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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 13:09
REIMS JAZZ FESTIVAL : SOPHIA DOMANCICH & MARK TURNER

SOPHIA DOMANCICH « Snakes and Ladders »

Sophia Domancich (claviers), Himiko Paganotti & John Greaves (voix), Éric Daniel (guitare)

Opéra de Reims, 5 novembre 2015, 20h30

On connaît la pianiste sous de multiples jours : jouant des standards très revisités en duo avec Simon Goubert, ou ses propres musiques avec son groupe « Pentacle » ; improvisant de la manière la plus libre en traversant les idiomes chaque fois qu'une aventure nouvelle se profile ; ou encore parcourant tous les paysages du trio (DAG, avec Simon, et le très regretté Jean-Jacques Avenel ; ou rencontre avec William Parker et Hamid Drake, entres autres expériences....). Mais la jazzosphère oublie trop souvent que la pianiste coule aussi d'une autre source : le rock progressif britannique, et l'École de Canterbury, dont elle a côtoyé de longtemps les représentants les plus remarquables, comme Elton Dean, Hugh Hopper, Pip Pyle.... Sans oublier bien sûr John Greaves, et Robert Wyatt. Ce dernier était l'invité, pour une plage, du disque « Snakes and Ladders », publié en 2010. Sur scène, l'effectif est plus modeste, et les historiques de l'histoire ont été rejoints par le guitariste Éric Daniel. Le répertoire est très majoritairement composé par Sophia, sur des textes signés Jacqueline Cahen, John Greaves, et Himiko Paganotti. La musique procède d'un univers sinueux, bifurquant hors de l'évidence harmonique : on pourrait parfois songer à une forme de chromatisme mélancolique.... Dans cet univers inclassable le jazz s'infiltre, par une envolée pianistique, ou des éclats de guitare, sophistiqués ou violemment expressifs, selon les instants (Éric Daniel est décidément un très grand talent, scandaleusement mésestimé....). Himiko Paganotti, de sa voix droite et parfaite, fait complément et contraste à la raucité expressive (et inimitable !) de John Greaves. Mais la chanteuse réserve aussi, au détour d'une phrase, la surprise d'une hyper expressivité que ne renierait pas Kate Westbrook. Le concert nous conduit d'émois en étonnements, et nous offre au passage une nouvelle version de Kew. Rhone, thème conçu en 1976 par John Greaves et Peter Blegvad pour un disque culte, et repris par John en 1994 dans son disque « Songs », avec le concours de Robert Wyatt. Cette nouvelle mouture, éclairée par la tension féconde entre les deux voix, fera chemin en nos mémoires. Et après d'autres compositions de la pianiste, décidément en osmose avec ses partenaires, le concert se conclura, en rappel, par une chanson de John, d'une simplicité et d'une intensité rares.

MARK TURNER Quartet

Mark Turner (saxophone ténor), Avishaï Cohen (trompette), Joe Martin (contrebasse), Obed Calvaire (batterie)

Opéra de Reims, 5 novembre 2015, 22h

Après Rotterdam, Bâle et Parme, avant Bologne et Vienne, et en attendant Strasbourg (Festival Jazzdor) le 11 novembre, le saxophoniste Mark Turner faisait étape à Reims, dans cet opéra que les anciens Rémois (catégorie à laquelle j'appartins naguère - je devrais presque dire jadis, tant 1965 me semble lointain....) continuent obstinément d'appeler le théâtre. Le groupe, c'est celui du disque « Lathe of Heaven », publié en 2014 chez ECM ; à une différence près, le batteur. Sur le CD c'était Marcus Gilmore ; et pour cette tournée c'est Obed Calvaire, entendu notamment chez nous ces dernières années avec Jacques Schwarz Bart. Et c'est autour de lui que semble s'organiser cette cérémonie rythmique d'une richesse confondante. Les thèmes de Mark Turner, extrêmement élaborés, jouent en finesse sur des déclinaisons et transformations de rythmes que l'on perçoit sans toujours parvenir à les analyser. Le batteur, dans une perspective qui rappelle Ed Blackwell, s'engage parfois dans les polyrythmies les plus folles avec une aisance qui nous porterait à croire (indûment) que tout cela n'est que l'enfance de l'art. La paire rythmique qui associe Obed Calvaire à Joe Martin est d'une vitalité et d'une effervescence extraordinaires ; le mouvement est permanent, intense. Et sur cette assise souple et rigoureuse, deux personnalités assez différentes se croisent et se complètent : Avishaï Cohen, le trompettiste exubérant et virtuose, et Mark Turner, le saxophoniste qui met de la pensée dans chaque thème et dans chaque phrase, dissimulant fort bien son jeu dans une apparente décontraction d'essence lestérienne. Le trompettiste s'engage dans des escapades volubiles, mais en restant toujours maître de l'impeccable construction de ses solos. Et la richesse d'inspiration du saxophoniste déjoue constamment l'automatisme et le cliché, pour laisser parler d'un seul geste la pensée musicale et la sensation : c'en est fascinant ! Public bluffé, et conquis. En rappel Mark Turner nous offre une de ses anciennes compositions, issue d'une époque où la trinité Tristano-Konitz-Warne Marsh nourrissait son inspiration : Lennie Groove, dérivé de Lennie's Pennies ; le bonheur est total, et il faut en remercier Djaz 51, et toute l'équipe qui organise le Reims Jazz Festival.

Xavier Prévost

Le groupe de Mark Turner jouera le 11 novembre 2015 au Pôle Sud de Strasbourg pour le festival Jazzdor

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 12:16

Géraldine Keller (voix), Daniel Erdmann (saxophones ténor & soprano), François Corneloup (saxophones baryton & soprano), Philippe Deschepper (guitare), Christophe Marguet (batterie), Claude Tchamitchian (contrebasse & composition). Paris, Inalco, 17 septembre 2015, 20h.

