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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 21:11
Berline :" Mes révérences"

Berline (chant), Louis Winsberg (guitares, mandoline, percussions….), Christophe Lampidecchia (accordéon, bandonéon), Jean-Luc Di Fraya (voix et percussions), Lilian Bencini (basse), Frédéric Pasqua (batterie). Musique additionnelle : Stéphane Huchard (batterie), Marc Berthoumieux (accordéon). Réalisé et arrangé par Louis Winsberg.

Such Prod-Harmonia Mundi.

Louis Winsberg n’est pas artiste à se laisser enfermer dans un registre. Guitariste (acoustique et électrique), de toutes les aventures du jazz de longue date, son penchant pour la chanson française est bien connu. On se souvient de sa collaboration sur ce terrain avec un autre guitariste, Sylvain Luc. Il a également travaillé avec Nougaro, Dee Dee Bridgewater et de manière régulière ces dernières années Maurane. Il n’est donc guère surprenant de le voir aux manettes –et de l’entendre en tant qu’instrumentiste-aux côtés d’une chanteuse, Berline, qui affiche caractère et authenticité.

Winsberg met au service d’une artiste à découvrir son amour du jazz et des musiques du sud, du tango au flamenco. Ainsi, le répertoire sélectionné – signé Adamo, Brassens, Brel, Christophe, Dalida, Gainsbourg, Moustaki, Régine-prend-t-il des accents nouveaux tout en conservant sa force initiale. La prise de risque était manifeste de reprendre Vesoul, Les Flamandes, la Javanaise, La Mauvaise Réputation ou encore les Marionnettes. Berline l’assume : « J’ai simplement voulu faire vivre ces chansons liées à mon enfance, celles que mes parents écoutaient à la maison. Toutes, elles témoignent d’une qualité qui m’a toujours touchée, l’engagement.»

Jean-Louis Lemarchand

Berline sera en concert les 15 et 16 mars au Zèbre de Belleville (75), le 18 mars au Petit Duc d’Aix-en-Provence et le 3 mai à Pont-Royal (Bouches-du-Rhône).

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 21:13
GRAND ENSEMBLE KOA « Ahimsa »

Grand Ensemble Koa : Alfred Vilayleck (guitare basse, composition, direction), Matthieu Chédeville (saxophone soprano), Armel Courrée (saxophone alto), Jérôme Dufour (saxophone ténor), Pascal Bouvier (trombone), Matia Levrero (guitare), Samuel Mastorakis (vibraphone), Daniel Moreau (piano, piano électrique, synthétiseur), Julien Grégoire (batterie).

Pompignan (Gard), juillet 2014

Arbalète / Muséa

Ce grand ensemble montpelliérain participe au Collectif Koa, qui rassemble 7 groupes, organise un festival au printemps, et constitue un vecteur important de la jazzosphère languedocienne. C'est leur deuxième CD, et il confirme l'indiscutable valeur de cette formation : qualité de l'écriture (la forme des pièces, la construction de l'ensemble du CD, et les alliages de timbres, avec de très subtiles couleurs), énergie et cohésion du groupe, maîtrise et créativité des instrumentistes. On est décidément en présence d'une phalange de haut niveau, avec des solistes d'une belle expressivité. Ici ou là, l'impression que l'un ou l'autre d'entre eux produit des phrases un peu prévisibles. Mais il faut dire que le disque a été enregistré voici presque deux ans, et que le concert auquel j'ai assisté en juillet dernier au Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon m'a fait oublier cette très relative faiblesse. Des langages divers (musiques répétitives, fusion, jazz ternaire et contemporain, souvenirs rythmiques de Stravinski ou Bartók....) se combinent ou s'entrechoquent avec pertinence et fantaisie. On est capté par la riche diversité de l'ensemble, et l'on se dit qu'une autre écoute apportera d'autres plaisirs, d'autres curiosités ; et c'est le cas. Le titre de l'album, « Ahimsa », fait référence à une notion de la philosophie indienne qui désigne la non-violence : les émotions et les sensations peuvent cependant y être fortes, et le groove sacrément offensif. Belle réussite, vraiment, qui se concrétise par l'invitation faite au groupe de venir faire un petit tour à Paris, au Carreau du Temple, dans le cadre de la « Jazz Fabric » programmée par l'Orchestre National de Jazz.

