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25 septembre 2021 6 25 /09 /septembre /2021 10:48
PASSAGE  à MARSEILLE, aux EMOUVANTES, septembre 2021.

PASSAGE à Marseille aux EMOUVANTES (Suite)

 

Festival Les Emouvantes - Marseille (festival-emouvantes.fr)

Ce festival marseillais si singulier a changé plusieurs fois de lieu, du Cabaret aléatoire (il portait bien son nom) dans l’ancienne usine Seita de la Belle de Mai, devenue l’une des friches industrielles réussies, avant de trouver “son site”, la chapelle baroque des Bernardines jouxtant le grand lycée marseillais des classes prépas entre autres, le lycée Thiers où étudièrent conjointement Marcel Pagnol et Albert Cohen. Après des péripéties dignes de la cité phocéenne, le festival des Emouvantes a dû se replier au dernier moment, juste un peu plus haut sur la colline, place Carli au Conservatoire de Région Pierre Barbizet, accueilli, hébergé par le nouveau directeur, le saxophoniste Raphael Imbert.

Façade XIXème du CONSERVATOIRE place Carli

 

Jeudi 23 et Vendredi 24 Septembre

 

Notre ami Xavier Prévost a rendu compte finement des deux concerts de la soirée de jeudi, la vision personnelle de l’opéra de Laurent Dehors et la relecture de certaines de ses compositions par le pianiste Jean Marie Machado en quartet MAJJAKA ( “phare” en finlandais).

 

MAJJAKA JEAN MARIE MACHADO QUARTET

Jean-Marie Machado : piano & compositions
Jean-Charles Richard : saxophones
Vincent Ségal : violoncelle
Keyvan Chemirani : percussions

Des pièces  sont reprises, retravaillées, elles ont pour nom “Um vento leve”, “Les pierres noires”, “la lune dans la lumière” ( titre particulièrement adapté, après la nuit d’équinoxe du 22 septembre), “Slow Bird”. Ces titres sont suffisamment poétiques pour nous entraîner dans une séquence imaginaire de voyage, autant lusitanien que breton, scandinave évidemment où la musique conduit la promenade au phare! Des tableaux sonores où résonnent, enflent les saxophones de Jean Charles Richard au soprano et baryton, le violoncelle de Vincent Segal et les duos percussifs de Keyvan Chemirani avec le piano préparé du leader, dans la bibliothèque Billioud aux lambris acajou, aux étagères vidées des livres.

Ancienne entrée rue de la Bibliothèque

C’est à la fin de la soirée suivante, après deux séries de concerts intenses, à 19h et 21h, que je m’interroge sur les passages possibles, la démarche souvent opposée mais en un sens complémentaire entre La petite histoire de l’Opéra, opus 2, revue et corrigée à la façon de Laurent Dehors avec sa troupe de fidèles ( ils ne sont que six mais assument brillamment toutes les fonctions d’un grand orchestre) et le programme ambitieux, assez inattendu de David Chevallier Emotional Landscapes, en septet, sur des chansons de la star islandaise Björk croisées, intercalées de thèmes baroques joués sur instruments d’époque!

UNE PETITE HISTOIRE DE L'OPERA, OPUS 2

LAURENT DEHORS

 

Tineke Van Ingelgem : voix
Laurent Dehors : saxophones, clarinettes, guimbarde, cornemuse, direction musicale, compositions & arrangements
Michel Massot : tuba & trombone
Gabriel Gosse : guitare, guitare électrique 7 cordes, banjo, batterie & percussions
Matthew Bourne : piano, piano préparé
Jean-Marc Quillet : marimba basse, vibraphone, xylophone, glockenspiel, batterie

Je suis depuis longtemps le travail de cet énergumène qui a nom Laurent Dehors et de sa compagnie Tous Dehors, incluant sa participation au grand format du Mégaoctet d'Andy Emler avec le contrebassiste Claude Tchamitchian, fondateur et directeur artistique des Emouvantes avec Françoise Bastiannelli.

Quel diable d’homme, ce Normand poly-instrumentiste qui joue de la guimbarde, de la cornemuse, avec autant de jubilation que des clarinettes et saxophones. Mais il n’est jamais meilleur que quand il canalise sa folie, se livrant à un dérèglement des sens tout à fait contrôlé : il détourne des thèmes connus, standards ou arias dans une démarche volontiers démocratique, rendant la musique savante et sérieuse accessible au plus grand nombre. Il s’empare de tous ces airs connus avec délectation et les transforme sans en perdre le suc, “la Reine de la Nuit” de la Flûte enchantée, une trilogie de Carmen avec “la Habanera”, l’air des enfants, "la garde montante" “Nous sommes les petits soldats”, “l’Amour est enfant de Bohême”, mais il va voir aussi du côté de “La Mort de Didon” de Purcell, la Toccata de l’Orfeu de Monteverdi au balafon qui commence le spectacle, Lully et son tube des “Indes galantes”, Vivaldi …

