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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 07:29

sons-d-hiver.jpgHier soir, Théâtre Jean Vilar, Vitry Sur Seine.

 

wadadaleosmith.jpg

Décidemment le festival SON D’HIVER est, avec Banlieues Bleues l’une des scènes les plus passionnantes parmi les festivals «  alternatifs ». Où il est possible de voir et d’entendre des musiciens trop rares en France, en dehors de toute actualité promotionnelle et qu’il serait impossible d’entendre ailleurs.

Hier soir, Théâtre Jean Vilar Vitry, 1ère partie de Steve Coleman, le duo légéndaire  du trompettiste Wadada Leo Smith avec le batteur-percussioniste-bruitiste-poète Günter « Baby » Sommer. Moment exceptionnel, art furtif et éphémère de l’improvisation où les deux artistes façonnent chacun à leur manière l’espace musical. Tous les deux, presque autistes dans leur posture mais en réalité dans une incroyable écoute-interaction avec l’autre. Smith presque prostré dans une attitude (altitude) Milesienne joue l’épure, la résonance et le fil du son aux accroches protéiformes. L’autre Sommer s’y fait prolixe, sorte de déesse Shiva aux milles bras, virevoltant, caressant frôlant, roulant, battant tout, l’air et les tambours, les marteaux et les balais de paille. L’un est le relief de l’autre et réciproquement. Et cette musique à la limite conceptuelle tant y règne l’improvisation s’y fait absolument passionnante, captivante d’un bout à l’autre.

Par chance ce moment fut capté par Arte Live Web et sera bientôt en ligne sur le site.

Ceux qui n’étaient pas là avaient peut être un peu tort. La rediffussion de ce moment de grâce est assurément immanquable !

 

http://liveweb.arte.tv/fr/video/Wadada_Leo_Smith___Gunther__Baby__Sommer/

 

 

 

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 17:09

 

 

Le joli Théâtre municipal de Nevers est en phase de rénovation active, pour plusieurs années. Habitué depuis plusieurs années à irriguer la ville dans différents espaces comme le Pac des Ouches, l’Auditorium Jean Jaurès, le Café Charbon, le festival a dû déplacer à la Maison de la Culture les « grands concerts » qui se tenaient habituellement au théâtre, en tentant de tenir compte de la jauge beaucoup plus importante de cette dernière. Et le public a une fois encore témoigné de sa fidélité. Une constatation, d’abord : le jazz aujourd’hui ne cesse de rendre des hommages à des anciens, de surcroît venus le plus souvent du monde du « rock ». Ce qui est le signe, me semble-t-il, d’une certaine dégénérescence de la création musicale et d’une grave crise du « jazz ». Ainsi l’O.n.j. de Daniel Yvinec témoigne de son admiration pour l’univers de Robert Wyatt, le Z’tett de Bernard Stuber pour celui de Zappa, le trio de Jef Lee Johnson est dans l’ombre de Dylan, Marc Démereau lance une ode à Gato Barbieri et Das Kapital s’empare du répertoire d’Hanns Eisler. Mais dans ce cas, convenons-en, la démarche est radicalement différente. Ce trio réunissant Daniel Erdmann, Hasse Poulssen et Edward Perraud est un groupe d’impro qui soutient ici la gageure de jouer des chansons, tout en conservant son identité propre. Eisler était un compositeur allemand (1898-1962), élève de Schönberg, soucieux de marier les musiques populaire et savante, qui a écrit avec Bertold Brecht dans les cruciales années 30-40 de nombreux chants de lutte, comme Einheitsfrontlied (que Charlie Haden a intégré au programme de son premier Liberation Music Orchestra). La profonde originalité de leur projet est de réussir à jeter un pont entre ce répertoire particulier de chansons politiques aux parfums de cabaret berlinois à leurs volcaniques saillies improvisées. Hotelzimmer en calypso, l’intensité dramatique de la ballade Die Moorsoldaten et Solidaritätslied sur rythme de marche furieuse sont quelques unes des perles des interprétations de ce répertoire « habité » et lyrique, qui trouve d’étranges résonances aujourd’hui. « Puissent ces morceaux vous donner le courage de combattre notre société injuste », lança Edward Perraud au public en fin de concert. Pour sa part, le trio de Marc Ducretavec Bruno Chevillon et Éric Echampard compte l’air de rien quinze années au compteur. On parle généralement, dans le cas d’une telle longévité, de sagesse et de sérénité. Ce qui n’est nullement le cas pour ces mousquetaires sans cesse engagés dans un corps à corps très physique au sein de ce laboratoire d’expérimentation en constante évolution. De ces échanges brillants, tout le monde en sort groggy, le public et les musiciens. Leur trio demeure un ovni dans la jazzosphère hexagonale. A l’opposé, la démarche foncièrement écologique du père et du fils Gibert, Alain (tb) et Clément (bcl) au sein de Kif Kif, est une sorte de merveilleux repas familial à la campagne, autour d’un canon de rouge, où l’on parle d’Auvergne et de bourrée, de Pannonica, de Fauré, de Maurice Merle et de la Descendance de l’homme. Une musique faite à la main où l’on reconnaît la patte d’un arrangeur délicat.

Difficile d’être entièrement satisfait par le trio de métissage post-moderne constitué de l’accordéoniste Luciano Biondini, du violoncelliste Ernst Reijseger et du tubiste (serpentiste et bassiste) Michel Godard. D’abord, Reijseger n’a pas un très beau son (c’est sans doute la faute à l’ampli) et il en fait trop dans l’animation de salle, au détriment de la musique pure. Et puis Godard n’en fait pas assez (me semble-t-il), donnant l’impression d’avoir du mal à trouver sa place, avec ses trois instruments, ce soir-là. Reste le lyrisme de l’accordéoniste italien et son attirance atavique pour la mélodie et les musiques méditerranéennes. Depuis ses nombreuses apparitions au coté de Denis Colin et de beaucoup d’autres, au sein de NOHC et Wormholes, j’étais curieux d’entendre Didier Petit dans un concert solo « préparé » au violoncelle, c’est-à-dire non (totalement) improvisé, largement pavé de mélodies, de « ritounecelle » et autres « interludes rituels », réunis en suites. C’est évidemment le violoncelle qui est au cœur de ce programme « Don’t Explain » — désacralisé et « désaristocratisé », frotté, pincé et percuté, presque érotisé — mis en scène dans des mélodies d’un impétueux lyrisme et, si je suis moins fan de l’utilisation de la voix, l’ensemble a l’allure d’un voyage intérieur où l’auditeur se laisse guider, concluant par une version particulièrement émue de la chanson de Billie. Médéric Collignon avait une sciatique et ne pouvait être présent pour le spectacle « L’instrument à pression » de David Lescot, autour de la trompette comme on l’aura deviné. Il a fallu que ses complices Jacques Bonnaffé(jeu, tp), Odja Llorca (chant, jeu) bonnafeet Lescot (tp, jeu) inventent quelque chose, autre chose, au pied levé. Ils décidèrent d’inviter Bernard Lubat, étonnant de pertinence et de discrétion au piano, et d’improviser, reprenant ici et là des éléments du spectacle et laissant l’immense Bonnaffé prendre possession de la scène et s’occuper de l’opération de sauvetage. Du grand art. Qu’écrire sur le trio Arco, mis sur pied par Claude Tchamitchian (b) avec Guillaume Roy (alto) et Vincent Courtois(cello) ? Cette association d’instrumentistes hors pair, en situation totalement acoustique, frôle les cimes dans leurs entrelacs fragiles et passionnés de textures abstraites et de grooves, dans la plus grande concentration et une envoûtante qualité de son.L

courtois

 

