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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 06:11


Bee Jaz Records 2009.

 

Edwin Berg (p), Eric Surmenian (cb), Fred Jeanne (dr)


Le croirez-vous ? Edwin Berg a écouté aussi attentivement que passionnément Bach, Rachmaninov, Satie, Ellington, Chopin, Jarrett, Meldhau, Mozart, Hancock, Peterson et Garner (on en oublie sûrement…) d’après le généreux encart promotionnel sur lequel on vient de loucher chez nos confrères de Jazzmag / Jazzman. En dépit de cet amoncellement de références ou plutôt derrière lui, force est de constater que cet album n’a que très peu à voir avec le jazz. Le swing ? Absent (soulignons d’emblée la lourdeur du drumming de Fred Jeanne, confronté il faut bien le dire à ce « binarisme vagabond » de plus en plus envahissant dans la production actuelle). L’improvisation ? Souvent sacrifiée à un statisme déroutant (l’ostinato de Perpetuum Prairie), à des développements presque sirupeux rappelant davantage la musique de films ou de variétés plus ou moins anonyme des années ’70 et ’80 (Ben, la deuxième partie de Perpetuum, Remembering You) que le lyrisme vibrant des décennies précédentes. L’inventivité mélodique ? Peu convaincante tant, au-delà de quelques thèmes habiles et accrocheurs (tel Jaana), elle est noyée sous des références classiques détournées de leur esprit et de leur respiration jubilatoires (Bach, Mozart – cf. Prelude BWV 847 de Bach). Plus grave peut-être le travestissement de deux incunables du répertoire jazz : la version alanguie, modalisée avec joliesse, de Parisian Thoroughfare là où l’original, par on ne sait quel miracle, déclinait une sorte de suspension fragile du temps et de l’instrument, et la variation prétentieusement énigmatique de All The Things You Are. Alors que retenir de tout cela ? Au-delà des qualités de toucher du leader, survalorisées pour elles-mêmes, le plus solide sans doute : le talent du contrebassiste, Eric Surmenian, qui s’exprime dans l’architecture et la dynamique de ses fréquents choruses. Pour le reste, il faut y insister au regard de l’exposition médiatique de ce album, il y a là un véritable enjeu identitaire : si le jazz, cet arrachement de la singularité indissociable d’un art vigoureux de la syncope qui s’est toujours ressourcé, doit être phagocyté par de tels albums, comme déjà dans les années ’20 le faisait le jazz dit « symphonique », alors oui, il faudra reparler de ce qui meurt et de ce qui revit, de l’identité trop souvent bafouée du jazz et de ses héros et des douteux lauriers de ses lointains suiveurs et peut-être surtout de ses promoteurs.

Stéphane Carini


 


 

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 06:42

John Medeski (claviers), Billy Martin (dm, perc), Chris Wood (basses)

Indirecto records 2009




 Le troisième volume des Radiolarians de MMW a été enregistré en décembre de l’année dernière, en studio à New York avec le grand sorcier du moment, David Kent aux manettes qui réalise comme à l’accoutumée un gros boulot au mix. Ce trio qui semble vouer le groove à un culte suprême (on se souvient de leur formidable album réalisé avec Scofield – « Out Louder ») a rôdé son répertoire lors de ses inusables tournées où la musique est prétexte à faire tourner des riffs à danser. Depuis sa création il y a moins de 20 ans, ce trio enchaîne les albums de l’autre côté de l’Atlantique avec toujours autant de verve que d’allant. Trois trublions qui ne s’endorment pas sur leurs lauriers et font parler la poudre en allant chercher du côté de la soul, du funk, des tourneries africaines ou latino ensorcelantes (Jean’ scene) jusqu’à des atmosphères que ne renierait pas John Zorn (avec qui ils ont d’ailleurs travaillé à l’occasion du Book Of Angels vol.11). Mais dans cette ouverture à tous les courants, MMW intègrent aussi une pop façon Radiohead avec une aisance toujours jubilatoire. Ces trois-là n’entendent pas pour autant se limiter à faire groover des thèmes un peu faciles, mais se complètent dans l’art de jouer avec les sonorités, triturant chacun à leurs manières leurs instruments pour leur faire rendre gorge. Magnifique travail sur le son de ces jeunes musiciens qui ne renient en rien l’héritage qu’ils doivent à Jimmy Smith. A ce jeu-là on notera les inspirations de Medeski qui redonne à l’orgue ses lettres de noblesse d’une musique post-soul ou encore un Chris Wood qui extirpe de ses basses des univers aussi prolixes que variés. Et c’est bien là l’intérêt de cet album que d’entendre un groupe en  totale empathie qui manie le groove comme d’autres parlent leur langue maternelle. On pourrait y trouver en eux les continuateurs de E.S.T si ce trio s’arrêtait un peu plus sur la construction de leurs compositions assurément bâties pour tourner sur scène et plaire à un public tout acquis à la cause de cette musique sans grande finesse mais remarquablement efficace. Puissent des programmateurs avoir l’excellente idée de les faire venir en France. Histoire de jubiler un bon coup ! Jean-Marc Gelin