Xavier Prévost

Concert le jeudi 10 mars à 20h30 à Paris, au Carreau du Temple, dans le cadre de la série « Jazz Fabric » de l'Orchestre National de Jazz

Un avant-ouïr du CD sur Soundcloud

https://soundcloud.com/grandensemblekoa

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 16:38
PERRINE MANSUY « Rainbow Shell »

Perrine Mansuy (piano, composition, voix), Jean-Luc Difraya (percussions, voix),

Rémi Décrouy (guitare, effets électroniques) , Éric Longsworth (violoncelle),

Mathis Haug (voix)

Solignac (Haute-Vienne), 1er-6 avril 2015

Laborie Jazz CD LJ28 /Socadisc

Perrine Mansuy, pianiste et compositrice, aime la chanson. De longtemps elle a accompagné chanteuses et chanteurs, et donné aussi en duo instrumental (avec le saxophoniste François Cordas) des musiques de chanteurs (Jacques Brel notamment). Sa participation récente à la reprise, sous l'appellation « Over the Hills », de larges extrait d'Escalator over the hill de Carla Bley et Paul Haines, œuvre où la voix tient une place de choix, dit encore ce tropisme persistant. Son disque précédent, « Vertigo Songs » (Laborie Jazz), témoignait aussi de son attachement au chant. Et celui-ci, inspiré par un poème de Katherine Mansfield, qui évoque un coquillage arc-en-ciel qui gît au plus profond de l'océan, se veut lyrique et mélodique. Les thèmes, articulés sur une belle assise rythmique, sont un peu de cette veine folky qui prévalait chez Keith Jarrett au tout début des années 70 (« Facing You », et le disque co-signé avec Gary Burton, entre autres....). Le violoncelle apporte à cet univers teinté de pop-rock une note mélancolique, les percussions soulignent les aspérités d'un phrasé qui récuse toute mollesse, la guitare fleure bon parfois l'esprit seventies, et les voix vont de l'onirisme à la rugosité : belle reprise par Mathis Haug de la chanson du western d'Otto Preminger La Rivière sans retour, où s'affrontaient Marilyn Monroe et Robert Mitchum ; et superbe interprétation du même sur Paying my dues to the blues, également magnifié par un beau chorus de piano, et un swinguant tutti vocal. Un beau disque, en somme, cohérent, bien produit, et habité par de vrais interprètes-improvisateurs.

Xavier Prévost

Le groupe jouera le 8 mars 2016 à Limoges, le 9 mars à Paris, au studio de l'Ermitage, et le 31 mars à Marseille, au Cri du Port

La première plage du disque en vidéo sur Vimeo

https://vimeo.com/147447410

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 16:14
FIVE IN ORBIT « Tribulus Terrestris »

Ramon Fossati (trombone & coquillages), Olivier Brandily (saxophone alto, flûte & cooquillages), Laurent Bronner (piano), Nicolas Rageau (contrebasse), Luc Insenmann (batterie)