Pour commémorer le centenaire du génocide arménien, Claude Tchamitchian a choisi pour inspiration un livre de Krikor Beledian, Seuils (éd. Parenthèses, 2011). Un livre qui, à partir des souvenirs d'enfance de l'auteur, dans un quartier de Beyrouth (terre de l'exil), et de la contemplation de vieilles photographies, retrace par l'imaginaire la mémoire et l'identité ( un imaginaire survivant à toute forme d'oppression, précise Claude Tchamitchian dans sa courte et chaleureuse présentation, en début de concert). Mais l'on n'est pas ici dans une musique à programme. Le texte dit (chanté, improvisé....) par Géraldine Keller, nous parle du chemin vers Damas pour fuir le génocide ; de funérailles au bord de l'Euphrate ; du lent cheminement du chaos vers le cosmos, vers l'abondance et les récoltes. Et la musique, tissée d'éléments hétérogènes, s'édifie en parfaite cohérence formelle, étape par étape, entre retenue extrême et paroxysme assumé. Ici un solo de saxophone soprano de Daniel Erdmann évoque le timbre du doudouk arménien ; là le baryton de François Corneloup nous rappelle que l'on voyage en territoire de jazz ; ailleurs encore la batterie à mains nues de Christophe Marguet, ou les transparences fines de la guitare de Philippe Deschepper, nous font découvrir « tout un monde lointain ». Et la contrebasse du leader joue de multiples rôles, entre révolte, colère, douceur et méditation. Avant cette représentation parisienne dans le cadre d'un colloque à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales) consacré au poète Krikor Beledian, ce concert avait été donné une première fois à Marseille, en juin dernier. C'est une sorte de work in progress, dans l'esprit de Charles Mingus, et c'est à Mingus que l'on pense, dans l'ambition formelle aboutie, dans l'implacable cohérence, dans la rage expressive, dans l'irrépressible pulsation ; comme le souvenir d'une émotion ancienne, à l'écoute de The Black Saint and the Sinner Lady.

Xavier Prévost

Le Sextette de Claude Tchamitchian donnera ce programme le 15 octobre à Marseille dans le cadre du festival « Les émouvantes » & le 17 octobre à l'AJMI d'Avignon

Vidéo de la première répétition, au printemps dernier

https://www.youtube.com/watch?t=4&v=kbS7msXyoI0

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 15:44

Festival Jazz Campus en Clunisois, 19 août 2015

Oboréades : Jean-Luc Fillon (hautbois, cor anglais), Didier Ithurrsary (accordéon), Château de Berzé-le Châtel, 19h

Anne Quillier Sextet : Anne Quillier (p, el p , comp), Aurélien Joly (tp), Grégory Sallet (as,ss), Pierre Horckmans (cl, bcl), Michel Molinier (b), Guillaume Bertrand (dms). Théâtre des Arts, Cluny, 21h

Duo Marais-Ternoy : Gérard Marais (el g, comp), Jérémie Ternoy (p), Théâtre des Arts, Cluny, 22h30

Château de Berzé-le-Châtel@xavier.prevost

Château de Berzé-le-Châtel@xavier.prevost

Le festival bat son plein depuis 5 jours déjà, sur scène et dans les ateliers du stage qui fut l'origine historique de l'événement, voici plus de 35 ans. Dans le cuvier du magnifique Château médiéval de Berzé-le-Châtel (qui est aussi un domaine viticole), la salle est plus que comble ; on a ajouté quelques bancs pour les retardataires, et les derniers arrivants suivront le concert debout, ou assis à même le sol. Devant un tel succès on est amené à s'interroger sur les raison pour lesquelles certaines collectivités territoriales écornent violemment les subventions à des événements qui trouvent assurément leur public....

Oboréades©Xavier Prévost

Oboréades©Xavier Prévost

Pour Jean-Luc Fillon et Didier Ithurrsarry, le programme sera majoritairement celui du disque paru en 2012 (« Oboréades, 52ème Rue est) : des compositions des deux compères, plus l'explosif Bebe signé Hermeto Pacoal ; mais avec la vigueur renouvelée du jazz « sur le vif », car ces deux là n'aiment pas rejouer la partie à l'identique. Ici rayonnent toutes les couleurs du monde (et même de tous les mondes), dans une musique qui enserre la pulsation du new tango dans les volutes du jazz pur. L'accordéoniste ose un swing inflexible et un drive infernal, tandis que le hautbois de Jean-Luc Fillon nous régale d'un chorus résolument torride. Les mises en place sont millimétrées, mais avec une souplesse féline (dans Le Chat Pacha, entre autres). Ailleurs s'associent rythmes impairs et groove funky. Le public (votre serviteur inclus) est conquis, et son enthousiasme sera récompensé d'un rappel qui ne figure pas sur le disque, mais provient du répertoire de Jo Privat : Rêve Bohémien.

Gérard Marais-Jérémie Ternoy©Xavier Prévost

Gérard Marais-Jérémie Ternoy©Xavier Prévost

Deux heures plus tard, au Théâtre des Arts, également bondé (décidément les édiles devraient être attentifs à cette belle fréquentation....), c'est un compagnon de route du festival, Gérard Marais, qui présente une formule inédite, qui l'associe au pianiste Jérémie Ternoy. Ce duo est l'émanation d'un quartette du guitariste (avec Henri Texier & Christophe Marguet) qui a publié récemment un CD intitulé « Inner Village » (Cristal Records/Harmonia Mundi). Les thèmes sont pour la plupart d'anciennes compositions de Gérard : Baron Noir, Le Rouge et le Noir, Quand les mahs (inspiré par un vers d'Henri Michaux), Katchinas...., compositions qui figurent sur le disque. Et d'autres, enregistrées ailleurs, comme Cassavetes ou Natural Reserve. Le format duo convient parfaitement à ces thèmes, qui révèlent ici de nouvelles couleurs. Les exposés sont clairs, en parfaite connivence, et dans les improvisations les langues se délient, chacun s'évadant dans son imaginaire propre, mais toujours en dialogue. Pour le pianiste, ce sont des phrasés anguleux, aux accentuations marquées, comme au temps de Lennie Tristano, ou de l'envolée tristanienne de Bill Evans dans All About Rosie de George Russell. Pour le guitariste, ce sont des circonvolutions très lyriques, mais où le chant conduit toujours vers des sentiers harmoniquement féconds. Bref une vraie réussite pour le duo ici inauguré, et que l'on aimerait entendre sur d'autres scènes (tout comme le quartette d'ailleurs....).

 

 

Pour conclure la soirée, la pianiste et compositrice Anne Quillier présentait son sextette, Grand prix du Concours de Jazz de La Défense en 2013. Belle écriture faite de polyphonies subtiles, riches en couleurs et alliances de timbres, avec de grandes nuances, hélas contrariées par un niveau de sonorisation globalement trop élevé (la concurrence sonore du Marché nocturne à l'extérieur peut-être, et d'un groupe qui sévissait là à coup de décibels destructeurs ?) , ce qui en altérait la finesse. Pulsation toujours très marquée de la batterie, décalages rythmiques en répons, crescendo en tutti, telle fut la dramaturgie souvent retenue, avec des codas en suspens, sans résolution (le refus de l'impérialisme du retour à la tonique?). De très bons solistes aussi, qui trouvèrent leur espace d'expression, dans un répertoire qui recoupait celui du disque paru en janvier (« Daybreak », www.collectifpinceoreilles.com ), agrémenté d'un peu d'inédit.     Manifestement, il faudra compter désormais avec cette musicienne, pour son talent d'écriture et de soliste autant que pour sa faculté de rassembler et diriger un groupe. Une fois encore Jazz Campus en Clunisois, et Dider Levallet, ont su partir à la découverte de nouveaux talents !

 

Xavier Prévost

 

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 08:16
Thibault Gomez Quintet    Grand Prix et Prix du Public     @Claude Dinhut

Thibault Gomez Quintet Grand Prix et Prix du Public @Claude Dinhut

SCHNTZL  Prix de la meilleure composition et Prix du meilleur instrumentiste  @Claude Dinhut

SCHNTZL Prix de la meilleure composition et Prix du meilleur instrumentiste @Claude Dinhut

Avignon Jazz Festival 24ème édition (Suite)

Tremplin Jazz européen (Cloître des Carmes)

www.tremplinjazzavignon.fr

Avignon se démarque résolument dans sa présentation du jazz : en juillet, au cœur du « off » de théâtre, existe la vitrine Têtes de Jazz à l’Ajmi et au tout début août, quand les murs se nettoient de leurs peaux d’affiches, que la ville revient à elle-même, commence le deuxième temps fort de jazz estival dans la cité papale, le tremplin européen qui s’insère dans un vrai festival de jazz. Soit deux soirées très courues et pas seulement parce qu’elles sont gratuites. C’est un cadeau fait au public local, attentif et connaisseur, assidu et passionné qui s’exprime également en votant. Et son choix, le Prix du Public rejoint très souvent celui du jury, le Grand Prix!

Cette année encore, le tremplin se révéla précieux, reflétant la diversité des projets et engagements, permettant l’appréciation de certaines tendances musicales existantes. Le tremplin illustrant la problématique des musiques actuelles et du jazz, doit-on apprendre et continuer à jouer comme le font souvent, nos voisins nordiques dans le respect de la tradition, ou tenter de faire bouger les lignes, quitte à se perdre et à sortir du cadre ? De nombreuses pistes s’ouvrent aux jeunes musiciens aujourd’hui s’ils ont prêts à se lancer... Prises de risque ou productions d’école un peu laborieuse, on entend souvent des musiciens talentueux, en devenir. Ce qui confirme au demeurant la vocation d’un tremplin et justifie son existence.

La première difficulté du tremplin résulte de la présélection, qui peut poser problème. Avec le président du jury - cette année, Nicolas Baillard, ingénieur son des studios de La Buissonne aux côtés de Gérard de Haro- nous nous demandons comment déjouer les mystères, les hasards ou les pièges de cette opération. Pour l’avoir pratiqué, l’exercice est redoutable : marathon d’une journée, écoute en aveugle et trop rapide d’une centaine de groupes avec des séries parfaitement inadaptées ou fort rébarbatives. Au final, ne restent que six groupes européens. Cruel dilemme.

Cette année, le résultat de cette sélection faisait la part belle aux voix avec trois groupes sur six aux commandes desquelles figuraient des chanteurs. En écho à la programmation du festival ? Qui donnait aussi de la voix en débutant par le concert de la chanteuse guadeloupéenne Tricia Evy et en optant pour un final dansant sur le R&B de la rousse Robin McKelle.

Le tremplin et le festival reposent sur un savoir-faire associatif et la générosité des bénévoles. Tous ceux qui sont venus au tremplin confirment que l’accueil chaleureux, simplement familial est l’un des atouts de la manifestation, mettant à l’aise candidats et jurys.

Si certains partenaires changent, le cercle de bénévoles s’agrandit (ils sont 48 à faire tourner la boutique) avec des jeunes stagiaires motivés, sous la houlette du solide Jeff Gaffet. Robert Quaglierini et Jean Michel Ambrosino, toujours sur le pont, assurent efficacement la co-présidence. Un «dronie» devait d’ailleurs immortaliser cette «belle équipe», montée sur scène lors de la soirée de clôture.

3 août: premier soir du Tremplin

  • THE DUET (I) Alberto Bellavia (p), Roberto Rebufello (saxophones, clarinette)
  • SCHNTZL (B) Casper Van de Velde (batterie), Hendrik Lasure (p)
  • RAVEN (F) Manu Domergue ( chant et mellophone), Raphael Illes ( saxophones) Damien Varaillo-Laborie ( contrebasse), Nicolas Grupp( batterie)

Dès la première soirée, il y avait de quoi satisfaire (presque) goûts et esthétiques les plus divers.

The Duet nous tricota un patchwork coloré et joyeux, sur fond de «commedia del arte» avec un élégant florilège de styles : du piano stride au sax qui fait pleurer son blues, quizz de citations de Gershwin, Bernstein... Un exercice de style réussi mais pas assez convaincant pour un concours, sans l’enjeu de véritables compositions originales.

La surprise vint, dès le second duo, Schntzl, de très jeunes musiciens belges (le pianiste a 17 ans et il n’est pas sérieux) au nom imprononçable. Si vous allez sur leur site, vous comprendrez vite à quoi ce nom fait allusion : www.schntzlmusic.wordpress.com . Avec savoir-faire, humilité et humour, le duo fit preuve d’une grande maîtrise du geste, du jeu à tous les sens du terme, construisant avec expression et imagination un programme pertinent. Une excellente accroche et de la délicatesse jusque dans leur version fraîche de l’émouvant «Moon River» d’Henri Mancini.

Le troisième groupe Raven était français, son leader Manu Domergue, chanteur- conteur, installa une atmosphère fantastique de conte, sans citer Poe mais Rimbaud, le« Black Crow » de Joni Mitchell, nous entraînant autour de leur album «Chercheur d’orage »... tout en jouant du mellophone, curieux instrument de fanfare proche du cor d’harmonie. Visant la carte du spectacle plus que celle du concours, leur projet aurait sa place dans le « off » avignonnais intégrant une approche vraiment pluridisciplinaire.

4 août : deuxième soirée :

  • LES COMPTES DE KORSAKOFF (F) Quentin Lavy (batterie), Geoffroy Grangé (basse et chant), Christophe Blond (piano), Diego Fano (sax), André Paco (tb), Guillaume Pluton (tp)
  • Thibault GOMEZ QUINTET (F) Thibault Gomez (p), Robinson Khoury (tb), Pierre Marie Lapprand (saxophones), Etienne Renard (contrebasse), Benoît Joblot (batterie)
  • INEZ QUINTET (D) Inez Schaefer (chant), Christian Pabst (p) , André Nendza ( basse), Matthias Gurth (g), Demian Kappenstein (perc)

Le lendemain entraient en scène trois nouveaux groupes dont un français, au nom étrange et quelque peu hermétique, Les Comptes de Korsakoff. Là encore, un chanteur comédien faisait entendre une histoire parodique entre voix de cartoons, Zappa et même élucubrations à la Nina Hagen.
Des compositions originales, « le projectionniste », « l’heure du loup » avec un solo de trompette, une suite en trois parties allant crescendo, de beaux solos. Mais quelque chose résiste dans leur interprétation.

Le jazz advint enfin avec le Thibault Gomez Quintet : voilà de jeunes instrumentistes très doués qui s’écoutent et s’entendent, une musique subtile aux arrangements légers. Le trio rythmicien tire admirablement son épingle du jeu sans l’aide des solistes excellents, avec une mention particulière pour le tromboniste de vingt ans dont on dit déjà le plus grand bien, Robinson Khoury. Un jazz post bop certes daté mais terriblement attachant et tant pis si ce quintet n’ouvre pas(tout de suite) les nouveaux langages du jazz....Selon la formule consacrée, on oublia très vite qu’il s’agissait d’un tremplin pour écouter un concert. Avec élégance, ils surent séduire le public dans un silence révélateur.

Dernier groupe, Ines quintet celui de la chanteuse allemande Ines Schaefer : une fois encore, autant la forme que le répertoire ne sont pas convaincants pour le tremplin : une charmante jeune fille, style Alice in Wonderland, qui débute en minaudant sur «I’m old fashioned», continue dans le même registre, une pop acidulée trop influencée par Bjork...

Les jeux étant faits, le jury allait longuement délibérer et leur choix se partager assez équitablement entre les deux groupes les plus saisissants, remplissant le contrat du tremplin. Après une discussion des plus animées, le Thibault Gomez Quintet obtint le Grand Prix du Jury (enregistrement et mixage au studio de la Buissonne et première partie d’un concert du festival) mais aussi le Prix du Public. Les deux autres prix allèrent au duo belge : le prix de la meilleure composition au pianiste de Schntzl et celui du meilleur instrumentiste au batteur.

Fin d’une belle édition avec une cuvée de haute tenue, des groupes de qualité, pas toujours originaux mais néanmoins talentueux et prometteurs. Souhaitons à ce Tremplin Jazz sudiste de continuer longtemps cette aventure musicale chaleureuse et non sectaire. Et que cela jazze plus encore pour le rendez vous des vingt-cinq ans, l’an prochain !

Un grand merci pour les photos de Claude Dinhut, l’un des trois infatigables reporters-photographes et membres actifs de l’association.

Sophie Chambon

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 16:57
KURT ELLING AU NICE JAZZ FESTIVAL 2015

Le Maître du jazz vocal officiait le jeudi 9 juillet au Nice Jazz Festival. Sous une chaleur écrasante, et néanmoins vêtu d’un costume, le chanteur a délivré un concert de toute beauté.

Il était accompagné par son guitariste et son contrebassiste attitrés, respectivement John Mclean et Clark Sommers, ainsi que par Bryan Carter à la batterie. Gary Versace était au piano et à l’orgue, remplaçant le talentueux Laurence Hobgood, qui partageait la musique de Kurt depuis plusieurs années.

Alors que son dernier album « Passion World » est loin de refléter l’âme et le génie de Kurt Elling, il est époustouflant sur scène. Arrivant le sourire aux lèvres, il démarre avec « Come Fly With Me » qu’il enregistra en 2012 dans l’album « 1619 Broadway – The Brill Building Project ». Il regarde son public avec amour, l’invitant à le rejoindre dans cette envolée. Rien ne peut le distraire de cette magie, même pas le réglage défectueux de la grosse caisse qui fait des « clacs », ce dont il s’amuse en mimant un golfeur frappant sa balle.

Le magnifique titre « The Waking » paraissant sur l’album « Nightmoves » fera également partie de la playlist. Sur ce morceau, Kurt Elling a transformé le poème de Theodore Roethke pour l’adapter à son phrasé et sa voix. Les texte final et son interprétation sont l’œuvre d’un grand parolier, qu’il est incontestablement puisqu’il a déjà composé ses paroles sur des morceaux de John Coltrane ou de Jaco Pastorius, entre autres (nous avons évidemment en tête la version magistrale et inégalable de « Resolution » de John Coltrane, qui figure sur l’album « Man in the Air »).

Le quintet interprètera également deux grands tubes de Kurt Elling, sous les applaudissements d’un public ému parfois jusqu’aux larmes. Tout d’abord « April in Paris » qu’il démarre avec un scat « percussion », art dans lequel il excelle. Puis le final : « Nature Boy », que Kurt aime bien placer en clôture de ses performances. Dès les premières notes, le Théâtre de Verdure s’enflamme, certains se lèvent, d’autres, comme l’auteure de cet article, sont envahis par une émotion qui les cloue sur leur chaise.

Sous l’ovation du rappel, le quintet tentera « La Vie en Rose », qui fait partie du dernier album. Un essai qui plait bien sûr au public français mais qui froisse un peu l’oreille des jazzophiles, tant l’atmosphère de ce morceau se marie difficilement avec la voix et le style de Kurt Elling, malgré les paroles additionnelles qu’il a écrites pour se l’approprier.

« Du grand Kurt ». Nous dirions même un concert « Kurtissime ».

Yaël Angel

Plus d’informations sur la discographie et l’agenda des concerts de Kurt Elling sur http://kurtelling.com/

Site du Nice Jazz Festival : http://www.nicejazzfestival.fr/

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 16:50
@philippe.meziat

@philippe.meziat

@philippe.meziat

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 10:00
Robert Glasper : " Covered"

Robert Glasper (p), Vincent Archer (b), Damion Reid (dms)

Blue Note 2015

Pour ceux qui avaient dans l'oreille le très iconoclaste " Black radio", précédent album du pianiste, il faudra faire "reset" et repartir à zéro.

Black Radio avait surpris son monde en se situant à la croisée des chemins des musiques populaires actuelles et du R&B avec une telle originalité qu'elle lui valut quelques critiques acerbes de certains gardiens d'un temple du jazz peu habitué à se faire bousculer de la sorte.

Dans le nouvel album enregistré en public au Capitol Studio , peu de temps après avoir recueilli un grammy pour justement " Black Radio", Robert Glasper montre au contraire son souhait d'en revenir à des bases "straight" comme il le dit lui-même dans ses quelques mots d'introduction et repartir sur un format classique de trio piano-basse-batterie. Sans toutefois se départir de son souci de la modernité qui semble le poursuivre dans une vraie démarche artistique. Et ce n'est donc pas un hasard si Glasper va chercher dans le répertoire actuel depuis Kendrick Lammar (le formidable chanteur de hip-ho jusqu’à Radiohead ( Reckoner) véritable inspiration de toute une génération de pianistes ( Brad Meldhau en croque et Yaron Herman s'en inspire).

Alors que Glasper jouait de l'électrique dans ses précédentes prestations, tant comme leader qu'aux côtés de stars internationales comme Rihana ou Justin Timberlake par exemple, ce retour au piano marque non pas un retour en arrière mais l'affirmation de son identité très moderne par des voies plus classiques. C’est pourquoi on l’entend dans un morceau d’impro libre à l’inspiration très « Monk » ( In case you forgot qui passe par tous les stades possibles jusqu’à évoquer Cindy Lauper) ou encore dans une très très belle et élégante reprise de Stella by Starlight. Quelques textes engagés scandent cette prestation avec une affirmation d’un black power fier et apaisé ( I’m dying of thirst ou Got over, texte d’Harry Belafonte).

Capable de transcender les m »lodies les plus actuelles et d’en souligner toute l’essence magnifique, Robert Glasper est un inventeur du clavier. Il sort de son piano des sons larges et variés comme sur ce I don’t even care qui résonne presque comme s’il était à l’électrique. Avec beaucoup de relâchement et une vraie classe de dandy, Robert Glasper cherche, se promène sur son piano, évolue avec beaucoup de grâce et d’inventivité maîtrisée. Comme une sorte de seconde peau.

Certes on a parfois tendance à se méfier de ce phénomène de mode qui entoure Robert Glasper qui tendrait à devenir l'archétype de l'artiste emblématique et cross-over. Et pourtant ce soir là au mythique Capitol Studio se vivait un vrai moment de jazz, en toute plénitude. Robert Glasper y apportait la démonstration sereine que la modernité se trouvait là en plein cœur de la tradition. C'est cela être Cross-over !

Jean-Marc Gelin

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 22:12
Têtes de Jazz ! Avignon Jazz Focus

3ème édition AJMI /La Manutention

07-18 Juillet 2015

http://www.tetesdejazz.eu/

www.jazzalajmi.com

www.triojournalintime.com

www.lamourduloup.net

Le jazz et les musiques actuelles reviennent pour la 3ème année consécutive faire de la résistance dans l’ilôt privilégié de l’AJMI et de La Manutention (cinémas Utopia), derrière le Palais des Papes en face du Théâtre (belge) des Doms, l’un des nombreux partenaires de l’opération. Car, au cœur de l’une des plus importantes manifestations de spectacle vivant, Têtes de Jazz est la vitrine d’exposition de ces musiques qui propose pas moins de quarante concerts (à 12H30, 15h30, 18h30 et 21h30 chaque jour), du 8 au 16 juillet, ainsi que des rencontres professionnelles autour de tables rondes. Ce festival de musique ne serait pas possible sans les bonnes volontés coopératives de tous les partenaires qui coproduisent les spectacles de ce marché des musiques à venir. Pour le grand public, voilà l’occasion rêvée de découvrir la cité papale autrement et d’appliquer la recette de l’AJMI à savoir que «la meilleure façon d’écouter du jazz c’est d’en voir».

Passons donc à la pratique :

AmbreOzChristopheJodet Purcell

La Compagnie de l’Amour du Loup propose un duo voix/contrebasse, basse électrique, loop station, sur quelques airs célèbres du compositeur baroque Henry Purcell, popularisé entre autre par le travail du Deller Consort. Cette forme ouverte et souple a demandé un sérieux travail d’arrangement au contrebassiste. La basse continue sur laquelle la voix improvise, est, pour citer Pascal Quignard dans L’origine de la danse : Quelque chose « sous le plancher » appelle le corps qui marche... le ground en anglais c’est la basse continue, le rythme de fond chez Purcell.

La basse électrique est comme une guitare baryton. Les loops de Christophe Jodet servent à enregistrer et à faire jouer en boucle ses deux basses, et il peut à loisir ajouter des effets d’archet. Ce dispositif ingénieux jette un autre éclairage sur les textes forts et les mélodies d’ «O Solitude » de « La Mort de Didon » ou de «Music for a While». Le résultat, organique plus encore que lyrique, souligne le talent de conteuse d’Ambre Oz, qui s’étant déjà frottée aux chants ethniques et trad, fait rouler en bouche les fragments choisis « O solitude, my sweetest choice », ou « My soul has never known delight», plongeant au plus près de ces chants de déploration et d’introspection.

Journal intime Lips on fire suivi du Bal des Faux Frères

Sylvain Bardiau (tp), Frédéric Gastard (saxophone basse), Matthias Mahler (tb)

http://www.lesdnj.com/article-journal-intime-lips-on-fire-67941798.html

Quel plaisir de retrouver le trio de cuivres si original (sax basse, trompette et trombone) de Journal Intime. Ces formidables musiciens, très impliqués dans le travail artistique, de la production à la distribution, recherchent une indépendance musicale qui leur permette de vivre leur exigence musicale. Depuis leur création, il y a déjà dix ans, le trio qui fonctionne plaisamment sur un mode collégial, a renforcé sa cohésion : le programme autour de Jimi Hendrix s’est étoffé. Cette «mise en oreille de leur vision fantasmée» de la musique du génial gaucher enchaîne avec le plus grand sérieux des élucubrations musicales vraiment acrobatiques : une introduction délirante de Fred Gastard sur « Odysseus Praeludium » nous prépare à plonger dans ces reprises très spéciales de «Hey Babe», «Lover Man» (d’après Muddy Waters) et enfin «All Along The Watchtower », chanson «empruntée» à Bob Dylan qui, bon prince, reconnut la version d’Hendrix indépassable. Le plus extraordinaire est que l’on finit par entendre Hendrix, l’essence même de son chant, au cœur des distorsions et autres bruits de tuyauterie. La transposition est extravagante mais elle réussit à merveille. Quel régal de les voir évoluer sur scène : attaques franches, impeccables unissons, solos fougueux, tout est réglé avec un enthousiasme ébouriffant et une précision orchestrale. La beauté de cet alliage inusité de timbres ne le dispute en rien à la ferveur de « grooves » qui feraient se dresser une assemblée de paralytiques en pèlerinage à Lourdes. Leur musique est une création très travaillée, à la recherche d’un équilibre souvent instable. Généreusement expansionniste parce qu’elle ne prend pas le pouvoir, elle se développe au contraire à perte d’ouïe.

La bonne idée est d’enchaîner, après les reprises hendrixiennes, un autre programme tout autant jubilatoire, mis au point avec la même rigueur, avec le trio des « faux frères », composé du saxophoniste ténor (Fabien Kisoka) et de 2 batteurs Fabrice Lerigab et Laurent Di Carlo. Leur rencontre, il y a une quinzaine d’années sur la caravane du Tour, constituait un début original, très formateur pour comprendre ce qu’est le spectacle vivant. Ils ont continué par une pratique plus raisonnable mais non moins ardue, celle de la déambulation, de la fanfare de rue, reprenant ainsi la tradition des « marching bands » de La Nouvelle Orleans. Le répertoire de cet album dont on fête la sortie aux Têtes de Jazz, emprunte autant aux Rita Mitsouko (Le petit train), à Buckshot leFonque (Brandford Marsalis) qu’à ACDC. Et c’est littéralement aphone que finit Fred Gastard dans « I wanna be your dog » des Stooges, s’improvisant en un Iggy Pop halluciné.

Le public de l’Ajmi s’est levé spontanément pour danser, dans une exaltation joliment fraternelle. Et ce n’est pas si souvent que l’on retrouve ce plaisir du corps qui fait sens.

https://www.youtube.com/watch?v=igUhlH5GlQQ

Sophie Chambon

A venir :

Paysage, avec bruits : sortie CD 2015/2016 avec et sur des compositions originales de Marc Ducret qui fait suite à leur Extension des feux avec Marc Ducret et Vincent Peirani.

Lips on fire II avec Guillaume Magne (guitare) et chant et Emiliano Turi ( batterie)

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 20:28
Charlie Jazz Festival  (dix-huitième édition) Deuxième soirée  samedi 4 juillet 2015

« On est tous Charlie » me dit un ami, quand je lui annonce que je vais au Charlie Jazz Festival...Mais au-delà de la boutade, quelque chose, assurément, demeure de l’esprit des débuts, frondeur et opposant à la politique qui se menait à Vitrolles. D’ailleurs, dans la vaillante équipe de bénévoles, le noyau dur a une moyenne d‘âge respectable, ce qui tendrait à prouver que le maillage associatif est solide. Des potes qui se retrouvent pour oeuvrer utile au bar, à la billetterie, au catering pro. Même si la restauration est encore un peu difficile à mettre en place, avec des roulottes ou « foodtrucks » dans la prairie qui servent à flux tendu wok minute ou hamburgers et qui n’ont plus rien à proposer dès le premier entracte. Le bar lui, résiste et par ces températures extrêmes, le blanc ou rosé de la Vénus de Pinchinat a moins de succès que la bière qui coule à flot. Le petit glacier, nouveau venu cette année, n’a aucun mal à écouler sa production en un temps record.

Depuis le temps que je suis le festival, je n’avais encore jamais vu autant de public, y compris un samedi soir. Je me souviens d’années pus ou moins fastes, en particulier de 2003, sur fond de canicule et de grève des intermittents... C’est la première fois que la jauge explose littéralement. On dépasse les 1350 personnes pour cette deuxième soirée et une noria de chaises processionne, occupant les derniers espaces disponibles. La tonnelle derrière la régie est prise d’assaut. Le livret de présentation du festival annonce près de 3000 spectateurs sur les 3 jours, la politique tarifaire est raisonnable, un pass de 3 jours à 60 euros, quand il est acheté acheté sur place et de seulement 51 euros en prévente, avec des tarifs très avantageux pour les moins de 25 ans.

Arrivée juste à temps pour le concert du trio de Renaud Garcia Fons, je me propose d’aller voir plus tard, comme chaque année, les photos de Gérard Tissier, fidèle de l’association et du Moulin à Jazz, exposées dans la galerie, non loin des JAZZBOX de Céline Léna et de l’ami Philippe Méziat. Sont présentées 8 fictions, 8 lieux fantasmés du jazz de Cuba à Tokyo, Chicago, New York, Paris, Detroit ou La Nouvelle Orleans. Un périple sur l’histoire du jazz à travers le temps et les continents qui prend tout son intérêt dans le contexte de ce festival, ouvert sur le monde.

Il fait encore chaud quand le concert commence, et la colophane fond, collante comme un sparadrap alors que le trio du contrebassiste joue son nouveau programme Revoir Paris ( qui sortira bientôt sur le label de son dernier duo Silk Moon avec Derya Türkan, l’Autre distribution).

Revoir Paris évidemment c’est en référence à Trénet, non pas l’hommage spleenétique et mollasson de reprises parlées par Benjamin Biolay. Le premier titre, nous annonce le contrebassiste, s’inspire de la chanson sans en reprendre la mélodie. Il m’avouera hors scène que dans le disque, figure un arrangement chanté de la chanson de Trénet . Je n’en saurai pas plus, c’est le «teasing» de bonne guerre avant la sortie du disque. Avec ce nouveau trio, composé de l’accordéoniste David Venitucci, autre voyageur infatigable et du vibraphoniste marseillais Stephan Caracci, à la batterie pour ce concert, il emprunte encore une nouvelle direction, tout en dévoilant ses souvenirs. C’est une vision du Paris tendre et nostalgique, populaire et musette, avec valse et tango, que traversent des images de films, comme « Monsieur Taxi » avec Michel Simon tourné en 1952 par le très oublié André Hunebelle. On entendrait bien alors la ritournelle si prenante de Jean Constantin dans les Quatre Cents Coups illustrant les frasques et cavalcades du petit Léaud. Car Renaud Garcia Fons nous entraîne sur les hauteurs de Montmartre et « les escaliers de la butte si durs aux miséreux ».

C’est le retour aux origines de sa musique et de son existence qu’il exprime de façon originale, dans un univers baroque qui suit le pourtour méditerranéen, depuis la Catalogne familiale. Ses racines, il les promeut avec efficacité mais il ne limite pas à elles. Avec la qualité des accords et la spécificité de sa contrebasse, il tend vers un jazz de chambre. Ce musicien, au début classique, a évolué, devenant l’un des chantres du «cross over» entre classique, jazz et musiques du monde. Et ainsi apparaissent les couleurs orientalisantes, quand quittant Montmartre et la rue Championnet, ses pas le rapprochent de Barbès. Voilà des rythmes arabo-andalous qui tordent le répertoire plus classique de l’instrument, une cinq cordes de belle facture du luthier Jean Auray. Il a coutume en solo de s’aider de boucles, tapis moelleux sur lequel il imagine ses figures de styles toutes en courbes et contrecourbes. Ses lignes de basse intenses sont augmentées des effets du « delay » et autres « devices » électroniques. Il manie l’archet avec une élégance rare, et l’électrification fait résonner l’instrument comme un violon, une guitare, voire un oud selon le contexte. Tout un univers de cordes sensibles que l’on entend ce soir dans sa musique soulignée par la qualité du son.

Après l’entracte, c’est un trio «all star», cosmopolite, qui prend place sur la scène superbement mise en lumière, aux platanes habillés de mille feux : le pianiste cubain tout de blanc vêtu, Omar Sosa, le trompettiste sarde aux pieds nus Paolo Fresu et l’indien Trilok Gurtu à la batterie et aux percussions. De sacrées pointures qui savent échanger et développer une musique du monde. Au sens littéral puisqu’ils reforment ici un carrefour de trois continents. La direction de l’ensemble garde cohérence, malgré le mélange de rythmes. C’est encore de retour aux sources qu’il est question (le continent africain d’où partirent les esclaves déportés) avec la musique d’Omar Sosa qui met en jeu ses racines latines en introduisant des rythmes urbains, afro-caribéens et de l’électro. Le Cubain est adepte de la santeria, religion syncrétique qui allie le vaudou d’origine yoruba (Benin-Nigeria) à un catholicisme animiste, pour faire court. Et une certaine spiritualité baigne sa musique qui n’exclut pas la sensualité dans les ballades ; rimant avec « torrides » et « diaboliques », tournent, dans l’air du soir, les grooves de Trilok Gurtu qui s’emballe dès qu’il touche ses fûts. Quant au trompettiste de Bercchida, adepte de la respiration circulaire, il souffle le vent du jazz, qu’il soit assis ou debout, tendu comme un arc, avec un son toujours impeccable, quelque soit le contexte, avec ou sans sourdine, ou autre effet de la chambre d’écho. «Ce qui nous rappelle que cela fait bien longtemps que le jazz est latin, depuis ses débuts même», écrit Philippe Méziat dans la «Jazz box» sur la Nouvelle Orleans, avec un extrait de Jelly Roll Morton, qui se proclamait l’inventeur de cette musique, écoutant et jouant une musique influencée par les rythmes espagnols et créoles. Après que les musiciens ont émigré vers le nord, l’ouest, ou New York, le jazz a quelque peu oublié ces belles couleurs latines... Jusqu’à la fin des années quarante où il se les réapproprie grâce aux percussionnistes des Caraïbes comme Chano Pozo.

Ainsi, aux sons enivrants et parfumés d’une musique populaire de qualité, la soirée s’achève, dans une certaine allégresse. Une vraie réussite pour la bande à Charlie...

Sophie Chambon

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 07:03

18ème édition

03/04/05 Juillet

Domaine de Fontblanche

http://charliejazzfestival.com/

Charlie Jazz Festival 2015

Depuis des débuts militants avec l’association Charlie Free, le jazz a sa place à Vitrolles, commune des BdR (13), non loin de l’étang de Berre et de l’aéroport de Marseille Provence. Cette entreprise culturelle n’a cessé de se fortifier et de construire sa programmation sur un jazz actuel, « un jazz en marche » avec des concerts toute l’année au Moulin à Jazz et une grande fête, aux premiers jours de juillet dans le Domaine de Fontblanche. La canicule a provisoirement abandonné un peu de terrain en ce début de soirée, dans le magnifique parc ombragé de platanes centenaires et le public répond présent lors du premier grand week end des vacances.

Le quartet du trompettiste Ambrose Akinmusire ouvre la soirée sur la grande scène des platanes. Il avoue être heureux de découvrir ce festival même s’il a déjà joué dans le sud, à Marseille. Tout de suite, avec ses complices, la section rythmique composée de Harish Raghavan à la contrebasse et de Justin Brown à la batterie, sans oublier le pianiste Sam Harris, énergique et passionné, le concert démarre avec intensité. Ils sont absolument formidables, justes dans leur emportement même, habitués à se frotter à l’urgence de la déclaration musicale de leur leader qui les laisse souvent réagir en trio. Le trompettiste adopte alors une position de retrait, propice à l’écoute et au recueillement. L’écriture des différentes compositions laisse apparaître une structure rigoureuse et dense à laquelle tous se soumettent, en donnant l’impression d’une création continue et imprévisible. Une musique improvisée qui ne devrait jamais se répéter, qui tente de nouveaux contextes, pour se démultiplier, construire et déconstruire, souffler et apaiser. Voilà un jazz porteur de sens et de vertus formelles qui, sans renier ses repères, se révèle libre, dégagé d’influences trop prégnantes. Comme si le musicien voulait inventer un nouveau langage, débarrassé de scories encombrantes. A la trompette, il est bluffant, avec un quelque chose qui n’appartient qu’à lui, un son droit, direct, comme intériorisé. Rare et fulgurant, incisif, vif d’attaque et tout en nuances, brillant sans éclat, vigoureux et tendre à la fois, retenu par moment, très sérieux dans son engagement, on ne peut s’empêcher de le fixer pour essayer de comprendre comment « ça » joue. On écoute absolument sidéré cette musique, ardente dans ses commencements, nerveuse, qui entraîne au-delà de la sensibilité et du lyrisme. Sur une ballade justement, en duo avec le pianiste, il parvient à une émotion intense, d’une douceur qui peut faire mal. Il y a quelque chose de transcendant dans cette musique, faite de recueillement et de spiritualité. Et c’est en ce sens qu’Akinmusire fait penser à Coltrane. Car cette intensité va bien au-delà de l’instrument et l’on se sent emporté dans un maelström fiévreux. S’éloignant de la transparence et du contrôle, on plonge au cœur d’une origine que l’on ne connaît pas. Ambrose Akinmusire poursuit avec ses compagnons un dialogue fervent, construisant une forme plus narrative, très ouverte. Un jazz vif dans une aventure collective qui devrait s’installer tout en se transformant continûment. Un bien beau parcours, peu balisé qui suppose l’engagement d’une écoute attentive et complice. Le jeune trompettiste d’Oakland -il n’a que 33 ans- a déjà joué avec les plus grands, de Joshua Redman à Steve Coleman sans oublier notre « Frenchie » Michel Portal qui, fine mouche, l’avait appelé sur son « Bailador ». Il a signé sur le label Blue Note son dernier album au titre étrange « The Imagined Savior Is Far Easier To Paint ».

Si je suis surprise de ne pas vraiment « reconnaître » l’album que j’avais pourtant chroniqué ici http://www.lesdnj.com/article-ambrose-akinmusire-the-imagined-savior-is-far-easier-to-paint-123396294.html , c’est que le programme du concert ne reprend pas, dans l’ordre établi, le répertoire du disque. La musique a évolué au cours des tournées, en une année. Le groupe joue donc quelques compositions mais donne aussi la primeur de musiques inédites comme si les occasions de jeu offraient un territoire de création, un laboratoire pour recherches à venir. Comme si chaque concert permettait de repousser ses limites vers une nouvelle frontière ; c’est dire que ce quartet ne recherche pas la facilité, ne tient pas même à vendre ses disques après le concert.

Captivé de bout en bout par cette musique sensible, on ressent cette confiance indéfectible dans la musique, l’éternité du jazz, son essence. Ce que démontre paradoxalement l’art de ces musiciens est que plus ça vient de loin, plus cela sonne neuf.

@Forence Ducommun

@Forence Ducommun

Changement de set et contraste absolu avec le groupe suivant, co-animé par un duo chaleureux et bon enfant, le Sylvain Luc et Stefano Di Battista  Quartet. Sans transition, on revient à une musique européenne, mélodique et lyrique. Accentuant encore leur versant naturel pour ce style, le guitariste basque et le saxophoniste romain ont choisi de reprendre des thèmes connus d’Ennio Morricone, de Michel Legrand, de Nino Rota...Ils jouent le répertoire de leur dernier album Giu’ La Testa sorti chez Just Looking productions l’an dernier. 
S’entend alors une musique plus lisse sans être facile, qui fait la joie du public qui en redemande, soulagé  peut-être après la tension du concert précédent, incandescent. D’autant que le duo fait le show avec simplicité et gentillesse. Les deux gaillards peuvent tout jouer : du jazz funk avec une reprise de Ray Charles, du jazz rock avec le «Dingo Rock » de l’incontournable Michel Legrand, du trad, des ballades.  Certains des thèmes choisis font partie de notre mémoire collective  comme « La Chanson des Jumelles » ou les compositions de Morricone pour le cinéma, toujours émouvantes que ce soit « Love Theme For Nata » ( Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore) ou «Giu’La Testa» d’ «Il était une fois la révolution» de Sergio Leone. Tout invite à la danse dans cette musique sans prétention qui coule sans effort avec une rythmique irrrésistiblement entraînante, le chevelu Pierre François Dufour à la batterie et l’élégant Daniele Sorrentino à la basse électrique.  Ces musiques se transforment au gré des variations tout en se parant des couleurs de la nostalgie, comme dans « Touch Her Soft Lips And Part » de William Walton où l’on pourrait entendre des effluves des Beatles, avec un sax soprano délicat. Ainsi se finit avec un rappel chaudement acclamé, la première soirée du festival. On ne boudera pas son plaisir, le jazz est aussi une musique de divertissement et de plaisir qui se consomme sur place et dans l’instant ; surtout quand elle est interprétée par des virtuoses qui ne se prennent pas au sérieux et jouent en jouant.

Sophie Chambon

Florence Ducommun

Florence Ducommun

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