Le sommet incontestable du festival aura été pour moi le concert du quartet Sylvie Courvoisier/Mark Feldman, pourtant prétendument difficile, intello ou anti-jazz pour certains, autour des compositions aux structures ouvertes des deux leaders. On avait déjà pu les entendre avec bonheur en duo sur des scènes françaises, mais leur choix de s’entourer ici de Thomas Morgan (b) et de Gerry Hemingway (dm) contribuait à élever encore davantage l’entreprise. Le contrebassiste, un inconnu pour moi, n’affiche pas une éloquence folle mais choisit précisément ses notes, avec un son très boisé et peu amplifié, et un tempo suggéré en communion totale avec le batteur, lui aussi délicat et d’une belle discrétion (un solo magnifique). courvoisierfeldman.jpgCette manière de laisser deviner le tempo (dans la tradition d’un Paul Motian), sans le marquer arithmétiquement, est l’apanage des jazz(wo)men qui ont su tirer les héritages du free et de l’improvisation libre. Et la grande force du quartette est justement de concilier la richesse d’une certaine musique savante occidentale (Feldman tout à fait passionnant d’inspiration et de légèreté au violon ce soir-là) et les libertés rythmiques, l’ouverture à tous les possibles, de l’improvisation. Il était alors difficile, selon moi, d’entendre le trio du pianiste Yaron Hermanleur succéder sur la scène, pas tellement le pianiste lui-même du reste, mais plutôt ses deux rythmiciens dont on ne retint que la rigidité. Quant au Quatuor Manfred, qui intervenait de temps en temps derrière le trio, ainsi que l’invité de dernière heure, le trompettiste Ambrose Akinmusire, ils ne m’ont pas semblé essentiels dans cette histoire. On ne peut pas ne pas évoquer le trio du contrebassiste Arild Andersen(lui-même hyper amplifié avec racks d’effets à ses cotés, la parfaite antithèse de Thomas Morgan) avec le saxophoniste Tommy Smith (au son de ténor, quelque part entre Michael Brecker et Jan Garbarek, totalement désuet), seul le percussionniste Paolo Vinaccia s’en sort honorablementtommy smith. La dernière soirée était assurée par un grand orchestre français et un quintet de jazz américain. Le Surnatural Orchestra (dix-neuf musiciens) affiche ouvertement un plaisir de jouer et une gourmandise de s’amuser qui constituent déjà un atout. Alternant avec fougue compositions très précisément structurées, séquences de conduction (ou sound painting), plages entièrement dévolues à l’improvisation libre, son instrumentation singulière (deux flûtes, deux soubassophones, un clavier avec effets s’ajoutent à la structure du big band traditionnel) permet d’introduire non sans humour certaines combinaisons sonores insolites et de présenter un répertoire original et hétérogène tout à fait réjouissant. Présenté comme le « jeune lion » de la trompette de jazz, Roy Hargrove enflamma avec son quintet néo hard bop le public de la Maison de la culture, ravi de la conclusion de cette 24e édition du festival. Sans ouvrir une nouvelle fois le débat de la légitimité créative de la reprise de cette forme ancienne (le hard bop) en plein 21e siècle, je me contenterai de louer les qualités du saxophoniste Justin Robinson, ballotté dans son envie de jouer par les coups d’œil incisifs de son leader. Vivement les 25e rencontres D’Jazz de Nevershaegrove.

 

Gérard Rouy

 

 

 

 

 


 
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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 22:26

JAZZYCOLORS : Benzine & Soo-Bin Park au Centre Culturel de Serbie

Le 22 novembre 2010

 

Magnifique soirée hier soir au Centre Culturel de Serbie dans le cadre du multicolore festival de jazz de paris, Jazzycolors qui réunit dans les différents centre culturels de la capitale des formations issues du monde entier.

Hier soir se tenait une rencontre franco-Coréenne sous l’égide du batteur Franck Vaillant et de son groupe, Benzine avec la chanteuse coréenne Soo-Bin Park. Rencontre étonnante s’il en est mariant le jazz et le rock des plus modernes à la tradition du chant Pansori et des rythmes Samulnori.

Contraste et surtout véritable fusion entre ces deux univers sous l’emprise d’une polyrythmie où l’étonnant Franck Vaillant mêle sa batterie Heavy et fourmillante d’idées et de sons aux scansions étonnante des tambours. L’ensemble se développant sur les effluves superbes d’un Stéphane Payen plus « Steve Colemanien » que jamais, charmeur et félin à la fois. Jozef Dumoulin au fender et Jean-Luc Lher posent leurs nappes lunaires sur cette musique décidémment bien étonnante.

La transe s’installe, portée par la voix grave et parfois caverneuse de la chanteuse décidemment étonnante dans ce rôle de feu follet qui distribue à tout le groupe une sorte d’influx un peu tribal et d’énergie galvanisante. Franck Vaillant impose sa présence incroyable, véritable créateur en mouvement, imaginatif et prolixe, improvisateur et artificier à la fois.

Au final une soirée superbe et srtout une rare découverte que ce groupe qui n’aurait pas pu mieux illustrer combien l’avenir du jazz est bien dans la rencontre et la fusion des cultures. Preuve ici éclatante. ON ne pouivait rêver mieux que Jazzycolor pour la témoigner.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 07:06

 

C'etait vendredi 1er octobre. L'altiste Dimitri Beavsky jouait en compagnie de Yves Brouqui (g), Philippe Soirat (dm) et Matthias Allamane (cb).

Un moment de pur jazz. Le Sunside devenait le Smalls. Paris était à New York et nous succombions au charme de ce nouveau talent du sax.

 

 

 

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 18:47

Voici les meilleurs moments, et on en oublie forcément, de cette édition 2010 de Jazz sous les Pommiers à Coutances.

Toutes les photos par Patrick Audoux, Vues sur Scènes.

 

Les Festival Jazz sous les Pommiers a lieu chaque année au moi de mai.

Cette année, il faisait frais mais beau. Alors le jazz, sous les pommiers, quand il fait beau, c'est encore plus beau.

Nous avons sélectionné quelques moments, ceux qui nous ont marqués avec les très belles photos de Patrick Audoux.

 

Le concert où il fallait être, s'il y en avait qu'un seul, était celui de Matthew Herbert et son big band.

 

Matthew Herbert Big BandMatthew Herbert Big Band ©Patrick Audoux

 

Musique très écrite, (trop bien peut être) sans pour être autant novatrice, agrémentée de solis brillants (trop aussi?), le Matthew Herbert Big band étonne autant par sa musique que par la mise en scène. Humour décalé oblige, l'anglais Herbert prend un malin plaisir à destructurer, saboter la musique parfaitement exécutée de son big band.
Par exemple, tous les musiciens du big band s'emparent d'un exemplaire du figaro du jour et le chiffonnent, le lisent à l'envers (vous savez... lire le français chez les anglais, c'est un peu comme parler l'anglais chez les français. Comme disait John lennon: "le rock français, c'est comme le vin anglais"; 1 partout quoi).

 

Matthew HerbertMatthew Herbert ©Patrick Audoux

 

Puis, ils le découpent en morceaux, lancent des pages en lambeaux et s'esclaffent. Herbert ne joue d'aucun instrument connu. Son travail consiste à enregistrer à la volée ce que joue son band et colle par dessus des samples bruitistes ou rythmiques drum'n"bass. festif et jubilatoire, Herbert est dans la provoc' avec l'aide de sa chanteuse d'origine africaine qui se fout du protocole broadway, très anglais pour le coup, et de l'ambiance latine désuète que cherche par moments à nous faire goûter le band.

 

Matthew HerbertMatthew Herbert ©Patrick Audoux

 

L'improvisation du big band réside dans le travail de traficotage exécuté par Herbert: sons décomposés, voix démultipliées, trombones éléphantesques, extraits de sax et trip-hop. Mise à part la musique, amusante avec cette déstructuration parfois déroutante, c'est le message. Sur une ballade mélancolique et émouvante, Herbert ajoute un bip, répété de manière continue, qui devient obsédant et anxiogène puisque chacun de ces bips représente 100 personnes mortes en Irak entre 2003 et 2006. Le morceau dure près de dix minutes et on pourrait laisser ce bip encore 10 minutes, dixit le traficoteur en chef. D'autres messages sont aussi lancés un peu comme une bouteille à la mer, car on a du mal à les décrypter alors que les inteprétations restent nombreuses: les musiciens mettent un sac sur la tête et ... puis c'est tout.


