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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 21:18

 

 Kenny-Barron-Trio-a-Ramatuelle-Poulpy.jpg

 

Le Festival Jazz à Ramatuelle - qui, grâce à son directeur artistique, met à l’honneur le Jazz et rien que le Jazz - avait rendez-vous le 19 août 2012 avec un pianiste de légende : Kenny Barron. Ce dernier, détenteur de neuf Grammy Awards, fait partie des grands pianistes « post be-bop » actuels.

Pour sa deuxième apparition depuis 2004 sur le plateau du Théâtre de Verdure[1], le pianiste s’est entouré de deux virtuoses : Kiyoshi Kitagawa à la contrebasse et Jonathan Blake à la batterie. Rien que du bon !

Ces deux sidemen sont en effet de remarquables musiciens. A plusieurs reprises, leurs improvisations ont fait naître un flot d’applaudissements et pour cause. Kiyoshi Kitagawa, très emprunt de Buster Williams[2], affectionne les accords de contrebasse et les lentes constructions s’éloignant progressivement et magistralement du thème principal. Jonathan Blake n’a pas été en reste. Sa puissante frappe, comme rarement se conjugue avec la vélocité du jeu, lui permettant de créer un son quasiment continu pendant plusieurs minutes.

C’est donc avec demi-raison que Kenny Barron a laissé à ces deux compagnons un large espace d’expression personnelle…….demi-raison car leur présence n’a pas forcément mis le pianiste en valeur. Kenny Barron n’a pas émergé  franchement de sa section rythmique. Au contraire, celle-ci a semblé le couvrir, presque l’étouffer. Question de réglage sonore ? Question d’emplacement de l’auditeur au sein du théâtre ? Dans le doute, nous ne conclurons pas que Kenny Barron n’a pas pris le lead de son trio. Dans le doute, nous n’affirmerons pas que Jonathan Blake ou Kiyoshi Kitagawa ont manqué d’écoute. Nous laisserons la question en suspens même si, au lendemain du concert, l’impression qui la sous-tend émerge, elle par contre, très clairement.

Tout au long de sa prestation, Kenny Barron a égrené un répertoire éclectique ; un mélange de compositions et de standards. Parmi ces derniers : « Bebop » de Dizzy Gillespie (dans l’orchestre duquel il se fit connaître du grand public), le bel « Isfahan » de Billy Strayhorn, « I Hear Rhapsody » et même le sempiternel « My Funny Valentine » qui, bien que parfaitement interprété, n’en est pas moins ressorti comme une étrange incise placée au cœur du concert.

Fort heureusement, Kenny Barron a donné une place importante à ses compositions[3] avec le magnifique morceau « Bud-Like » (écrit à la mémoire de Bud Powell, l’un de ses pianistes préférés), « Cook’s Bay » et « Song For Abdullah » (en l’honneur d’Abdullah Ibrahim qui officiait sur la même scène la veille). Il a interprété ce morceau sans accompagnement. Et c’est enfin esseulé de sa rythmique qu’il a offert au public toute la subtilité que son jeu recèle, n’ayant pour unique féale qu’une cigale lançant une lancinante note, hors de l’harmonie.

Lorsque le concert s’est terminé, le public était debout : standing ovation !

Prochain concert de Kenny Barron : en duo avec le contrebassiste Dave Holland le 8 septembre prochain au Festival Jazz à la Villette, Cité de la Musique à Paris.

 

Pour plus de renseignements sur le Festival : www.jazzaramatuelle.com

 

Yaël Angel



[1] Lequel porte bien ce nom tant il est placé dans un écrin de garrigue et d’arbres centenaires

 

[2] Lequel a d’ailleurs enregistré avec Kenny Barron au sein du groupe Sphere

[3] Nous soulignerons que, bien que Kenny Barron soit principalement connu comme instrumentiste, il est l’auteur de nombreux morceaux qui, de part leur beauté, l’illustrent à notre sens d’avantage comme compositeur que comme « pianiste soliste au style nettement personnel ». Dans cette lignée créatrice, on retrouve des titres admirables comme, parmi bien d’autres : « Scratch », « Clouds », « New York Attitude », « Minor Blues », « Wildlife », « What if », « Nikara’s song » ou « Spiral ».