 

Mention particulière aussi pour les superbes illustrations de ces albums tirées des planches de Ernst haeckel dans « The Radiolarian Atlas de 1862 »
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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 05:23
Effendi 2009

Jean Christophe Béney (ts, ss), Frank Lozano(ts, ss), Alexandre Grogg (p), Alain Bédard (cb), Pierre Tanguay (dr)

 

 

  Myspace


 

 

Avec Sphere Reflexion, Alain Bédard quintet avait signé un album hommage très réussi et inspiré à Thelonious Monk. Une œuvre sans faute de goût qui avait gagné ses jalons grâce à ses compositions justes dans l'esprit monkien, un jeu classieux et une motricité solide qui imprimaient la vénérable identité de cet auguste quintet. Avec Bluesy Lunedi, troisième album en leader de Bédard chez Effendi, label québécois dont il est le co-fondateur (avec Carole Therrien) et directeur depuis près de 10 ans, l'impression de réussite n'est pas garantie. Les compositions sont toujours de Bédard mais ont moins de relief que celles de Sphere et les harmonies manquent un peu d'originalité à l'oreille. L'Auguste quintet est un peu transformé mais ce n’est qu’au bénéfice du groupe. L’excellent Jean-Christophe Béney et son sax ténor ont pris la place de l'altiste Michel Côté. Fidèle parmi les fidèles, Frank Lozano est à ses côtés. Le hic est que les deux musiciens jouent des mêmes instruments: ténor et soprano. Malheureusement, il est quasi-impossible de distinguer l'un de l'autre lorsqu'ils jouent. C’est bien dommage pour les musiciens et pour l’auditeur car l’oreille ne parvient pas à se défaire de cette sensation de redondance dans les textures des instruments à vent.

On se délecte pour autant des chorus somptueux à deux sopranos sur « Double vue », la bonne motricité de « Simplement », le swing monkien de « Monky ». De manière générale, les compositions sont bien écrites et le groupe joue un jazz robuste avec une motricité solide. Mais « Archange » est une ballade un peu molle et la mélodie mièvre de « Nécessité » est dispensable, justement, à cet album. En fait, il manque un tant soit peu du mordant à cet auguste quintet, un peu plus d'envie dans le jeu et de conviction. Par ailleurs, à l’écoute des compositions et à la lecture du livret, on en vient vite à penser que l’écriture, l'enregistrement et la production se sont faits trop rapidement. En témoigne la présence de la clarinette basse, peut être de Lozano, que l’on entend en arrière-fond sur « Double vue » - on croit aussi distinguer un alto sur ce même morceau, sans certitude – alors que l’instrument n’est pas référencé dans le line-up du livret.

Voilà un album qui n’est pas mauvais, loin de là, il est plaisant et très bien joué. Mais il lui manque la témérité des instrumentistes dans le jeu et l’audace du compositeur Bédard. Dommage.