Avec sa géniale équipe de déjantés (l’impayable Jean-Marc Quillet, aux différentes percussions, Gabriel Gosse à la guitare électrique, au banjo et à la batterie, l‘émouvant Massot au sousaphone et trombone, Laurent Dehors évidemment à la flûte à bec rose plastique, Matthew Bourne au seul piano mais suffisamment préparé), il nous enchante. Car tous chantent (plus ou moins bien) avec la formidablement drôle et aventureuse soprano Tineke Van Ingelgem, Castafiore flamande allumée et allurée, éblouissante quand elle tente de résister au fracas de l’orchestre ou quand elle se lance dans un rap en jouant des prunelles. J’ai une seule réserve, j’aurais tellement aimé entendre sa belle voix sans micro, mais dans une salle non adaptée où tourne rapidement le son, avec ses petits copains qui tapent dur, que faire?

J’ai pensé soudain à Rossini et à une émotion éprouvée un soir, tardivement, en comprenant, après une captation de l’Italienne à Alger, comment le compositeur, horloger maniaque, à la mécanique diabolique, était semblable en sa folie à la théâtralité de Georges Feydeau.

Et la version débridée mais très juste de la fameuse “Danse symphonique” du West Side Story de Berntein, valait bien le mambo échevelé du jeune orchestre vénézuélien de Gustavo Dudamel. L’intervention de Dehors rendait la musique dans ses nuances, tout en ayant transformé dans une version bizarre, le thème initial. De toute façon, de la version de Broadway à celle du film de Robert Wise, sans oublier la tentative intéressante du maestro lui même dirigeant les grands chanteurs lyriques Kiri te Kanawa et José Carreras dans les rôles principaux, on mesure l’écart que l’on peut faire faire à une partition. Plus de barrières entre les styles et les genres, un décloisonnement recherché passionnément.

 

DAVID CHEVALLIER SEPTET EMOTIONAL LANDSCAPES

David Chevallier : Direction, théorbe, guitare baroque & arrangements
Anne Magouët : soprano
Judith Pacquier : cornet à bouquin & flûte à bec
Abel Rohrbach : sacqueboute basse
Volny Hostiou : serpent & basse de cornet

Martin Bauer : basse & dessus de viole
Keyvan Chemirani : zarb & daf

 

Laurent Dehors adopte cette démarche particulière, politique au sens noble, avec la volonté de tout mêler, formes et instruments, de les travailler de façon à faire entendre la voix dans tous ses états et de rendre sa musique inclassable. Le travail de David Chevallier n’est pas inclassable mais il a une science particulière de l’arrangement ( bon sang ne saurait mentir, son père, Christian Chevallier était un orfèvre en la matière, dans un tout autre style, musicien de jazz, travaillant pour la chanson ou les musiques de films).

David Chevallier se passionne pour la musique ancienne baroque depuis une quinzaine d’années, tout en étant capable de jouer de la guitare jazz électrique (ou non) et de revoir à sa façon les Standards de jazz. Mais ici, en compagnie de sa femme, la chanteuse soprano Anna Magouët et de formidables comparses, il reprend fidèlement les thèmes baroques dans leur version princeps. Avec ces curieux instruments, originaux à tous les sens, comme les cuivres étonnants et puissants du cornet à bouquin et de la sacqueboute basse, sorte de trombone coulissant, ou de la basse de cornet. Mais différence majeure avec la musique de Dehors, tous les instruments jouent leur rôle attendu sans être déplacés, bouleversés dans leur fonction. Des alliages qui sonnent magnifiquement avec les percussions sur peaux et fûts de Keyvan Chemirani ou le théorbe au long cou, manche manoeuvré avec dextérité par le guitariste leader qui jouera aussi de sa guitare baroque.

N’étant aucunement spécialiste de baroque ni même de la musique de Björk, je ne peux qu’écouter avec attention, ce mix curieusement cousu, qui ma foi, raisonne et résonne. Regard plus qu’intéressé par les formes bizarres de ces instruments d’époque-il est essentiel là encore de voir les musiciens jouer, en s’appropriant l’espace difficile de la bibliothèque aux rayonnages vides, où le son tournoie ( prodige des ingé-son comme Gerard de Haro la veille avec Majjaka).