 

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 13:34

 
 
Révélation de l’édition 2011 du Nice Jazz Festival, Troy Andrews plus connu sous son nom de scène Trombone Shorty (photo) a fait l’unanimité parmi les spectateurs, toutes générations confondues, le 10 juillet au Théâtre de verdure de la cité natale de Garibaldi. Et d’ailleurs le jazzman de la Nouvelle-Orléans est bien apparu lui aussi comme un combattant, brandissant haut alternativement le trombone, son instrument de prédilection, et la trompette dont il tire des sons dans l’aïgu extrême.

 

Trombone-Shorty---PhotoCredit-Kirk-Edwards-2.jpg

Photo Crédit: Kirk Edwards

Précédé sur scène par l’une des icones de la Nouvelle-Orléans, Dr John, pianiste-chanteur-compositeur, le prometteur Trombone Shorty n’a pas manqué de rendre hommage au berceau du jazz en reprenant « On The Sunny Side of The Street », un des titres-fétiche de Louis Armstrong. Mais le polyinstrumentiste et chanteur (« For True ». Universal) lui a donné des accents rock, illustrant bien l’évolution de son registre, quitte à surprendre ses fans de la première heure.

 

Trombone-shorty-ForTrueCover.JPG

 

Accompagné de jeunes interprètes, dont la moyenne d’âge atteint à peine la trentaine, Trombone Shorty, tout de noir vêtu (avec un Marcel dévoilant un tatouage à l’épaule) joue à l’énergie, s’appuyant sur deux saxophones, deux guitaristes et un batteur survitaminé.  Le courant passe avec le public et le show n’est pas sans rappeler les belles heures de « bêtes de scène » comme James Brown.
L’autre grand vainqueur de cette troisième soirée du Nice Jazz Festival (8-12 juillet.) aura été le trombone. Un cuivre qui est à tous égards sorti de la coulisse pour occuper le devant de la scène du Théâtre de verdure lors des trois concerts qui se sont succédé de 19h30 à minuit. Avant la démonstration de Trombone Shorty, les spectateurs avaient pu apprécier sa sonorité au sein des groupes de Long John et du Jimy Brown Experience, formation niçoise dédiée au funk.
Assurément, l’ancêtre des festivals de jazz estival (1948), repris en régie municipale par la ville de Nice en 2011, et revenu sur son site historique du bord de mer, avait pris ce 10 juillet autour de minuit une réelle cure de jouvence.
Jean-Louis Lemarchand

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 11:14

 

 

Le prix international d’orchestres de jazz de Montauban, trophée Matmut, a été attribué au trio du pianiste Rémi Toulon. Sur le podium, Just Friends et Mo’Drums.

Ils étaient 139 orchestres de 15 nationalités à participer cette année au Prix international d’orchestres de jazz de Montauban, Trophée Matmut et le vainqueur est… Rémi Toulon trio (photo. De gauche à droite, Jean-Luc Arramy (chapeau) basse, Rémi Toulon, piano, Vincent Frade, batterie).

Le jury réuni le 9 juillet lors du 31ème Festival Jazz à Montauban a voulu rendre hommage, a précisé son président François Lacharme, président de l’Académie du Jazz, à un groupe mariant le goût de l’aventure, la respiration dans l’expression et le sens des nuances.

remitoulontrio-.jpg(photo : Jean-Louis Lemarchand)

Les accessits sont allés à Just Friends, quintet avec trompette et guitare, modèle du style néo-classique, et Mo’Drums, un trio aux accents contemporains manifestant une belle fougue.

A l’issue de la finale qui s’est jouée sur deux morceaux, un titre laissé au choix de chaque groupe et la célèbre composition de Benny Golson, Whisper Not, le PDG du groupe Matmut, Daniel Havis a remis leurs prix aux lauréats, des dotations respectivement de 8.000 euros, 5.000 euros et 2.000 euros. Les trois groupes finalistes, a précisé le président du Synergie Club, organisateur du festival, Jean-Charles Bordaries, seront également programmés lors du prochain festival Jazz à Montauban.

