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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 23:12

 

Outnote records/ Distribution Harmonia Mundi

www.outhere-music.com/outnote

DANCEFLOOR_Leila_martial_pochetteok.jpg

 

Dans les bacs le 20 Mars 2012 et en concert  le 23 mars au Sunset, rue des Lombards

Il  y a tellement de chanteuses qui sont lancées tous les jours sur le marché  du disque que l’on avoue une certaine réserve. Ça glisse.

 Il en est, par contre, comme Youn Sun Nah, dont on aime immédiatement la voix, le phrasé et tout ce qui sort de son instrument vocal ! Aussi quand certains experts du mundillo jazzistique ont évoqué leur intérêt pour le travail d’une certaine Leila MARTIAL, je n’ai pas hésité à me procurer l’album.

Avec son alter ego, le batteur Eric Pérez qu’elle connaît depuis cinq ans, elle a composé les chansons de l’album, chacun essayant de mettre en valeur le talent singulier de l’autre. Du «sur mesure » donc sauf la reprise de Mal Waldron «Left alone», choix intéressant qui convient à leur esthétique.

Mais revenons au parcours de la jeune chanteuse : née en 84, elle est passée par le collège de Marciac et diverses écoles pour être stimulée, se fixer des objectifs et des comptes à rendre. Elle avoue dans le « portrait éclaté » des notes de pochette qu’elle a comme référent le saxophone, et qu’elle ne s’est pas identifiée aux vocalistes pendant son apprentissage. Ce qui n’est pas gênant en soi pour nous. Elle avoue qu’elle n’ambitionne plus de révolutionner le chant, qu’elle préfère consacrer sa belle énergie sans fragiliser sa voix, au chant pur et à l’émotion. Elle aime la scène, l’improvisation (cela s’entend),  invente un langage imaginaire sans paroles, entre cri et mélopée, favorisant  tout un travail intérieur. Elle s’analyse enfin avec lucidité : j’ai une voix très fluette, en somme sans beaucoup de volume...une tessiture de soprano colorature aiguë, là où je me fantasmais une voix profonde et grave.  Le chant et sa pratique nous révèlent en fait à nous même plus sûrement parfois qu’une analyse. La jeune Leila a réussi son pari d’apparaître comme une musicienne au sein du quartet composé, en plus du batteur qui fait aussi des voix, d’un saxophoniste ténor et soprano Jean Christophe Jacques, d’un contrebassiste Laurent Chavoit.

Dance Floor est le drôle nom de cet album qui,  pour mélodique et rythmé, n’est pas pour autant  praticable sur une piste de danse. Leila n’est pas souvent en avant comme la chanteuse de jazz classique mais s’intègre en arrière plan dans le mélodique « Matin d’automne », le délicat « Petite fêlure », se lance dans le remuant « Dance Floor» bien nommé ou encore le final surprenant « Voyageur... ».

Refusant les classifications, souvent étroites dans le jazz vocal, Leila Martial s’affirme « chanteuse tout terrain ». Boutade ou affirmation guerrière, la chanteuse et son groupe ont fait, si ce n’est notre conquête,  suffisamment impression pour qu’on ait envie de les entendre live et ...de les suivre. Album prometteur.

Sophie Chambon

 

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 21:29

 

BLUE NOTE 2012

Robert Glasper: piano, Fender Rhodes, keyboards; Casey Benjamin: vocoder, alto saxophone, flute (1, 2, 4-6, 8-12); Derrick Hodge: bass; Chris Dave: drums; Jahi Sundance: turntables (1, 10); Eykah Badu: vocals (2); Lalah Hathaway (3, 12); Mos Def: vocals (10); Shafiq Husayn: vocals (1); Bilal (4, 11); Stokley Williams: vocals, percussion (9, 12); Chrisette Michele: vocals (7); Musiq Soulchild: vocals, sampling (7); Meshell Ndegeocello: vocals (8); Amber Strother: vocal (6), Anita Bias: vocals (6); Ledisi: vocals (5); Lupe Fiasco: vocal (4).