Montoliu de Segarra (Catalogne), 21-23 septembre 2015

Fresh Sound New Talent FSNT 495 / Socadisc

Le tromboniste Ramon Fossati est un catalan de Paris, ou peut-être de l'Essonne, qui communique avec les autres (autres individus, autres nations, autres cultures....) par l'entremise de sa passion pour le jazz. Après Paris-Barcelona Swing Connection, il s'est retrouvé voici plus de 10 ans avec une autre équipe, aujourd'hui l'essentiel des membres de ce quintette, pour Five in Orbit. La communication, ou plutôt la communicabilité, paraît être la matière première de ce groupe : très forte expressivité, assumée, partagée, qui associe l'ensemble des instruments et des instrumentistes dans une expression très collective, selon ce qui pourrait être l'essence originelle du jazz (si tant est que le jazz ait une essence, alors qu'il est plutôt une musique d'existence, mais laissons là le débat philosophique....). Tout commence par de joyeuses dissonances, comme au début des Éléments de Jean-Féry Rebel (1737), tentative de description de la création du monde, laquelle commence bien entendu par le chaos qui précède l'édification du cosmos. Et le monde qui advient ici c'est le jazz, version hyper-expressive, comme au temps du jungle style de Duke Ellington et Bubber Miley, et jusqu'à Charles Mingus, et au-delà. Dès la première minute, la flûte aventurée dans des modes de jeu hétérodoxes et des sonorités extrêmes (souvenir de Roland Kirk, qui fit un séjour furtif chez Mingus : pas de hasard!) donne le ton. C'est du jazz hot, dans toute la vitalité originelle de l'idiome afro-américain, et dans un langage musical d'aujourd'hui ; c'est ce que suggère le titre de ce premier thème, Tribulus Terrestris, plante aux vertus vivifiantes, stimulantes, pour ne pas dire plus. La mélancolie s'installe ensuite, sur les traces d'Ibn Khaldoun et de ses pérégrinations philosophiques, méditerranéennes et européennes. Et le disque se dévoile progressivement, en plages très libres, toujours animées de cette espèce de vocalité des instruments à vent (y compris les coquillages) qui donne à l'expression sa force. Les compositions sont signées par les trois piliers constitutifs du groupe : Ramon Fossati, le tromboniste , Olivier Brandily, le saxophoniste-flûtiste, et Lauren Bronner le pianiste. Mais leurs partenaires ne déméritent pas de vigueur, de finesses dans le jeu collectif et d'inventivité : Nicolas Rageau et Luc Isenmann sont totalement immergés dans le projet collectif, qui porte le disque jusqu'à son terme : Lonsome Lover, une composition de Max Roach et Abbey Lincoln, extraite du disque « It's Time » (Impulse, 1962). Jusqu'au bout la flamme est entretenue, avec force, par ces gardiens fidèles d'un jazz toujours vif, et vivant ; vitalité magnifiée sur la pochette du CD par les illustrations tout aussi expressives du plasticien catalan Marcel.Lí Antúnez Roca.

Xavier Prévost

Le groupe jouera le 5 mars 2016 à Barcelone au festival Jazz de Terrassa, et le 31 mars à Paris au studio de l'Ermitage.

Un extrait sur Youtube en avant-ouïr

https://www.youtube.com/watch?v=_KcOr4ObmBc

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 09:53
HENRI TEXIER « Sky Dancers »

Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette alto, clarinette), François Corneloup (saxophone baryton), Nguyên Lê (guitare), Armel Dupas (piano, piano électrique), Henri Texier (contrebasse, composition), Louis Moutin (batterie)

Amiens, septembre 2015

Label Bleu LBLC6720 / L'Autre Distribution

Henri Texier a retrouvé en septembre dernier le studio Gil Evans de la Maison de la Culture d'Amiens, lieu pour lui coutumier en raison d'un fidèle compagnonnage avec Label Bleu ; un studio récemment rénové après une longue période d'inactivité. Le groupe respire l'intimité et la familiarité : il est construit autour du Hope Quartet , rejoint par deux musiciens que le contrebassiste apprécie tout particulièrement : le guitariste Nguyên Lê, et son univers de lyrisme et d'expressivité inimitables ; et le jeune pianiste Armel Dupas, qui conjugue magnifiquement maîtrise instrumentale, et profonde musicalité, avec une fougue qui fait merveille. Le groupe parfois se subdivise : ici le quartette originel, sans piano ni guitare ; ailleurs un quintette avec piano. Mais toujours l'exacte pertinence de l'effectif, en adéquation avec l'esprit et l'énergie du thème choisi. Beaucoup de compositions inspirées par les Amérindiens chers au cœur du contrebassiste, et souvent évoqués dans des albums précédents. Le répertoire est nouveau, élaboré au cours des concerts qui ont succédé au disque précédent. Le musique est souvent vive, d'un engagement rythmique profond, sans pour autant négliger le chant : Henri Texier excelle dans l'art de jouer le jazz au plein sens du terme (swing, cursivité, goût de l'aventure...) en conservant l'esprit des musiques populaires d'Europe et d'ailleurs. Ça commence sur un tempo vif, par un échange entre le piano électrique et la batterie, et le premier thème est exactement dans l'esprit évoqué à la phrase précédente. Le baryton prend sa liberté, tout en inflexions et relances ; l'alto le rejoint, d'un lyrisme torride, avant que le piano poursuive la course, en décontraction savante, pour construire la dramaturgie du solo. Puis vient la contrebasse du boss, plein jazz, mais libre, et la batterie enfin vient confirmer la tension rythmique, et la vitalité qui toujours doit prévaloir : un scénario familier, celui du jazz qui, comme la mer du Cimetière marin de Paul Valéry, est toujours recommencé … mais aussi, quand le vent se lève, il s'anime « Rompez, vagues ! Rompez d'eaux réjouies... ». Et tout le disque est à l'avenant de cet élan vital : dans un thème écrit en hommage à Paul Motian, joué en quartette sans piano, chaque saxophone répond au solo de l'autre d'un contrechant lointain ; dans Hopi, en quartette sans les sax, commencé tempo di jazz, la densité des échanges s'installe, sans violence, et la musique pourtant vibre de mille frissons.