Le concert de Dhafer Youssef avec Tigran Hamasyan et Marc Giulliani a bénéficié d'un son totalement exceptionnel dans le Théatre municipal de Coutances pour une musique décevante. Coup de coeur du festival, c'est un peu pour cela que nous sommes allés voir ce trio qui "envoie". Mais la beauté attendue s'est fait discrète et se noie dans la performance absolue, certes enthousiasmante pour le public, des trois artistes qui s'oublient un peu. Le hic!

 

Dhafer Youssef Quartet

Dhafer Youssef ©Patrick Audoux

 

 

Une autre surprise venait du sextet de Christophe Leloil.

 

Christophe LeLoiL SextetChristophe Leloil sextet ©Patrick Audoux

 

Entouré, entre autres, de Thomas Savy (cl) et Raphaël Imbert (sax), le trompettiste propose une suite intitulée "E.C.H.O.E.S.". Si la géométrie du groupe de Leloil est fixe, sa musique est à dimensions variables. En effet, et c'est bien là l'intérêt principal de cette oeuvre, la suite qui dure un peu plus d'une heure permet de part sa structure une densité évolutive, des soli guidés par l'humeur des interprètes, une musique changeante qui vit au fur et à mesure des interprétations. C'est peut être là la révolution du jazz de demain qui satisfera la nécessité excessive des programmations qui se doivent d'être innovantes et créatives en permanence. Avec Leloil, vous avez toujours le même groupe, le même projet mais pas la même musique.

 

Une découverte qui n'en est pas une: le trio d'Emmanuel Bex qui rappelle le trio BFG avec Simon Goubert et Glenn Ferris au trombone. Ferris a laissé place au saxophoniste italien Franceso Bearzatti, très expansif, autour d'un Bex très en forme sur le plan musical avec le sourire aux lèvres. La musique était simple, sans fioritures, avec l'envie de donner le meilleur des compositions de Bex et de procurer un véritable plaisir du son.

 

Emmanuel Bex TrioEmmanuel Bex trio ©Patrick Audoux

 

Fidèle à son humeur sympathique et au fort succès de sa musique métissée et intelligente, Denis Colin et ses Arpenteurs ont donné un concert au plaisir manifeste qui a enchanté son public. Un grand moment de musique et un très beau souvenir.

 

Denis Colin & La Sté des ArpenteursDenis Colin et la Société des Arpenteurs ©Patrick Audoux

 

 

Une vraie et belle découverte, c'est le quartet du hollandais Eric Vloemans.

 

Eric VloeimansEric Vloemans ©Patrick Audoux


Ce trompettiste, qu'on a vu au North Sea Jazz festival en juillet dernier, est doué.

Que ce soit avec son trio (tp, cl, acc) ou avec ce quartet, il offre des prestations musicales aux ambiances variées et aux formats inhabituels. Ce soià là au Magc Mirror de Coutances, salle nomade, il explore les trèfonds de notre âme groove et électro. Sa musique voyage au plus profond de nos sensations,: groove inexploré, sonorités cachés, résonance transcendée. Sa trompette trafiquée se mélange aux claviers électrisés et légèrement électro, aux rythmiques jungle.
Tout se mélange et se confond pour prendre la forme d'un bonbon qui explose en bouche.
Un moment superbe de musique inspirée qui vous reste en mémoire longtemps.

 

Pour conclure sur cette édition 2010 du festival de Coutances, dont nous présentons qu'un petit florilège, il nous est apparu une programmation variée et malicieuse alternant grosses formations, soli (Malouf, Thuillier, Llado), petites formations aux ambiances firieusement opposes. Pour finir dans une ambiance de fous avec l'acid-jazz de l'excellent groupe de James Morton à la Cave des Unelles. Mortel!

James MortonJames Morton ©Patrick Audoux

 

Jérôme Gransac

 

 

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 12:17

 

Ce n’est pas la pluie et le temps maussade qui allaient altérer l’humeur badine des gersoises et des gersois qui nous accueillaient à Marciac pour la 3ème journée du festival. On aime cette escale d’été lorsque le village à cette période se transforme en méli-mélo cosmopolite où les stands vignerons côtoient les vendeurs du temple en dreadlocks rasta lorsque les effluves de nang shampa se mêlent à celles du magret grillé sur la place centrale du village baignée de musique de jazz à ses 4 coins. Et comme toujours, on adore.

Et, as usual,  l’affiche de ce 33ème festival s’annonce  maousse costaud dans le genre rencontre de poids lourds. Plus lourds que ça, dans le genre all stars (américaines forcément) y a pas. Ou en tous cas pas beaucoup.

 

Cela avait d’abord commencé avec Diana Krall et Yaron Herman. Puis poursuivi le lendemain avec un Marcus Miller qui paraît-il avait  enflammé le festival dans une « revisitation » de Tutu, l’album de Miles dont le bassiste avait composé le matériau. Mais pas Miles version 86, nous disait Alex Dutilh, qui retransmettait le concert pour France Musique  ( en ligne sur France Musique.com page concert du dimanche 1er 20h).

 

L’affiche d’hier soir était quant à elle alléchante sur le papier puisque, outre la formation de Wynton Marsalis annualisé en parrain tutélaire du festival, la soirée débutait avec le plus africain des pianistes américains Randy Weston qui, à 84 ans affiche toujours l’allure d’un immortel géant. Deux projets pour deux musiciens très marqués par ce rôle de passeurs de l’histoire du jazz.

 

RANDY-WESTON-AFRICAN5.JPG

Le pianiste venait à Marciac avec un nouveau projet consacré à James Reese Europe, célèbre chef d’orchestre du légendaire 369ème régiment, bataillon héroïque de noirs américains envoyés au front durant la première guerre mondiale. James Reese Europe, dont on sait qu’il marqua l’histoire du jazz, fut peut être la première influence de Duke Ellington.

 

Il y avait donc matière à création. Le concert d’ailleurs s’ouvrait avec la projection d’un film documentaire avec images d’archives sur le 369ème régiment. Un vétéran, le major Nathanael James, accompagnait d’ailleurs le pianiste pour venir dire quelques mots d’avant concert. Il ne restait plus qu’aux musiciens à rentrer sur scène et à lever le voile sur l’oeuvre que nous découvrions alors avec…… une grande déception. Car ce projet dans lequel le pianiste s’est très peu investi, laissant la direction artistique à son saxophoniste  T.K Blue était totalement dénué d’inspiration.

 

On aurait pu croire à l'ouverture en forme de fanfare dans les rues de Harlem qui faisait presque danser l’immense Randy Weston si la suite n’avait été d’une rare platitude. Un ensemble de vieux musiciens tristes (à l’exception du contrebassiste Alex Blake qui faisait ce qu’il pouvait pour donner l’illusion), un alignement de chorus sur des thèmes à peine arrangés, dans l’ensemble bâclés, une formation qui joue assez mal ensemble nous laissaientt au bar deviser avec d’autres soiffards sur la misère du monde. On avait certes entendu la magie Westonienne.  Celle du maître qui, dès qu’il touche le clavier transforme le plus insipide en révélation. Mais dans la mesure où ce n’était pas réellement son projet, le pianiste s’effacait et disparaissait trop souvent pour laisser place à son groupe. On avait alors le sentiment d’être en plein concert de gala pour une œuvre caritative menée par l’orchestre de soldats vétérans en plein cœur du Missouri. Ce qui, certes, n’etait pas si éloigné du propos mais sans réel intérêt musical.