 ROBERT-GLASPER.jpg

Après nous être fait l’écho du dernier album de la bassiste Esoperanza Spalding, il nous est paru intéressant de nous pencher sur une autre superproduction à l’américaine avec le dernier album de Robert Glasper.

Pourquoi les mettre tous les deux sur le même plan ? Tour d’abord parce que l’un comme l’autre, malgré les 6 ans qui les séparent illustrent bien cette nouvelle scène du jazz outre-atlantique. La bassiste a 28 ans alors que  Robert Glasper en a 36. Et c’est pourtant le pianiste qui semble s’imprégner de références plus modernes associant à son album des chanteurs de Hip hop comme Bilal ( always shine) ou des chanteuses de la trempe de Meschell Ndegeocello ou encore le rappeur Lupe Fiasco. Un foison d’invités. Pareil chez Esperaneza Spalding qui ouvre les portes en grand mais qui se montre plus classique dans ses choix affirmant son attachement à une certaine forme de jazz et allant chercher soit du côté d’un funk revival soit du côté de Wayne Shorter qui, on le sait son terrain de prédilection.

 

Dans un cas Esperanza Spalding retrousse les manches et fait à peu près tout ce que l’on peut faire pour réaliser un disque se mettant volontairement très en devant, soit par son jeu d’instrimentiste soit en tant que chanteuse. Dans l’autre Robert Glasper joue un rôle énomre dans l’album mais se fait beaucoup plus discret et néanmoins très présent à la fois, refusant pour autant de faire un nième disque classé jazzy et dans lequel où on l’entendrait prendre des chorus ( il l’explique dans jazzmag). C’est moins lui que l’on entend ( quoique), que ses invités qui se relaient à tout de rôle.

 

Dans un cas, avec la jeune chanteuse, l’album est groovy et invite à la pulse. C’est un album que l’on sait pouvoir exporter sur scène.

Dans l’autre, il s’agit plus d’un album à climat lounge, assez fascinant par son univers entre-deux, entre chien et loup et qui ne manque pas de charme et de sensualité. Mais de cette forme de smooth jazz on a un peu de mal à imaginer qu’elle puisse passer le cap du live sans provoquer à la longue une pointe de lassitude.

Car autant Esperanza Spalding nous surprend chaque fois au détour de ses compositions, autant après être rentré dans l’album de Glasper, on est saisi par son caractère très linéaire jouant sur une esthétique un peu monotone mais néanmoins totalement captivante. Des moments émergent parfois comme cette façon très R’n B avec laquelle la chanteuse Ledisi ( Gonna be allright) apporte son énergie et l’on est totalement dans ce charme vaporeux de Bilal sur letter to Hermione. Moins conaicus en revanche par ces deux tubes coltraniens , Love Supreme et Afro Blue (qui n’est d’ailleurs pas un thème de Coltrane).

 

Les deux jeunes artistes savent aussi que tout se cache dans les détails et dans l’art de la post production qui devient de plus en plus la partie, sinon la plus importante, du moins majeure dans la production d’un album au même titre que le studio. La leçon de Miles peut être.

Il faut ainsi entendre la version  très surprenante et décalée de Smells like teens spirit tiré de l’album « Nevermind » de Nirvana où, indépendamment du traitement assez spectaculaire du son au vocoder, les rajouts hors studio sont assez stupéfiants.

Jean-Marc  Gelin


 Ps : Pur hasard ( ou pas), dans les deux cas, une même invité, Lalah Hattaway, la fille de Donny, qui fait notamment sensation chez Glasper sur Cherish the Day.

 

 

Ps : Pur hasard ( ou pas), dans les deux cas, une même invité, Lalah Hattaway, la fille de Donny, qui fait notamment sensation chez Glasper sur Cherish the Day.

 

RETROUVEZ ICI LA CHRONIQUE DE ESPERANZA SPALDING : « Radio Music Society

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 15:22

 

Fantasy Concord 2012

 esperanza-spalding.jpg

Voilà bien de quoi faire taire une fois pour toute les grincheux qui ne voient dans la jeune bassiste qu’une sorte de poupée jolie, faiseuse de scène, une show woman qui serait bien mignonne mais sans talent. Combien de fois avons-nous entendu cette même et vieille histoire. Esperanza Spalding ne serait donc qu’un pur produit marketing ?

