Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 08:03

DREYFUS JAZZ 2009

ROCKY GRESSET (g), MATTHIEU CHATELAIN (g), DIEGO IMBERT (Cb), COSTEL NTESCU (Vl), JEREMIE ARRANGER (Cb), THOMAS DUTRONC (g)



On serait tenté parfois de comparer le jazz manouche à la peinture Egyptienne. Celle qui durant deux millénaires représentait toujours les mêmes les personnages de profil, avec talent certes mais avec aussi une certaine obstination dans la constance ( et réciproquement). Rocky Gresset, jeune guitariste, issu d’une famille gitane où l’on élève les enfants au lait et à Django, aurait pu tout aussi bien tomber dans les travers d’une tradition « ancestrale » qui, disons le tout net fige un peu la musique dans un marbre dont on ne se lasse pas mais bon quand même….. Et pourtant ce jeune guitariste qui signe là son premier album chez Dreyfus apporte réellement quelque chose de nouveau dans le paysage (et j’ai bien conscience en disant cela qu’à chaque nouveau guitariste manouche qui apparaît sur la scène, on dit strictement la même chose). Pourtant force est de constater que Rocky Gresset, 29 ans au compteur,

s’impose d’emblée à la fois comme un immense guitariste de la trempe de Bireli lorsqu’il était jeune mais aussi comme un guitariste qui va bien au-delà des clichés du jazz gypsy, capable de réinventer le style en empruntant autant au maître mais en allant chercher aussi d’autres références de la guitare électrique chez Wes Montgomery ou George Benson. En quelque sorte le rêve de Django lui même lorsque ce dernier s’aventurait à l’électrique. Il y a là une sorte de continuité de l’histoire qui ne s’est pas arrêtée en 1953.

Sur les standards Gresset affirme une virtuosité qui est tout, sauf… virtuose. Pas de vélocité démonstrative chez lui, juste le sens de la musique, de la mélodie qui s’exhale et du swing qui la fait vivre. Une façon de faire chanter l’instrument, de lui donne ses petites inflexions, cette petite touche de triolets toujours finement ajoutées  comme autant de petites frises. A côté du real book ( Just one of those things, Polka dots and Moonbeams, Darn that dream, Blue skies), Rocky Gresset va aussi chercher du côté de Wes Montgomery pour aligner un superbe Jingles passant ainsi de l’acoustique à l’éléctrique sur lequel il affiche une toute autre personnalité sans y perdre en élégance et en sensibilité (dommage toutefois que parfois la prise de son y soit très étouffée - Looking up -).

Une fin d’album avec Thomas Dutronc en invité sur Time on my hands,  nous laisse sous le charme de cette heuresue révélation.

Avec Rocky Gresset c’est un nouveau génie de la guitare qui émerge sur cette scène dont il éclaircit les horizons. Lorsqu’un musicien parvient avec autant d’aisance  de naturel et presque de détachement à nous transmettre ainsi son amour-passion pour la musique on sait que de toute évidence on a affaire à un très grand. Déjà.

Jean-Marc Gelin


Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 08:25

CHRIS POTTER Underground : « Ultrahang » *****

ArtistShare 2009

http://www.artistshare.com/home/featured_releases.aspx

Chris Potter (ts, clb), Craig taborn (fder), Adam Rogers (g), Nate Smith (dm)