David Chevallier aime la musique et les compositions de la chanteuse islandaise, il est tombé sous le charme de son album Vespertine et de différents tubes que je reconnais, comme “Bachelorette” de l’album Homogenic.  On aura aussi “Unravel” de l’album éponyme, “Isobel” à la guitare baroque, “Who is it?” que le compositeur arrangeur croise avec Monteverdi ou Purcell “Ode à Sainte Cécile” (la patronne des musiciens). Le rappel sera poétique avec “Sun in my mouth” d’après des paroles de E.E.Cummings. Etrange expérience donc à laquelle nous avons assisté avec un public aux anges, manifestement venu pour entendre les baroqueux à l’oeuvre.

 

CREATION  QUARTET MOLARD/CORNELOUP ENTRE LES TERRES

Jacky Molard : violon & composition
François Corneloup : saxophone baryton & compositions
Catherine Delaunay: clarinette
Vincent Courtois : violoncelle

Et en cette soirée de week end, on débutait avec le quartet de Corneloup/ Molard, dédié à la musique celte, bretonne bien sûr mais aussi cousine, irlandaise et teintée comme dans tous les folklores, d’influences diverses, ici quelques effluves balkaniques. Gigues, danses trad, et cet éblouissant “Plinn de la mort” final, danse macabre qui fait frissonner et transporte dans l’Ankou des Bretons traduit dans les monuments funéraires, les enclos paroissiaux sculptés dans le sombre granit.

J’ai tout de même été sensible à l’une des compositions de François Corneloup “le Guerz d’autre part”, lui aussi étranger à la celtitude de par ses origines mais qui se saisit d’une mélodie lente bretonne et la tourne à sa façon. Des pièces qui s’enchaînent inexorablement, frénétiques dans la transe qu’elles procurent, échevelées avec les crins des archets du violon de Jacky Molard et du violoncelliste Vincent Courtois. Répondant en contrepoint à la basse du baryton, la clarinette de la toujours impeccable Catherine Delaunay nous entraîne dans le pays marin, envolées d’oiseaux dans la brume marine, loin de la cité phocéenne, notre port d’attache. Mais avec ces musiques diverses, on embarquait vers d'étranges contrées musicales, des pays lointains, “hic et nunc” jouant volontiers à aller se perdre dans “autrefois et ailleurs”. Il est tout de même assez remarquable d’entendre des musiques originales, plus forcément “actuelles” au sens premier, retravaillées aujourd’hui, réarrangées d’après des partitions d’un autre âge.

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 septembre 2021 5 24 /09 /septembre /2021 23:07

Escapade marseillaise pour le chroniqueur, et plongée dans les deux premiers jours (22 & 23 septembre 2021) du festival 'Les Émouvantes'. Année compliquée, après l'édition 2020 qui proposait des duos et un solo issus de la programmation conçue autour des imaginaires. Cette année nous retrouvons les groupes au complet, et la musique telle qu'elle a été conçue. En mars le festival a connu des sueurs froides : le Théâtre des Bernardines, qui l'avait accueilli jusque là, déclarait forfait pour cause de travaux. Providentiellement Raphaël Imbert, nouveau directeur du Conservatoire Pierre Barbizet, a proposé pour les concerts ses locaux. Depuis plusieurs années les Master Classes du festival se tenaient déjà en ces murs.

C'est donc le cœur léger que le chroniqueur sortait de la Gare Saint Charles, admirant la Cité Phocéenne sous le soleil de (et du) midi. Direction le conservatoire Pierre Barbizet, pour découvrir les lieux pendant la balance du quartette de Jean-Pierre Jullian.

Et à 19h, c'est la salle Billioud, ancienne bibliothèque, qui accueille «Chiapas II», une création de Jean-Pierre Jullian qui conclut un triptyque consacré à cet état du Mexique, aux luttes politiques qui s'y déroulent, et à l'imaginaire qui s'y déploie. Le batteur est entouré de Guillaume Orti aux saxophones (alto & baryton), Étienne Lecomte aux flûtes (flûte traversière en do & flûte basse), et Tom Gareil aux vibraphone et marimba.

La musique mêle écriture (riche, serrée et d'une très grande qualité) et improvisation. Les solistes font merveille : Guillaume Orti, qui m'épate depuis maintenant plusieurs décennies, Tom Gareil, mêlant fougue et sobriété avec intelligence, et Étienne Lecomte, que je découvre. Le flûtiste manifeste une grande maîtrise des modes de jeu les plus variés, avec une grande pertinence musicale et une indiscutable inventivité.... La musique évolue à partir de segments répétitifs vers ces effervescences dont le jazz a le secret. C'est formellement très convaincant, et c'est profondément vivant : le jazz, en somme !