 

 

Jérôme Gransac

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 06:00

Hatology / Harmonia Mundi 2009

 

Michael Moore (as, cl, bcl), Wolter Wierbos (tb), Ernst Reijseger (cello) et Mark Dresser (cb), Gerry Hemingway (dr)

 

Le site de Gerry Heminway



 

Gerry Hemingway est un musicien étonnant. A 54 ans, ce batteur fait partie de la fine fleur des « musiciens quinqua » américains à l'écriture contemporaine et à l'écoute de l'avant-garde européenne (Tim Berne, Mark Helias, Drew Gress, Mark Dresser...). Reconnus à New York et surtout en Europe, ces artistes s'inscrivent dans le prolongement du chemin parcouru par les musiciens noirs de la période des loft sessions de New York (David Murray, Bluiett, Julius Hemphill) en y combinant les expérimentations formelles de la scène des musiques improvisées américaines et européennes.

Hemingway se définit d'abord comme compositeur avant d'être batteur et il a imbriqué ces deux facettes de manière indissociable pendant toute sa carrière. Ce goût pour la forme et la composition lui vient de ses expériences musicales avec Wadada Leo Smith et George Lewis qu'il a rencontrés dans sa ville natale de New Haven. Par la suite, il a tourné au côté d'Anthony Braxton pendant onze ans. Ce musicien, qui privilégie les collaborations musicales de longue durée (BassDrumBone avec Mark Helias et Ray Anderson depuis trente ans, son duo avec Marilyn Crispell) a aussi su se tourner vers d'autres styles comme la musique contemporaine et les musiques électroniques (Tom and Gerry, Earl Howard).

Hatology réédite un concert du quintet européen de Gerry Hemingway, enregistré en Allemagne en 1993, qui réunit des musiciens américains et hollandais de la scène des musiques improvisées. La musique de « Demon Chaser » mêle bop post-moderne et musique improvisée: le liant entre ces deux éléments antagonistes est le point de rupture contrôlée. On pense évidemment à sa version de « A Night in Tunisia » dont les arrangements subtils diluent la mélodie. La musique bondit du jazz straight (« More struttin' With Mutton ») aux élans free spontanés et exotiques dont « A Night in Tunisia » est encore un bon exemple. Elle révèle une dimension polyphonique riche car le compositeur Hemingway raffolent des figures abstraites à l'approche contrapuntique. Les lignes instrumentales se rejoignent, se superposent puis se dissocient : comme les deux bouts d'un élastique qu'on étire à répétitions. De plus, les musiciens rivalisent d'ingéniosités sonores: l'association des textures sonores de la clarinette de Michael Moore et du violoncelle d'Ernst Reijseger puis celle du tromboniste hollandais Wolter Wierbos avec le violoncelliste hollandais, brillant comme souvent, sont des délices de nuances et de contrastes pour l’oreille. Enfin, Mark Dresser est terriblement présent sur le plan sonore. En soutien puissant à Hemingway, il contrebalance les sonorités parfois atmosphériques du trio Reijseger/Wierbos/Moore (« Buoys ») avec des notes terriennes et émouvantes. Plus batteur coloriste que batteur conducteur, Gerry Hemingway est un talent unique qui dirige avec une autorité intrusive. Source d’inspiration pour tout le groupe, il mobilise le quintet qu'il oblige à être très cohésif et en perpétuel mouvement. « Demon Chaser » est probablement le meilleur cd de ce quintet. Pour toutes les oreilles.

Jerôme Gransac

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 18:19

ZIG ZAG 2009

 

Le disque attire et intrigue, comme le cri qui s'échappe d'une église américaine pour prendre le passant par le col et le plaquer sur les bancs de bois, fasciné, tordu de curiosité. Car le saxophone hurle, soulevé par les baguettes extra-fines de Gerald Cleaver et la contrebasse de Joe Martin. Il extirpe du fond des tripes son besoin de spirituel, son attirance vers l'esprit, de quelque nature fut-il. Le leader est allé chercher à Manhattan les treize morceaux, que l'on pourrait qualifier d'influencés par les grands quêteurs de spirituel (Albert Ayler, Pharoah Sanders, John Coltrane, Duke, etc.). Besoin de prouver à Manhattan, la Babel impie, que dans ses propres caves, il existe plus haut que les gratte-ciel. Eh bien qu'on se le chante : démonstration concluante! Comme celle, du reste, qu'Imbert accomplit avec la tentative de concilier deux découvreurs d'absolu : Bach/Coltrane (plus de 10 000 exemplaires vendus). La musique monte très haut, très vite... libre comme une exclamation, et sans s'époumoner. Rien de plus naturel : l'exclamation est spontanée car elle surgit du coeur. L'appel également séduit, car il vise à surprendre. Pour gagner les étoiles, le musicien n'avance pas seul. Imbert invoque les maîtres (divagation splendide dans « Central Park West » aux côtés de John Coltrane), et se réclame de la protection des chefs de file de l'Underground new-yorkais (John Zorn). Et surtout, il a travaillé. En 2003, grâce à une bourse de la Villa Médicis, il débarque dans la Grosse Pomme pour se plonger dans les archives et rencontrer les témoins de l'histoire de la musique afro-américaine. Il revient en 2009, édifié, pour enregistrer l'album. “La musique ouvre des voies; j'aimerais contribuer à les montrer”, assure l'artiste. Il serait de mauvaise foi de ne pas saluer cette aspiration à partager l'extase.

