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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 08:31

 

Il n’a pas son pareil pour surprendre son public, Didier Lockwood. Il n’est guère de domaines où l’héritier de Stéphane Grappelli ne se soit aventuré, dans la musique principalement, mais aussi dans les autres terrains artistiques, le spectacle théâtral (le Jazz et la Java…) et même, à ses heures perdues, la peinture. Pour ses 40 ans de carrière –il était dans le métier dès l’adolescence- le violoniste aimerait bien cette année s’engager sur des territoires encore inconnus. 

Parrain du festival Avoriaz Jazz Up (6-12 avril), Didier Lockwood aura donné un aperçu de cet éclectisme qui le caractérise avec virtuosité et générosité. S’il n’a pas négligé les plaisirs de la glisse sur un domaine skiable de 650 kms, c’est bien sur scène que le virevoltant jazzman s’est éclaté. Pour le concert inaugural, Lockwood nous a replongés dans l’univers du jazz-fusion des années 70 avec une formation taillée sur mesures (Jean-Marie Ecay, guitare, Linley Marthe, guitare basse et Paco Séry, batterie). D’entrée de jeu, la reprise d’un titre donné avec le groupe Uzeb a électrisé le public de la Salle des Festivals, avant une version fort peu académique du standard de Duke Ellington In a Sentimental Mood et uncocktail jazz-classique sur une composition personnelle Bach-Bop marqué par un échange mano a mano entre Didier le ch’ti et Paco l’ivoirien. Exit alors les trois comparses et voici venu le temps du solo sur Globe Trotter, évocation du violon à travers le monde et …occasion d’une descente dans la salle, moment de partage toujours apprécié des spectateurs. Eclectique, électrique, intime (dans une comptine enfantine de son écriture), Lockwood, le showman, fait le spectacle.

Didier-lockwood-avoriaz.JPG

crédit photo Emilie Labourey

Requinqué par l’air des cimes (altitude 1800 à la station), le nordiste de la Côte d’Opale peut poursuivre sa semaine-marathon alpestre: rencontre avec des élèves des conservatoires de la région sur le thème de l’improvisation, « bœuf » avec un jeune groupe dans un des six restaurants proposant des dîners-concerts, et  joute musicale sur scène avec le déjanté enchanteur cornettiste Méderic Collignon (le 11 avril) et, en clôture, le trio du guitariste Stochelo Rosenberg. Un programme bien fourni qui laisse quand même du temps à Didier Lockwood pour écrire des musiques de films et fourbir ses arguments auprès des pouvoirs publics en faveur de l’enseignement musical, l’une de ses passions.

Jean-Louis Lemarchand

Avoriaz Jazz Up jusqu’au 12 avril. www.avoriaz.com

 

 

 

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 22:16

lockwood.JPG

 

Il n’a pas son pareil pour surprendre son public, Didier Lockwood. Il n’est guère de domaines où l’héritier de Stéphane Grappelli ne se soit aventuré, dans la musique principalement, mais aussi dans les autres terrains artistiques, le spectacle théâtral (le Jazz et la Java…) et même, à ses heures perdues, la peinture. Pour ses 40 ans de carrière –il était dans le métier dès l’adolescence- le violoniste aimerait bien cette année s’engager sur des territoires encore inconnus.

Parrain du festival Avoriaz Jazz Up (6-12 avril), Didier Lockwood aura donné un aperçu de cet éclectisme qui le caractérise avec virtuosité et générosité. S’il n’a pas négligé les plaisirs de la glisse sur un domaine skiable de 650 kms, c’est bien sur scène que le virevoltant jazzman s’est éclaté. Pour le concert inaugural, Lockwood nous a replongés dans l’univers du jazz-fusion des années 70 avec une formation taillée sur mesures (Jean-Marie Ecay, guitare, Linley Marthe, guitare basse et Paco Séry, batterie). D’entrée de jeu, la reprise d’un titre donné avec le groupe Uzeb a électrisé le public de la Salle des Festivals, avant une version fort peu académique du standard de Duke Ellington In a Sentimental Mood et uncocktail jazz-classique sur une composition personnelle Bach-Bop marqué par un échangemano a mano entre Didier le ch’ti et Paco l’ivoirien. Exit alors les trois comparses et voici venu le temps du solo sur Globe Trotter, évocation du violon à travers le monde et …occasion d’une descente dans la salle, moment de partage toujours apprécié des spectateurs. Eclectique, électrique, intime (dans une comptine enfantine de son écriture), Lockwood, le showman, fait le spectacle.