 

À 21h le concert se tient à l'étage du dessous, salle Henri Tomasi. Il accueille le trio de la flûtiste, vocaliste et compositrice Naïssam Jalal. Le trio, et son programme, s'intitulent «Quest Of The Invisible». Leonardo Montana est au piano, et Claude Tchamitchian à la contrebasse. La musique se déplie autour de l'invisible : mystique ou sacré, qu'il s'agisse de foi ou d'art, mais aussi de tous les sentiments humains qui construisent la relation à autrui, à la nature, au monde.... Intensité de la musique et de son interprétation, bel espace donné à ses deux partenaires, expression vraiment collective. On se sent un peu en lévitation, entre paradis perdu et espoir retrouvé dans la relation humaine : on est ensemble, dit la musicienne au public pour conclure. C'est beau comme une utopie quand elle se réalise.

Le lendemain, 23 septembre donc, la salle Billioud accueille le quartette de Jean-Marie Machado et son programme «Majakka». Il l'a enregistré sur un disque éponyme publié au début de l'année. C'est une relecture par le pianiste de certaines de ses anciennes compositions, tendance lyrique et mélancolique. Il s'est entouré d'orfèvres en art musical, élaboré autant qu'expressif : Jean-Charles Richard aux saxophones (baryton & soprano), Vincent Ségal au violoncelle, et Keyvan Chemirani au zarb et autres percussions. La musique circule, les rôles se déplacent, tous solistes, tous accompagnateurs stimulants. Les improvisations sont bluffantes, l'énergie est explosive, et dans les moments de recueillement, c'est beau comme du Schubert. Grande classe !

À 21h, translation du public, après une pause à la buvette-restauration, vers la salle Henri Tomasi. Finis la rigolade et les émois d'esthètes : ici l'on tacle et l'on cogne, on passe à la moulinette l'histoire de l'Opéra, avec le consentement de la soprano Tineke Van Ingelgem, figure remarquable de la scène opératique européenne.

Laurent Dehors, compositeur-arrangeur et multi-instrumentiste (clarinettes, saxophone, cornemuse, guimbarde, etc....), a dessiné le second volet de sa «Petite histoire de l'opéra». Il est entouré de ses complices de longue date : Jean-Marc Quillet (percussions à claviers et autres instruments), Michel Massot (trombone et soubassophone), et de partenaires réguliers depuis quelques temps déjà : Matthew Bourne au piano (et piano préparé) et le jeune Gabriel Gosse (guitare, banjo, batterie, percussions à claviers....

Monteverdi, Bizet, Vivaldi, Purcell, Donizetti, Bernstein et Mozart sont métamorphosés en objets musicaux 'désindentifiés' : c'est vivant, malin, 100% musical et assez pataphysique. La soprano fait merveille, même si l'acoustique de la salle, rétive à la sonorisation d'un tel tohu-bohu, ne l'aide pas toujours. On passe par un hypothétique opéra flamand (partition du directeur musical, livret de la cantatrice) qui tourne au rap, et cela finira en apothéose avec un air de La Flûte enchantée version free punk : jouissif !

Les jours suivants, le festival accueillera François Corneloup/Jacky Molard, David Chevallier, Christophe Monniot/Didier Ithursarry et Caravaggio Quartet. Sophie Chambon vous en donnera d'autres échos.

Le chroniqueur, heureux, a salué une nouvelle fois, dans une lumière différente (8h30, avant le TGV 6112 de 9h02), le parvis de la Gare Saint Charles. Arrivé à Paris Gare de Lyon, sur le quai, une drôle de surprise : des malabars harnachés opérant pour une société privée contrôlent les 'pass sanitaire' (on aurait donc voyagé avec des gens non vaccinés ni contrôlés ?). Malabars très polis (bonjour madame-bonjour monsieur), mais cette fantaisie militaire pré-fascisante fait un peu froid dans le dos....

Xavier Prévost 

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6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 08:12
TREMPLIN JAZZ D’AVIGNON 29ème édition, retour au cloître des Carmes

 

Tremplin  Jazz d'A vignon, 29ème édition, retour au cloître des Carmes.

 

Accueil | Avignon Jazz (tremplinjazzavignon.fr)

 

On n’y croyait plus, après une année blanche due à cette terrible pandémie, et une crise sérieuse au sein de l’association, cette reprise est providentielle. Cette manifestation sudiste si chaleureuse organisait chaque année un concours européen intercalé dans un festival de jazz, au début du mois d'août, hors des hordes théâtrales. C’est à ce moment que l’association du Tremplin Jazz propose dans le cadre exceptionnel du cloître des Carmes, concerts et tremplin européen. Moins prestigieux que la Cour d’Honneur, certes, ce lieu de concert en plein air est idéal pour sa jauge raisonnable et son acoustique servie par un sonorisateur et un éclairagiste à l’écoute du lieu et des musiciens.