Dans Comanche, la fureur expressive reprend ses droits, et ça déménage sérieusement ; et dans Paco Atao, à la mémoire du percussionniste martiniquais Paco Charlery, le recueillement reprend ses droits, dans une mélodie solennelle où clarinette et contrebasse portent un rythme de marche funèbre. Ainsi va ce nouveau disque concocté par Henri Texier : de l'expression la plus vive à l'émoi le plus tendre ; grande cuvée, assurément !

Xavier Prévost

« Sky Dancers » sera sur scène la 4 mars 2016 à la Maison de la Culture d'Amiens pour les 30 ans de Label Bleu. La veille Henri Texier aura carte blanche avec quelques compagnons de route, dont Michel Portal et Bojan Z.

« Sky Dancers » jouera également le 6 mai à Coutances pour Jazz sous les pommiers

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 19:10
JOACHIM FLORENT « After Science »

Joachim Florent (contrebasse solo & électronique)

Couffoulens (Aude), avril 2014 & Le Mans

Coax Records COAX029JOA1 / www.collectifcoax.com

L'exercice du solo de contrebasse est assurément périlleux, et pourtant Joachim Florent s'en tire à merveille. Ces plages, enregistrées au Théâtre dans les vignes de Couffollens, dans l'Aude, et à la Collégiale St Pierre la Cour du Mans (où le musicien avait joué en mai 2012) recèlent une diversité d'inspirations et de pratiques qui forcent le respect, et même l'admiration. Entre solo absolu, très acoustique, et solo démultiplié par les machines en un large spectre de sonorités mêlées, c'est une déclinaison des horizons possibles de l'instrument. En une trentaine de minutes, le contrebassiste parcourt des univers sonores et esthétiques parfois insoupçonnables (et en tout cas largement insoupçonnés). Une psalmodie suggérée par le souvenir du chant d'un muezzin va conduire, par développements successifs, à une large spectre de résonances presque polyphoniques. Une mise en boucle de pizzicati va créer un espace répétitif riche en variations, hypnotique et vivant tout à la fois. Ensuite un son très acoustique, largement réverbéré (l'électronique ? L'abbatiale du Mans ? L'une et l'autre à la fois?) va produire une brève marche majestueuse, où la mélodie porte en elle l'exacte perception de l'harmonie. Puis l'électronique reprend ses droits, à coup d'échos et de traitements, effet wah-wah, riches harmoniques, jusqu'à ce que le son acoustique établisse sur cet empire technologique et furtif toute sa majesté. Vient ensuite une partita virtuose que l'on jurerait de violoncelle, puis un jeu de percussions qui faite parler les cordes et le bois de l'instrument. Peu après, ce serait presque une viole de gambe élisabéthaine, avant de glisser de nouveau vers l'univers contemporain. Plus loin encore, l'électronique transforme l'instrument en une sorte d'orgue futuriste pour concert sous-marin, et conclusif. Cette laborieuse tentative de description de l'objet, ou d'épuisement d'un réel insaisissable, a pour seul but de donner l'envie d'en savoir plus en écoutant la musique (voir le lien en bas de page). Ce que suggère le titre, c'est peut-être que, lorsque la science musicale et le savoir instrumental sont conquis, maîtrisés, puis sublimés, un au-delà est atteint, qui ressemblerait à l'enfance de l'Art.