Bruno Pfeiffer
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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 08:53

Pierre-Alain Goualch (p, fender rhodes), Diego Imbert (cb), André Ceccarelli (dr), David Linx (voc) –+ 1 DVD live réalisé lors du 5ème festival Drums Summit de Toulouse. Plus Loin Music – avril 2009.

De plus en plus on risque de se rendre compte de deux choses : d’une part de l’immense talent swinguant de Claude Nougaro, d’autre part de ce que le jazz, en sa forme actuelle, ne peut tout se réapproprier sauf à réinventer un lyrisme qui hélas le déserte de plus en plus (celui des Ben Webster, des Cannonball Adderley, des Bill Evans, des Stan Getz, des Ray Brown). Car si le trio réuni ici affiche une belle cohérence (magnifique travail de Diego Imbert), si André Ceccarelli offre et démultiplie les ressources rythmiques avec une grande finesse et une constante assurance, si P.A. Goualch calibre quelques belles envolées (« Nougayork » repris sottovoce au fender rhodes) et fait preuve de nuances harmoniques toujours bienvenues, il faudra qu’on nous explique pourquoi une grande part des mélodies nougaresques interprétés ici, ces cascades (toutes  à la fois eau, roche et lumière) suspendues subtilement au temps libertaire du swing, sonnent si souvent comme aplaties, jouées avec un staccato piqueté qui œuvre comme un pinceau soulignant l’attrait des lignes en négligeant la volupté des volumes et des chairs. Question de science des voicings et peut-être plus encore d’intensité expressive. Un élément ne trompe d’ailleurs pas : la maîtrise gourmande, tout à la fois insolente et insinuante, l’étoffe, le sens quasiment théâtral de l’interprétation de David Linx chaque fois qu’il intervient (par exemple : « Il Faut Tourner la Page », « Mademoiselle Maman », « Tendre »). Allez nuançons : l’exercice est hyper-difficile et il honore ceux qui en ont relevé le défi amoureux et qui, épreuve du live aidant (à en croire notre confrère-« blogueur de choc », Pierre de Chocqueuse), ne cessent de creuser leur propre voix en hommage au petit grand Claude, lui qui aurait pétillé de joie à l’idée que ses amis jazzmen accostent et chahutent son œuvre, à leur manière.

Stéphane Carini.

 

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 07:24

 