 Il y a de ces débats j’vous jure ! Se demander s’il faut autoriser la circulation du shit ou légaliser le chichon ! J’vous jure ! Y a pas à se poser de question et à tourner autour du pot’ : ce qu’il fut faire c’est mettre Chris Potter en vente libre, que ce soit remboursé par la sécu et tout ça. On devrait le trouver dans toutes les bonnes pharmacies ! Car avec cet album-là le saxophoniste qui avec Artistshare s’est affranchi des labels signe là l’un de ses meilleurs albums. Un truc avec une envie de jouer grosse comme ça ! Certes, il y a bien chez Chris Potter ce côté ultra-perfomer, « ultrahang » qui peut agacer plus d’un ronchon, mais que voulez-vous, moi au contraire j’adore ces saxophonistes qui ont enterré leurs complexes Post-Shorterien, toute la clique New-Yorkaise des timorés, sûrement trop intelligents pour moi. Ici avec Potter on se croirait plutôt à Kansas City il y a 50 ans.  Parce que Chris Potter c’est du physique, c’est du corps à corps. Parce que Chris Potter c’est une relation virile avec l’instrument dépoussiéré de toutes les évanescences très à la mode. Pas de ça avec lui. Debout avec son sax et sa bande de bandits pas manchots pour un  sou (l’association du guitariste Adam Rogers et de Nate Smith !), le quartet, cet Underground qui ne vole pas son nom et que l’on suit depuis longtemps passe aux choses sérieuses, entre sur le ring avec des manières de mauvais garçons de quartier. Ce n’est pas d’une incroyable nouveauté, mais ça « envoie » comme on dit, sans retenue. C’est crade à souhait, ça balance des riffs, un groove à perdre la tête. Chris Potter peut ainsi passer dans le même irrépressible élan, du ténor à la clarinette basse (Facing East) avec la même férocité maltraitant son instrument, le faisant rendre gorge jusqu’à aller chercher des notes dans un extrême aigu furieux. Sur un fond funky-groove furieux, Chris Potter nous rappelle un peu Maceo Parker mais en 1000 fois mieux (Rumples). Mais Chris Potter peut aussi s’emparer d’une ballade avec une superbe sensibilité jusqu’à la faire pleurer comme sur cet it ain’t be me, babe pris à la clarinette basse où Potter apporte la chaleur de son timbre à la ligne mélodique qui traîne quelques accents un peu country. Bien sûr il y a chez le saxophoniste le son projeté mais il y a aussi cet art de l’improvisation qui relève d’un flow puissant que rien n’arrête avec sa métrique intégrée et ses sinuosités qui ne se perdent jamais en chemin et savent le chemin avec une précision diabolique. Ce n’est pas un hasard si Potter joue avec le sax ténor ayant appartenu à Michael Brecker.

Pas de doutes comme dirait l’autre, le jazz bande encore. Ce jazz qui perpétue cette  autre tradition où le rock émerge toujours.

Avec Chris Potter et son Underground c’est un jazz farouchement indépendant, le jazz des hautes plaines, le jazz à l’état sauvage.

Jean-Marc Gelin

 


Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 07:35

Chant du Monde 2009

Denis colin (clb), Benjamin Moussay (fder), Julien Omé (g), Stéphane Kerecki, Arnault Cuisinier (cb), Eric Echampard, Tony Raberon (dm), Antoine Berjeault (tp, bg), Sylvaine Hélary (fl, vc), Fabrice Thueullon (bs, ss), guest Tony Malaby (ts)



La sortie du nouvel album de Denis Colin ne manquera de marquer les esprits. Tout simplement surprenant et émoustillant ! Dense et fort à la fois.

Denis Colin que l’on avait laissé avec la chanteuse Gwen Matthews revient ici avec ses fameux Arpenteurs, un nonet survitaminé galvanisé par la présence d’une double rythmique ( 2 contrebasses et 2 batteries). Avec eux, Denis Colin s’engage à fond dans une musique protéiforme où la présence exceptionnelle de Tony Malaby en invité surprise ne fait qu’ajouter à la délectation immédiate. Intégralement composée par le clarinettiste, sa musique offre une forme malléable, qui passe naturellement du trio au nonet sans rupture de « son », ce son épais et dense qui envoie de bout en bout un groove terrible et n’hésite pas à se délester de toutes bonnes manières pour venir se vautrer dans un son parfois un peu sale. Se jouant des structures polyrythmiques Denis Colin balance ce swing entre funk, rythmes africains et rock-jazz avec un sens compact de l’engagement collectif. Sans compter, sans se ménager, ces gars-là « mouillent le maillot » comme on dit ailleurs. Antoine Berjault éclatant, Benjamin Moussay décisif, Colin au plus près de son texte, étonnant dans la palette d’émotions qu’il charrie, et enfin Tony Malaby qui porte cette musique à haute incandescence avec des talents exceptionnels de caméléon. Rythmiquement, le cœur du sujet ici, qu’il s’agisse de transcender les tourneries ou d’installer parfois un climat plus sombre, plus lunaire, la double section tient la baraque à haute température, avec brio.