Xavier Prévost

Lien vers la musique du CD :

http://collectifcoax.bandcamp.com/album/after-science-joachim-florent

Joachim Florent jouera en solo à Rennes, le 25 février 2016, à la Maison de la Grève

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 09:32
CHARLES LLOYD & THE MARVELS « I Long to See You »

Charles Lloyd (saxophone ténor, flûte alto), Bill Frisell (guitare) , Greg Leisz (pedal steel guitar), Reuben Rogers (contrebasse), Eric Harland( batterie)

Invités : Willie Nelson (voix), Norah Jones (voix)

Santa Barbara, 27-28 avril 2015

Blue Note 0602547652577 / Universal

Deuxième Cd pour Blue Note de Charles Lloyd, depuis son retour dans le giron de l'historique label. Après « Wild Man Dance », publié l'an dernier avec un groupe différent, le saxophoniste-flûtiste conserve le binôme basse-batterie qui l'accompagnait voici peu d'années, et s'adjoint un tandem guitaristique de haute atmosphère : Bill Frisell, et son compère Greg Leisz, lequel avec sa pedal steel guitar apporte indiscutablement une couleur qui oriente l'ensemble de l'album. Frisell est évidemment déterminant dans ce dispositif, qui nous entraîne vers les grands espaces du Sud-Ouest états-unien, avec la mélancolie attachée à ces paysages sonores. Car ici l'image crépusculaire et l'étendue des espaces semblent prévaloir. Le répertoire emprunte à l'univers pacifiste (Dylan, entre autres, avec une reprise instrumentale de Masters Of War ; et Last Night I Had the Strangest Dream de Ed McCurdy, ici chanté par l'inoxydable Willie Nelson). Il y a aussi des thèmes traditionnels, aux effluves d'Espagne, d'Amérique profonde ou de prière bouddhistes, et une surprenante reprise de You Are So Beautiful (naguère immortalisé par Joe Cocker) dans la voix de Norah Jones, totalement au diapason de cette ambiance diaphane. En prime, Charles Lloyd offre aux nostalgiques de son début de carrière une nouvelle version de Sombrero Sam, par lui gravé en 1966 aux côtés de Keith Jarrett, Cecil McBee & Jack DeJohnette pour l'album « Dream Weaver » chez Atlantic ; ainsi qu'une belle version, à la flûte alto, de Of Course, Of Course, enregistré l'année précédente avec Gabor Szabo, Ron Carter et Tony Willams pour Columbia. En somme, c'est un bon album, homogène et très bien produit, mais qui ne surpasse pas, quoi que l'on ait pu en dire ici ou là, les publications ECM de la période précédente.

Xavier Prévost

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 19:15
WATCHDOG « You're Welcome »

Anne Quillier (piano, piano électrique, synthétiseur analogique, composition)

Pierre Horckmans (clarinette, clarinette basse, effets électroniques, composition)

Bourgoin Jallieu, juin 2015

Label Pince Oreilles / www.collectifpinceoreilles.com

Un duo, démultiplié par la pluralité des instruments de chacun et chacune. Ils avaient convaincu dans le sextette de la pianiste, qui jouait ses propres compositions, et dans le trio Blast. Les revoici, dans l'apparent dépouillement d'un binôme instrumental où il faut décupler les énergies et la présence pour occuper l'espace musical. Et ils y parviennent, sans coup férir. Volutes de clarinette et sons mystérieux sur ostinato de piano Fender Rhodes, relayé par des lignes improvisées sur le piano acoustique : dès l'abord, l'intérêt s'impose, et ne faiblit pas au cours de la première pièce, joliment scénarisée, et même dramatisée. Des slaps de clarinette basse engagent la suivante, tandis que la petite clarinette s'égare dans l'aigu, sur un piano obstiné et rythmique, avant que le piano acoustique ne s'aventure dans une ligne anguleuse, soutenu dans la magie du multi-piste par le piano électrique. Et le parcours se poursuit sur la plage suivante, qui donne au duo son nom. Les pièces sont concises, la forme maîtrisée, les choix musicaux ambitieux, et pourtant la musique respire une liberté réjouissante. Ici ce sera, après une introduction électronique rythmée par la clarinette basse, un interlude mélodiquement sinueux, et plus tard un danse exotique, mi-habanera, mi-mambo. On hésitera plus loin entre la valse et le rythme afro-cubain, mais toujours le propos musical est dense, tendu, requérant. L'invention improvisée est au rendez-vous, l'expressivité aussi, et le CD nous conduit, de plage en plage, au terme d'un parcours d'une trentaine de minutes : suffisamment pour goûter la richesse et le talent de ce duo, qu'il convient de découvrir d'urgence.