Requinqué par l’air des cimes (altitude 1800 à la station), le nordiste de la Côte d’Opale peut poursuivre sa semaine-marathon alpestre: rencontre avec des élèves des conservatoires de la région sur le thème de l’improvisation, « bœuf » avec un jeune groupe dans un des six restaurants proposant des dîners-concerts, et  joute musicale sur scène avec le déjanté enchanteur cornettiste Méderic Collignon (le 11 avril) et, en clôture, le trio du guitariste Stochelo Rosenberg. Un programme bien fourni qui laisse quand même du temps à Didier Lockwood pour écrire des musiques de films et fourbir ses arguments auprès des pouvoirs publics en faveur de l’enseignement musical, l’une de ses passions.

Jean-Louis Lemarchand

Avoriaz Jazz Up jusqu’au 12 avril. www.avoriaz.com

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 23:04

 

bojan.jpg

Cruel dilemme en cette soirée hivernale, entre les concerts de Marianne Faithfull & Bill Frisell et celui de Bojan Z à l’Espace Sorano de Vincennes. Finalement, mon attrait pour le piano Zolo de Bojan Z et pour la confortable salle de Sorano est le plus fort.

D’un délicat « Full Half Moon » en Zintroduction à un Zémouvant « On a Turquoise Cloud » en final, bel arrangement de cette composition de Duke Ellington, Bojan Z nous a tour à tour Zému, Zemporté mais aussi bousculé, côté jazz-rock oblige ! Bojan Z a ainsi essentiellement déroulé les morceaux de son dernier album solo sorti il y a un an, « Soul Shelter ».

Alternant entre le clavier d’un superbe piano Fazzioli et le clavier de son Rhodes « customizé » Bojan Z montre qu’il est aussi à l’aise dans le romantisme que dans l’énergie jazz-rock, mais c’est surtout lorsqu’il met simultanément la main gauche sur le piano et la main droite sur le Rhodes que son plaisir et le notre aussi sont les plus Zintenses ! N’oublions pas la touche balkanique, dûe aux origines de Bojan Z, présente sans excès comme quelques points de couleurs posés de-ci de-là sur la toile de la partition.

La formule du solo rend nos oreilles très attentives à cette expérience et aucun spectateur n’en ressort Zindifférent.

 

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 11:12

Spectacle de Louis Caratini et direction musicale de Patrice Caratini


Elle restera comme « la « mécène iconique du jazz, la baronne Pannonica de Koenigswarter, née Rothschild (1913-1988). Dans sa maison de Weehawken (New Jersey), dominant Manhattan, au milieu de ses chats (122 !), elle accueillait les jazzmen. De 1961 à 1966, Nica, comme on la dénommait familièrement, s’amusa aussi à photographier ses hôtes avec un Polaroïd et à recueillir par écrit leurs trois vœux. Publié de manière posthume par sa petite-fille, l’ouvrage (« Les musiciens de jazz et leurs trois vœux. Pannonica de Koenigswater. Editions Buchet Chastel.2006) contient 300 témoignages, révélant des personnalités fortes, touchantes, drôles.
Louis et Patrice (son père) Caratini ont décidé de faire vivre ce livre unique. Dans un club de jazz, le Birdland, ils sont quatre comédiens à proposer un florilège de ces vœux. Du plus bref –« je veux être blanc » de Miles Davis- au plus élaboré –un grand texte de Lionel Hampton sur le jazz, ses émotions, sa naissance, son évolution- ils nous donnent à saisir la condition, les aspirations des jazzmen qui comptaient dans les années 60. Les comédiens les font littéralement vivre ces vœux, (re)constituant en quelque sorte le monde idéal rêvé des jazzmen.
 

 

Cara007

Nous voici dans ce lieu sobre aux allures d’atelier, de workshop de Greenwich Village, transportés à la grande époque du be-bop, du hard-bop, les acteurs, fidèles aux textes, improvisant dans l’interprétation. A l’unisson du quartet constitué par Patrice Caratini (basse), Alain Jean-Marie (piano), André Villéger (saxophones) et Julie Saury (batterie) déroulant –totalement en acoustique et c’est un plaisir rare- les grands airs de l’époque, à commencer par les titres en hommage à la baronne, Nica’s Dream, de Horace Silver, qui donne son nom au spectacle, ou Pannonica de Thelonious Monk. Le grand’prêtre du be-bop est bien sûr là, non seulement en portrait projeté sur le mur mais aussi par une table de ping-pong (il y était redoutable) qui voit s’affronter Caratini (père) et Saury (fille de Maxime).

Les 90 minutes-le temps d’un match de foot- passent vite au rythme des mots lancés par quatre comédiens (talents en devenir) bien inspirés et souvent déjantés et des phrases musicales balancées par quatre musiciens confirmés habités par la flamme de l’improvisation. Un spectacle franc et frais qui valorise l’ouvrage de Pannonica de Koenigswarter et invite à se plonger dans sa lecture et, ce qui n’est pas le moindre de ses bienfaits, à réécouter la vingtaine de compositions dédiées à cette drôle de baronne.