Songez pourtant que tous se pressent autour d’elle, soit pour jouer dans son dernier album (et la liste est longue :  Jack de Johnette, Joe Lovano, Terry Line Carrington, Gretchen Parlato, Lionel Loueke, Lalah Hattaway – la fille de Donny, Jeff Lee Johnson…), soit juste pour venir en studio lui prodiguer des conseils (Wayne Shorter, ¨Prince, rien moins que ceux-là). En seraient-ils réduits à faire le pied de grue devant le phénomène du moment ?

Mais là n’est pas l’essentiel car si l’on ne dit que cela, on ne fait finalement que du name dropping, en oubliant l’essentiel.

Revenons à l’essentiel.  Esperanza Spalding démontre ici avec ce nouvel album qu’elle est à elle seule un concentré de talents. Incroyable instrumentiste bien sûr ( une ligne de basse à tomber par terre comme sur Endangered species ou sur Crowned and kissed ou Let her) , une compositrice au talent fou ( Cinnamon trees, Radio songs, vague suspicions) où elle allie des chansons aux lignes mélodiques simples à une complexité harmonique qui tire tous les enseignements de Shorter. Ajoutez qu’elle est une chanteuse d’une joyeuse candeur, remarquable de fraîcheur et une arrangeuse qui, avec l’aide de Gil Godstein, fait de véritables prodiges en post prod. Mélangez tout ça, mettez-y un groove terrible dans une veine funky avec une pointe de revival 80’s et vous en faites un album au plaisir absolument délectable. Et tout cela sans jamais céder à la moindre facilité commerciale. Car si le plaisir est évident, la musique ne cède en effet jamais à la facilité d’un easy listening. Au contraire la musique d’Esperanza Spalding séduit aussi bien les amoureux du groove que ceux d’une musique exigeante. Rare opportunité, Wayne Shorter l’a même autorisée à mettre des paroles sur Endangered species tiré de l’album Atlantis ( ce qu’il refuse toujours par principe). Mais parfois, elle se limite à l’essentiel comme sur I can help it morceau chanté par Michael Jackson ( dans « The Wall ») et écrit par Stevie Wonder, où la bassiste choisit d’adopter finalement la version récente chantée par Gretchen Parlato avec l’accord (et même les voicing) de la chanteuse. Comment ne pas voir aussi les hommages qu’elle rend parfois à Herbie Hancok dans ces contours mouvants, déconcertante au point que parfois sa musique peut perdre en lisibilité pour les distraits, ceux qui n’ont qu’une oreille un peu zappeuse.

 

C’est groovy en diable, c’est foisonnant de milles richesses. Et dans ce parfum revival, c’est aussi terriblement moderne. Esperanza Spalding ré-enchante le funk !

 

Et voilà bien un album remarquable d’un optimisme décapant. Tous les musiciens qui l’accompagne se donnent à fond avec juste ce qu’il faut de savoir faire. Ensemble ils créent le « son ». A 28 ans la chanteuse de Portland, après avoir signé un album un peu décevant (Chamber Music Society) montre ici une autre facette de son talent, impose ses choix et sa vison du jazz d’aujourd’hui. À découvrir de toute urgence.

Jean-Marc Gelin photos-2010-2011 0951

 

Attention quand même à ne pas se laisser abuser par ce clip de démo ridicule qui ferait plutôt penser à une pub américaine pour une compagnie d'assurance vie !