Jean-Louis Lemarchand

 

    

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 22:21

 vignette-Paris-Jazz-festival-2012_lightbox.jpg

C'était une bien belle façon pour ouvrir le Paris Jazz Festival que de proposer le nouveau quartet de Daniel Humair.


Le batteur suisse on le sait, aime s'adjoindre les services de nouveaux talents et ceux qui étaient à Marciac il y a trois ans ont encore en tête le formidable concert de Baby Boom dans lequel on entendait Christophe Monniot ou Matthieu Donarier.

 

Pour le projet prèsenté aujourd'hui le batteur s'etait entourè d'Emile Parisien au soprano (et même au tènor !), Vincent Peirani à l'accordéon et Jerôme Regard à la contrebasse.

Et, disons le tout de suite, ce projet qui fera l'objet d'un disque qui sortira en septembre sur le label Laborie, risque bien, après ce que l'on a entendu d'être le buzz de la rentrèe.

Un quartet en osmose totale pour une musique juste superbe.

photos-2011-2012 0718Emile Parisien, gènie du soprano semblait aujourd'hui faire corps avec son instrument, dans un exercice de dompteur, un corps à corps avec le soprano dont il sort victorieux et héroique. Daniel Humair, lui, c'est le coloriste. Le batteur qui exposait derriere lui une de ses toiles, est ici comme un peintre. On croirait le voir mixer les couleurs, triturer la pâte, choisir ses pinceaux, tenter des contrastes et des chocs lumineux. 

photos-2011-2012 0719

A l'accordéon, Vincent Peirani s'impose comme le futur très grand de l'nstrument, prompt à en faire exploser les codes, à s'affranchir de toutes contraintes.

 

 

 


Et Jérôme Regard, que l'on trouve bien trop rare sous nos contrèes, est ici, sous l'oeil du batteur, gardien du temple, dessinant les contours de la feuille.

Sous un ciel menacant, on entendait gronder le tonnerre au loin, comme une magnifique réponse à cette musique à la force tellurique irrésistible.

 

 

Ce quartet pouvait se jouer des éléments.

Le public était debout pour une véritable ovation. Le Paris Jazz Festival ne pouvait pas mieux commencer.

 

photos-2011-2012 0720

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 23:09

Sunset, paris - 29 mai 2012

Jean-Sébastien Simonoviez (p, voc), Clara Simonoviez (voc), Jean-Paul Adam (as), François-Régis Gallix (cb), Géraud Portal (dr)

Il est rare de croiser le pianiste de Carcassonne dans les clubs parisiens. Il ne fallait pas le louper non plus au Sunset ce 29 mai dernier à Paris. Avec son groupe Transition Cosmic Power, Jean-Sébastien Simonoviez  présente cet album au titre éponyme, paru il y a bientôt trois ans, à un public parisien qui répond à l'appel.
Je ne tournerai pas autour du pot: Transition Cosmic Power est un OVNI dans le jazz français …
On parviendra difficilement à en faire une description exhaustive mais on peut la tenter en partant du nom du groupe et du cd "Transition Cosmic Power". "Transition" parce que c'est à l'origine un groupe de transition qui réunissait Simonoviez, le contrebassiste François-Régis Gallix il y a une dizaine d'années déjà accompagnée de la (très) jeune Clara Simonoviez, fille et chanteuse, alors âgée de douze ans.
"Cosmic"  est un clin d'oeil à Sun Ra et à sa philosophie de vie cosmique et à une certaine spiritualité propagée par Alice Coltrane et Pharoah Sanders. Dans le livret du cd, Simonoviez évoque son état et le rôle d'émetteur et récepteur qu'il tient dans l'univers et convie l'auditeur à écouter sa musique, à le suivre sur son chemin spirituel. Un peu à l'image d'un message de Sun Ra: "I am like a bird. You don't have to listen to me, but I am there".
Enfin "Power" pour l'énergie totalement positive que cette musique diffuse, un peu comme une explosion solaire de joie. "Power" comme la musique de Trane, imminent présent dans ce concert.