Xavier Prévost

Le duo Watchdog jouera le 25 février 2016 au Cassiton, Auberge de Rosset-Longchaumois (Jura) ; le 10 avril au Rex de Toulouse ; le 27 avril au Siman Jazz Cub de Bordeaux ; et en juillet au festival « Jazz à Vienne »

Extrait de la musique, pour un avant-ouïr :

https://labelpinceoreilles.bandcamp.com/track/watchdog

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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 19:30
Stephane TSAPIS : «  Border line »

Cristal 2016 - Dist. Harmonia Mundi
Stephane Tsapis (p, Compos), Marc Buronfosse (cb), Arnaud Biscay (dms)

Il y a plusieurs années nous avions été émus par l’album du pianiste grec, "Kamaiki" qui aujourd’hui nous semble d’une actualité encore plus brûlante dans ce qu’il racontait de l’histoire des migrants grecs après la guerre (http://www.lesdnj.com/article-kaimaki-mataora-106690805.html) Il y avait alors une vision quasi prophétique qui résonne aujourd’hui avec force.
Aujourd’hui c’est encore le sujet des frontières qui semble obséder le pianiste qui continue de naviguer, tel Ulysse entre plusieurs univers musicaux qui forment ses racines, sa culture. Profondément grec mais aussi profondément ancré dans la culture française. Toujours entre deux.
Le pianiste , professeur de création musicale pour l’image au Conservatoire de la ville de Paris a cette force évocatrice des sentiments. On l’avait trouvé dans Kaimaiki, on la retrouve ici.
Ici en trio, Stephane Tsapis met du sentiment, met son coeur à l’ouvrage. Met son coeur sur une table où l’on trouve posés pêle-mêle poésie, chants traditionnels ( Macédoniens -Patrounino ou d’Asie Mineure - Giorgitsa), blues gras (To praktorio, border blues) nappes électriques un peu plus rock. Le pianiste y créé des climats et surtout respire fort son envie de vivre, de dire et de danser aussi.
Border line comme il l’explique dans ses liner cela veut aussi être à la limite de tout. A la limite de soi même. il y donc comme un voyage introspectif ( Fièvres) dans lequel on suit le pianiste.
Encore peu trop peu connu en France , Stephane Tsapis mérite que l’on parle de lui.
Ce qu’il dit est rare et précieux.
Une totale réussite qui confirme le chemin très personnel de cet artiste.
Jean-Marc Gelin

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 18:06
DIDIER PETIT / LUCIA RECIO / EDWARD PERRAUD « Anthropique »

Didier Petit (viloncelle & voix), Lucia Recio (voix), Edward Perraud (batterie)

Missery, 20-22 septembre 2014

In Situ IS 246 / Orkhêstra

Sous-titré « Sur les routes de Bourgogne », cet insolite objet musical, sonore et photographique, retrace très subjectivement le périple des trois improvisateurs, de l'Yonne à la Saône-et-Loire en passant par la Nièvre et la Côte d'or. Ils ont rencontré des artisans, croisé des chemins, humé les sentiers et parcouru les routes, en quête d'impressions, qui se traduisent en musique (du trio), textes (Didier Petit, assisté de Hoël Germain) et photos (Edward Perraud). Quatre livrets texto-photographiques retracent le périple, de Vézelay à Chalon-sur-Saône, disent les rencontres avec les artistes et les artisans, et offrent un accès (possible parmi d'autres) aux musiques d'un CD divisé en quatre mouvements et 14 plages. Le tout respire une indicible liberté, ouvre un vagabondage, et retrace une aventure humaine, une aventure minuscule, comme les vies du même nom, là où se concentre le plus fort de l'humanité qui nous est donnée en partage. D'improvisations en reprises (Gainsbourg, les Doors, Billie Holiday -en espagnol et en anglais-, Baudelaire et un traditionnel espagnol), la musique suit un très libre cours, les textes parlent de la vie, de l'action de l'artisan sur le matériau, de la présence au monde et à sa nature. Très élaboré pourtant, cet objet est comme une œuvre de salubrité mentale et artistique, une œuvre totale qui n'a pas besoin de Bayreuth pour éclore : juste une route, une chemin, un sentier, des rencontres, des sensations, des sentiments, et des êtres humains pour les éprouver. Alors, si l'on aime la vie, et l'art d'aimer la vie, on se précipite sur l'objet, en remettant à plus tard toute tentative de définition ou de taxinomie !

Xavier Prévost

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