire est composé de standards comme ce « Caravan » où s’illustre au soprano un Jean Marc Baccarini survolté. Personne dans la formation ne rechigne à jouer des standards, les musiciens du NJO, « guests » inclus. Ces standards sont peut-être à dépoussiérer (encore que…) mais surtout à reconquérir, selon la formule de Jean Pierre Como. En liberté, comme ce «Night in Tunisia» qui méritait, cette année plus que jamais,  un vibrant hommage de l’autre rive de la Méditerranée. 

Ces thèmes, au cœur de la musique jazz, d’où partent tant d’autres directions actuelles, sont en perpétuel devenir. Certains ont été rendus célèbres par Nougaro que Pierre Bertrand accompagna en concerts, arrangeant en 2000 pour le Palais des Congrès « Work Song » de Nat Adderley et « The Cat » du pianiste Lalo Schiffrin.

Mais on retrouve aussi des compositions plus personnelles de Pierre Bertrand ou des pianistes Jean Pierre Como (l’un des fondateurs de Sixun), du délicieux Zool Fleischer (« Air comme René »), ou encore de Lalo Zanelli ( musicien argentin de Gotan project). « Paris chaviré » est un thème de Julien Lourau, période Groove gang, qui est transformé en rap slammé aux accents du percussionniste Minino Garay et de Sashird Lao. Difficile ici de citer tous les instrumentistes qui jouent vraiment collectif, servant d’écrin aux envolées toujours appréciées des solistes Stéphane Chausse, Frédéric d’Oelnitz au piano, Fred Luzignant au trombone, Amaury Filliard à la guitare. Quant à Pierre Bertrand, sur deux de ses compositions inspirées de folklores du monde, il prend un solo de flûte aux accents flamenco sur «Haut de Cagnes» et joue à la klezmer, au soprano, en hommage à Jochen Kreuzer sur « For JK ».

 

Tout un festival de couleurs et de timbres rendus par cette formation méditerranéenne, lyrique et tendre, puissante et effervescente qui se présente dans tout son éclat.

Un album roboratif à conseiller en ouverture de l’été qui sera « caliente » !

Sophie Chambon

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 06:45

aeroplanes.jpg

BEE 046

Sortie le 16 juin

 

BEEJAZZ/ ABEILLE Musique Distribution

 

 

Si « la valeur n’attend pas le nombre des années », dans le cas d’Antonin Tri Hoang, la formule semble se vérifier une fois encore.

Après des études de clarinette au conservatoire, le jeune homme découvre le jazz en écoutant Hubert Rostaing, Benny Goodman. Ce qui est en soi, déjà formidable. Il se met à l’alto, quand il découvre le bop et Charlie Parker. Entrant au CNSM, il est repéré à 20 ans par Daniel Yvinek, authentique « talent scout », directeur artistique d’un ONJ nouvelle formule, qui a choisi parmi la jeune scène française des musiciens pluri-instrumentistes, de cultures différentes.

Antonin a intégré l’histoire du jazz, en connaît ses pères et repères mais il a écouté autant Monk que Ligeti ou Sonic Youth.

La suite, on la connaît… Antonin est vite remarqué au sein de l’orchestre et comme il a envie de de voler de ses propres ailes, il se lancera dans une nouvelle aventure, galvanisé par l’audacieux Mohamed Gastli, directeur artistique de Bee jazz, toujours à l’affût de nouvelles aventures musicales.

Composant son premier album, Antonin souhaitait jouer en duo avec un pianiste … Ce sera Benoît Delbecq qu’il admire depuis la nébuleuse Hask, Kartet et évidemment le duo Ambitronix.

Ecoutons le saxophoniste exposer son projet, nul ne saurait mieux en évoquer les lignes directrices :

«  Fabriquer des aéroplanes en papier c’est un peu ce que j’ai essayé de faire : composer des structures plus ou moins complètes auxquelles il manquait un angle et une impulsion pour voler. C’est en les jouant avec Benoît Delbecq qu’elles ont trouvé leur trajectoire, leur itinéraire.

Le résultat est un disque étonnant, épuré, de onze pièces, prétextes à une démonstration de sobriété et de finesse, pensées chacune comme une étude d’atmosphère précise, nettoyées de toute scorie. Une parfaite justesse de ton fait de chaque morceau un concentré d’univers musical.

Les deux complices mettent en avant la souplesse de ce jazz de chambre qui n’est jamais mieux servi que quand il est joué avec douceur. Donc une entrée sans fracas, prélude à l’envol qui suit, d’autant plus étonnant qu’on demeure ainsi, longtemps, en apesanteur, porté par de faux rebonds, des suspens harmoniques et rythmiques.