 

jean-sebastien-simonoviez.jpgédité par Black and Blue en 2009

 

Depuis, ce groupe de transition continue d'exister et développe une musique atmosphérique, stellaire, naïve parfois enfantine (Simonoviez compose des contes). Simonoviez père joue du piano et chante avec Clara, sa fille, des textes chantés/parlés qui rappelle par endroits "Merci" de Magma ou "D'épreuves d'amour" de Stella Vander, composé par Pierre-Michel Sivadier. Pourtant l'inspiration première vient du requiem pour voix et piano de Duruflé qui a scotché le pianiste. Les autres sources d'inspiration sont Marvin Gaye, le bop, la soul, un certain jazz ponctué d'espoir spirituel. Les textes poétiques et la musique de Simonoviez, adaptés à sa voix blanche et celle de sa fille, libèrent une joie intense et une volonté de réjouir leurs auditeurs; ce qui leur donnent un côté subversif dans le contexte actuel de par leur côté volontairement sincère et évocateur de bonheur irrépressible.
La musique est conduite par la créativité hors norme de son compositeur, des transes rythmiques et cosmiques envoutantes et des musiciens emportés par un enthousiasme débordant et communicatif. Transition Cosmic Power est un groupe unique et totalement libre.

Jérôme Gransac

 

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 22:12

Steve-Verbeke-copyright-Xavier-Alberghini.jpg

Steve Verbeke © Xavier Alberghini

 

 

Pour la sixième année, le festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés Paris organise des concerts en prison. Le 29 mai, Steve Verbeke jouait à Bois d’Arcy. Le premier s’empare de la guitare sèche de Jerémie Tepper et improvise dans le plus pur style manouche. Un autre engage la discussion avec Steve Verbeke sur les mérites du blues de Chicago. A la fin du concert donné ce 29 mai après-midi par le chanteur-harmoniciste à la Maison d’arrêt de Bois d’Arcy (78), quelques détenus se sont invités sur la scène, histoire de vivre pleinement cet intermède culturel proposé par le Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés Paris. Quelques instants plus tôt, ils étaient tous ensemble, une petite centaine de spectateurs, installés sur les gradins (béton et bois) de la salle de spectacle de la Maison d’Arrêt pour hommes des Yvelines, à reprendre avec Steve Verbeke et ses deux guitaristes (Stan Noubard Pacha et Jérémie Tepper) le refrain d’un grand classique du blues, « Got My Mojo Working » de Muddy Waters. « Je vous remercie d’être venus, vous auriez pu profiter du soleil dehors ! » lance au public l’harmoniciste, aussitôt accueilli par des applaudissements. Une semaine exactement auparavant, c’était à la Maison d’arrêt des femmes de Versailles que le Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés Paris programmait un concert avec le quartet de Yann Cole et la chanteuse Amalya dans un répertoire soul et rythm & blues. « Œuvrer pour la réinsertion sociale par la vie culturelle, c’est une mission qui nous est chère avec l’opération « Dedans comme dehors » organisée depuis maintenant six ans », commente Donatienne Hantin, la directrice de production du festival. Favoriser la réinsertion des détenus Jazz à Saint-Germain-des-Prés Paris participe ainsi- aux côtés du Festival Blues sur Seine ou l’Association Hip-Hop citoyens pour ne citer que le domaine des musiques improvisées- au Parcours Culturel d’insertion dans les Yvelines piloté par la direction du Service Pénitentiaire d’Insertion et Probation (SPIP 78) et coordonné avec l’association Léo Lagrange. Pour 2012, une vingtaine de partenaires apportent leur concours à ce programme dont le Musée du Louvre, le Théâtre National de Chaillot ou l’Ensemble Orchestral de Paris. « Notre objectif est de favoriser la réinsertion des détenus en leur donnant accès à un univers culturel qui leur est souvent inconnu. Nous n’allons pas leur proposer que du rap ! » souligne la directrice du SPIP 78, Claire Mérigonde. Assurées par des intervenants extérieurs professionnels, « les différentes actions -spectacles et ateliers de pratique artistique (théâtre, court métrage, magie…) - visent à revaloriser, resocialiser les détenus considérés comme des citoyens », précise Sandrine Laroche, coordinatrice culturelle pour le SPIP 78. Pour 2012, le Parcours culturel d’insertion dans les Yvelines- qui concerne trois établissements pénitentiaires, Poissy, Versailles et Bois d’Arcy - dispose d’un budget global de cent mille euros, assuré majoritairement par le SPIP (à 50-60 %) avec le soutien de partenaires institutionnels-dont la Direction régionale des affaires culturelles- et privés. Au niveau national, la culture a été reconnue comme facteur d’insertion et de réinsertion des détenus depuis un protocole d’accord signé en 1986 entre le Ministère de la Justice et le Ministère de la Culture et qui a été renforcé par deux autres protocoles en 1990 et 2009.