 

 Wynton-Marsalis2.JPG Avec d'autres soiffards à la buvette,on se disait qu'avec Wynton au moins à défaut de modernité, on serait sûr d’avoir du show bouillant sur ce projet autour du répertoire du Hot Club de France. Après Piaf et Billie il y a deux ans (en compagnie de Galliano) , Marsalis arrange ici un répertoire en hommage à Django Reinhardt. Place donc à l’homme de la Nouvelle Orléans qui à 49 ans, avec ses jeunes-vieux briscards où l’on retrouve avec plaisir et  comme toujours Walter Blanding au ténor ou encore  Ali Jackson aux baguettes, fers de lance du septet, s’éclate toujours autant dans son jardin Gersois.

 

La formation, visiblement heureuse d’être sur scène (pas comme les Westoniens qui tiraient la tête), pouvait alors enchainer Minor Swing, Sweet Georgia Brown, Oriental Shuf, I’ve Found a new baby avec autant d’enthousiasme que d’esprit mutin. Les arrangements de Marsalis revélaient de petites pépites, alternait les géométries du solo au duo jusqu’au septet au grand complet dans un esprit qui tirait plus vers la cité du Croissant que vers les caves de Montmartre.

 

Les duos entre Frank Vignola à la guitare et Mark O’Connor au violon n’avaient rien de plagiaire et les deux s’amusaient dans des 4x4 sous l’œil complice de ce diablotin de Marsalis qui sortait de sa boîte pour quelques mémorables solos bouffant tout Armstrong sur son passage. Le groupe, lui aussi sous le charme s’arrêtait de

jouer et le laissait seul enchaîner les barres.

Pour un peu il aurait continué jusqu’au bout de la nuit. Et nous aussi.

 

Wynton-Marsalis4.JPG

 

 

 

 

 

Photos : Pierre Vignaux

 

 

 

 

 

 

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 23:10

  Copie de affiche version 10 juin 2010 JAC

Déjà la fin du festival au Couvent de Cervione. La journée jazz du samedi 31 aout ne débute pas sur la place de la cathédrale pour cause d’enterrement. Pour évoquer la soirée magique du 31 aout, « on vous la fait à l’envers » : sont programmés deux saxophonistes, Gaël Horellou en première et Jacques Schwarz-Bart en deuxième partie et nous commençons par le quintet du saxophoniste antillais.

 

jsb.jpg

Brother Jacques Schwarz-Bart©Laure Prieur


Avec le quintet de Brother Jacques (Jacques Schwarz-Bart (ts), Stéphanie McKay (voc), Jonathan Crayford (kb), Linley Marthe (b), Gregory Louis (dr)), le couvent ouvre la deuxième partie par un volume sonore à faire péter les tympans.  Le quintet de Jacques Schwarz-Bart se compose de musiciens performants, surdoués et tous dans la vibration fusion-world-jazzy. Le programme tient à cœur à Jacques Schwarz-Bart : les compositions sont mélodieuses et bien écrites et le groupe envoie une image de fraicheur qui fait plaisir à voir.

 

 mckay-copie-1

Stéphanie McKay©Laure Prieur

 

 

De plus, certaines des pièces appartiennent à la « suite aquatique » qui a commencé avec le formidable album «Abyss», un hommage de Jacques à son père. Gros son, mélodies qui s’adressent au cœur, sincérité du leader, vocalises de Stéphanie McKay font de ce concert, un peu court, un final mérité par le festival.

 

 


Vous l’avez compris, le meilleur moment de la soirée officielle était le concert remarquable de Gaël Horellou en première partie.  Trois extra-terrestres sur scène  (Géraud Portal à la contrebasse, Antoine Paganotti à la batterie) !

 

trio.jpg

Gaël Horellou trio ©Lolita de Villers

 

La musique du trio est faite de compositions du saxophoniste et de standards complètement réarrangés à la sauce Horellou auxquels il offre une nouvelle jeunesse. A 34 ans, Gaël Horellou est un loup du jazz : il croque sa musique à pleine dents, joue à fond avec maitrise et inspiration. Funk naturel, groove puissant, Horellou joue des phrasés pulsatifs.

 

gael-copie-1

Gaël Horellou©Laure Prieur

 

Homme libre et conscient de lui-même, peut-être sans concession, son discours est mélodieux sans excès d’énergie dans le cri (en d’autres termes, Horellou ne fait pas hurler son sax, il en joue à fond). Sa musique est à l’image de l’homme, jeune et vivant, il nous dit : « Cela fait un moment que je me prends moi et ma musique, avec douceur. Je ne suis plus à la recherche égotique de la reconnaissance, je ne cours plus après les gigs, j’ai pris de la distance avec cela. Je choisis les gens avec qui je joue, ceux qui m’entourent aussi. Je passe du temps à composer, à travailler mon instrument, à répéter aussi. Ensuite il faut évidemment présenter sa musique et la vivre en concert, capter l’attention et comprendre ce que les gens ressentent. Evidemment avec une dizaine de gig avec ce trio, ce n’est pas facile. Mais c’est aussi pour cela que nous travaillons : pour nous retrouver et prendre le pied maximum en concert. »

 

 


Et c’est vrai que le pied, comme dit Horellou, nous l’avons tous pris ce soir là. Le trio de Gaël Horellou est un groupe soudé, en pleine communion, qui se donne à 200%. Ses membres sont liés par une franche amitié et une passion commune pour la musique noire américaine qui s’affranchit des codes, la pure et dure aux structures ouvertes et libres, celle de William Parker et de Charlie Mingus. En perpétuelle recherche du canal  des forces universelles, aux couleurs mystiques, le trio affiche une densité remarquable et une énergie renouvelée à tous les concerts qui allie humour dans les arrangements et intensité fulgurante. Horellou garde toute sa personnalité et trace une musique faite de cassures, de schémas rythmiques réjouissants en utilisant toute la tessiture de son instrument avec un son vif et un jeu malicieux.

 

paga.jpg

Antoine Paganotti ©Lolita de Villers

 

A la batterie, Antoine Paganotti, un ancien de Magma, homme tranquille et généreux, est un batteur influencé par Elvin Jones et Christian Vander (« deux gros batteurs » dit-il). Il a un jeu ample et souple, baguettes chargées de générosité, les caisses sont souples à l’oreille : Paganotti est un sonorisateur de la batterie ce soir. Très proche de son contrebassiste sur la scène, Paganotti et Géraud Portal , 22 ans, sont en fusion télépathique.

 geraut-copie-1.jpg

Géraud Portal ©Laure Prieur

 

A l’adolescence, Portal fait une rencontre décisive : le saxophoniste David S. Ware le prend sous son aile et l’invite plusieurs mois chez lui à Plainfield. En totale immersion dans l’esprit de la Great Black Music, Portal joue dans la veine d’un William Parker : les cordes hautes qui font mal aux doigts mais qui sonnent. De ses camarades de scène, Géraud Portal dit, non sans malice et humour: "Gaël est mon père, Antoine ma mère". On vous le dit, une vraie famille.

Voilà un concert renversant: entre swing bebop et transe, entre énergie et nature. Gaël Horellou trio est un plein de musicalité. Messieurs les programmateurs, il vous attend!

A peine l’émotion de la soirée officielle passée, le beuf enquille directement avec le trio de Xavier Thollard et Sébastien Llado. Très rapidement rejoints par le groupe togolais éminemment sympathique Dunamis, la jam part vite en direction de l’Afrique noire et de ses rythmes endiablés : Dunamis, Thollard et Llado mettent le feu avant d’être rejoint par le batteur Grégory Louis, sous le regard envieux de Linley Marthe.

 

P1000128-copie-1Dunamis - © Patricia Antona

 

Au sax, Koffi Assimadi sonne oriental, à la mode éthio ; il est rejoint en fin de soirée par Gaël Horellou qui clouera le beuf tard, très tard. A Jazz au Couvent, les beufs sont des moments privilégiés de musique : l’organisation y met les moyens, l’ambiance y est excellente et les musiciens y sont bien accueillis. A ne pas rater et à noter dans le Guide du Routard du Jazz.