 

Jean-Louis Lemarchand

 

 

Nica's dream Caratini AFFICHE40x60

Nica’s Dream. Adaptation et mise en scène Louis Caratini. Direction musicale Patrice Caratini. Les musiciens : Patrice Caratini, contrebasse,Alain Jean-Marie, piano,Julie Saury, batterie,André Villéger, saxophones (ténor et soprano). Les comédiens : Benoît Felix-Lombard,Pierre-Antoine Chevalier,Olivier Dote Doevi, Renaud Boutin

Les 10 et 12 janvier (19 h), dimanche 13 janvier (15 h), Théâtre de l’Opprimé. 78/80, rue du Charolais - 75012 PARIS. Réservations 0143404444. Et aussi 26 février à Fontenay Sous Bois, Salle Jacques Brel et 28 mars à Alfortville, Pôle Culturel.

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 18:43


Jon-Hendricks-singing-at-the-Duc-des-Lombards-120212.jpg« It’s from hard work that you find the joy because then, you leave a part of you inside ».

Ce sont ces mots que Jon Hendricks m’a adressés à 1h30 du matin sur le perron du Duc des Lombards, vêtu d’un magnifique manteau gris à fins carreaux, avant d’être happé par son taxi !
Silence dans mon cœur…

Jon Hendricks est un arbre…
Cet arbre donne naissance à des branches qui donnent elles-mêmes d’autres branches...jusqu’à l’infini.
Tel est l’image que l’on peut lui donner.
Car Jon Hendricks est un « père créateur» à de multiples égards.

 

Photo - Yael Angel

 

Il est tout d’abord l’initiateur du Vocalese, un style de chant qui utilise la voix comme un « instrument parlé » lui  permettant de chanter avec des paroles des mélodies et des improvisations à l’origine purement instrumentales. C’est avec le trio Lambert, Hendricks & Ross qu’il portera ce style à travers le monde et à son sommet. Il a ainsi inspiré toute une génération de vocalistes (dont Kurt Elling, Mark Murphy, les Manhattan Transfer, les New York Voices, Bobby Mc Ferrin, Al Jarreau et bien sur d’innombrables autres chanteurs qui marchent sur ses traces, dont l’auteure de cette chronique).

Il est encore un parolier prolixe grâce auquel nombre de mélodies sont entrées dans le répertoire du jazz vocal. Qui se douterait que des morceaux tels que (et entre autres) « I remember Clifford » de Benny Golson, « I mean You », « In Walked Bud » et « Reflections » de Thelonious Monk, « Four »  de Miles Davis ou « Moanin’ » de Bobby Timmons lui doivent de pouvoir être chantés ?

Il est enfin le piler d’une grande famille à laquelle il a transmis l’amour de la scène et du chant et nous en avons eu la preuve éclatante lors de ce concert du 2 décembre 2012.

C’est en effet entouré de ses deux filles chanteuses Michele et Aria, mais également de deux de ses petits-enfants d’environ 6 et 10 ans que « la grande famille Hendricks » est montée sur la scène du Duc, accompagnée par Bruno Rousselet à la contrebasse, Philippe Soirat à la batterie, Olivier Temime au saxophone Ténor et Arnaud Mattei au Piano. Chacun avait sa place, et l’on sentait bien que chacun jouissait d’une entière liberté d’expression à ses côtés.

 

 

[vidéo Yael Angel]

 

 

 

Ce géant du jazz vocal a aujourd’hui 91 ans. Il n’a toutefois rien perdu de sa superbe. Elégant à souhait mais naturel comme il l’a toujours été, jovial, fraternel avec chacun, il dégageait une douceur et une bonté qui à elles seules remplissaient les cœurs, avant même qu’il ait chanté.

Avec Michele et Aria, Jon Hendricks a égrené plusieurs de ses arrangements et lyrics : notamment « Come on Home » et « Doodlin’ » d’Horace Silver, « One O’Clock Jump » de Count Basie, « Four » de Miles Davis, et « Everybody’s Boppin’» de sa plume.

Michele Hendricks a particulièrement brillé de son talent. Musicienne accomplie, elle a même chanté avec humour une improvisation où ses cordes vocales se sont métamorphosées en cordes de contrebasse jusqu’au petit « ping » aigü et sonore du bas des cordes.