Jean-Louis Lemarchand

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 17:41

29 mai 2012 : Kurt Elling Quintet. Concert à la maison des Cultures du Monde dans le cadre du festival de jazz de Saint Germain des Près.


Mardi 29 mai, vers 21h15, je marchais le long du boulevard Raspail en direction de la Maison des Cultures du Monde. Un homme me précédait. Je l’avais remarqué car il portait un costume beige avec des petits motifs rouges et blancs bizarrement cousus sur le dos. Je regardais ses chaussures : des chaussures noires avec une grosse semelle crème. Je me disais « c’est le style américain ». Puis l’homme tourna légèrement la tête vers la gauche. Je connaissais ce visage : c’était Kurt Elling ! Accélérant le pas et me retrouvant à ses côtés je lui dis, assez bêtement « I think you are Kurt Elling ». Il me répondit « Yes I am. Glad to meet you ». Une interview improvisée !
Moi : « Are you going to sing songs from your last album ? »
Lui : « Some of them but lots of new things too »
Moi : « How do you feel for tonight’s concert ? »
Lui : « Well, we’ll see……You can never know…. »
Même à son niveau, il ne savait pas……Assailli dès son entrée sur le parvis de la Maison des Cultures du Monde, je le laissais, émue, à ses fans.
Considéré comme l’un des meilleurs chanteurs de jazz de sa génération, il vient d’offrir un nouvel album : « The Gate », dans le lequel il nous restitue (enfin !) l’essence de son immense talent, après le court intermède de son opus précédent : « Dedicated to You », où il revêtait (à mon grand regret) les allures du crooner langoureux au service de ces dames.
Ce soir, le Kurt Elling que j’aimais, le « Man in the Air », était bien de retour.
Pour ce concert, donné  dans le cadre du Festival de Jazz de Saint Germain des Près – dont on ne peut que saluer l’excellence de l’édition 2012 - il s’était entouré de son ami, pianiste et arrangeur de toujours : Laurence Hobgood, ainsi que d’une belle rythmique composée de Quincy Davis à la batterie, John Mc Lean à la guitare et Clarck Sommers à la contrebasse.

 

Kurt Elling DSC8767 copie

 

Avec décontraction, chaleur et naturel, Kurt Elling remplit la salle comble de sa magnifique voix. Une voix de baryton suffisamment extensible pour atteindre, en voix de tête, les aigus du ténor. Tout le long du concert, il réalisa des prouesses techniques remarquables : notes tenues longtemps avec une puissance époustouflante, intervalles aux ambitus vertigineux parcourus avec une justesse sans faille, un souffle maîtrisé à la perfection, une virtuosité dans l’improvisation qu’on lui connaissait déjà si bien.
Les titres joués étaient parfois tirés de l’album The Gate, comme le très esthétique « Samouraï Cowboy », « After your love has gone » d’Earth Wind and Fire ou le « Golden Lady » de Stevie Wonder, mais aussi du répertoire des standards comme « Estate » ou « Body and Soul ». Mais un standard chanté par Kurt Elling n’est plus un standard, c’est…..du Kurt Elling ! Un Body And Soul complètement revisité, où l’on put entendre son propre texte qu’il chanta, comme il sait si bien le faire, en l’accélérant parfois jusqu’à donner l’impression d’un « scat de paroles ».
Le concert termina avec Golden Lady, sur lequel il imita la batterie, parfois des tablas, puis se lança dans un dialogue avec John Mc Lean dont il reprit les phrases musicales en imitant jusqu’aux distorsions et glissandos de la guitare.
Quelques messages semblaient parsemés ici et là  : « We think by feeling, what is there to know ? », ou « I won’t quit till I’m a star, till I’m a star, till I’m a star »…..
Le public, debout, presque en larmes, l’acclama, l’ovationna, cria son bonheur devant tant de talent. Après un petit tour derrière les rideaux où je pus voir, d’où j’étais placée, qu’il donnait quelques accolades d’encouragement à ses musiciens, Kurt Elling revint sur scène avec « La vie en rose ». Un hommage à Paris, à la chanson française, à son public français qui l’aime tant.
Au sortir du concert, en route vers ma voiture, j’entendis une vieille dame chanter le premier couplet de « Nature Boy ». Kurt Elling avait transmis sa musique et la rue faisait pour un temps encore entendre sa voix.
J’aurais eu envie de le rencontrer de nouveau, en sens inverse vers son hôtel et de lui dire : «You are a star ». Mais ce genre de hasard extraordinaire ne se produit généralement qu’une seule fois…...