Quelle est la teneur de cette musique ? Délicate et fragile, sans effet virtuose apparent. Benoît Delbecq prépare toujours son piano, accompagne en filigrane, s’impose subtilement en arrière-plan, alors qu’Antonin Tri -Hoang fait entendre son fredon doucement, alternant avec bonheur saxophone alto et clarinette basse. Leur langage privilégie le discontinu, la césure, quand ce n’est pas le retrait, avec cependant des phrases peaufinées, comme polies, qui brillent d’un éclat renouvelé, à chaque intervention d’Antonin. Du coup, Benoit Delbecq se livre avec bonheur au jeu d’un texte ouvert.

C’est qu’à l’encontre du discours actuel, l’émotion seule n’envahit plus le champ musical, dans ce duo qui favorise la circulation du sens poétique : autant de signes qui ne répondent à aucune nostalgie malgré l’apparence du souvenir et une discrète mélancolie qui parcourt l’album.

Soulignons enfin tout l’intérêt de la maquette, des plus originales, dont le graphisme suivant les plis et replis de l’aéroplane fait penser au travail des origamistes. Des citations de Proust, de Gainsbourg (Marilou) et d‘Elena Andreiev, illustrant le titre « Aéroplanes », sont comme autant de prédelles précisant l’exposé narratif d’un tableau -dont on aperçoit d’ailleurs une reproduction de paysage flamand du seizième, masqué par un cache peint à l’aérosol ou à l’acrylique. De quoi emporter définitivement notre adhésion envers ce projet cohérent, esthétiquement réussi, éclectiquement de bon ton.

Hautement recommandé en ce début d’été pour survoler les plages.

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 07:25

PJU Records 2011

Sandro Zerafa (g), Laurent Coq (p), Yoni Zelnik (cb), Karl Jannuska (dm)

URBAN-POETICS-SLEEVE.jpg On a encore en tête le premier album du guitariste qu’il signait avec son White Russian Quintet et que nous avions chroniqué ici même il y a trois ans ( http://www.lesdnj.com/article-24668956.html). Nous avions alors remarqué la très grande qualité d’écriture du guitariste maltais. Et c’est sans surprise que, dans ce nouvel album en quartet l’on se laisse prendre par ses belles compositions où la finesse de l’écriture le dispute à l’élégance de jeu du guitariste.

Evitant avec autant de tact que de « savoir-jouer », tout effet virtuose, Sandro Zerafa est un  gentleman du jazz. Rien d’étonnant d’ailleurs à ce que son camarade de jeu soit Laurent Coq. Tous les deux se répondent à merveille. Les eux se sont évidemment trouvés. Et rien d’étonnant non plus qu’il s’inscrive dans cet écrin de velours que constitue la rythmique Zelnik/Jannuska. Et l’on s’attardera d’ailleurs sur le drive du batteur canadien qui donne ici relief et frémissement à cette musique. Jannuska qui se situe un peu entre le point de croix et l’orfèvrerie, tout en ornements et en petites fioritures, dans cet art de pousser la pulse avec discrétion. On se délecte donc de ce jouage des 4.

Pourtant cette musique souple et raffinée donne parfois le sentiment de l’être un peu trop. A tourner autour des mélodies avec quelques manières, les musiciens donnent parfois le sentiment de jouer un peu entre eux. Et la subtilité de leurs échanges ne se livre qu’à la condition de l’écouter et de l’entendre.

Ceux qui auront cette écoute-là entendrons chez Sandro Zerafa cette façon de jouer avec grâce qui nous rappelle un peu Tal Farlow. Ce sens du jeu qui semble si facile. Comme coulant de source.

Car cette poésie urbaine, c’est bien de cela dont il s’agit : une sorte de source régénérante.

Jean-marc Gelin

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 07:11

Music by Olivier Benoit

http://www.circum-disc.com/olivier-benoit-serendipity/

www.muzzix.info

 olivier-benoit-copie-1.jpg

Premier album solo d’Olivier Benoît, Serendipity est sorti dans la collection HELIX du label nordiste Circum, que nous suivons avec attention, depuis ses débuts.

Expérimentateur dans les recherches électro acoustiques, ce guitariste se livre ici à une exploration des plus personnelles, ayant tout conçu de ce projet, de la musique à la photographie.

Etrange OVNI sonore qui commence par une longue plage d’un quasi silence ponctué de grésillements et autres effets techniques. Inutile de lancer un départ fracassant puisque la première partie dure 21 minutes. A la septième minute de cette même plage sans nom, un son persistant et saturé s’élève, qui vrille les oreilles sans que cela ne soit insupportable. C’est ce ressassement qui permet de donner du sens à la structure, à la texture affranchie que le musicien tisse et trame continûment, nous conduisant à l’égarement ou à un équilibre instable. Moment de méditation et de rêve éveillé, entre réflexion et transe, dans une tension constante qui jamais ne va jusqu’à l’explosion et la cassure.

Oser le dire est parfois dérisoire mais Olivier Benoît est un adepte de l’extrême en musique, il se laisse conduire et construire par une errance calculée, créative. Il arrive à manipuler sa machine, à en faire absolument ce qu’il veut. On se situe ici dans les marges, le domaine de l’expérimentation sonore, l’expérience des limites.