Et en cela, elle honorait certainement la transmission de son père qui lui, opta pour un instrument à vent plus proche de la voix. Sur « Every Time They Play This Song » une grande surprise nous attendait : Jon Hendricks s’est dirigé vers Philippe Soirat, s’est saisi d’une de ses baguettes et, la plaçant comme une flûte traversière sous ses lèvres et en en mimant le jeu avec ses doigts, se mit à siffler un chorus….Grâce ultime de ce souffle qu’il maîtrise toujours et qui montre combien grande est sa connaissance de la voix et de la musique pour parvenir à réaliser cet exercice à l’âge qu’il a.

 

 

 

[vidéo Yael Angel]

 

Cet homme qui a tant donné au jazz chantait comme s’il avait 20 ans, toujours avec un sourire angélique aux lèvres, toujours avec une énergie incroyable, toujours avec une passion qui l’aurait fait rester sur scène la nuit entière si ce n’était la vigilance bienveillante de son épouse après l’heure de minuit…

Un concert euphorisant, où l’on « apprend », non seulement à un niveau musical mais aussi et surtout à un niveau humain. Inoubliable.


Yaël Angel

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 14:22

 

Billie Holiday, spectacle de Viktor Lazlo

 

bholidaie jll


Dire que Viktor Lazlo est fan de Billie Holiday, c’est un euphémisme. La chanteuse lui consacre simultanément un récit romancé d’une grande subtilité et un spectacle musical d’une sobriété forte. Sur scène, Viktor Lazlo campe une Billie Holiday avec véracité sans céder à la caricature de la femme torturée ou à la facilité du pathos. Proposant un récit de sa vie par petites touches, elle offre surtout un récital de vingt titres parmi les plus notables de « Lady Day », de Love For Sale  à  My Man  où elle dévoile une belle sensibilité.
Chanteuse qui a emprunté son nom d’artiste au héros résistant de Casablanca, Viktor Lazlo fait passer un vent d’émotion dans l’emblématique Strange Fruit, chanson engagée s’il en est contre le racisme anti-noir. Présente en permanence par ses chansons, Billie Holiday s’invite un moment pour un duo virtuel avec Viktor Lazlo sur Georgia On My Mind, exercice osé mais apprécié par le public ce mardi soir. Un quartette – Michel Bisceglia, piano et direction musicale, Werner Lauscer, basse, Marc Lehan, batterie, Nicolas Kummert, saxophone ténor- assure un accompagnement aussi efficace que discret. Mis en scène par Eric-Emmanuel Schmitt, ce spectacle musical permet, en une petite heure, de brosser un portrait fidèle -femme blessée et positive- de Billie Holiday. Et-ce qui n’est pas le moindre- de rappeler à qui l’aurait oublié les qualités de chanteuse et d’actrice de Viktor Lazlo qui se met avec générosité au service d’une chanteuse de légende.
Jean-Louis Lemarchand

 

 

 

bholidaie_jll2.jpgThéâtre Rive Gauche, rue de la Gaîté. 75014.

locations : 0143353231.

Jusqu’au 17 janvier 2013 du mardi au dimanche à 19 h.
A lire « My Name is Billie Holiday ». Viktor Lazlo. Editions Albin Michel. (octobre 2012).

 

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 11:41

RaviColtrane 5051RAVI COLTRANE QUARTET
15 NOVEMBRE 2012
Salle Grappelli à Nice


Le 15 novembre 2012 la salle Grappelli à Nice recevait le saxophoniste Ravi Coltrane (dont le dernier album « Spirit Fiction » a été le sujet d’un article de Mr Jean-Marc Gélin dans les DNJ) .

Il était accompagné par David Virelles au piano, Dezron Douglas à la contrebasse et Johnathan Blake à la batterie.

Il est difficile d’écrire sur un concert que l’on a peu aimé. Pourquoi écrire alors ? Ne doit-on communiquer aux lecteurs que des émotions positives ? Je dois dire que je n’aurais fait aucun commentaire si ce concert n’avait été pour moi plus qu’un sujet musical, s’il n’avait pas tenu en lui une dimension psychologique fort intéressante à mes yeux. Et cette dimension affecte non seulement le jeu de Ravi Coltrane lui-même mais aussi son public.

On ne peut en effet appréhender la musique de Ravi Coltrane sans prendre en considération ce qui a été à la fois l’accélérateur de sa carrière et certainement l’inhibiteur de sa personnalité de musicien : son illustre père !

Comment venir à un concert de Ravi sans penser à John ? Je défie quiconque qui était dans la salle hier soir de n’avoir eu à l’esprit la musique de John Coltrane et de ne l’avoir comparée à celle de son fils au moins inconsciemment ! Quelle barrière infranchissable que cette comparaison !

Car, par ailleurs, comment tenir un saxophone entre ses mains lorsqu’on est le fils de celui qui en a été un maître quasiment adulé au rang du divin ?

Et bien l’on fait certainement comme Ravi le fit lors de ce concert : être irréprochable sur ce que l’on peut acquérir par le travail, c’est à dire la technique. Et cela compense ce qu’il est plus compliqué d’atteindre : le style, le son, la beauté….

 

RaviColtrane 5042

 

Car technique voire virtuose ce concert l’était ! et ceux qui venaient là pour le frisson des tempi défrisants étaient servis !

C’est ainsi que le quartet a fait défiler le « Skippy » de Thelonious Monk à la rapidité de l’éclair  au point qu’il en est presque devenu « Slippy ».

Figuraient également au répertoire quelques morceaux de l’album, « Clues », une composition de Johnathan Blake, sœur de « Evidence » de Thelonious Monk dont d’ailleurs citation fut faite par David Virelles et « Emotion » , un morceau de Dezron Douglas.

Vous avez dit émotion ? …

Ravi Coltrane, qui a donné son exclusivité au tenor, avait un son assez dur. Ce n’est pas pour me déplaire… Mais ses interprétations et ses improvisations avaient la même qualité, ce qui pour moi est plus gênant. C’est ainsi que j’ai attendu l’instant de beauté au fil des flux ininterrompus de notes - quasi logorrhées - des incisions viriles rompues à la vitesse et la puissance. J’ai attendu….

Le jeu souple et inventif de David Virelles, jeune pianiste prometteur, auquel d’ailleurs les musiciens ont laissé un large espace d’expression (surtout après que le technicien du son lui ait ajouté un bon brin de gain pour l’extirper de la décidément bien massive batterie de Johnathan Blake)  était mon seul salut…..Avec également les improvisations de Dezron Douglas, dont le visage arborait en permanence un sourire émerveillé et qui fut largement apprécié pour sa façon délicate et pointue de jouer, rejouer encore et encore, comme le ferait une dentellière sur son ouvrage, un même motif en le découpant chaque fois différemment.

Le « son de groupe » manquait. Il faut dire que Johnathan Blake et Dezron Douglas n’étaient pas prévus puisque le programme annonçait Kariem Riggins et Robert Hurst. Il arrive cependant dans le jazz que des musiciens remplaçants s’intègrent comme par magie et sans que l’on puisse l’entendre à un ensemble déjà formé. Je n’ai pas trouvé que cette magie mystérieuse avait opéré lors de ce concert.

 

RaviColtrane 5035

 

Au-delà de l’ascendance paternelle et de l’héritage culturel auxquels Ravi Coltrane comme son public ne peuvent échapper demeurent des points d’achoppement qui, peut-être, demanderaient un travail de libération d’avantage mental que technique. Je m’aventure à écrire que ce qui explique la « froideur » (selon mon ressenti tout personnel) de ce concert tient plus d’une peur de rivaliser avec son père que d’une incapacité à l’expression émotionnelle. Tout artiste quel qu’il soit a ses influences et sait bien à quel point il est ardu de s’en détacher. Mais lorsque cette influence se double d’une lignée biologique, d’une imprégnation culturelle depuis l’enfance et de l’interdit inconscient de rivaliser avec le « Père », cela revient à « couper le cordon musical », et cela, c’est peut-être le plus difficile travail qui soit.


Yaël Angel


 

 

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 20:35

Visuel D'Jazz Nevers Festival 2012Festival de création, D’Jazz Nevers dérange toujours. De Vincent Peirani à Dan Tepfer, immersion 24 heures à l’occasion de cette 26ème édition.

« Vivifiant ». Tel est le qualificatif choisi par son directeur-fondateur Roger Fontanel pour définir D’Jazz Nevers Festival. Aux environs du 11 novembre, c’est un rendez-vous prisé des amateurs et pas seulement des Nivernais (un spectateur sur quatre vient des départements limitrophes et d’ailleurs). Une semaine de concerts (10-17 novembre) de midi à minuit sous le signe de la création, miroir du jazz contemporain, sans tentation passéiste. Visite sur place- à deux heures en train de Paris- les 15 et 16 novembre.

 

 

 

 

12h. Vincent Peirani solo. A un jet de pierre du lieu de tournage d’Hiroshima mon amour (1959), une petite salle voûtée (Pac des Ouches) prise d’assaut. L’entrée est libre et on délaisse le Beaujolais nouveau, au goût de pêche, pour une dégustation plus rare, un solo d’accordéon. Accompagnateur de Youn Sun Nah pour le concert d’ouverture, Vincent Peirani, prix d’accordéon classique du conservatoire de Paris (1996), connaît son instrument sur le bout des doigts.

 

peiraniVincent Peirani © Jean-louis Lemarchand

 

Dix minutes d’improvisation pure en introduction tout en ralenti. Il prend son temps et nous emmène pour un tour du monde (I Mean You de Monk, Smile de Chaplin, un titre du brésilien Egberto Gismonti) qui se boucle avec une valse mais très peu musette. Nos spectateurs en sortent convaincus : l’accordéon, dans de telles mains juvéniles, peut tout faire.   