Le Tremplin reprend donc sa belle aventure en 2021, sans le festival hélas, soutenu par l' équipe de bénévoles que l’on retrouve et que j'aimerais tous citer, des chauffeurs ( Dominique, Serge) aux photographes ( Claude, Marianne, Sylvie), du catering ( Cyrille...) toujours fidèles, en dépit des années, des inévitables et sérieux problèmes d’organisation, entourés de partenaires qui ne sont pas moins engagés à faire repartir la machine. Une générosité de l'accueil exemplaire, voilà l'une des composantes de marque de cette manifestation que soulignent tous les candidats, ravis de se retrouver dans la cité papale et de jouer dans de telles conditions.

A nouveau sur le pont, Michel Eymenier, l’un des membres fondateurs en 1992, avec Jean Paul Ricard, fondateur de l’Ajmi .... en 1978 et Alain Pasquier, le troisième homme, saxophoniste. 

Rappelons que six groupes européens entrent en lice pour avoir le privilège d’enregistrer un album au studio de La Buissonne de Gérard de Haro et de Nicolas Baillard. Cette année encore le Tremplin va jouer son rôle de révélateur de talents. Des propositions différentes, des univers musicaux qui s’exaltent avec les conditions du live, toujours exceptionnelles. Des groupes déjà professionnels, très matures, dont les recherches musicales  cohérentes répondent à une ligne assumée, souvent originale.

Programmation 2021 | Avignon Jazz (tremplinjazzavignon.fr)

 

Lundi 2 août, 20H30, Cloître des Carmes.

 

NOE CLERC TRIO ( France )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le jeune accordéoniste Noé Clerc, encore auréolé du prix d’instrumentiste à La Défense, en juin dernier, installe en cette heure bleue, alors que la nuit prend son temps pour tomber, dès les premières notes de sa composition “Arapkirbar”, cette atmosphère intimiste de Secret Place, le tout récent et premier cd de ce jeune trio (2018) sorti chez No Mad Music. Le trio travaille et raisonne couleurs, des couleurs de porcelaine qui vont s’intensifier avec l’entrée de la rythmique, Clément Daldosso et Elie Martin Charrière, jeune batteur bourguignon ( lire le portrait toujours sensible de Pascal Anquetil sur Tempo du Centre Régional du Jazz en Bourgogne )
https://tempowebzine.fr/elie-martin-charriere/ 

Si l’accordéoniste a été adoubé par Vincent Peirani, directeur artistique pour Secret places, c’est le saxophoniste Pierrick Pédron qui a reconnu le talent du batteur, l’engageant dans son dernier quartet; le batteur fait encore partie du deuxième volet, français de l’aventure Fifty Fifty, qui sort en octobre sur le label Gazebo.

On part dans les Balkans, avec ces musiques "trad" inspirées d’Arménie et de mer noire, de Bulgarie dès ces “Premières pluies” et “Faces of the river”. Les compositions de l’accordéoniste, travaillées de près, sont mélodiques, dépaysantes, d'une certaine continuité thématique, accrocheuses, entraînantes comme le sont les bonnes musiques de films : soufflantes harmonies, envolées de l'accordéon en cette année Piazzola, force sereine de la rythmique, ça fonctionne!

Le changement de plateau fournit une pause bienvenue pour échanger nos premières impressions : nous sommes tellement heureux de retrouver l’écrin du Cloître des Carmes, cette jauge parfaite sous la nuit qui remue tous ces souvenirs (de vingt années pour moi). Le Tremplin a bien commencé.

 

STRUCTUCTURE (ALLEMAGNE)

Non, ce n’est pas une coquille, mais le nom de scène de ce quartet allemand de l’école de Cologne qui va, une fois encore, montrer l’efficacité des jeunes musiciens d’outre-Rhin, champions d’un syncrétisme musical parfaitement maîtrisé!

Emmené par le contrebassiste Roger Kintopf, si la rythmique assure, posant un socle souple et flottant, l’étonnement admiratif qui va gagner l’ensemble du jury provient de la façon dont les deux saxophonistes se répartissent le jeu, en des interventions et des unissons impeccables qui n’en sont presque plus, tant ils font glisser, attrapent en vol et échangent leurs flux. Une telle osmose est exceptionnelle! Une musique riche d' influences parfaitement maîtrisées qui vont peut être voir du côté de Shepp années soixante, du Rova Saxophone quartet, d'Ellery Eskelin selon Franck Bergerot . Des interventions maîtrisées qui ne sont jamais gratuites, un interplay intelligent et poétique, une circulation parfaite pour une musique contemporaine. On décèle ce qui manquait aux Français précédents, une musique qui flotte élégamment, respire au sein d’une structure jamais rigide, une tension tout en souplesse de la rythmique . La concentration est absolue, les egos s’effacent derrière la recherche sonore.