Ou comment détruire l'image d'une artiste avec une comm' inepte

 

 


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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 11:52

tocanne roger 2011aPetit label  031


Le batteur Bruno Tocanne et le multi-instrumentiste Henri Roger créent un duo inédit dans ce Remedios la Belle, au titre mystérieux et peu jazz assurément, qui fait référence aux personnages du roman fleuve Cent ans de Solitude du sud américain Gabriel García Márquez. Ces deux musiciens combattifs et combattants, tendres et joyeux, mais libres avant toute chose, ont imaginé une succession de quatorze petites pièces, pas faciles, pour illustrer sur le Petit label  normand leur nouvelle entreprise. Soixante minutes pour cent ans, la tâche est ardue…
Batteur exemplaire que l’on suit depuis son trio Résistance, Tocanne ne pouvait que se réjouir de faire une autre belle rencontre, de tenter un nouvel échange, sans soufflants cette fois. Un dialogue intime, attentif, jamais conflictuel, un appariement généreux allait s’établir avec Henri Roger, pianiste-guitariste,  improvisateur, jamais en mal d’avant-garde, qui compose sous la fascination du chant et de l’expression libre. La palette des sons et des timbres s’enrichit des combinaisons guitare-batterie, plus aériennes et ciselées que celles du piano et de la batterie, volontiers rugueuses, exacerbées. Sans relâche, l’un accompagne l’autre, et l’autre l’un, le guitariste poursuit l’échange avec une énergie frémissante, sans que la batterie ne le couvre. Au piano, il martèle plus allègrement, s’imposant en égal. Car tous deux, rythmiciens sans pareil, intègrent avec souplesse les imprévus de cette musique qui pourrait être dérangeante, qu’on écoute pourtant d’un trait, sensibles aux frôlements, effleurements, aux brusques éclats de free. Comme des voix irréelles, des rêves non moins étranges se répondent tout au long de l’album, ces pièces-paysages ou plutôt personnages, totalement ouvertes, laissent le temps s’y dilater.
On se laisse porter par la fluidité de ces lignes mélodiques faites de surprises, de couleurs exaltantes, appliquées en fines touches. Cette improvisation qu’ils maîtrisent pour en libérer tout le chant, jaillit sous nos yeux, déployant une fresque bigarrée qui traduit le mouvement et l’amplitude du bouquin culte dont les musiciens s’inspirent. Et pourtant, il n’y a pas de correspondance à rechercher, la musique du duo n’est pas une illustration mais une libre re-création, un voyage onirique dans l’arrrière-pays de la création, une promenade sans facilité qui conduit aux limites du son, du chant et du rêve. Le timing est rempli, la mission accomplie.

Sophie Chambon

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 07:42

 

ROMANO SCLAVIS TEXIER + RAVA, NGUYEN LE, BOJAN Z

" 3 + 3"

Label Bleu 2012

Louis Sclavis (clb), Henri Texier (cb), Aldo Romano (dm), Enrico Rava (tp), Nguyen Lê (g), Bojan Z (p)

 romano-sclavis-texier.jpg

Ces trois là auront signé en trois albums, parmi les plus belles plages du jazz moderne français. On a tous en tête "Carnets de Route" (1995), "Suite Africaine" (1999) et "African flashback" (2005). Ce trio, Romano-Sclavis-Texier, avec ces trois albums mythiques est ainsi entré dans notre légende. Mais ce trio n'est pas non plus du genre à se laisser enfermer dans sa propre histoire. Il serait même plutôt du genre à la multiplier....par deux.

Et c'est sur ce principe que le trio s'est élargi à trois nouveaux invités choisis séparément par chaque membre du trio : Enrico Rava par Romano, Nguyen Lê par Sclavis et Bojan Z par Texier. A charge aussi pour chacun des impétrants de venir avec une de ses composition.

Et le résultat est absolument formidable. On pourrait les appeler : "multicolor feeling sextet polymorphe". Car il y a chez Romano-Sclavis-Texier, un goût du melting pot, une vraie transversalitè de la musique qui se nourrit à tous les continents. RST c'est transcontinental ! Il y a bien sûr l'ancrage dans l'héritage, dans l'esprit d'Ornette Coleman comme sur Ravage (Enrico Rava) ou Bayou ( Henri Texier), il y a aussi les idiomes venus d'Asie et portés par la guitare de Nguyen Lê sur Idoma. Et ce jazz si "europèen" portè par le son de Sclavis qui donne à la mélodie autant de profondeur que de légèreté. Sclavis ( retrouvez l'interview événement dans Jazzmag de mars 2012) qui parvient à tirer la lumière des climats ténébreux comme dans Moins qu'une ombre. Il faut entendre la formidable puissance de Texier avec une intervention de très haut vol sur Valse à l'âme, morceau de sa composition. Et le drumming si riche en sons de Romano ou les interventions toujours juste de Bojan Z sur Griot Oe.