Le Jazz en Corse? Il a toujours été présent. En témoigne la photographe Patricia Antona qui nous a gentiment prêté quelques photos numériques alors qu'elle est spécialisée en argentique. Patricia Antona photographie le jazz depuis 1976. A partir des années 80, elle photographie le jazz en Corse. Jazz au Couvent lui a ouvert ses portes pour une exposition de plus d'une vingtaine de photos argentique où se côtoient connus et moins connus, "vieux" du métier et jeunes artistes". On a plaisir à voir une photo où se ressent toute la timidité de Sophie Alour qui travaille ses partititions sous le regard bienveillant de Jean-Michel Proust en 2002 ou la très belle photo d'Archie Shepp assis sur une scène d'un festival corse ajustant une anche à son bec de saxophone en 1983. Cette photo donne vie au caractère de ce saxophoniste au travail à ses gestes et son visage qui nous parlent fort.

Pour conclure simplement, nous dirons que Jazz au Couvent 2010, convivial agréable, a offert à un public estival et local une programmation vive et fraiche, variée et audacieuse. Une programmation que l’on doit à Tristan Loriaut, programmateur clairvoyant. Vivement une septième édition!

 

Jérôme Gransac

 

  PS: Merci à Viviane et Tristan pour leur formidable accueil, à toute l'équipe si sympathique, à Laure Prieur et Lolita de Villers pour leur talent et au patron du bar de la place de la cathédrale pour m'avoir supporté côté liquide-à-boire lors de mes soucis de connexion internet ... :-)

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 17:00

 

  Copie de affiche version 10 juin 2010 JAC

 

Une originalité du festival Jazz au Couvent est de proposer au public estival un festival off de qualité équivalente à l’officiel.

En cette après midi du 30 juillet, nous retrouvons Xavier Thollard trio et Sébastien Llado sur la place de la cathédrale. Après la prestation solennelle de la scène du couvent, le trio + 1 se retrouve pour une prestation dans un lieu qui se prête à la fête.  Xavier Thollard a troqué le piano pour un Fender Rhodes détraqué et Sébastien Llado pose sa voix diphonique dans les accompagnements en plus de son trombone. Le concert débute par des standards (« I hear a Rhapsody ») pour s’échauffer et rapidement nous assistons à la version acidulée et funk des compositions du trio de Xavier Thollard. Le trio parvient à délier les liens qu’il a longuement tissés au cours de ces quatre dernières années et le tromboniste trouve une place plus prégnante dans cette nouvelle musique : le tromboniste interagit avec l’extérieur (un chien qui aboie ... de contentement ?), se nourrit du jeu obsédant du trio par des atmosphères décalées. Le trio lui répond par des envolées lyriques et électriques et Vincent Touchard, à la batterie, s’amuse à lui glisser des idées et le relancer. Un excellent concert, naturel et straight.

 

Christian.jpgChristian Toucas ©Lolita de Villers

 

CHINA et ELBASAN : CLASSE ET ENTHOUSIASME

Au couvent, le public est au rendez-vous: plus une place de libre. C’est le trio ELBASAN qui ouvre le bal. Composé de Thierry Vaillot à la guitare, Héloïse Lefebvre  au violon et Christian Toucas à l’accordéon, Elbasan est une invitation au voyage de l’Europe de l’Est au sud de la Méditerranée. Elbasan, c’est la passion des musiques tsiganes et manouches, l’amour des chants slaves, la chaleur andalouse, la vibration du Maghreb. Dynamique et rêveuse, mélancolique et envoutante, la musique du trio allie des compositions originales (composées par le guitariste) et une très grande classe artistique. Elbasan se caractérise par l'absence de basse, un son haut perché et l'utilisation abondante de métriques impaires. Les vocalises de Christian Toucas (des talas indiens) nous montrent le chemin rythmique à suivre pour se laisser emporter. La guitare survoltée de Thierry Vaillot et la quiétude de la violoniste Héloïse Lefebvre se confondent avec standing. Les deux forment un duo de belle stature. « Violon dingue » ou « Madrilène biguine » prouvent une fois encore que la musique est universelle. La chaleur sincère du trio Elbasan nous traverse et nous invite à l’empathie et la plus grande tolérance en cette période où la différence entre les peuples est nourrie par nos gouvernants et par quelques maladroits. Rassérénant et envoutant.

 

Heloise.jpg

Héloïse Lefebvre ©Lolita de Villers

 

C’est au tour de la chanteuse China Moses, fille de Dee Dee Bridgewater, et du quartet de Raphaël Lemonnier. China bénéficie d’une forte personnalité et une belle présence sur scène. Avec simplicité, elle le sait et en joue pour notre plus grand bonheur. China a du métier, son premier album date de 1996 : la scène, elle connait. Ce soir, elle incarne la chanteuse-cabotine obsédée par Dinah Washington (c’est China qui le dit !), la petite fille qui voudrait tant ressembler. Cela lui va si bien d’ailleurs. C’est donc à travers un hommage à Dinah Washington que China Moses explose sur scène. Tout le long de son concert, China ponctue sa prestation par des anecdotes croustillantes sur la vie de Dinah Washington, délurée et provocatrice. 

 

china1.jpg

Fabien Marcoz, China Moses, Raphaël Lemonnier ©Lolita de Villers

 

Glamour et distinguée, China est une chanteuse soul  et bluesy qui chante du jazz. Sur scène, sa voix éclate littéralement et Raphaël Lemonnier, qui a écrit les arrangements de son gala, a tout fait pour la mettre en valeur. Chacun y trouve aussi son compte: Daniel Huck au saxophone alto fait une entrée fracassante qui ravit le public, Robert Menière fait un beau solo de batterie en milieu de spectacle et Fabien Marcoz, probablement le meilleur contrebassiste bebop en France, prend son temps pour envouter le public de sa walkin’bass bluesy sur les paroles de la bavarde chanteuse. Oui, c’est un gala mais tendre et drôle!Tout le spectacle est mis en scène. Certes « Cry me a river » et « Call me irresponsible » nous paraissent un peu courtset légers mais l’engouement de la chanteuse, l’enthousiasme coquin des musiciens ne nous trompent pas : ils font plaisir au public et c’est bien là le résultat d’une soirée réussie. Pour terminer, Jazz au Couvent n'avait jamais réuni autant de monde pour une soirée de son festival!

 

 

China2

Daniel Huck, Robert Menière, Fabien Marcoz, China Moses, Raphaël Lemonnier ©Lolita de Villers

 

Quelques minutes plus tard, le bœuf commence, animé par le trio de Gaël Horellou le froudroyant saxophoniste alto, dont nous parlerons demain plus longuement. Après trois pièces bien enlevées, le trio est rejoint par Xavier Thollard, puis Sébastien Llado. Assez rapidement, les musiciens tournent sur scène, le guitariste Thierry Vaillot se met au Rhodes, alors que Daniel Huck donne la réplique à Horellou sur des standards.

P1000173Dunamis © Patricia Antona

 

Après une bonne heure de jazz, c’est le groupe togolais Dunamis qui occupe la scène pour une musique fusion/soul/afro beat complètement envoutante. Pour profiter de la vague togolaise, quelques musiciens, comme Géraud Portal  qui prend la basse électrique, se joignent à Dunamis pour terminer le bœuf à 3 heures du matin. Ce matin, le levée était tardif et difficile pour beaucoup (dont moi) mais le cœur plein de bonheur.

 

 

Jérôme Gransac

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 18:00

Soirée du 29 juillet 2010

 

  Copie de affiche version 10 juin 2010 JAC

Cervione, village qui fût le plus grand de Corse il y a 100 ans, se situe en Haute Corse. L'histoire de la commune est liée à celle des cerfs de la région de la Costa Verde. D’où son nom. Ce village a été la capitale de la Corse pendant six mois en 1736 lorsque le roi de Corse a élu domicile dans le village pendant une des périodes d’indépendance de l’Ile de Beauté. De par sa situation surélevée, Cervione surplombe la mer et c’est ainsi que les corses le surnomment  « le balcon de la mer ».