Il est alors question dans cet album de parler à cette zone qui se situe quelque part du côté de notre cerveau, quelque part au niveau de nos orteils et quelque part au plus profond des tripes, quelque part  où résonne l’évocation des rythmes primaires et sauvages. Cette musique explose et s’expose sans pudeur, parle à nos propres instincts, ceux de la danse et du rythme qui effleure les peaux. Cette vérité qui s’exprime par la musique nous transforme tous en pygmées Aka. La musique de Denis Colin explore avec force cette part indicible de nous-même et sans arrière-pensée et nous renvoie à nos propres origines.

Jean-Marc Gelin

 


 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 20:10

Emarcy 2009

Personnel détaillé sur la pochette. Groovin’ High Music 2009.

 

 

 

Il y a chez Roy Hargrove une gourmandise réjouissante des rythmes du jazz qui l’aimante sans cesse, lui que l’on découvrit à l’âge de 17 ans, au Théâtre de Boulogne-Billancourt, comme l’un des prometteurs successeurs des plus mélodieux boppers, vers de nouveaux territoires. Louons-le donc d’avoir pu fédérer ce big band, qui avait émergé depuis le milieu des années 90 et de lui avoir enfin donné une vitrine équilibrée tout autant que chatoyante. L’entreprise est à ce point périlleuse, et les directions traduisant la curiosité musicale du leader si nombreuses, qu’il ne fallait pas s’attendre à voir affirmer une identité esthétique forte. Latin bop, vocaux mettant en valeur l’incontournable Roberta Gambarini, standards mais aussi originaux de belle facture, la palette est large, sans doute un peu trop ; elle n’éclipse toutefois pas un travail convaincant et réellement abouti dans des registres diversifiés qui disent assez le potentiel de cette formation, tels « Velera », le lumineux thème d’ouverture, l’audacieux réarrangement de « My Funny Valentine », truffé de sonorités tremblées gilevansiennes et de dissonances subtilement acidulées, la belle et longue plage modale « Requiem » ou enfin le très chantant et élégamment accrocheur « Roy Allan », un hit en puissance. Regrettons toutefois, ce qui reste incompréhensible, la pesanteur et l’anonymat du drumming avant de souhaiter longue vie à ce gang, vrai rêve de gosse d’un musicien qui porte le vrai talent cross-over en bandoulière.

Stéphane Carini

 


Repost 0
Published by Stéphane Carini - dans Chroniques CD
commenter cet article
22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 00:00

 


Daniel Beja(g, voc), Raphael Illes (sax), Nathanael Malnoury (cb) sauf 2 et 7: Flavio Perrella, Yohan Rochetta(v), Martin Vanlemberghe (dr)
Invités : Yom (Klezmer King) (Cl), Sylvia Auclair (voc)

 

Le Site

 

Créé en 2005, après de très nombreux concerts en France et en Europe, Palinka présente son deuxième cd, autoproduit celui-ci, enregistré en avril dernier au studio «  La Fonderie ».

A la lecture du communiqué de presse, on apprend que Palinka « s'affirme comme un groupe novateur de la scène Jazz manouche et s'approche de la cour des grands ». Fort de son succès, le manouche (dites « man-nouche » à la manière du programmateur du Duc des Lombards de Paris, Jean-Michel Proust, lorqu'il présente les frères Rosenberg) dispose effectivement d'une « scène » qui est déjà devenue fourre-tout. Et puis, le manouche, c'est toujours un peu la même chose: la pompe, des virtuoses techniques de la guitare rythmique et les immanquables reprises des titres de Django... bref, on se surprend à penser: encore un groupe manouche, autant écouter le maître lui-même.