 Avec cette patte qui est marquée du sceau d'un jazz qui va chercher au-delà des canons du jazz américain, avec cette écriture qui plonge dans sa propre histoire et dans la lignée de sa propre esthétique, ces 3+3 propose dans des formats à géométrie variable, un jazz multicolor où les influences de chacun se mêlent et se confondent avec une sorte de jubilation de jouer ensemble. A la générosité de cette ouverture du trio, les nouveaux venus répondent avec force passion et engagement.

Et le plus frappant c'est l'énergie qui circule, cette puissance du dire, cette urgence de l'expression et surtout cette belle poésie entre chiens et loups qui se dégage parfois de l'album au gré du répertoire propre au trio.

Jean-Marc Gelin

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 00:18

 

Naim Jazz – 2011

Neil Cowley (Pno, key), Rex Horan (Bass), Evan Jenkins (dms) 

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Cet album est le quatrième opus du trio du pianiste et génial compositeur anglais Neil Cowley. Faite de sonorités diverses, la Musique de ce power trio est d’un éclectisme sans équivalent, teintée à la fois d’humour noir « so british » et d’onirisme décalé. Outre ses influences premières qui furent Chostakovitch et Debussy entre autres, Neil Cowley se révèle être depuis de nombreuses années comme étant l’un des principaux acteurs de la scène britannique par le biais d’un Jazz résolument moderne, à la fois ancré dans la Pop, le Rock, et d’autres influences aussi diverses qu’actuelles. On pourrait y entrevoir une certaine filiation avec E.S.T ou bien encore The Bad Plus tant la manière est audacieuse. C’est dans un certain sens de la même façon que Neil Cowley eut imaginé son propre trio, composé aujourd’hui du contrebassiste Rex Horan et du batteur Evan Jenkins. Lorsque ces compositions défilent les unes après les autres, on ressent aussi chez ce trio un certain goût pour la Musique écrite, en témoigne la présence presque perpétuelle d’un ensemble de cordes (non cité sur la pochette du disque ?). N’étant jamais au bout de nos surprises à l’écoute du disque d’un tel créateur, il fallait aussi souligner l’utilisation progressive d’éléments samplés, par exemple dans Mini Ha Ha où le thème est construit sur les intonations du rire répétitif d’un enfant. Ce qui rappellera sans doute les expériences passés d’un certain Jason Moran. Cet album nous offre de jolies ballades interprétées comme de majestueux folk songs, de lentes méditations autour de résonnances noyées dans une immensité acoustique. Ces poétiques effluves sonores de l’outre-manche résonnent en nous comme un romantisme incommensurable. Même si cette œuvre est définitivement hors de tous sentiers battus, dommage que l’absence flagrante d’improvisation reflète en quelque sorte un certain manque de prise de risque, malgré un sens aigu du détail sonore. Quoi de plus normal que de vérifier cela en allant assister à un concert du trio de Neil Cowley ! Tristan Loriaut

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 22:28

1 Cd Derry Dol / Soca Disc 2012

 edouard-bineau.jpg

Chaque album est une balise, certaines sont là pour marquer le temps, d’autres pour engager de nouvelles orientations. Wared, qui est le nom du groupe du pianiste Edouard Bineau (anagramme d’Edouard) correspond, non pas à un changement de groupe -on ne change pas une aussi belle équipe qui marche- mais à l’inscritpion de la musique du pianiste dans d’autres formes, un quintet de jazz décomplexé et libre, un label qui s’affirme Derry Dol, à qui l’on souhaite le meilleur dans une conjoncture aussi peu favorable.

A partir du trio existant depuis 2004, composé de Gildas Boclé et Arnaud Lechantre ( réécoutez L’obsessionniste, dédié au Facteur Cheval, personnage extravagant qu’aime le chanteur Hubert-Félix Thiéfaine. Ce personnage hors du commun a mis toute sa vie dans son Palais, « Bringing it all back home » comme le dit si bien Dylan, une autre idole du chanteur jurassien. Pourquoi évoquer Thiéfaine ? Parce que Wared reprend un des tubes de ce chanteur si singulier « Lorelei » …Ah les affinités électives…On remarquera aussi une autre reprise, de Brassens, «Mourir pour des idées» où Edouard Bineau se lance à l’harmonica, ce qui  confère une couleur bluesy à la rengaine libertaire de l’ami George. Une fois de plus c’est la preuve que Brassens se prête aux variations du jazz (Les étrangers familiers), qu’il avait du swing dans les veines et un sacré rythme dans le poignet.

Une couleur particulière, un son de groupe pour ce Sextoy, qui devrait donner de bonnes vibrations, à n’en pas douter quand on connaît les musiciens.

Justement, dans le disque précédent c’est le talentueux saxophoniste ténor et soprano allemand Daniel Erdmann qui faisait son entrée, avec une énergie communicative ; le clarinettiste et saxophoniste altiste Sébastien Texier, était invité. Il en est à présent membre à part entière, et ainsi la formation s’étoffe avec des unissons et des contrepoints délicats, une instrumentation plus complexe qui autorise des compositions ouvertes, plus développées. Chacun continue à se donner le temps de construire dans l’échange, à parité, s’appuyant sur le groove persistant de la paire rythmique Cette musique impose sa fluidité dans une succession de titres curieux, aux climats changeants, qui ne contrarie en rien la persistante continuité de l’ensemble. Quelle est la ligne conductrice ? Le goût de la mélodie qui chante, dont la ligne claire se retient, avec autant de variantes que les frémissement passionnés d’une douce violence des soufflants.Un jazz qui ne perd pas ses repères, marqué de la touche « Bineau » qui dose toujours ses interventions, s’intégrant dans le son plein et riche du quintet.  Quand il avance, non masqué, dans toute la poésie du jazz, sensuel et mélancolique, résonne ce « No way back »  émouvant, rauque. Avec son complice Texier, ça chante vraiment comme dans la soyeuse et prenante musique au groove hypnotique de ce « Carousel » de cirque.        

On continue à suivre avec plaisir ce groupe qui se rôde en concerts et festivals. Avec le souhait de les voir passer près de chez nous….    

Sophie Chambon

 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 22:31

Laborie Records – 2011

Vincent Mondy (Sx, Clar.), Simon H. Fell (Cb), Richard Comte (gt), Thibault Brandalise (Dms)

 

 mondy-copie-1.jpg

Navigant entre Free-Jazz et Rock alternatif, la Musique du quartet du clarinettiste Vincent Mondy reste, malgré cela, inqualifiable, faite de prises de risque, de libertés volontairement incontrôlées. Le son bourdonnant de la contrebasse de Simon H. Fell y est surement pour beaucoup, offrant une remarquable assise à l’orchestre. La découverte du batteur Thibault Brandalise est par ailleurs une surprise, ce musicien associe avec intelligence une sereine liberté créatrice avec le travail du son de ses peaux et cymbales. Faite aussi d’onirismes multiples, de résonnances aux reflets pourpres, de sombres élucubrations sonores telles des effluves aquatiques, cette Musique divinatoire prend sa source dans la complémentarité des musiciens qui la compose et l’interprète avec sagesse. Le côté explosif d’un tel projet est évidemment impossible à ignorer tant la jouissance à l’entendre et à la ressentir est réelle. L’électricité de l’instrument de prédilection du guitariste Richard Comte ajoute un esprit rageur à l’ensemble, force est de constater son étonnante maîtrise du timbre, comme dans Free Nelson. Vincent Mondy, quant à lui, se retrouve porté par une affluence d’interactions diverses entre ses collègues, provoquant en lui l’envie d’y participer par le biais de l’improvisation, là aussi sans limite de temps et d’ambitus. Les compositions sont le fruit du travail de leurs interprètes, elles sont quelques fois organisées autour de simples ostinatos, dans Sdf par exemple, de mélodies faussement aléatoires, comme dans Over Black & Grey, de violences extrêmes, en témoigne la partie improvisée d’Ethnocentric. Le calme refait surface le temps d’une balade intense de lyrisme (Diaphane), comme pour refermer cet album incommensurable de talent. Une énergie redoutable occupe la majeure partie de ce disque qui se révèle être étonnant de sincérité.

Tristan Loriaut

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 16:49

Nato

Tony Hymas (p), Chris bates (cb), JT Bates (dm)

tony-hymas-blue-door.jpg

Chez Tony Hymas, il y a toujours le blues qui est là, plus ou moins caché derrière le rideau. Que voulez vous, il en y a c’est le bop, d’autres ce sont les grandes introspections solitaires, d’autres encore les rêveries debussiennes, Tony Hymas, c’est le blues. Le blues, oui mais toujours avec cet esprit frondeur, cette rebellion viscérale, ce souflul mind qui porte sa marque. Personne ne joue le blues comme Tony Hymas. Entendre Superhéro.

Il est entourè ici des frères Bates JT et Chris, les kids de Minneapolis que l'on avait entendu au sein de ce jeune groupe, Fat Kid Wednesday, ou encore ( s’agissant de JT) dans le très beau "Birdwatcher" de Michel Portal ou il étrait déjà associé aiu pianiste. Lorsque l’on sait que les gars Bates viennent du même coin qu'un David King ( The Bad Plus) on comprend qu’il ya chez eux le sens d’une rythmique qui ne donne pas vraiment dans la dentelle mais joue plutôt façon rock, ce qui n’est pas forcément pour déplaire au pianiste anglais dont le jeu très viril s’en accomode fort bien.

Hymas reprend quelques uns de ses titres anciens comme l'Origine du Monde ( qui dans un précédent album était magnifiquement entourré de cordes), ouvre l’album par un morceau chanté ( The way back home : ah cette voix bvenue du fond des ténèbres !) et offre même un hommage à Ferré en arrangeant Avec le temps.

Je n’ai pas entendu les références à Erroll Garner dont il est fait référence dans les liners notes. En revanche dans cet album qui replonge dans les racines du pianiste, le clin d’oeil à Red Garland m’a paru plus pertinent et carrément explicité ( Blues for Red Garland). On est loin ici du militantisme de Tony Hymas, aux antipodes de son travail sur les indiens (“Oyaté”), aux antipodes de son travail sur l’esprit résistant de la Commune. Tony Hymas a toujours affiché une immense liberté artistique, inclassifiable, irréductible à tout catalogue et il le démontre là encore à mille lieux de là où on pouvait l’attendre dans cette période pourtant propice à toutes les indignations.

Et pourtant le travail n’est pas non plus dénué d’engagement. Mais il est artistique, là encore échappant à toute figure de stéréotypique de style. Le jeu de Tony Hymas n’est jamais dans sa propre caricature. Mais il est dans un art du ressentir. L’expression fougueuse de Tony Hymas, très “rock” est ici souvent retenue pour laisse s’exprimer un  pianiste à l’extrême délicatesse. Il faut l’entendre sur La chanson du bonhomme porter le thème à haute intensité dramatique ou alors se faire lyrique sur Ferré avec beaucoup d’élégance.

Revenu au jazz , par ses propres moyens, Tony Hymas est ici plus apaisé ce qui ne l'empêche pas de démonter de bout en bout qu'il est véritablement ce que l'on appelle un artiste TOTAL.

Jean-Marc Gelin

 

Il y a quand même quelque cruauté à rééditer aujourd’hui, en même temps que Blue Door, le superbe album en trio avec Jean-François Jenny Clark et Jacques Thollot : « A winter’s tale » qui ne fait finalement que souligner que la rythmique des frères Bates est quand même loin d’être à la hauteur de cette mythique rythmique même si l’on n’est pas forcément insensible aux trésors d’ingéniosité déployés dans le jeu de JT Bates.

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 22:13

 

Olivier Hutman (p), Ya n Martin (tp), Matthias Malher (tb), Michael Nick (vl), Thomas Savy (cl), Pierre Wekstein (sax), Claude Brisset (cb), Philippe Dammais (dm)

 klezmer-nova-l-entre-deux.jpg

Attention, évènement de ce début d’année !

Les anciens de l'Orient Express Moving Shnorers se sont reformés il y a déjà quelque années en un nouveau groupe, une nouvelle forme, un nouvel esprit, un Klezmer Nova que certains (ils ont tort et ils sont de moins en moins nombreux) ne connaissent pas malgré les diverses apparitions du groupe sur la scène de l’Européen à Paris.

Klezmer Nova : on ne saurait mieux dire tant il s’agit d’un bien sérieux coup de neuf dans l'univers de la musique Klezmer trop souvent ancrée dans les archtétypes de la musique ashkenaze et des prodiges de Naftule Brandwein. Au point que bien que l'ancrage Klezmer soit très clairement affirmé et revendiqué comme le marqueur de sa musique, Pierre Wekstein a su néanmoins créer une musique iconoclaste, inventive, créative et hors tout champ stéréotypique puisant à de multiples sources.

Avec un superbe octet de jazzmen et un magnifique travail d'écriture, le groupe sonne autant comme un big band, que comme un combo Klezmer ou une fanfare balkanique. C'est que tout dans cet album relève d'une richesse musicale inouïe. Avec 28 titres regroupés autour de 3 thèmes ( Ladilafé, Takamaka Songe, Aedes Cosmopolites) Pierre Weikstein fait s'enchevêtrer l'humour, la poésie et la philosophie et autant d’influences musicales. Il y a du théâtre, de la danse, des rires et des larmes. Une dramaturgie magnifique comme l'aurait compris Albert Cohen. Et ça danse, parfois un peu genre Bar Mitzvah mais aussi et surtout comme une fanfare baroque où Solal et Mangeclous semblent emmener avec eux Emir Kusturica dans une folle sarabande où la vie s’exulte en jaillissements. Mais dire cela est pour autant réducteur à une configuration dont Pierre Wekstein ne cesse de s’échapper pour s’ouvrir à une écriture bien plus subtile comme Sysiphe 974 par exemple où il est plus question d’influence presque Debussiennes si toutefois l’on osait s’embarquer sur ce terrain. Et pourquoi pas Gorecki ? Oui d’ailleurs pourquoi pas ?

Il y a de l'intelligence dans cette musique là, dans son texte et son contexte. Mais aussi des moments d'émotion pure qui èmergent et nous renvoient à des textes sublimes issus de la culture Yiddish. Le violon, si étroitement lié à la tradition reprend aussi ses droits comme dans ce thème superbe (Le Songe) où il porte à son paroxysme une musique qui n’a dégale que la beauté des toiles de Chagall. Magnifique et déchirant Michael Nick. D’ailleurs c’est bien simple tous les solistes sont sublimes. Il faudrait parler de ce chorus incroyable de Yann Martin sur Bogalusa. Il faudrait parler aussi de Matthias Malher auteur d’un moment d’héroisme rugissant au trombone sur Ladi ou encore des envolées et des melismes sinueux de Thomas Savy. Il faudrait parler aussi de Claude Brisset et de Olivier Hutman qui portent les Déferlantes à un point quasi volcanique. Là encore l’écriture brillante de Pierre Wekstein et  ses arrangement non moins lumineux.

L’orchestre est en marche et fonctionne dans tous ses rouages. Capitivant il ne vous lâche pas et sait vous emmener irrésistiblement.

Que la culture Klezmer soit ou non la notre (moi jusqu’à présent les énervements Klezmero-zorniens avaient plutôt tendance à m’exaspérer), Pierre Wekstein parvient à en décloisonner son enracinement pour la rendre plus universelle. On jubile de bout en bout. On suit la troupe virevoltante et émouvante à la fois.

Cet album est assurément l'un des plus brillants de ce début d'année.

Jean-Marc Gelin

 

 

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