Depuis six ans, le village se met aux couleurs du jazz à l’initiative de Viviane et Tristan Loriaut, respectivement organiste classique et facteur d’orgues, dans le couvent Saint François à Cervione.

 

Cette année, l’ouverture du festival a lieu sur la place de la cathédrale Saint Erasme, habituellement destiné au festival Off. C’est la chanteuse corse Fabienne Marcangeli accompagné par la section rythmique des frères Philippe et Christophe Le Van et du guitariste David Dupeyre suivis du groupe togolais Dunamis (« puissance » en grec) qui déclenchent les convivialités devant 300 personnes ce mercredi 27 juillet.

Le lendemain, c’est le saxophoniste alto Gaël Horellou et son trio (Antoine Paganotti à la batterie et Géraud Portal à la contrebasse), en marge du festival, qui prennent la relève sur la place. Comme souvent, le trio est en totale communion et se donne sauvagement, aux confins de la transe bop et du swing. Tout sourire, le public de la rue se laisse envahir par la déferlante.

 

FLYING ANTS ATTACK !

En soirée, c’est au couvent Saint François que le jazz poursuit sa soirée avec deux trios de pianiste. Le premier est celui du jeune pianiste breton Xavier Thollard âgé de 27 ans(Youen Cadiou à la contrebasse et Vincent Touchard à la batterie) accompagné par le  tromboniste Sébastien Llado en invité. Le répertoire de la soirée est tiré de « Hoi An », deuxième album du trio qui joue ensemble depuis 2006, et une composition du tromboniste (« Hauts, Bas : Fragile »).

 

Cevione 1-1-1Xavier Thollard et Sébastien Llado ©Lolita de Villers

 

La formation joue en première partie de soirée et en une petite heure, qui paraitra bien courte, le trio + 1 déploie une musique avec une orientation pop et jazz, influencé par le trio qui a fait exploser Brad Meldhau. Ce genre de rencontre est toujours à risque : le trio affiche une belle convergence musicale et adopte des postures musicales travaillées et hautement maitrisées alors que le tromboniste s’immisce en électron perturbateur de la tournerie du trio. Ce soir-là, la mayonnaise prend. Il y a une confrontation entre la compacité du trio et la poésie rêveuse du tromboniste virtuose : la fraicheur de l’expérience prévaut et les âmes empathiques se trouvent.

Voilà qui devrait encourager ces quatre musiciens à poursuivre l’aventure.

 

Cevione-1-1-2.jpgYouen Cadiou ©Lolita de Villers

 

En deuxième partie, c’est au tour du trio « Flower Power » de Baptiste Trotignon (Diego Imbert à la contrebasse, Aldo Romano à la batterie) de jouer alors que des fourmis volantes attaquent à nouveau la scène ! Le trio reprend des tubes des années 70, agrémentée par quelques compositions de Trotignon et de quelques standards.

Autant le dire sans ambages, ce ne fut pas un grand moment de musique et pas le meilleur concert de ce trio.

On distingue nettement deux parties dans ce concert de qualité hétérogène sans qu’aucune des deux ne soit convaincante.

Les mélodies choisies pour le répertoire sont très belles. Bien évidemment. Mais à peine arrangées, un peu comme si le trio les interpérétait avec désinvolture, et jouées sans enthousiasme visible.

 

Cevione-1-2-1.jpgBaptiste Trotignon ©Lolita de Villers

 

 

On se souvient de « Mr Tambourine Man » de Bob Dylan avec un développement qui nous laisse sur notre faim ; « Melody Nelson » et « Je t’aime moi non plus » ont subi des transformations mélodiques (volontaires ?) qui nous ont  glacé le sang et c’est bien dommage. Tout le long de ce concert, nous avons senti Baptiste Trotignon un peu contrarié dans son jeu alors qu’Aldo Romano semble fatigué : son jeu mollasson, voire dégonflé, ne permet pas au trio de jaillir et, à plusieurs reprises, il écrase le tempo. Pour ne pas donner l’impression d’achever un cheval malade, nous devons reconnaitre à Diego Imbert une présence attentive et une inspiration réelle quand on lui en donnait l’occasion.

 

Cevione-1-2-2.jpgDiego Imbert et Aldo Romano ©Lolita de Villers

 

 

Après une version faiblarde de « Say It Ain’t So » de Murray head, le trio se relève en fin de concert avec « The End » des Doors avec un passage paroxystique aux frontières de l’improvisation libre pour ne pas dire free. Suit alors un medley dynamique au développement construit des compositions de Trotignon qui réveille enfin Aldo. Et pour cause, le trio termine par une belle composition  du batteur « Dreams and Waters ». Probablement conscient de sa petite prestation, le trio offre au public de Cervione deux rappels salvateurs où le trio joue vraiment : « Il Camino » de Romano et le standard des années 40 « Just In Time ».

 

Les plus courageux ont assisté à la jam-session dirigé par le trio Elbasan et accompagné par le saxophoniste togolais Koffi Assimadi et de Sébastien Llado pour une session endiablé et très créative. Ouf !


Jérôme Gransac

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 22:19

le 08 juillet (1/4)

 

C'est par 35° à l'ombre dans la ville, 45° sous les poiriers du chapiteau, que le trompettiste belge Greg Houben ouvre cette deuxième journée du festival. Il nous propose un aperçu de son disque " How Deep is the Ocean ", sur les traces de Chet Baker... que son père, le saxophoniste et flûtiste Steve Houben a bien connu. Dans le cadre d'un trio peu commun, composé du contrebassiste Sam Gertmans et du guitariste Quentin Liégeois, le trompettiste déroule de son souffle velouté de nombreux thèmes de Chet ( Daybreak, How Deep is the Ocean, For Minors Only...) ainsi que des compositions plus personnelles du guitariste, Django d'Or 2009,  et de lui-même. Il interprète également plusieurs chansons " à la manière de ... ", fort convaincantes, dont le rappel signé Tom Jobim qui nous entraîne dans la chaleur du Brésil... si proche de celle dans laquelle nous baignons aujourd’hui.

 

 

PA 92735

 

 

`18H30, Kurt Elling entre en scène d'un pas nonchalant, avec son élégance habituelle, tellement à l'aise, détendu, sûr de lui et de son charisme naturel. Entrée en matière musclée et d'emblée irrésistible avec une excellente version de Steppin'Out de Joe Jackson. Il semble que l'apport d'une nouvelle section rythmique, composée notamment du batteur Ulysse Owens, dynamise la force scénique du quartet. S'en est suivi une interprétation de Say it Over and Over Again ) sur un tempo très lent, affirmant ainsi son immense talent à travers la richesse et la maîtrise d’indéniables capacités. Rarement dans le jazz vocal, un chanteur aura, comme lui, utilisé sa voix comme un instrument à part entière. Ses déplacements imprévisibles dans les harmonies, avec une justesse et un à-propos implacables, captivent l'attention et entraînent dans des univers inconnus.  Arrivé sur le troisième titre, le guitariste John McLean nous gratifie de solos très inspirés. Nous ayant annoncé un ensemble de surprises composées de morceaux choisis à l’occasion d’un concert à  New-York avec Richard Galliano, il donne notamment une interprétation assez inattendue d'une pièce lyrique de Brahms, quelque peu dénaturée par un allemand aux accents de Chicago. Eventail en main, le " crooner " enchaîne avec un Nature Boy indolent qui évolue rapidement vers des tempos puissants propices à une impressionnante démonstration de scat se terminant par un dialogue enjoué avec le batteur, hilare. Laurence Hobgood prend la suite avec une éblouissante déclaration lyrique au piano. Le concert se conclut sur une version très sensuelle du Luiza de Tom Jobim, en portugais, laissant un public ( de tous âges ) sous le charme. Standing ovation. Rappel pour un duo avec son pianiste de toujours, avant de quitter la scène en envoyant des baisers à un public définitivement conquis par une prestation charmeuse mais néanmoins efficace, généreuse et sincère.

PA_92752.JPG

Le troisième concert de la journée est proposé par le duo du saxophoniste Pierre Vaiana et du pianiste Salvatore Bonafede. Bien qu'ils n'aient jamais enregistré chez ECM, leur musique aurait tous les arguments pour séduire Manfred Eicher. Cela nous évoquant d'emblée une filiation musicale « jazz nordique » sans renier pour autant d'évidentes racines siciliennes. En effet, le concert  intitulé " Itinerari Siciliani " nous emmène sur les routes italiennes. Les thèmes abordés au soprano, accompagné d'un jeu de piano étincelant, évoquent les ritournelles, le pittoresque et la truculence d'un cinéma italien en nous projetant comme par effraction dans les films d'un Comencini, d'un Risi, d'un Scola ou du duo Fellini-Rota. L'arrivée du contrebassiste Manolo Cabras, avec la souplesse et la  légèreté de son toucher, n'enlève rien au charme opéré, bien au contraire ! Tout en rigueur et en joie, les instruments se répondent dans un palabre où la flamboyance du saxophone réplique à la précision chirurgicale du pianiste et à la fougue du bassiste, dans des  morceaux inspirés des complaintes et des légendes anciennes, lançant ainsi des ponts entre la Sicile d'autrefois et le monde d'aujourd'hui. A noter, un étonnant chorus de Manolo. Cabras entrecroisant chant d'oiseaux et chant guttural sarde … brillamment suggéré à l'archet. Magique ! Ce trio de musiciens nous donne envie de poursuivre ce voyage avec eux, un verre d'Amaretto à la main, par une douce soirée à Taormine.

En fin de soirée, Ornette Coleman – vêtu ce soir de façon étonnamment sobre - entre en scène avec ses habituels complices, le contrebassiste Tony Falanga, Al MacDowell à la basse électrique et son fils Denardo à la batterie devant un chapiteau comble. Attaquant d'entrée par sa réécriture de l'ouverture du Sacre du Printemps, la dimension de la suite de la prestation était donnée : elle sera énergique, déstructurée à souhait, dans les arcanes de son concept d'"harmolodie". Combinaison d'harmonie et de mélodie pour les uns, absence des deux pour les autres, Ornette Coleman n'en demeure pas moins une figure majeure du jazz qui a bousculé les codes de ses prédécesseurs. Ses 80 ans n'enlèvent rien à son dynamisme en la matière, passant du saxophone à la trompette ou au violon dans une succession de courtes interventions bariolées. L'expression est vive, ardente et toujours provocatrice malgré une sérénité palpable. Sur chacun des titres joués, Tony Falanga lance le tempo, aussitôt relayé par la batterie du fils Coleman. Le jeu de contrebasse de Falanga, assez "classique", soutenu de manière décalée par les lignes de basse plus "actuelles" d'Al Mac Dowell, soulignent par leur contraste la modernité des intrusions déstructurées d'Ornette Coleman. Cela étant particulièrement audible dans son interprétation d'une des suites pour violoncelle de Bach, ou dans quelques standards jazz revisités. Donardo, fidèle à sa réputation, ne donne toujours pas dans la légèreté, mais finalement tout cela sonne de manière très cohérente. Le public en redemande : trois standing ovations. Au rappel, une dynamique interprétation de Lonely Woman, son plus grand succès, clôt avec brio cette seconde soirée.

 

le 09 juillet 10 (2/4)

Cette nouvelle superbe soirée commence avec un ensemble regroupant, autour du pianiste Christian Mendoza, quatre des meilleurs jeunes jazzmen belges actuels pour une musique héritière de celle d'Ornette Coleman, entendu justement hier. PA_92920.JPGBen Sluijs au saxophone alto et à la flûte, Joachim Badenhorst à la clarinette et au saxophone ténor, Brice Soniano à la basse et Teun Verbruggen à la batterie entourent Christian Mendoza, vainqueur  2008 du concours des Jeunes talents de jazz de Gent. Il est l'auteur de compositions où des plages très déstructurées alternent avec des moments mélodiques plus intimes, où un piano minimaliste entame un dialogue complice avec un batteur tout en finesse et recherches sonores. Le jeu de l'ensemble se resserre également dans des lignes mélodiques où chaque instrument s'exprime par petites touches pour créer un corps parfois désarticulé qui progresse lentement vers une reconstruction harmonique. Une musique puzzle dont l'auditeur perçoit mal ce qui est écrit de ce qui est improvisé, tellement tout semble être mûrement pensé auparavant. Une musique qui finalement parle plus à l'intellect qu'au coeur.

 

 

Ceux qui ne connaissaient pas encore le Vijay Iyer Trio pouvaient peut-être s'attendre à un concert " world " où le jazz flirterait avec la musique indienne. Ils ont pu découvrir qu'il n'en était rien tant les racines indiennes de Vijay Iyer sont peu présentes dans la musique qu'il compose. L'essentiel des titres joués ce soir sont issus de sa dernière production " Historicity ", enregistrée l’année dernière chez ACT, avec ces mêmes musiciens qui l'accompagnent ce soir : Stephen Crump à la basse et Marcus Gilmore à la batterie. Ils développent dans un bel ensemble soudé une longue conversation fluide et riche, emplie d'une énergie et d'une puissance physique où le groove du batteur répond au duo fusionnel que forment un pianiste complexe et nuancé et un bassiste qui transpire sa musique. Les prouesses empreintes de maturité de Marcus Gilmore ont de quoi surprendre de la part d'un batteur de 24 ans, sauf de savoir qu'il est le déjà digne héritier de son grand-père, Roy Haynes.  Les notes semblent virevolter autour de thèmes d'une extraordinaire densité, transportant l'auditeur vers ses propres rêves, le rendant complice en l'intégrant à ce jeu qui paraît pourtant si simple et limpide. Cette invitation est baignée d'une telle humilité, d’une telle générosité, qu'on en oublie l'incroyable richesse technique déployée dans cette musique. Les rythmes concoctés par Vijay Iyer sont acrobatiques, montant crescendo vers des sommets électriques pour s'épanouir dans des solos endiablés. Mais l'écoute complice tissée au fil du temps les amène imperceptiblement à soutenir avec douceur les chorus que chacun exécute. Cela illustre qu'avec coeur et générosité la musique peut être recherchée et moderne sans pour autant être rébarbative. Le public, conquis, ne s'y est pas trompé. Standing ovation méritée !

 