Entrons alors dans le vif du sujet. D'ors et déjà, à l'écoute de « Catastrophe », on trouve cette étiquette réductrice. La musique de Palinka est festive et décalée et elle ne s'embarrasse pas de quelconque carcan de styles: c'est d'abord de la musique jazz tsigane et une concoction de clins d'œil au blues, à la chanson française de San Severino (« Aie, aie, aie », « Bye Bye Novisad », au jazz (« Jasmin »), aux musiques balkaniques en général mêlés à des élans rock électriques déchainés, où « la puissance est en toi » (« Petit Samourai »). Vive comme la joie, effrontée, naïve comme un enfant dans un monde d'adulte et à l'image de l'eau de vie hongroise, elle est à l'opposée d'une musique intello. Il ressort de cette musique une vérité sincère que l'on devine sortie des liens fondamentaux qui unissent les membres du groupe: de l'amitié, une bonne compréhension des envies des autres, un grand besoin d'énergie, la nécessité de partager leur plaisir avec le public. Il en ressort une densité telle qu'on ne fait plus attention à la qualité instrumentale appréciable des musiciens (on pense particulièrement  Daniel Beja). D'autres moments plus calmes (« Bye bye Novisad ») nous montrent que Palinka a d'autres cordes à son arc que le jazz manouche et qu'il ne leur faudrait qu'un pas pour s'épanouir dans la chanson qui émeut.

Voilà une catastrophe de très bon goût qu'on demande à découvrir sur scène.

Jérôme Gransac

Repost 0
Published by Jerome Gransac - dans Chroniques CD
commenter cet article
20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 07:50

John abercrombie quartet : «  Wait till you see her » ***

ECM 2009

Johh Abercrombie (g), Mark Feldman (vl), Thomas Morgan (cb), Joey Baron (dm)

 

Dans sa filiation naturelle, John Scofield revendique souvent les influences de John Abercrombie dans son jeu alors que ce dernier, de son côté n’a jamais cessé de revendiquer sa gratitude à Jim Hall. Le point commun entre ces trois-là étant une même approche de l’instrument, tout en résonance bleutée on a là le triumvirat de rêve de la guitare jazz qui porte haut les couleurs harmoniques d’un jeu aux modalités évanescentes.

John Abercrombie figue majeure et prolifique du label ECM signe un nouvel album avec son quartet dans lequel il associe aux côtés de Joey baron et de Thomas Morgan, le violoniste Mark Feldman. Voilà déjà plus de dix ans que le guitariste a testé ce format. Un format que l‘on devrait plutôt qualifier de quatuor plutôt que de quartet dans lequel les trois instruments à cordes (Guitare, violon et basse) se complètent merveilleusement avec un Joey Baron en assembleur-coloriste. Car ce dont il est question ici c’est d’une musique de chambre clairement revendiquée. Une musique classique du jazz dans laquelle il faut l’avouer, on pourrait s’ennuyer parfois au gré d’une certaine langueur monotone où les compositions complexes du guitariste crée des espaces d’improvisations savantes mais manquant parfois de nervure. Et l’on s’ennuierait si l’on perdait de vue que les 7 compositions du guitariste sur les 8 de l’album, révèlent de petits bijoux, signées de la patte d’un très grand compositeur. En témoignent des thèmes comme Anniversary Waltz que l’on rêverait entendre jouer par le quartet de  Wayne Shorter ou encore un Chic of Araby légèrement orientalisé et sur lequel Feldman peut retrouver quelques (légers) accents zorniens. Chaque thème est un magnifique espace d’improvisation dans lequel le guitariste semble flotter avec grâce, improvisant sur un jeu aussi délié que profond. Si l’association des réverbérations du guitariste et des lignes tranchantes du violoniste créent un espace musical fluide et si tous deux possèdent à leur façon cette chaleur du timbre, on regarde néanmoins cet album autant qu’on l’écoute, avec une pointe d’ennui élégant.

Jean-Marc Gelin

 


Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 06:55

AJMI Series 2009


 