Les compos sont remarquables, on retient le nom de la deuxième, pourtant peu porteur, “Parch Fathoms” ou “Damn morning coffee”. Et puis quelle aisance "pro" de  la part de ces jeunes instrumentistes pour présenter leur groupe : avec talent, le jeune altiste, danois d’origine, Asger Nissen s'interrompt sans arrêter pour autant la dernière composition, pour représenter la formation.

  (Marianne MAYEN)

On sait déjà qu’aucun de ces quatre musiciens ne peut avoir le prix du meilleur instrumentiste tant ils avancent ensemble, soudés pour faire vivre leur collectif. Un “nous” fédérateur, totalement complice qui ne rejette ni ne met personne en avant. On les suit sur leur chemin singulier d'une envoûtante légèreté, aux arrière-plans apaisés. Assurance, intelligence, inventivité, raffinement. Des épithètes laudateurs mais vérifiez sur Cd....

https://www.youtube.com/watch?v=bcRmNUu3rn0

 

MALSTROM (ALLEMAGNE)

On sait déjà que la suite va être difficile après l’éblouissement du deuxième groupe; et pourtant on n’est pas au bout de nos surprises quand déboule le troisième groupe, un triangle vite explosif dans la lignée des "power trio", avec un saxophoniste “multi tâches” selon l’expression d’un des membres du jury qui doit contrecarrer la puissance de feu d’un tout petit guitariste à l’allure aussi improbable que spectaculaire. S’il n’est pas la réincarnation du bassiste de Z.Z Top, il le rappelle furieusement, avec une gestuelle toute personnelle, parfois entravée par sa barbe . Pour le reste, il a une curieuse guitare baryton à 8 cordes et il en tire des sons aussi puissants que subtils! On pourrait presque dire que sa musique ne ressemble pas tout à fait à son allure. On peut entendre des effluves King Crimsoniennes mais ce serait réducteur que de le comparer à un guitar hero ou même à Zappa, qu’il m’avouera aimer infiniment. Cette rage de métal et de rock and roll n’exclut pas une exultation où le jazz tient son rôle ( le ténor, Florian Walter, très Zornien ).

Leur set est magnifiquement construit, une architecture complexe et singulière où malgré la longueur des compositions et la fin de la soirée, ils embarquent tout le monde, jury et public. Une énergie irrésistible où tout paraît brut, spontané, il ne faudrait pas s’y tromper, avec une déroutante et délicieuse rigueur! Cette génération veille sur la flamme. Quand je lui demanderai comment ils procèdent pour jouer une musique dont l'identité est si différente des propositions françaises par exemple, il me confiera que n'ayant pas un héritage musical à poursuivre, "il n’existe pas de jazz  véritablement allemand", historique s'entend, ils sont donc obligés de s’approprier cette musique, d'extraire leur jus à partir d'une sérieuse mâche des sources.

   (Marianne Mayen)

Pour la reprise du tremplin, soulignons la qualité exceptionnelle de la pré-sélection, un exercice toujours délicat particulièrement réussi; pour avoir testé l’ancienne formule qui consistait en une écoute unique, en aveugle, de tous les groupes, en une journée, le changement est radical: avec l’usage du cloud, les sélectionneurs ont tout loisir d’ écouter tranquillement ( près de 150 groupes ont fait leur demande) et de faire leur choix.

A la fin de la première soirée, les trois premiers groupes ont rempli toutes nos attentes. La partie sera serrée, mais ne préjugeons de rien.

 

Mardi 3 Août, 20h 30, Cloître des Carmes.

 

JOHANNA KLEIN QUARTET (ALLEMAGNE)

 

(Marianne Mayen)

Pour cette dernière soirée, le groupe emmené par la jeune saxophoniste a concocté un programme tout en douceur, véritable éloge de la lenteur. Rien ne presse semble t-il quand on s’éloigne des tendances furieusement mode. Le répertoire a de quoi charmer : un jazz de chambre délicat comme son interprète, nuancé : un phrasé élégant comme son timbre, une mise en place originale. Elle tient son groupe, aidé d’un batteur équilibriste qui assume au démarrage cet aspect déglingué, désarticulé. Jamais intrusive, la saxophoniste conduit avec une douceur extrême, voire une touche de mélancolie, une musique sensuelle, déroutante, énigmatique au début du moins, comme indécise. Rien de spectaculaire mais un sens certain, sinueux de la composition : on retient “Deimos”, “Phobos”. Puis la surprise est au rendez vous quand la cadence s’accélère et le trio guitare, batterie, contrebasse s’enflamme dans des échappées nettement plus free. Notre belle, imperturbable, veille au grain et le set s’achève, nous plongeant dans l’embarras. Le niveau n’a pas faibli!

 

GASPARD BARADEL QUARTET ( FRANCE )

( Marianne Mayen)

Le dernier groupe français de la sélection vient de Clermont-Ferrand et de nos régions au goût de terroir. N’ y voyez pas de chauvinisme exagéré mais on retrouve cette saveur dans des  mélodies recherchées, ne venant pas nécessairement du fond d’un cratère endormi ; plus classique peut être mais qu’importe, une musique assimilée ( une relecture de Cherokee, le tube de Ray Noble), de la conviction, un batteur volcanique Josselin Hazard qui se secoue avec une belle énergie, tirant sur le versant d’Elvin Jones. Le leader saxophoniste alto et soprano joue avec une intensité touchante. Vibrant et passionné.

 

PENTADOX TRIO (BELGIQUE )

 

Nos amis belges ferment le concours et cette place finale ne leur sera pas favorable. Ils ne font aucune concession à l’heure et à la fatigue qui gagne et jouent leur musique, cérébrale, lancinante mais fluide, celle d’un quartet résolument contemporain qui fait la part belle aux motifs répétés et aussi à l’improvisation. Ils sont parfaitement entraînés à allier maîtrise et lâcher prise. Un équilibre délicat pour une musique osée, inventive qui suit quelque système à la Tim Berne. Une rêverie inspirée, étirée qui aurait gagnée à être plus courte cependant, s'arrêtant à la première suite. Mais ils cultivent l'étrange, comme dans ce jeu de mot bizarre du titre entre Panda tox(ique) et Penta(tonique) (para) dox. Surréelle toujours, la "Belgian touch". Sans jamais déplaire, la musique du quartet belge peine pourtant à captiver sur la longueur, en dépit de la finesse de ses tuilages.

 

 

Il est tard quand le jury "historique" se retire mais la délibération ne sera ni longue ni houleuse: un accord parfait, amical pour sceller des retrouvailles très attendues. Trois prix qui récompenseront les trois groupes allemands. Le prix du public, amplement mérité, ira au groupe arverne qui sauve l’honneur.

Les partenaires ont joué le jeu et permettent d’offrir à ces jeunes un encouragement à la hauteur de leur talent et leur engagement!

PALMARES de la 29 ème édition :

Prix de la meilleure composition RENAULT AVIGNON  JOHANNA KLEIN (ALLEMAGNE)

Prix du meilleur instrumentiste  HOTEL DE L'HORLOGE  AXEL JAZAC ( ALLEMAGNE)

Prix du Public  CHAPOUTIER   GASPARD BARADEL TRIO (FRANCE )

GRAND PRIX DU JURY  STUDIO LA BUISSONNE ( STRUCTUCTURE) (ALLEMAGNE)

C’est ce que l’on aime dans ce tremplin unique, atypique, qu’il tente de donner leur chance à des musiciens qui débutent, en pariant sur la découverte de jeunes qui suivent des sentiers moins balisés sans oublier pour autant d’où ils viennent.

On attend maintenant de pied ferme la 30ème édition anniversaire, avec le retour du festival poursuivant cette aventure musicale. ALL THAT JAZZ!

 

Sophie Chambon

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 11:47

Le chroniqueur à Couches ©JACLaureVILLAIN

Plein Sud (pour le Nordiste que je suis) ça commence en Bourgogne, au festival Jazz à Couches, renaissant comme beaucoup après une année blanche (ou plutôt une année noire, sans festival).

Le 7 juillet, l'Orchestre de Jeunes de l'O.N.J., sous la direction conjointe de Jean-Charles Richard et Franck Tortiller, (re)joue le répertoire composé/arrangé par le second durant son mandat à la tête de l'Orchestre National de Jazz (2005-2008).

Belle aventure dont on avait eu la primeur en janvier avec une vidéo confinée (plaisir d'époque, lien ici). Des jeunes musicien.ne.s de France, et d'ailleurs en Europe, très investi.e.s, et belle brochette de solistes (ici je fais l'économie de l'écriture inclusive....). Le prochain O.N.J. des Jeunes sera, en 2022, dirigé par Denis Badault, avec le répertoire qu'il avait composé durant son mandat à la tête de l'O.N.J. (1991-1994)

 

Une halte à Jazz à Sète, le 13 juillet, pour la journée Jazz Marathon, avec concerts gratuits dans toute la ville, de 8h30 à 22h30, un prélude en attendant deux jours plus tard les grands concerts du Théâtre de la Mer. Beau moment de musique avec le Naïma Quartet de la contrebassiste-chanteuse Naïma Girou, devant le bar-restaurant The Rio, Quai Léopold Suquet, malgré le vent ; les rafales dissuasives n'ont altéré ni la passion des artistes ni l'écoute du public.