Puis vint l'évènement de la soirée : le Freedom Band de Chick Corea composé de Kenny Garrett, Chris McBride et du légendaire Roy Haynes ! Au menu : standards west coast, bop et hard-bop revisités par le génie et l'énergie facétieuse du maestro. A l’image d'une scène de jazz club, la formation était regroupée serrée au centre du large podium du festival. Complicité et proximité affichées avant même les premières notes lancées. La manière relax et joviale que Corea arbore dès les premiers accords fait toujours plaisir à voir et nous invite avec ses acolytes à participer au jeu et à vibrer avec eux. Magnifique Monk’s Dream où vient s’inviter le thème d’All Blues. Kenny Garrett, très à l'aise dans cette formation, est éblouissant à chacune de ses interventions, allant au bout de lui-même, aux limites de son idée créatrice et en en montrant chacune de ses facettes. McBride en métronome implacable balance des chapelets de notes lumineuses que souligne le swing implacable des cymbales d'un Roy Haynes plus jeune que jamais. Corea observe et ponctue en permanence, le sourire aux lèvres et le regard malicieux. Plus que jamais, il incarne la virtuosité transcendée et le plaisir communicatif de jouer. Un dernier titre hard bop ( Steps ! ) est prétexte à un incroyable solo de Roy Haynes, totalement déchaîné... laissant presque craindre pour son coeur ! Même pendant le salut au public il continue, debout, à frapper de ses baguettes cymbales et grosse caisse à la grande joie du public. Au cours du rappel, Jean Pierre de Miles Davis, Chick Corea vient prêter main forte à Roy Haynes à la batterie, McBride prenant les commandes du piano. Puis tout bascule, dans une incroyable et inattendue jam session où, sortis de nul part, se succèdent et se relayent aux instruments Hiromi, Ruslan Sirota et Ronald Bruner Jr ( qui joueront demain avec Stanley Clarke ), Vijay Iyer et ses musiciens  ( dont le petit-fils de… ), sous la conduite d'un duo funky Garrett-McBride pour finir à genoux dans une version délirante et inoubliable du Sex Machine de James Brown ! Le public en liesse chante et scande, à la demande de McBride, des " Roy Haynes " et des " Chick Corea " à  n'en plus finir … Mémorable ! N'est-ce pas là l'expression même d'un véritable " Freedom Band ", libre de faire ce que bon leur semble, selon l’humeur du moment... en l’occurrence très festive et digne d’une époque qu’on pensait définitivement révolue ! Il paraîtrait même que cette " folie " se soit prolongée jusque tard dans nuit, au jazz club de l’hôtel. PA_93096.JPG

 

 

le 10 juillet10 (3/4)

 

Cette avant-dernière journée de notre séjour a commencé de manière fort sympathique avec la formation du jeune guitariste américain Julian Lage, accompagné de Daniel Blake au saxophone, Aristides Rivas au violoncelle, Jorge Roeder à la contrebasse et Tupac Mantilla aux percussions. D'un touché vif, précis, joyeux, il s'invente un folklore très personnel à partir d'une multitude d'autres, intégrés, digérés et partagés. Cet ensemble laisse entendre des sonorités irlandaises, flamenca, méditerranéennes, brésiliennes … pour créer une culture urbaine d'une modernité évidente, où les influences de la pop, du classique et du jazz rencontrent celles des grands espaces du cinéma hollywoodien. Julian Lage possède, à un niveau rare, la qualité technique nécessaire à l'écriture d'une musique complexe mais toujours accessible, ludique et très agréable à l'écoute. Vu il y a 5 ans à Jazz à Vienne en sideman de Gary Burton, son évolution est impressionnante et laisse augurer un avenir radieux. Ce jeune artiste, à l'allure d'étudiant sage quitte la scène, impressionné par l'accueil d'un public conquis, qu'il salue avec humilité.

 

PA_93426.JPGComme un prolongement du concert de Chick Corea d'hier, s'ensuit la prestation d'un autre   fondateur de l'incontournable Return to Forever :  Stanley Clarke. Celui-ci s'est entouré de jeunes musiciens américains auxquels s'est jointe la jeune pianiste japonaise, protégée d'Ahmad Jamal, Hiromi (accompagnant elle-même Chick Corea dans très beau Duet sorti en 2009 chez Concord). Sous des airs de Tiger Wood à casquette, il enchaîne thème après thème entre basse électrique et contrebasse. A la différence de la formation de Corea d'hier où chacun contrôlait parfaitement son domaine dans le cadre de l’ensemble, la fougue de la jeunesse semble ce soir devoir l’emporter sur la juste mesure. Des déferlantes de notes s’abattent tout au long d’une playlist par trop prétextes à des concours de vitesse et de technicité. Il semble que ces jeunes lions ( et lionne ) soient difficiles à dompter, même par un des chefs de file ( de clan ) du jazz fusion des 80's. Les trop rares moments soft de ce feu d'artifice sonore nous laissent heureusement entrevoir l'étendue du registre pianistique et de la musicalité de Hiromi. Après une version musclée de Goodbye Pork Pie HatSpanish Fantasya été pour elle l’occasion d'un admirable solo, énergique et percussif. L'enchaînement de Ruslen Sirota fut beaucoup moins attractif car quelque peu dépassé par sa vélocité et l’emballement de son jeu. Idem pour la partie batterie, excellente au demeurant mais souvent confuse, manquant de maturité et de retenue. Le concert se termine sur un imposant Schooldays. Prestation d’ensemble à l'américaine qui a de quoi séduire mais ne restera pas forcément dans les mémoires.

 

Autre légende du jazz présente sur ce festival : l'irremplaçable harmoniciste Toots Thielemans, ce soir dans sa formation historique avec le pianiste Kenny Werner et le guitariste Oscar Castro-Neves.  Il est évident que nous ne pouvions nous attendre à découvrir des nouveautés. L'heure n'est plus à cela, mais aux regards sur le passé, aux souvenirs, aux hommages… Sous l’oeil facétieux et rieur de Toots se succèdent des standards de Gershwin ( I Loves you Porgy, Summertime ), de Tom Jobim ( Saudade ), de Chico Buarque ... Ces musiciens aguerris nous font entendre qu'il ne leur est nullement nécessaire de rajouter des notes aux notes pour exprimer leurs sentiments et nous dévoiler leur univers musical. Simplicité, musicalité, efficacité. Kenny Werner campe l'étendue de son absolu sens mélodique lors d'un medley de musiques de Sinatra. A plusieurs reprises, il enrobe les notes d’harmonica par de douces nappes électroniques qui les rendent encore plus aériennes. Un Water of March  tout en émotion est propice à de belles interventions bossa d'Orcar Castro-Neves. S'en suivirent deux touchants hommages, l'un à Bill Evans nous rappelant le magnifique Affinity, l'autre à Charlie Chaplin par un Smile poignant. Tout cela vibrait de nostalgie, voire par moments de tristesse, en particulier lors de l'émouvant What a Wonderful World  de Louis Armstrong, au rappel.

 

 

Dernière journée de notre séjour à Gent. Température toujours aussi caniculaire. Les rangs sont plus clairsemés que la veille … l'effet finale de Coupe du monde, avec une rencontre Espagne / Pays-Bas A peine deux mois après les 80 dates ( ! ) de sa tournée Orchestrion, Pat Metheny nous revient cette fois-ci avec son Group pour nous livrer quelques-uns des standards de son propre songbook. Comme à son habitude, il subjugue son public de fans aux premières notes de Are you Going With MeHave you HeardLast Train Home, Question and Answer, Phase Dance, Song for Bilbao ... ou lorsqu'il saisit sa guitare Pikasso pour un titre acoustique d’une grande finesse. L’homme a du métier. Cependant, la magie n'opère qu'à de rares moments. Pour avoir vu ses précédents projets, il apparaît nettement plus perspicace lorsqu'il présente des nouveautés sur scène que lorsqu'il y rejoue uniquement ses standards, certes magnifiques, mais dont la fréquence et la répétition au fil des ans fini par les vider de leur substance. Les seuls morceaux qui semblent susciter l'engouement du Group figurent encore parmi ses plus récentes production, comme ces extraits de The Way Up, laissant place à des envolées lyriques bien plus originales et captivantes que celles des pièces maintes fois jouées. Dans l’ensemble, tout cela manque cruellement de cœur et d’échange avec ses acolytes et son public. D'autant qu'à part Antonio Sanchez, toujours aussi brillant et inventif, les accompagnements sans grand relief de Lyle Mays et Steve Rodby ne l'ont pas beaucoup aidé... Peut-on imaginer une certaine lassitude, une fatigue due aux successions de tournées ( 250 concerts par an, en moyenne ! ) qui l'empêchent de se ressourcer et nuisent à son inspiration sur scène ? Mais... Pat Metheny peut-il vivre sans tourner ?

 

Ainsi s’achève cette excursion au cœur des Flandres et d’une ville très agréable et pittoresque, pour la partie jazz de ce festival de renom qui n’a pas failli, cette année encore, à sa réputation.

 

                                                                      

 

 


Textes : Delphine Delalande

Photos : Patrick Audoux

 

 

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