Ayant lu une chronique particulièrement enthousiaste de Thierry Quenum au printemps dernier dans Jazzmagazine, notre curiosité fut récompensée et notre écoute  bienvenue, puisque nous ne connaissions pas  le pianiste Philippe Le Baraillec et au rythme auquel il se produit, il y a peu de chance pour que nous l’entendions désormais dans nos parages marseillais. Nous n’étions pas au rendez vous cet été à Junas et à La Seyne. Mauvais hasard puisqu’il nous est souvent arrivé de fréquenter ces deux festivals sudistes. L’effet de cette musique est immédiat : il en est chez les artistes comme dans les familles, il y a des lignées de pianistes et l’on sent vite à laquelle Philippe Le Baraillec appartient. En tous les cas, il fait partie des musiciens à qui l’on donne son adhésion. Un écho à Bill Evans, jusqu’au dernier titre « Nardis », joué sobrement en un court solo : plus qu’une reprise refondue, un fredon, un tendre chuchotement . On n’est guère surpris de retrouver aussi une adresse à Bruno Angelini, le trait d’union étant sans doute le contrebassiste italien Mauro Gargano complice des deux pianistes. Grâce à la perspicacité de Jean Paul Ricard qui a toujours eu un septième sens pour dénicher les talents, le trio de Philippe Le Baraillec, Mauro Gargano, Ichiro Onoe est désormais gravé dans la classieuse collection de l’Ajmiseries dont on aime les beaux objets disques, identifiables immédiatement aux pochettes fines, cartonnées, chics. Les compositions sont quasiment toutes de la plume de Philippe Le Baraillec et autorisent une entente cordiale, une fluidité réelle : voilà bien  un art du trio renouvellé de belle façon, un swing réel dans « The empty chair», un hommage réussi au batteur Lilian Bencini « Song for Lilian (du Laure Donnat Quintet « Straight ahead ») qui évoque aussi pour les plus nostalgiques « Moon River». L’écriture claire du pianiste sait mettre en valeur les autres voix complices. Les idées ne sont là que comme des occasions pour rebondir avec d’autres. Sans doute faut-il savoir s’entourer et Mauro Gargano avec Ichiro Onoe apportent profondeur généreuse, justesse, émotion, sens de la gradation . Le fond intimiste et même mélancolique des compositions  y  trouve  des couleurs, et même des élans inattendus. Chaque thème est une histoire, avec un sens inné du rythme, une intériorité qui trouve sa voix, se fond en une alchimie qui repose sur un équilibre aussi vigoureux et solide que les roulements énergiques du batteur. Lyrique et tendu comme il se doit.  Une imagination fertile liée à un sens de l’harmonie, une vraie capacité à swinguer sans relâche, enfin une souveraine aisance dans les climats les plus divers même si la tendance reste au vif, au jazz vif. C’est une musique qui contient du corps, qui fait sens. Du vécu et une certaine humanité, qui a su traverser des pans entiers d’histoire et de musique.  Au sortir d’un long silence, la sensibilité voire la fragilité du pianiste peuvent se percevoir dans cet « Invisible wound », comme une fêlure. « Toute vie est un processus de démolition » écrivait  Francis Scott Fitzgerald qui savait de quoi il en retournait.

Sophie Chambon

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 07:12

Yolk 2009

Matthieu Donarier ( saxophones), Manu Codjia (g), Joe Quitzke (dm)




Matthieu Donarier signe avec son trio habituel, son deuxième album après, « Optitopic » largement salué par la presse en 2004. Ce nouvel opus en « live » à Saint Nazaire et à Angers témoigne à nouveau de la très forte intimité entre ces trois musiciens habitués à jouer ensemble depuis leurs années d’école et de CNSM. C’est avec eux que Matthieu Donarier, que l’on connaît dans d’autres collectifs ( avec Daniel Humair, Alban Darche ou Patrice Caratini) se révèle à la fois comme un saxophoniste total mais aussi superbe compositeur.

Pour Matthieu Donarier, grand dévoreur depuis l’enfance de musiques de toutes sortes, tout est prétexte au jeu (aux jeux) et aux détournements. Il peut aussi bien s’agir d’une musique inspirée du jazz New-Yorkais, de chansons françaises de Charles Trenet (Il pleut dans ma chambre) à Georges Brassens ou encore des gnosiennes de Satie, Matthieu Donarier peut tout faire avec tout. Adversaire de toute linéarité et adepte d’une musique à tiroirs et à surprises, tout lui est prétexte à la construction de larges espaces d’improvisation. Où l’on entend le travail de Donarier sur les tensions harmoniques (Abrakadabra), sur les lignes mélodiques (Au refuge) et les atonalités. Prenons l’exemple de Brassens. ....


lire la suite  sur MATTHIEU DONARIER TRIO : « Live forms »

 


Jean-Marc Gelin

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 11:35

ECM 2009

Anouar Brahem (oud), Klaus Gesing (clb), Björn Meyer (b), Khaled yassine (darbouka, tabläs)

 