Yaël Angel

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 16:00

 

Concert à l’Eglise de Saint Germain des Près dans le cadre du Festival de Jazz de Saint Germain des Pres

24 mai 2012

dewildedibattista.jpg

Par une nuit de printemps où la lune faisait un fin croissant dans le ciel se rencontraient deux musiciens phares de la scène du jazz européen : Laurent de Wilde au piano et Stefano Di Battista aux saxophones soprano et alto. Le Festival de Jazz de Saint Germain des Près avait la primeur d’une rencontre inédite puisque c’était la première fois que ces deux grands musiciens jouaient ensemble. Une première donc, pourtant si surprenante de maturité. En effet, tout au long du concert, la fluidité des échanges laissait à penser que le duo avait déjà derrière lui plusieurs mois de travail et de scène.

Le concert commença en douceur par une ballade composée par Stefano Di Battista, issue de son album « Woman’s Land », afin probablement d’apprivoiser l’acoustique particulière des ogives romanes. Mais le duo ne tarda pas à s’enflammer dès le deuxième morceau : un arrangement original et fiévreux du très beau « Invitation » de Bronislau Kaper, dont Laurent de Wilde avait déjà donné une version frappante dans son album Spoon-a-Rythm. Une invitation certes, sur laquelle le magnifique chorus du pianiste fit courir un frisson de grâce parmi le public. A la coda, comme sur beaucoup d’autres titres joués, le duo se lança dans une improvisation entremêlée sur laquelle le saxophoniste italien parcourut de longs arpèges et fit bruiter son saxophone alto.

Arriva ensuite une composition de Laurent de Wilde, « Over the Clouds », qui figure sur son dernier album du même nom. Une fois quelques bandes de patafix posées sur les cordes de son instrument, le pianiste transforma son Steinway à queue en balafon du Mali. La culture africaine de Laurent de Wilde se montra omniprésente tant dans sa façon de traiter la mélodie que l’improvisation sur ce morceau. Là encore, la maturité du duo lui permit de restituer l’intensité de la composition, ce, malgré l’absence de la section rythmique du disque. A la dernière reprise du thème, Laurent de Wilde fit apparaître un large sourire à l’attention de son compagnon de scène, lui signifiant certainement par là son ravissement et sa reconnaissance devant la nouvelle version qu’ils venaient de créer ensemble.

Suivit la composition fidèle du pianiste, « Edward K », qui l’accompagne, dit-il, depuis quinze ans, qui se transforme au fil du temps en se simplifiant pour devenir, selon ses termes  « un grand n’importe quoi » mais qui est « tellement tout » lorsqu’il la joue avec des musiciens comme Stefano Di Battista.

 

Sous l’ovation du public sonna enfin l’heure du « Grand Thelonious », celui sur lequel Laurent de Wilde publia un livre remarquable[1], celui dont John Coltrane disait qu’il était « un architecte musical du plus haut niveau »[2]. « Round Midnight », puis « Straight, no Chaser » furent entonnés par les deux musiciens. Deux morceaux parmi les plus connus de Thelonious Monk, que Laurent de Wilde revisita à sa façon, sans tomber dans le piège de l’imitation respectueuse du Maître auquel beaucoup de pianistes succombent, surtout lorsqu’il s’agit de toucher au sublime « Round Midnight », qui a pratiquement atteint de statut de « morceau sacré du Jazz». 

Afin de calmer les esprits Laurent proposa son « Bon Médicament » lequel, précisa t-il, lui « fait du bien ». Une belle balade, posée, apaisée, qui pourrait bercer un enfant. Le concert se clôtura comme il commença : par une composition de Stefano Di Battista, dédiée à sa petite fille et intitulée « Madame Lily Devalier ».

Le public enthousiaste fit sans tarder retentir le rappel et c’est en beauté que cette rencontre s’acheva. Nul doute que cette première communion musicale n’est pas la dernière et l’on attend déjà une nouvelle rencontre de ces deux grands du jazz. Mais pour le moment et comme le dit si bien Stefano Di Battista : Arrivederci !

Yaël Angel



[1] Laurent de Wilde, « Monk », 1996, Editions Gallimard, Collection l’Arpenteur

[2] Pascal Bussy , « Coltrane », 1999, Collection Librio Musique

 

retrouvez la chronique de Yael : LAURENT DE WILDE : « Over the clouds »

dewilde

 

et L'interview de Stefano Di Battista

stefano dibattista

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 19:55

 

legrand.jpg

Mon voisin de corbeille à l’Odéon, un japonais, a passé une bonne soirée. Il était venu pour Monty Alexander. Il a eu droit à un récital de Michel Legrand, suppléant au pied levé le pianiste jamaïcain opéré d’urgence aux Etats-Unis et éloigné de la scène six semaines (ndlr : les nouvelles sont bonnes).  Du Legrand dans le texte, un bon demi-siècle de carrière passé en revue par le compositeur-chanteur-pianiste tout jeune octogénaire.

Tout a commencé par la chanson de ses jeunes années qui fit connaître le fils du chef d’orchestre Raymond Legrand et l’élève de Nadia Boulanger, la Valse des Lilas. C’était le Michel Legrand chanteur qui donna aussi trois titres écrits, sur sa musique, par Jean Dréjac (1921-2003), des découvertes pour la majeure partie du public,  Edith (pour Piaf), Le vieux costume et Rupture.  Après ce moment de nostalgie, teinté de tristesse, retour à la joyeuse épopée des musiques de films, Yentl et l’Eté 42-toutes deux oscarisées- données en compagnie de la harpiste –la grande tradition classique- Catherine Michel (à la ville Mme Legrand) et cela va de soi, les Parapluies de Cherbourg et Les demoiselles de Rochefort.

Et le jazz dans tout cela ? Il n’était jamais bien loin. Michel Legrand manifestait un réel plaisir à reprendre des airs composés pour Miles Davis (la musique du film Dingo), mettant en valeur ses deux accompagnateurs, le bassiste Pierre Boussaguet et le batteur François Laizeau. Pour le fan de jazz, le grand moment de la soirée restera ce medley de piano solo où « Mr. Mike » rendit hommage à ses idoles – à la manière de-Art Tatum, Oscar Peterson, George Shearing, Fats Domino, Duke Ellington, Dave Brubeck et, pour clore l’exercice de style, par quelques notes de Count Basie. Vint l’heure du bis et, détendu comme jamais, Michel Legrand, le mélodiste, offrit au public le thème des Parapluies de Cherbourg dans divers styles. Un coup de chapeau sans façons bien à la manière de l’esprit du Théâtre de l’Odéon en mai 1968 ! Dehors la pluie s’était arrêtée sur St Germain des Prés et notre japonais chantonnait.

       

Michel Legrand avec Pierre Boussaguet (basse), François Laizeau (batterie) et Catherine Michel (harpe). Théâtre de l’Odéon. 21 mai. Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés. 

Le festival propose des concerts jusqu’au 3  juin et notamment Laurent de Wilde, Jacky Terrasson, Kurt Elling, Stefano di Battista… 

Jean –Louis Lemarchand

 

Affiche-2012-Festival-Saint-Germain-des-Pres-200x300.jpg

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 19:02

 

Nous étions à  Coutances Jeudi pour une journée de jazz.

Journée de jazz sous les Pommiers où, comme il se doit, la pluie nous avait accueilli avec une allégresse un peu trop expansive à notre gôut. Mais bon, on est en Normandie ou on n’y est pas.

Début de la journée avec cette belle formation de Perrine Mansuy et sa formation que l’on retrouve sur Vertigo Songs avec Perrine au piano,

mansuy-best.JPG

Marion Rampal au chant et aux textes, Jean-Luc Difraya qui ne chante pas ici mais insuffle les vibrations à la batterie et Remi Decrouy à la guitare. Moment de charme , de grâce au Magic Miror où l’alliance des textes de l’une et de la musique de l’autre, où la rencontre du jazz et des pop songs nous firent vivre un moment de poésie et de jazz totalement aérien. Public conquis.

 rampal-2.JPG

Petite pause pour aller retrouver en interview Christophe Marguet qui nous parla de la création qu’il s’apprêtait à présenter le soir même puis direction le Théatre pour assister à un grand moment de déjante totale sous la forme d’une battle franco-québecoise. Un quartet de chaque côté s’affrontant sous les auspices et l’arbitrage perspicace et intraitable de deux Monsieur Loyal, Alex Dutilh et Stanley Péan. Un grand moment de délire où les arbitres choisissent des morceaux et des contraintes ( p. ex en demandant à chaque membre du quartet de jouer de l’instrument d’un autre ou encore de ne jouer que d’une seule main). Au final match nul et grand moment de délire avec côté Québecois : Michel Donato (cb), Frank Lozano (ts), Isaiah Ceccarelli (dm) François Bourassa (piano) et côté français : Thomas de Pourquery (as), Benjamin Moussay (p), Arnault Cuisinier (cb),Edward Perraud (dm). Ceux qui ont bien tendu –l’oreille ont quand même pu assister, au delà de ses facéties à hurlmer de rire, à un grand Thomas de Pourquery clôturant à l’alto un Night and Day avec une belle inspiration.

 

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Pas très convaincus en revanche par ce qui était annoncé comme l’événement du festival , la venue d’Hermeto Pascoal, le grand gourou Brésilien. Une première partie en effet en demi-teinte où chacun hésitait un peu à jouer. Les harmoniques se chevauchaient, on avait un peu de peine à lire le jeu et surtout l’ensemble était bien mollasson. Mais tout changea lorsque l’immense Hermeto Pascoal ( au passage, époustouflant au mélodica) quittait ses claviers pour venir insuffler le souffle divin à ses musiciens. Il se passait alors quelque chose qui se débridait dans cette musique inclassable entre brésil et jazz fusion, révélant ainsi l’écriture sublime du maître. Hermeto Pascoal était sémillant, pétillant, jouant de l’arrosoir et du verre d’eau, expérimentant sans cesse, jouant avec ses musiciens au double sens du terme et tous semblaient heureux d’être là. Malgré une sortie un peu rapide sans le moindre rappel. On a noté au passage Itiberê Zwarg à la contrebasse totalement surevolté , Pastorius dans l’âme.

 

 

Mais le clou de la journée était cette fameuse création de Christophe Marguet avec son sextet «  Constellation ». L’événement devait faire date. Forcément puisque Marguet réunissait, aux côtés de Benjamin Moussay aux claviers et Régis Huby au violon, un trio d’américains menés par Steve Swallow à la basse, Chris Cheek au ténor et Cuong Vu à la trompette. Un création donc, sur le mode électro-acoustique basée sur une écriture absolument sublime. Il aurait fallu avoir la track list mais on a rtenu notamment un morceau évoquant une île de Crète qui nous laissa le théâtre municipal sur une émotion bien palpable. La musique était juste belle et le sextet qui avait fait ses premières répétitions  3 jours avant, fonctionnait à merveille. On remarquait notamment ce tout jeune trompettiste entendu aux côtés de Pat Metheny comme une des valeurs très sures de demain ( cf. la vidéo). Ce concert fut assurément l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir depuis pas mal de temps et l’on consolera les absents en leur promettant de revoir cette constellation des astres à Paris lors du prochain festival de la Villette. Il ne faudra les manquer sous aucun prétexte.

 

 

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Jean-Marc Gelin le 17/05/2012

 

 

 

 

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