 

fontanelRoger Fontanel © Jean-louis Lemarchand

 

15 h. Entretien avec Roger Fontanel. Le directeur, et fondateur du festival, ne se laisse pas gagner par la morosité ambiante du milieu culturel. Les partenaires de D’Jazz Nevers –Agglomération de Nevers, Drac Bourgogne et Conseil général de la Nièvre-ont la veille renouvelé leur convention pluriannuelle d’objectifs pour 2012-2014. Et même avec une « légère » revalorisation des moyens. Ce soutien apporté depuis 1995 assure la pérennité du festival et aussi des actions locales menées tout au long de l’année sur l’ensemble du département. Sur un budget global de 650.000 euros/an, provenant à 65-70 % des financements publics, un tiers est en effet alloué à cette action territoriale se traduisant entre autres par une vingtaine de concerts dans une dizaine de communes. Pour l’instant, Roger Fontanel se félicite de la bonne fréquentation du festival-environ 6000 spectateurs, comme en 2011-déjouant ses craintes initiales. S’il reste fidèle à une politique de prix abordables (de 8 à 25 euros pour les soirées avec deux formations, concerts gratuits à midi….), il ouvre la programmation à d’autres formes (photo, théâtre, danse, poésie). « Je ne veux pas être autocentré » confie ce défenseur des jazzmen qui « cherchent, inventent, dérangent ». Intransigeant chef d’orchestre de ce festival « de création », il reste maître à bord : » « en 26 ans, il n’y a jamais eu aucune intervention sur la partie artistique ».

 

Ping Machine 2 © Christophe AlaryPing Machine © Christophe Alary


18h30. Ping machine. Ils sont à l’étroit, ces treize là sur la scène de l’auditorium Jean Jaurès. Là aussi, les places sont rares (une petite centaine) et les spectateurs curieux. Baptisé du nom d’une scène-culte d’un film des Monty Python, Ping Machine fait partie de ces grandes formations qui cultivent la différence. Musique très écrite, échappée vers Zappa ou Ligeti, un monde à découvrir, déconcertant à l’image de cette composition évoquant, selon son leader, Fred Maurin (guitariste), « un univers apocalyptique post-industriel ». Big band sans piano mais pas sans imagination, Ping machine étonne et détonne.

 

campagnieLa grande campahnie des musiques à ouir © Jean-louis Lemarchand

 

20h30. La grande campagnie des musiques à ouïr. Là aussi sur la scène de la Maison de la culture, le piano joue les absents. Et pourtant, le programme annonce une relecture d’Ellington et de Monk. Explication du patron de La grande campagnie des musiques à ouïr, le batteur Denis Charolles : « Ce serait difficile pour le pianiste car il chercherait par exemple à ne pas faire comme Monk et Ellington ». Nous sommes prévenus. Le temps n’est pas à l’hommage. Par moments, on retrouve une phrase des deux géants compositeurs mais priorité à la parodie. Dans ce maelström, mention spéciale au tromboniste Gueorgui Kornazov et à l’accordéoniste Didier Ithursarry.

 

Vijay Iyer Trio © Jimmy KatzVijay Iyer trio © Jimmy Katz

 

22h30. Vijay Iyer. Le piano est de retour ! Et de quelle façon sur cette même scène. Vijay Iyer. Une allure de consultant –n’est-il pas diplômé en mathématiques et physique- mais qu’on ne s’y trompe pas. Le pianiste new-yorkais d’origine indienne n’a (plus)rien du monstre froid. Avec ses comparses,Stephan Crump (basse) et Marcus Gilmore (batterie), c’est Noël avant l’heure. Guirlandes et Champagne. A eux trois ils illustrent le propos utilisé dans le registre politique par Edgar Faure, l’indépendance dans l’interdépendance. Sur un répertoire où compositions de Vijay Iyer côtoient des airs d’Henry Threadgill, Herbie Nichols ou encore Billy Strayhorn, le trio atteint les sommets. Confidence d’un musicien-spectateur : ce groupe a 20 ans d’avance !

 

Dan Tepfer 5 © Vincent SoyezDan Tepfer © Vincent Soyez

 

12 h. Dan Tepfer. Il croque une pomme pour se revitaminer. La veille au soir, il jouait à Barcelone. Roger Fontanel l’annonce en soulignant (en souriant) l’inconscience de Dan Tepfer : s’attaquer aux Variations Goldberg de Bach. Question de temps, le pianiste n’en donnera que la moitié (15).Mais il ne les joue pas à moitié. D’aucuns évoqueront Glenn Gould. Dan a sa propre vision. Tout le rythme du compositeur allemand est mis en valeur. « Je ne suis pas le premier à dire que Bach était le premier jazzman » confie Dan Tepfer. L’accompagnateur délicat-notamment de Lee Konitz-sait aussi se montrer soliste généreux.


Jean-Louis Lemarchand

 

ping1

Ping Machine © Jean-louis Lemarchand   

 

iyer3  Vijay Iyer trio © Jean-louis Lemarchand

 

La Grande Campagnie - DUKE & THELONIOUS © Jacky CellierLa grande campagnie - DUKE & THELONIOU- Duke & Thelonious © Jacky Cellier

 

 

 

 

 


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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 17:25

diane-reeves.jpeg
Dianne Reeves rentre sur scène timidement en tirant sur son t-shirt pailleté comme les jeunes débutantes. Elle ferme les yeux et en quelques notes se transforme en "feel good lady". Quelques notes à la puissance incroyable, dans les bas-fonds comme au firmament. Elle est  tantôt charmeuse, tantôt contrebasse. Elle se joue des harmonies et du phrasé ; elle est une femme incroyablement libre, incroyablement intense.  Sa musicalité et sa technique vocale phénoménales ("même sans micro elle chante fort") ne suffiraient pas à décrire son immense talent. Elle se jette de tout son être dans la bagarre et c'est la vie qui jaillit sur scène, une radicale authenticité. Prêcheuse, non. Chanteuse, non. Seulement présente de manière authentique et généreuse dans l'ici et le maintenant. Elle se déchausse, se défait de ses bijoux et se donne. Dans chaque note, dans chaque harmonie, dans chaque rythme, dans chaque improvisation. Avec une joyeuse audace, elle déconstruit, triture, approche, se réapproprie, réinvente, fait sien, chaque thème, chaque genre (rock, reggae, jazz, pop)...pour mieux nous l'offrir. Relaxez-vous dit-elle en début de concert, nous allons passer ensemble un moment de bonheur. Et c'est ce qui se produit. Elle nous transmet sa joie et son énergie, son feeling bestial. Stormy weather (ô combien de circonstance!) est lumineux. Misty est un feu d’artifices. Our love is here is to stay en duo avec le guitariste-orfèvre, Romero Lubambo, est inoubliable.  Jusque dans sa présentation improvisée de ses musiciens, elle fait preuve d’une jubilatoire générosité. Mazette, quel concert !
 
A suivre salle Pleyel Wayne Shorter le 3 novembre et surtout Brad Mehldau le 21 novembre, d’autres régalades en perspective…La salle Pleyel nous gâte !
Régine Coqueran


 
 

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 20:46

 

 

23ieme édition des  Zappanales, festival aux couleurs internationales dédié à Frank Zappa (FZ dans le texte) et aux musiques qui en héritent.

 

Zappanales Moustache

Le sigle du festival : les moustaches du maitre - Photo JG

 

 

 

Le festival a eu lieu du 01 au 05 août à Bad Doberan (au Nord-Est de l'Allemagne, à quinze kilomètres de Rostock), petite bourgade délicieuse à vivre qui se déclare comme la "Zappa-town". Le festival a lieu sur l'hippodrome de la ville, l'un des plus anciens d'Allemagne, et accueille deux scènes: la scène principale fait face à un public d'environ 3000 personnes et la "Mystery stage" qui donne place à des groupes particulièrement ... méconnus.
Cette année, le festival se déroule sur cinq nuits, au lieu de trois habituellement, avec une dernière nuit spéciale "Heavy Guitar" avec Alice Cooper(1) comme invité principal de la fameuse nuit.
La programmation du festival est plutôt éclectique pour tant soit peu qu'elle suivre une orientation zappaienne appuyée. Pour preuve: le quartet à cordes de musique contemporaine Yellow String Quartet a débuté le festival.

 

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Ainsi, chaque année, d'anciens membres charismatiques des groupes de FZ, allant des Mothers of Invention à The Best Band You Never Heard:  Napoleon Murphy Brock, Ike Willis, Robert Martin, Ray White, Chad Wackerman, Steve Vai, Terry Bozzio ou le fils Dweezil Zappa sont apparus plus ou moins régulièrement avec un groupe parfois monté pour l'occasion. En 2012,  Jean-Luc Ponty & George Duke "Brothers of Invention", Scott Thunes font la principale attraction des anciens l'histoire zappaienne. En parallèle, de nombreux groupes, qui se revendiquent de l'influence directe de FZ, se délectent sur scène pour leur heure de gloire: Bogus Bomp, Humble Grumble pour ne citer qu'eux en 2012. On signale aussi deux grands moments de l'édition 2011 avec le norvégien Jono El Grande et l'américain Chris Opperman qui avaient fait briller la scène de leur musique vraiment personnelle et originale.