Les albums de l’Oudiste tunisien se suivent et… se ressemblent un tout petit peu. Ici un nouvel album réalisé sous les auspices de Manfreid Eicher et de l’écurie du label allemand. On y retrouve donc un habitué des studios ECM, le magnifique clarinettiste basse Klaus Gesing déjà entendu par ailleurs dans le dernier album de Norma Winstone. L’alliage de l’oud et de la clarinette basse n’est pour autant pas une nouveauté et avait déjà été mis en avant par Anouar Brahem dans une précédente production avec Jon Surman. Mais c’est ici d’une autre inspiration dont il s’agit et qui s’inscrit dans une couleur résolument plus grave. Avec Brahem on retrouve ici la même  poétique du conte et l’invitation au voyage. Au centre de ce travail, beaucoup d’écoute entre les musiciens et cette façon qu’à Brahem d’imprimer sa couleur à l’album en étant tout à la fois très présent et aussi très discret, se plaçant souvent en recul derrière les autres musiciens. Cependant Brahem reste confiné dans un système musical qui, pour s’ancrer dans la musique arabe dite « savante » montre rapidement ses difficultés à sortir de son propre système musical. Un thème comme «  The Astrounding eyes of Rita », parce que justement il donne au clarinettiste un espace plus sauvage, peut montrer une voie d’évolution intéressante. Mais l‘essentiel de l’album reste confiné dans une musique de chambre, très belle au demeurant, à écouter à l’heure du thé ( à la menthe), en lisant les poèmes de Mahmoud Darwish  (1941/2008), poète palestinien dont s‘inspire Brahem dans cet album.

 

Jean-Marc Gelin

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 17:30

Miguel Zenon (as, voc), Luis Perdomo (p), Hans Glawischnig (b), Henry Cole (dms), Hector « Tito » Matos, Obanilu Allende, Juan Gutiérrez (perc, voc).

Marsalis Music 2009.

 

La direction prise par Miguel Zenon sur ce nouvel opus est à la fois très attendue et très surprenante. Car si ce dernier n’a jamais renié ses origines portoricaines, la présence d’influences latines dans sa musique demeurait jusque là discrète, sous-jacente, intégrée dans une conception plus large du jazz qui devait tout autant à Steve Coleman et à la scène new-yorkaise actuelle. Même sur son album « Jibaro » (2005), déjà dédié au folklore de son île natale, la composante latine était pour ainsi dire « digérée » par un quartet résolument ancré dans le jazz d’aujourd’hui. Et voilà que Zenon fait le choix de revendiquer explicitement ses racines, en s’adjoignant les services de trois percussionnistes chanteurs portoricains. Comme son titre l’indique, le disque entier est un hommage à la plena, style traditionnel rythmé et dansant où les vocalistes s’accompagnent de tambours et de panderos, sorte de gros tambourins que l’on peut admirer sur la pochette. Et la surprise vient du fait que, cette fois, le saxophoniste a choisi de rester au plus près des fondamentaux de cette musique : « Je me suis dit que j’allais garder ce rythme intact, et que j’allais écrire autour, en restant le plus fidèle à cette tradition. » (interview dans Jazzman N°152, décembre 2008) Ainsi, on pourrait dire qu’« Esta Plena » est le premier vrai disque de latin jazz de Miguel Zenon. Son disque le plus festif, aussi. Sur ce tapis de percussions endiablées, les solos de l’altiste font merveille : vif, tranchant, débordant d’invention rythmique, son style pourtant si moderne reste décidément bien enraciné dans ces grooves latins. Le pianiste du quartet, Luis Perdomo (originaire pour sa part du Venezuela), n’est pas en reste et déploie avec aisance des chorus à l’architecture parfaitement contrôlée. Plus en retrait que d’ordinaire, le tandem contrebasse/batterie se fond avec aisance dans les rythmes portoricains, tout en y apportant des accentuations inattendues. Au final, « Esta Plena » relève sans doute d’une démarche moins personnelle et originale que « Awakening », le précédent album de Zenon. Long de 72 minutes, le disque aurait peut-être aussi gagné à être plus resserré dans son propos. Mais l’énergie et l’engagement total des musiciens suffisent à balayer ces quelques critiques.

Pascal Rozat

Repost 0
Published by Pascal Rozat - dans Chroniques CD
commenter cet article

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj