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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 23:25


Depuis quelques jours, tout le monde m'appelle Henriette….
Pourtant, Bob, le chauffeur d'une des navettes affrétées par le festival, m'indique qu'il y a aussi la potée sarthoise… et le Jasnières pour faire glisser tout ça.
Me voici donc, débarquant au Mans pour la première fois, et constatant une fois de plus que jazz et gourmandise vont de pair.

La gourmandise des oreilles d'abord,  puisque le festival EUROPA JAZZ résonne au cœur de la ville, où trois lieux historiques abritent les concerts de cette 33ème édition : la Collégiale Saint-Pierre-la-Cour, la Fonderie et l'Abbaye de l'Epau.

EUROPA-JAZZ-Abbaye-de--Epau.JPGAbbaye de l'Epau - Photo E. Lacaze


En pénétrant dans la Collégiale pour le premier concert de cette journée du jeudi 3 mai, des ondes sonores étranges me happent et me chiffonnent les tympans. Au centre d'une petite scène à la dimension du lieu intime, se tient Fanny Lasfargues, la tête penchée sur le manche de sa contrebasse, une mèche rebelle et pudique lui cachant une grande moitié du visage, comme si elle n'osait pas être vue. A sa droite, une table recouverte d'un tissu noir, où reposent ses accessoires, baguettes, pinces… A ses pieds, outre le public accroché à sa musique, des pédales de sample qu'elle actionne doucement d'une jambe gainée de bas ajourés.
EUROPA-JAZZ--Fanny-Lasfargues.JPG

Fanny Lasfargues - Photo E. Lacaze

Je viens en fait de pénétrer de plain–pied dans une bulle sonore, comme si j'avais plongé dans le Grand Bleu. Les sons lancés par Fanny sont des plaintes de baleine, des murmures de dauphin, le ressac d'une vague tendre. Elle emporte le public dans son monde intérieur, agité parfois de montée puissante, bercé de boucles sonores hypnotisantes. Elle caresse les cordes de sa contrebasse avec le manche d'une baguette, les frôle de ses doigts, les fait grincer, les frappe. Son instrument devient tour à tour une percussion, puis un grand enfant qu'on punit, un amant qu'on cajole.

 

Une des touches originales de ce festival est la bonne idée qu'a eue Armand Meignan d'instaurer un entracte d'une heure entre les deux concerts du soir à l'Abbaye de l'Epau.

EUROPAJAZZ-magic-mirrors.JPGMagic Mirrors - Photo E. Lacaze


Posé comme un OVNI sur la pelouse, le Magic Mirrors sert de cocon à un ciné-concert joliment baptisé "Comme dans un rêve" : Guillaume Hazebrouck (clavier) et Olivier Themines (clarinette) enveloppent de musique les films muets "Sur un air de Charleston" (1926) et "La petite marchande d'allumettes" (1928) de Jean Renoir. Les deux musiciens donnent ainsi aux images une dimension encore plus surréaliste, qui permet de faire une pause hors du temps avant la seconde partie de concert. Le public a ainsi le choix entre se promener dans le parc, palabrer sur la première partie ou se poser dans cette bulle colorée aux lumières tamisées pour déguster un N&B rêveur.

 

Emmanuelle LACAZE

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 14:41


« Une soirée au violon ». C’est avec ce titre-humoristique comme souvent- d’une composition de Martial Solal que le concert de Jean-Luc Ponty au Châtelet a été introduit par le maître de cérémonie, François Lacharme, par ailleurs président de l’Académie du Jazz.
Une boutade à double sens ! Jamais le violoniste n’avait pu s’exprimer à Paris dans une telle configuration, une sorte d’hommage en deux temps, avec grand orchestre symphonique et en petites formations ; jamais non plus il n’était apparu plus libre de ses mouvements, suscitant ce 11 avril une ovation finale de spectateurs debout.
Exilé volontaire aux Etats-Unis au début des années 70, Jean-Luc Ponty, fan de jazz-rock, avait déjà l’été passé marqué les esprits par une  prestation virevoltante à l’Olympia au sein du groupe Return to Forever. Neuf mois plus tard, c’est le violoniste acoustique, plus classique, qui avait les honneurs  du théâtre du Châtelet.
Pour commencer, l’ex premier prix de violon du conservatoire de Paris a retrouvé ses marques avec l’orchestre symphonique Pasdeloup visiblement en état de grâce derrière  un tel soliste, le public enfreignant même les règles du concert classique en interrompant un morceau par ses applaudissements. Par ses échanges avec le pianiste, Ponty  a fait mentir Maurice Ravel qui n’hésitait pas à qualifier le piano et le violon d’instruments « essentiellement incompatibles » (cité dans Piano ma non solo. Jean-Pierre Thiollet. Anagramme Editions. Avril 2012).

 

Ponty-jllemarchand-.JPG

  Photo : Jean-Louis Lemarchand


En seconde partie, l’ex « petit prince du violon » a confirmé de brillante manière son sens de l’improvisation et du rythme en compagnie de jazzmen « purs et durs ». Au sein tout d’abord d’un trio à cordes constitué pour l’occasion avec le contrebassiste Stanley Clarke, vieux complice, impérial, et le guitariste Biréli Lagrène, le « bleu » de la formation, très concentré. Un nouveau trio qui tournait à la perfection se mettant en valeur spécialement sur deux compositions de Stanley Clarke « Song for John », en souvenir à Coltrane, et « Renaissance ».
Le même Stanley Clarke, après un hommage à la vedette de la soirée («  trésor national » du jazz français et référence du violon jazz dans les dictionnaires américains), rejoignit ensuite le trio historique violon-batterie-orgue de la fin des années, reconstitué pour l’occasion, H(Humair)-L(Louiss)-P(Ponty). Alors, ces retrouvailles entre Jean-Luc, Daniel et Eddy, donnèrent lieu à l’interprétation de standards conduits tambour battant comme dans les « bœufs » d’après-minuit. Une soirée unique qui mériterait une traduction enregistrée.

Jean-Louis Lemarchand   

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 23:20

 

linx-avoriaz.JPG

 

Il aime tutoyer les étoiles, David Linx. Cela tombe bien. Le natif du « plat pays » cher à Jacques Brel chantait ce 31 mars à Avoriaz, altitude 1800 mètres. Funambule des notes, David rendait hommage au concasseur de mots, Claude Nougaro. Monté il y a trois ans par André Ceccarelli, ce projet « Le coq et la pendule » (Plus Loin Music) tourne comme un chronomètre suisse. Les deux musiciens sont familiers de l’univers du chanteur occitan. André « Dédé » Ceccarelli, batteur émérite, l’a longtemps accompagné sur scène. David Linx fit sa connaissance un soir qu’il donnait un concert avec Daniel Mille et Daniel Goyone à Toulouse, la ville natale de Nougaro : Claude vint dans sa loge après concert et lui demanda de chanter « Les mots » .Nos deux jazzmen se retrouvèrent pour le tout dernier album de Claude. Sur scène aujourd’hui, ils évitent aisément l’écueil du « copier-coller ». « Nougaro c’était mon ami, pas mon influence » nous confie David Linx. Le plus bel éloge qu’ils puissent faire au poète toulousain c’est ce mariage de la fidélité dans l’esprit, frondeur et lyrique, et de la liberté dans l’expression. Nous sommes bien là sur la planète jazz avec ce quartet composé également de Pierre-Alain Goualch (piano) et Diego Imbert (basse). Au fil des concerts, le groupe a enrichi le répertoire du disque avec des titres appartenant à toutes les périodes de la carrière de Nougaro, « Cécile », « Les mots », « Bidonville ». Ce soir-là pour l’ouverture du festival « Jazz Up » d’Avoriaz (1), David Linx prenait un évident plaisir, se livrant avec générosité au scat qu’il affectionne et domine.  « Une belle chanson, précise-t-il, c’est comme un pur sang, si tu ne la maîtrises pas, alors… » . Que David, grand amateur de prise de risques, se rassure ! L’esprit de Nougaro soufflait bien ce 31 mars à Avoriaz.

Jean-Louis Lemarchand

 

(1). Pour sa cinquième édition (31 mars-6 avril), le festival « Jazz Up » d’Avoriaz accueillait entre autres Sylvain Beuf, Sylvain Luc, Bireli Lagrène, Pura Fé, Mario Canonge, Manuel Rocheman… Le club des partenaires du festival accueille cette année- aux côtés des initiateurs, la commune de Morzine-Avoriaz et le groupe Pierre & Vacances Center Parcs- le conseil général de Haute Savoie et le champagne Barons de Rothschild.

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 07:35

Duke_Orchestra_2697_cPascal_-Bouclier-hte-def.jpg

© Pascal Bouclier

 

 


Quand Duke Ellington foula pour la première fois le sol parisien, en 1933, il aurait très bien pu jouer sur la scène du Palace qui venait de se refaire une beauté grâce à un architecte dénommé Rabussier. Ce ne fut pas le cas, mais le « Duc » était bien présent ce 12 mars 2012 pour le concert-ou plutôt le spectacle- donné par le Duke Orchestra de Laurent Mignard.

Tout au l ong des deux bonnes heures de cette soirée, on a pu revivre, sans jamais se lasser, l’histoire d’amour du Duke avec la France. Laurent Mignard avait concocté un spectacle complet qui permettait de retrouver quelques-unes des musiques composées par Ellington lors de ses nombreux voyages dans l’hexagone tandis qu’un écran proposait des extraits d’interviews, de répétitions, de concerts du Duke dans les années 50-60. Les fans du Maître pouvaient découvrir des pièces rares –et même pour certaines inédites- telles que la Goutelas suite, la musique composée (avec le fidèle Billy Strayhorn) pour Turcaret de Lesage (1709) à la demande de Jean Vilar, le patron du TNP, ou encore des compositions pour un film finalement jamais sorti sur Degas.

Cet hommage musical –repris dans « Ellington French Touch », album enregistré lors d’un concert de décembre 2011- s’inscrit parfaitement dans le travail engagé depuis 2003 par Laurent Mignard et de son Duke Orchestra, big band de quinze instrumentistes, pour faire vivre le répertoire du génial et prolifique compositeur et le porter à la connaissance de tous les publics. Objectif atteint ce12 mars au Palace notamment grâce à Aurélie Tropez (alto sax et flute), Nicolas Montier et Fred Couderc (ténor sax), François Biensan (trompette), Bruno Rousselet (basse) et Julie Saury (batterie).

Jean-Louis Lemarchand

            mignard-duke.jpg

 

Ellington French Touch , Duke Orchestra de Laurent Mignard (Juste une trace-Columbia-Sony Music) .

 

 

AGENDA
 
12 mars   Duke  Orchestra Théâtre Le  Palace (75) - 20h30
28 avril    Pocket  Quartet Villerville  (14)
2 mai       Duke  Orchestra Bayonne  (64) 
3 mai       Duke  Orchestra Arcachon  (33)
5 mai       Pocket  Quartet Auvers-sur-Oise  (95)
11 mai     Duke  Orchestra Chevilly-Larue  (94)

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 21:55

 

 jamal-chatelet.jpg©Jacques Beneich

Et puis vint en rappel Poinciana ! Le public du Châtelet, jusqu’alors respectueux et (un brin) réservé laisse éclater sa joie. Ahmad Jamal lui dédie son tube planétaire, qui lui assura le succès en 1958, avec des innovations à surprendre le fan le plus aguerri. Avant de clore ces 100 minutes de concert par un message d’amour aux spectateurs parisiens, Like some one in love.

Souriant, détendu, concentré, Ahmad Jamal a offert un moment de grâce ce 9 février pour la sortie de son dernier album, Blue Moon, le premier sous son nouveau label Jazz Village (Harmonia Mundi). Pas de paroles, sauf pour annoncer ses trois comparses Reginald Veal (basse), Herlin Riley (batterie) et Manolo Badrena (percussion) et remercier la salle, mais des notes. Ou plutôt ces phrases, ces envolées qui caractérisent à jamais son style, alternance de tonnerre et de ruissellement avec cette culture du silence qui plut tant à Miles.

En permanence, le sémillant octogénaire de Pittsburgh relance ses partenaires d’un index pointé avec détermination. C’est une nouvelle équipe qui se présentait sur la scène parisienne. Herlin Riley retrouvait Ahmad qu’il avait accompagné quelque temps dans les années 80. Il forme un tandem soudé avec Reginald Veal fruit d’une longue collaboration auprès de Wynton Marsalis et Dianne Reeves. Certains regretteront (l’auteur de ses lignes en est) la vigueur de Jammes Cammack, qui tint la basse 27 ans durant dans le trio, ou la créativité d’Idris Muhammad. Reste que le quartet version 2012 donne la part belle à la rythmique avec en vedette, apportant un grain de folie, le percussionniste Manolo Badrena, ancien de Weather Report.

Voilà rassurés –si besoin était-les amateurs de jazz ou selon la terminologie d’Ahmad Jamal, de « la musique classique américaine ». L’architecte des sons est toujours là. Il nous confiait l’été passé, citant Clint Eastwood : « vous devez connaître vos propres limites ». Le fait est qu’il les repousse sans discontinuer.

Jean-Louis Lemarchand

ahmad jamal blue-moon feb2012

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 22:43

 

C’est l’un des derniers Mohicans (pas seulement à cause de sa célèbre coupe iroquois dans les années 50 ! ) de l’ « âge d’or » du jazz, au coté de quelques autres colossaux pionniers encore en activité qui, par exemple, ont, comme lui, joué et/ou enregistré avec l’Oiseau : Lee Konitz, Roy Haynes, Toots Thielemans, Paul Bley…. Influencé par Parker et Hawkins, troublé par Coltrane et Ayler, Sonny Rollins sera sollicité en 1981 par les Rolling Stones (“Tattoo You”) et jouera en 2010 Sonnymoon for two (“Road Shows vol.2”) en quartet avec… Ornette Coleman, de six mois son aîné !

 

Rollins1---Rouy.jpg

Le 29 octobre (une quinzaine de jours avant son concert parisien à l’Olympia), le public du Colisée de Roubaix fit un triomphe à Sonny Rollins (81 ans), invité conjointement par les deux festivals Tourcoing Jazz et Jazz en Nord. Avec un quintette de tournée qui assure bien : deux percussionnistes véloces et propulsifs (Kobie Watkins, Sammy Figueroa), un guitariste plutôt routinier (Peter Bernstein) qui enfile les choruses quand il le faut, et, au centre, son bassiste le plus fidèle, au tempo impeccable, Bob Cranshaw (de retour à la contrebasse), qui aura bientôt 80 ans. La générosité de Sonny Rollins est intacte, tout comme demeurent splendides sa volumineuse sonorité et joyeux son lyrisme impétueux.

 

Rollins2---Rouy.jpgCertes, la démarche est moins assurée quand il traverse la scène et l’heure n’est plus aux longues introductions, le ténor n’est plus dressé en direction du zénith mais semble aimanté par la terre, à l’image de Coltrane, en pleine exaltation, à la fin de sa (courte) vie. Rollins incarne encore et toujours un certain jazz de combat et de fraternité, alors qu’il n’a (ô combien) plus rien à prouver. Un répertoire habité de pièces au tempo vif, de calypsos (dont l’indétrônable Don’t Stop The Carnival), de ballades (They Say It’s Wonderful…), il termine par Tenor Madness et conclut, en rappel, avec Isn’t She Lovely de Stevie Wonder. Standing ovation au Colisée de Roubaix.

 

Gérard Rouy

 

 


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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 10:20

Pour cette deuxième soirée du festival de la Villette, ce sont deux versions de l’art du piano jazz qui nous étaient offertes. Et lorsque l’on dit « deux versions », il s’agit bien de deux styles carrément, radicalement, fondamentalement opposés qui se succédaient hier soir sur la scène de la Cité de la Musique à Paris.

 la-villette.jpg

En première partie, le pianiste Yaron Herman se livrait seul à l’exercice de l’improvisation totale qu’il affectionne. Reprenant quelques-uns de ses titres enregistrés, surfant sur un All the Things you are, déstructurant Radiohead ou quelques morceaux traditionnels et finissant par un Hallelujah de Leonard Cohen. A l’écoute de cette première partie de 45mn, Yaron Herman montrait une virtuosité impressionnante, un peu débarrassé de ses penchants Jarretien. Un éventail de son savoir-faire impressionnant, voire bluffant voire même un peu trop lorsque le pianiste utilise le bois de son instrument comme caisse rythmique. Le pianiste trentenaire jouait souvet vite, souvent dans le forte et souvent dans le grave de son piano, dévalant le clavier au gré de ses fantaisies d’improvisations, des idées qui lui arrivent aussi rapide que l’éclair évoquant une sorte de tumulte intérieur, multipliant les jeux en block chords et les virtuosités. Au point que , me retournant vers mon voisin je lui demandais à un moment «mais après quoi cours Yaron Herman » ?

photos-2011-2012 0296

 

Question qui depuis longtemps ne hante plus le vieux sage de 77 ans, Abdullah Ibrahim qui offrait dans la deuxième partie tout l’opposé, avec son trio (si rare en France) composé de Belden Bullock à la contrebasse et de George Gray à la batterie. Ici, point de course avec le temps mais au contraire une suspension de celui-ci. Un peu comme le murmure des anges. Il s’entend pour celui qui sait l’écouter, dans une délicatesse du son qui oblige parfois à tendre l’oreille. Le public est à l’unisson de cette concentration. Où il est avant tout question de feeling et de poésie dans ce concert envisagé comme toujours par le pianiste, d’une seule traite, un peu comme celui qu’il nous avait offert il y a quelques années dans cette même salle de la Cité de la Musique. Ici il est en trio. Trois musiciens qui s’écoutent dans une concentration et une maîtrise de leurs gestes qui touche à l’art zen. Le pianiste caresse l’ivoire de son clavier, revient sans arrêt sur Blue Bolero comme le fil rouge de son concert qui divague entre les thèmes de son répertoire choisis au hasard au bout de ses doigts. Son piano semble porté alors par le vent de hauts plateaux. Et c’est un pur moment de grâce et de spiritualité qui met La Villette en lévitation.

abdullah-ibrahim_dr.jpg

Jean-marc Gelin

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 13:44

  13 Août 2011

Mycal : Basya - Ayelet - Sofia - Malika

Bar Kokhba : Joe Baron (b) - Greg Cohen (cb) - Marc Ribot (g) - Marc Feldman (v) - Erik Friedlander (c) - Cyro Baptista (perc)

Masada Sextet : Joe Baron (b) - Greg Cohen (cb) - Dave Douglas (t) - John Zorn (as) - Uri Caine (p) - Cyro Baptista (perc)

 middelheim-1.png

                Excentré au sud d’Anvers, le parc de Middelheim qui abrite des sculptures de grands maîtres, accueille depuis déjà trente ans, le festival Jazz Middelheim. De grands arbres centenaires trônent fièrement derrière une veille bâtisse aux allures de petit pavillon versaillais. Derrière ce bâtiment, un grand chapiteau rose recouvre la scène. Tout autour, des baraques à frites, des stands de bière, de vin, de saucisses et autres fricadelles. L’atmosphère est bonne enfant et le public se réjouit à l’avance de la soirée qui l’attend.

11 années après la sortie du Live in Middelheim, incontournable disque du quartet de Masada, le festival a choisi de programmer cette année une soirée entièrement dédiée à l’œuvre de John Zorn: « Book of Angels » interprété par 4 formations différentes. Début des festivités à 17H30, la soirée promet d’être longue. En ouverture, Uri Caine offre comme mise en bouche 20 minutes de piano solo sous le regard attentif de Zorn, à demi caché derrière la scène. Grand pianiste improvisateur, avec puissance et intensité, il revisite avec brio les compositions de Zorn.

La féminité a eu sa place dans la soirée avec le Quatuor Mycale. Quatre chanteuses (Ayelet Rose Gottlieb, Sofia Rei Koutsovitis, Basya Schecter et Malika Zarra) originaires d’Amérique du Nord, du Sud, d’Afrique et du Moyen Orient interprètent à leur tour a capella le livre des Anges avec des chants en arabe, en yiddish, en français et en espagnol. Entièrement séduit et conquis par ce quatuor, le public est sorti de ces 40 minutes de concert sous le charme de la grâce et de la beauté.

middelheim-2.png

Un entracte de 45 minutes a permis non seulement aux backliners d’installer la scène, mais surtout de laisser le temps aux spectateurs d’étancher leur soif. Rappelons que nous sommes en Belgique, pays où la bonne bière coule à flots. Sans faire une étude poussée sur le consommateur de bière type, la seule vue de la queue des toilettes « hommes » comparée à celles des « femmes », à l’entracte, m’a confortée dans l’idée que la bière, belge ou pas est une boisson d’homme.

Après une présentation au micro de chaque musicien qui compose Bar Kokhba (Marc Ribot et Joey Baron gagnent largement la première place à l’applaudimètre), le sextet à cordes dirigé de main de maître par John Zorn, interprète le chapitre Lucifer du Masada Book. Envolées de violon et de violoncelles, percussions brésiliennes au milieu des ces mélodies aux accents Klezmer, le moment est magique. Je ne pourrai m’empêcher de souligner la magnifique version de Kisofim qui laisse à Marc Ribot tout l’espace pour nous transporter au son de sa Gretsch ... un autre moment de grâce ! Malgré ce festival de notes, un bémol tout de même : le choix de l’ingénieur du son façade qui a mis un peu trop en avant le son de la guitare rendant inévitablement violon et violoncelle trop lointains … dommage connaissant les talents de Mark Feldman et Erik Friedlander ...

Enfin, la soirée sous le chapiteau de Middelheim s’achève par le très attendu Masada Sextet. Après la première apparition du Sextet en 2008 sous le chapiteau de Marciac, le concert se devait d’être au moins aussi réussi. Leur temps de jeu était plus court et 3 ans après, le répertoire est rôdé. Les morceaux s’enchaînent, plus de courte pause où le saxophoniste cherche dans ses partitions. Les « standards » du Quartet sont présents, Beeroth (ou le morceau de Joe Baron), Kedushah (ou le morceau de Greg Cohen), mais aussi les morceaux du disque Stolas sorti en 2009. Les échanges entre le génial Dave Douglas et le saxophoniste sont plus rares, mais lorsqu’ils ont eu lieu, c’est la magie de Masada qui a opéré. J’attribue sans hésiter une mention spéciale à Uri Caine qui a su prend sa place dans cette formation et apporter son génie afin de valoriser et de donner encore plus de relief aux compositions de Zorn.

Pas de répit pour les happy few, puisque John Zorn enchainait sa soirée avec un concert d’orgue inédit dans l’église protestante ‘De Olijfberg’ d’Anvers. La configuration est surprenante : c’est le cœur de l’église qui a été pris d’assaut par les spectateurs les plus passionnés. En haut, surgit le musicien, caché sous la capuche de son éternel sweat shirt. Pendant 40 minutes, il se donne à l’orgue en passant par des mélodies douces comme on en trouve dans ses Filmworks puis se laisse aller à une musique plus tapageuse digne de Naked City, Moonshild ou Hemophiliac. Si le concept ne manquait pas d’originalité et était une expérience à vivre pour ses fans, il n’en demeure pas moins que, sur le plan musical, sa première prestation dans le parc était plus convaincante et pourtant, la rumeur laissait entendre … qu’il ne jouerait plus.

Julie-Anna Dallay Schwartzenberg

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 09:42

Jeudi 21 Avril 2011 - Cecil TAYLOR à la Cité de la Musique

 

Hier soir, la Cité de la Musique accueillait le pianiste Cecil Taylor, une des figures de proue du Free Jazz et Amiri Baraka, poète, auteur et activiste ayant participé au mouvement nationaliste noir des années 60.

Ce soir là, la salle n’est pas remplie. On connaît la Cité de la Musique pour sa ponctualité, pourtant à 20H22 le concert n’a pas encore commencé.

Le public s’impatiente quand à 20h25 entre en scène Amiri Baraka. Il lance un « bonsoir » retenu puis enchaîne avec un « Go out of Libya ! ». En un pamphlet de 40 minutes, le poète raconte tour à tour les dérives du monde occidental, la gouvernance de Georges W Bush, la politique de Netanyahou, l’oppression des peuples, le complexe de supériorité des peuples colonisateurs, et toutes les dérives de l’humanité.

C’est la même colère qu’Amiri Baraka exprime depuis les années soixante. Puis, suivent quelques poèmes où l’artiste crie cette éternelle révolte avant de quitter la scène nous laissant sa propre réflexion.

Après 15 minutes de pause, Cecil Taylor arrive enfin, tout de blanc vêtu, se pressant sur son piano où il joue une note avec l’intensité qui va donner le ton au reste du concert. Tout à coup l’espace est occupé par les notes vibrantes du piano. Le musicien nous entraîne dans son univers, en variant sans cesse le ton avec une force et une énergie débordante. Après ¾ d’heure de jeu, il fait mine de partir puis se ravise et se lance dans un nouveau morceau pour notre plus grand plaisir … et recommence le même scénario trois fois …

De cette rencontre, cependant, on s’attendait à un échange entre ces deux grandes figures de la culture Afro-Américaine des sixties ce qui ne s’est pas produit.

On retiendra de ce concert un Cecil Taylor en grande forme, généreux, créatif et définitivement virtuose.

Ce soir là, le public, composé de jeunes et de moins jeunes, aura partagé une partie de l’Histoire du Jazz.

 

Julie-Anna DALLAY SCHWARTZENBERG

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 08:42

 

A retrouver sur Live Web ARTE, ce concert donné par Jacques Schwarz Bart dans le cadre de Banlieues Bleues.

Le saxophoniste guadeloupéen poursuit ici son travail de tissage minutieux des fils et des trames du gwo Ka et des musiques haitiennes.

Concert fort, intense résonnant d'une terrible et belle humanité et magnifiquement filmé (avec entre autres aux manettes Lionel Eskenazi notre collègue et chroniqueur des DNJ)

 

 

 

 

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