 

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Arf Society est l'organisateur de cet hommage annuel au maitre FZ- Photo JG

 

Chaque édition suit un fil blanc artistique: l'année précédente, le rock progressif anglais était à l'honneur avec des groupes comme Colosseum et U.K. d'Eddie Jobson. Cette année, c'est le tour du Heavy Metal, un peu malgré nous reconnaissons-le. Motorpsycho, Dewolff ou Triggerfinger, dont l'esthétique s'étend au delà du style, occupent la scène bruyamment et largement, en plus de la nuit "Heavy Guitar"!

 

Zappanales-Main-stage.jpgScène principale à la veille du festival - Photo JG

 

Pour "compenser", le festival met à l'honneur des groupes "freaks" et autres bizarreries musicales pour un hommage à Captain Beefheart, compagnon très déjanté de Zappa sur plusieurs projets, décédé fin 2010. C'est alors le moyen de nous faire découvrir  Fast'n'bulbous, Dr Dark et son chanteur à la voix passée au rouleau à pâtisserie, et quatre cartes blanches à Gary Lucas (2), guitariste et proche collaborateur de Beefheart, qui eut, par le passé, l'occasion de participer à des projets de Billy Bang, Steve Swallow, Dave Liebman pour ne citer qu'eux.
Mais les Zappanales 2012, c'est aussi Magma, qui débute son concert sous un déluge de pluie et de vents et le termine sous un autre déluge… celui des applaudissements et des acclamations accompagnés des regard stupéfaits et ravis de Robert Martin et Scott Thunes (3). En 2011, le groupe français Raoul Petite et son rock poufiasse n'étaient pas parvenus à convaincre le public allemand.

 

Zappanales-Sandro-Oliva.jpgSandro Oliva - Photo JG

 

Cette année, l'intérêt du festival s'est concentré sur la scène "Mystery stage". Le principe y est simple: des groupes inconnus montent sur scène (entre deux bières, bien sûr) et se succèdent comme autant de découvertes pour un public souvent nombreux. On a aimé le groupe de l'italien Sandro Oliva, dont le dernier concert avait eu lieu il y a … trente ans, ou le groupe d'ados allemands Aufrichtiges Zappa! qui a joué une sélection de tubes de Zappa pour un final enlevé. On a beaucoup aimé Gary Lucas et ses expérimentations guitaristiques en solo ainsi que l'univers tendu et morose de Gargantua, groupe polonais. On a adoré le duo suédois MagNIFZnt qui a la bonne idée d'interpréter à la guitare acoustique un pot-pourri des chansons de FZ allant de "Bobby Brown" à "Catholic Girls". Le résultat est bluffant: l'essence même des chansons éclate à la lumière et leur interprétation met en évidence le génie du compositeur FZ. A la fin du concert, la pluie éclate, le public monte sur scène pour entonner les derniers morceaux du répertoire du duo dont on espère vitement un cd.
Enfin, on a exulté avec l'improbable trio: Acid Cobra & Art-Errorist & Zappi dont la musique est improvisée, bruitiste sans ambages, spontanée, libre, anarchiste à l'envi, déconnante à souhait mais surtout sincère et créative. En fait, ce trio se compose de trois membres du groupe français Faust (Jean-Hervé Peron est à la basse et semble mener l'inspiration créatrice du trio ce jour là) qui s'expérimentent sur scène en alliant subversion et ironie.

 

MagNIFZnt le 04 août 2012 aux Zappanales

 

Pour les fans de Zappa, les Zappanales EST l'Evénement à ne pas rater. L'édition 2012 reste un peu en dessous de nos attentes malgré les efforts de l'organisation pour garder le cap et contrer les difficultés que l'on peut imaginer pour réunir chaque année des huluberlus sympathiques mais fêtards (très fêtards) qui arborent fièrement t-shirt décalés et accessoires parfois outrageants dans une bourgarde au standing à l'opposé de celui de ses visiteurs.
2013 sera l'anniversaire des 20 ans de la mort de FZ. Parions que cette édition sera "ein wenig spezielle"!
Et comme nous dirait Frank: Music is the best!

JG

(PS: I love you FZ)

 

 


(1) le premier sponsor d'Alice Cooper était Frank Zappa qui a produit ses deux premiers albums. Alice Cooper lui a rendu un bel hommage en arborant sur scène une moustache et une barbichette à la Zappa lors de son concert.
(2) don't on recommande l'écoute de "The Edge of Heaven", reprises de chansons populaires chinoises
(3) membres du groupe de la dernière tournée Broadway The Hard Way en 1988

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