Alfa Music – Egea Distribution

Au détour d’un concert, il y a parfois de belles surprises. Le Jazz est une Musique de l’instant, on ne le dira jamais assez. L’enregistrement d’un de ces moments magiques fait l’objet d’un disque avec Dave Liebman aux saxophones, Enrico Intra au piano, Marco Vaggi à la contrebasse, Tony Arco à la batterie. Cet album, ou plutôt ce concert, commence par un morceau intitulé « Mazurca », introduis par le pianiste d’origine italienne Enrico Intra. Cette entrée en la matière se fait dans une esthétique propre à la Musique classique, surtout si cette introduction est belle et bien improvisée. C’est ensuite que les choses se corsent. Dave Liebman, fait une entrée fracassante, rejoins quelques secondes plus tard par un groupe déchainé. Le dialogue est d’une liberté sans pareille. Une conversation entre quatre drôles d’oiseaux, où règne une intéraction presque télépathique. Appelée « Bluestop », c’est dans cette composition que tout s’éveil. Viennent ensuite les langoureuses incantations d’un hommage à Joe Zawinul avec la composition du même nom. Il faut aussi souligner l’importance du batteur au sein de ce quartet inédit. Tony Arco est un percussionniste incroyable, sans arrêt sur la brèche, avec l’effet de surprise au bout des idées. L’énergie qu’il insuffle dans la Musique propulse le son du groupe au rang de « coltranien », ce qui n’est certainement pas peu dire. C’est d’ailleurs dans une ballade du nom de « Il Mi di Corso Venezia », que le débat se maintient haut en qualité. Magie du contraste, le swing reprend le dessus la piste suivante avec ce remarquable « Intramood ». Le thème de cette composition est d’une efficacité audacieuse et le développement improvisé d’une rare folie. A noter que tous les morceaux de ce disque sont composés par Enrico Intra. Le reste du disque est fait de la même teneur en énergie, il faudrait des heures pour en parler. Une chose est certaine. Il n’y a vraiment rien à redire, le Jazz se crée et s’écoute en Live.

Tristan Loriaut

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 07:12

Eric Legnini (p, fender rhodes), Mathias Allamane (cb), Franck Agulhon (dr) – BFlat Records – novembre 2007.

 


 On parle de plus en plus d’Eric Legnini (comme musicien, comme producteur, comme directeur artistique). Il ne fallait au demeurant pas être grand clerc (mais sans doute amoureux des clubs) pour discerner l’amplitude du savoir-faire de ce pianiste mal dissimulé derrière Stefano di Battista et Flavio Boltro lorsqu’ils déboulèrent en France, accompagnés de Rosario Bonaccorso et du génial Benjamin Hénocq. Cet album, combien le liraient comme une carte de visite, un « non-choix » de brillant touche-à-tout, relativisant d’emblée sa portée. Prévenons cette approche en disant qu’il décline la gourmandise du piano-jazz fait groove, en toutes ses formes et ses couleurs. Vous voulez des références à tout prix ? Pourquoi pas le « Mister Hands » de Hancock, avec son insolent brassage de fender rhodes, de boucles, de piano acoustique. En somme Eric Legnini, superlativement accompagné par Franck Agulhon et Mathias Allamane (tous les trois, ils forment « la bille » comme aurait dit Charles Bellonzi), ne fait ici rien d’autre que de conquérir facétieusement sa liberté dans l’alternance des sonorités, des rythmes, des époques, des références. « Bleak Beauty » sonne mctoytynerien, « Rock the Days » a une couleur post-Beatles et « Doo Goo » n’aurait sans doute pas été renié par Horace Silver ? Rien de plus…malaisé au pays d’un jazz déboussolé, déclinant ses chapelles péniblement. Eric Legnini lui jubile tant et plus de « jumper » d’un idiome à l’autre, les possédant tous de l’intérieur (voyez les passages soulfull de « Them That Got ») tout en affichant, à chaque fois, ce qui est crucial, une totale maîtrise du traitement rythmique et des extensions harmoniques, comme un Oscar Peterson batifolant chez Waller, Tatum, Bill Evans ou Gillespie, pour sonner toujours lui-même. Et puis comme avec Peterson à qui on a joué jadis les mêmes sacrés tours, si vous voulez savoir ce qui se passe au-delà du syncrétisme, écoutez la version acoustique, en solo, de « The Secret Life Of The Plants ». Quoi, Stevie Wonder ?! Oui du jazz, qui louche ailleurs, au-delà des répertoires imposés. En moins de trois minutes.

Comme les plus grands… Stéphane Carini

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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 08:03

NPM (t), lvind Aarset (g), Audun Kleive (dm)

 

 

Le nouvel album du trompettiste Norvégien NPM est, un peu à l’image de ses précédents et de ce « Nu jazz » dont le trompettiste ne cesse de porter l’étendard, un album du dépouillement et du minimalisme. Une continuation du « Silent way » de Miles qui décidément hante  une certaine communauté des trompettistes ( surtout au Nord de l’Europe). Evoquant le désert, la minéralité ou l’absence, NPM déroule ses plans comme de long travelling cinématographiques qui s’étendent sur un background musical, un fond sonore aérien. Une conception de la musique qui privilégie avant tout  l’espace et mêmeles grands espaces.  « Hamada » est tiré d’un mot arabe évoquant à la fois la mort et, dans un sens géologique la pierre du désert. Mais cela pourrait tout aussi bien se passer sur la lune ou en plein antarctique que l’on y verrait que du feu.