Comme le joli mot de Serendipity  renvoie au « don de faire par hasard des découvertes heureuses », le guitariste s’abandonne au hasard, à la « music of chance » comme diraient les Anglosaxons, avec une détermination têtue et une patience à toute épreuve. Comme quand il dirige avec une concentration folle l’immense ensemble de La Pieuvre. 

Plus qu’un Vulcain ahanant au cœur de la forge brûlante, en martelant ses enclumes, Olivier Benoît nous immerge dans un son irréel, industriel, intercalé de « dreams » non moins étranges, dans un voyage immobile, en partance pour un ailleurs indécis, floconneux. Ces sonorités travaillées, ces effets inquiétants d’étrangeté installent un climat d’éternité, musique d’accompagnement d’un cinéma virtuel à la « Eraser head ». Les sons saturés, infrabasses, cadences suggestives plongent dans une douce hypnose, fantasmagorie où le temps étiré à l’extrême  finit par se rappeller brutalement à nous, en dernière plage, par un gong inéluctable.

Qu’importe les bricolages et autres imprévus de cette musique dérangeante, l‘album conserve une unité, une dimension originale et poétique. En dépit d’un matériau sans intérêt apparent, s’écoule un magma  très personnel. Étonnant !

 

Sophie Chambon

 

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 16:52

ECM 2011

Craig Taborn (p)

craig-taborn-avenging-angel.jpg

C'est toujours l'exercice le plus compliqué pour un pianiste que celui de l'exposition en solo pour celui qui est aujourd'hui l'un des plus recherché pour ses talents de sideman. Mais là, Taborn est tout seul, totalement exposé dans sa musique et ses talents d'improvisateurs. Et dans cet exercice-là, il doit avant tout composer avec ce studio de Lugano et ce son ECM. Son ample avec un effet cathédrale où les résonances et le tournoiement des harmonies est important dans la construction même des espaces improvisés.

L'exercice est comme souvent chez le label ( lorsqu'il ne s'agit pas Jarrett.... quoi que....) terriblement introspectif et crépusculaire. La marque ECM, l'esthétique à laquelle le label de Manfred Eicher nous a habitué. On sent la direction artistique de l’allemand. Le pianiste alterne les pièces très espacées comme sur the Voice says so où les intervalles laissent penser à des musiques expérimentales comme celles de Brian Eno, avec des pièces très serrées et denses ( comme sur le titre éponyme Avenging Angel).

Mais cet exercice aussi brillant soit il ne convainc pas toujours. Très concertant (il est curieux d'ailleurs de voir que Craig Taborn a été programmé à Paris dans une salle comme le Sunside alors qu'un tel programme aurait pu justifier Pleyel p.ex), l'ensemble n'embarque jamais réellement son auditeur. Trop introspectif et parfois trop cérébral, il renvoie une image, non pas glacée mais néanmoins parfois une peu figeante. Mais, parfois, Craig Taborn dessine comme des poèmes furtifs, des sortes de haïku minimalistes qui ont la légèreté du vent (True Life near). Parfois au contraire c'est le flot d'une improvisation (à la Jarrett justement) qui s'exprime dans une liberté sauvage ( Gift horse/over the water ou encore Spirit hard Knock) sur des ostinatos de la main gauche dont il explique dans le dernier numéro de Jazzmagazine sa conception. Craig Taborn utilise alors tout le registre du grave du piano dans ses moindres recoins.  Au détour de cette déambulation surgissent parfois des paysages magnifiques, à fleur de peau comme de simples cartes postales tirées d'un mémorial intime (Forgetful).  Il y a  dans cet exercice solitaire la recherche d'une véritable esthétique.

L'exercice a déjà été entendu du côté de chez Manfred Eicher. On peut tout aussi bien s'y ennuyer avec élégance et retenue. S'assoupir un peu mais avec beaucoup de chic. Le jazz joué ainsi en piano solo à tout pour plaire aux thuriféraire de ce jazz aristocratique que côtoierait avec tenue un Alexandre Tharaud au théâtre des Champs Elysées. Car ce jazz-là doit moins à Monk qu'à une certaine école classique. Mais avec cet album Craig Taborn semble surtout accomplir le rite initiatique destiné à le faire entrer dans la loge des grands pianistes sérieux, de ceux qui comme le "maître" de Pensylvanie ou comme François Couturier peuvent s'offrir le luxe de pénétrer dans le studio d'enregistrement de Lugano et accéder ainsi  à 41 ans au statut supposé d'immortel du label.  Espérons juste que cela ne soit pas digne d'un enterrement de première classe et que le pianiste continuera sa voie aux côtés de Chris Potter ou de Dave Binney. Avec cette façon si clase qu’il a de poser le swing.

Jean-Marc Gelin   

 

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Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
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