On est en revanche plus gêné par cette forme d désincarnation de la musique, cette  « ambient music» telle que la concevait Brian Eno fondée sur la prédominance de nappes sonores et électroniques  dans laquelle le rôle du musicien joue finalement peu par rapport à la création de séquences étirées. Les morceaux se suivent et se ressemblent beaucoup.

A tel point que lorsque la musique prend du relief ( Comme sur Cruel Attitude, morceau de toute évidence conçu pour être joué sur scène) on en vient à sortir de cette morne torpeur qui prédominait mais que l’on retrouve l’instant d’après.

La surprise qu’avait constituée « Khmer » en 1997 s’émousse peu à peu. Si l’on avait accueilli avec un certain enthousiasme en 2005 « Er », album qui recelait de petites merveilles cachées, on regarde «  Hamada » passer comme les vaches regarde les trains, sans le voir vraiment. A 49 ans, pour son arrivée chez Universal ( après sa brouille avec ECM), le trompettiste livre l’album que l’on attendait de lui, fidèle en tout point à l’esthétique qu’il défend mais qui ne nous surprend plus.
Jean-marc Gelin
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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 07:20

Blue Note - EMI



Baby, baby… « This one’s for Dinah » se révèle dès les premières secondes à son écoute un album emprunt de Blues, comme si le Swing nous offrait ce qu’il a de meilleur. Un album qui rappelle les somptueuses années du Mainstream, Big Band à l’appui, s’il vous plait ! S’offre à nous une China Moses tout en subtilité, décidée à nous faire passer une bonne journée avec la bonne humeur qui va de pair. Non, je ne vois pas comment exprimer autrement ma satisfaction qu’en invoquant les esprits profonds du delta du Mississipi, de la Nouvelle Orléans et pourquoi pas des faubourgs de Chicago. Et quelle voix, mes amis ! À la fois robuste et puissante, sensuelle et charnelle, claire et limpide. Une véritable ode à la joie, en hommage à Dinah Washington, la diablesse à la voix colorée et un tantinet voilée. Ce merveilleux disque, co-réalisé par Raphaël Lemonnier l’arrangeur-pianiste, est aussi un hommage à cette formidable époque où les postes de radio émettaient cette si bonne Musique sur toutes les ondes. Il faut aussi noter l’omniprésence de Fabien Marcoz à la contrebasse et Jean-Pierre Derouard à la batterie, constituant une rythmique de choc. Quant aux arrangements des cuivres, soulignons le formidable travail du trompettiste François Biensan, avec ces imparables évocations des grandes années du Big Band de Count Basie. Les morceaux repris ici ont été bien sur pour la plupart des grands tubes de la chanteuse Dinah Washington. Sa digne héritière, la chanteuse afro-américaine China Moses n’est autre que la fille de Dee-Dee Bridgewater. Et là, tout devient clair. Il est évident que la filiation est difficile à ignorer lorsqu’on laisse une pareille voix nous enchanter. Il y a aussi l’audace de reprendre des titres comme « Mad About The Boy », « Cry Me a River » ou bien encore « Blue Gardenia », qui ont fait et qui font encore aujourd’hui le succès de Dinah. Il est aussi difficile de passer à côté de ce merveilleux scat d’Henry Le Ny, invité pour le plus grand bien de nos oreilles sur le titre « Lover Come Back To Me ». Un Swing à couper le souffle. Un formidable appel à la danse et à la romance, et en même temps, il y a toute cette sensualité dont seules les grandes chanteuses de Jazz ont le secret. China Moses nous transporte sans difficulté au delà des époques, en toute simplicité. Une vraie, une grande, une incroyable chanteuse au grand cœur. A ne manquer sous aucun prétexte en concert.

Tristan Loriaut

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