 

L'Amphithéâtre du Domaine d'O en 2019

Et le 'gros morceau', pour moi qui ai radiophoniquement produit et présenté ces concerts publics durant 29 ans (favoritisme que, j'espère, vous me pardonnerez....), ce furent les concerts de jazz du festival Radio France Occitanie Montpellier dans l'Amphithéâtre du Domaine d'O : 11 soirées (du 14 au 24 juillet), programmées par Pascal Rozat, que je ne détaillerai pas mais dont je retiendrai (luxe subjectif du chroniqueur bénévole), dans des registres très différents :

-l'Umlaut Big Band

©David Abécassis

Diffusion sur France Musique le jeudi 26 août à 23h dans l'émission 'Jazz Été'

 

-le quartette «Dichotomie's» de Daniel Zimmermann

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-ete/direct-jazz-montpellier-daniel-zimmermann-dichotomie-s-96765

 

-le trio de Yonathan Avishai

©David Abécassis

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-ete/direct-jazz-montpellier-yonathan-avishai-trio-96907

 

-le quartette du guitariste Hugo Lippi

©David Abécassis

Diffusion sur France Musique le mardi 24 août à 23h dans l'émission 'Jazz Été'

 

-et la Fanfare XP de Magic Malik

© Luc Jennepin

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-ete/jazz-montpellier-magik-malik-fanfare-xp-97102

 

Ces concerts ont été diffusés en direct, ou seront accessibles en différé, sur France Musique au cours de l'été. Les liens ou infos figurent à chaque fois ci-dessus

 

Et chaque début de soirée (sauf le week-end), à 20h, quelque 200 mètres en contrebas, à l'ombre des micocouliers, des groupes de la région (avec des artistes qui pour certains ont une carrière nationale et au-delà). Beaucoup de belles musiques, dont je retiendrai, tout aussi subjectivement :

-le groupe vocal Celestial Q-Tips (Hervé Aknin, Sylvain Bellegarde, Émilienne Chouadossi, Kevin Norwood....)

©David Abécassis

 

-le trio FUR de la clarinettiste Hélène Duret

 

-et le trio Marlboro Bled (Fred Gastard, Bruno Ducret....)

 

Et le 21 juillet j'ai déserté pour une soirée Montpellier, et je suis allé vers Jazz à Junas afin d'écouter, dans le magnifique décor naturel des anciennes carrières, le Collectif La Boutique, dirigé par Fabrice Martinez, avec en invité Vincent Peirani : grand moment de musique.

Quatre heures plus tôt j'écoutais sur la place du village le groupe 'Identités' du saxophoniste Gaël Horellou

 

Juillet fut fécond mais l'été n'est pas terminé : peut-être encore quelques escapades....

Xavier Prévost

 

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19 avril 2021 1 19 /04 /avril /2021 11:24

Un concert à huis clos au Studio de l'Ermitage pour l'émission 'Jazz Club' de France Musique, et pour présenter un nouveau répertoire, intitulé 'Après Z', et que l'on espère entendre en public (si la pandémie fait relâche....) fin mai dans la Nord, fin juin en Vendée et fin juillet dans la Nièvre

http://www.surnaturalorchestra.com/-Apres-Z-

SURNATURAL ORCHESTRA

Léa Ciechelski (flûte, voix), Clea Torales (flûte, saxophone alto, voix), Basile Naudet (saxophone alto), Morgane Carnet (saxophone alto), Camille Sechepper (saxophone alto, clarinette), Jeannot Salvatori (saxophone alto, cavaquinho, voix), Guillaume Christophel (saxophone ténor, clarinette), Nicolas Stephan (saxophone ténor, voix), Morgane Carnet (saxophone baryton, effets), Pierre Millet (trompette, bugle), Julien Rousseau (trompette, mellophone, euphonium), Antoine Berjeaut (trompette, bugle), François Roche-Juarez & Hanno Baumfelder (trombones), Judith Wekstein (trombone basse), Boris Boublil (claviers, guitare), Fabien Debellefontaine (sousaphone), Ianik Tallet (batterie), Sven Clerx (percussions)

Paris, Studio de l'Ermitage, 17 avril 2021, en direct du France Musique

L'après-midi commence par une répétition, avant de faire la balance du son pour la sonorisation du plateau et la diffusion radio : c'est un nouveau programme, et de surcroît les concerts de ces derniers mois ont connu bien des annulations de crise sanitaire. Toutes et tous sont à 100% dans l'urgence de l'instant. On répète des compositions assez différentes, signées par les membres de l'orchestre (c'est un VRAI collectif). Les harmonies sont tendues, et la voix doit se poser sur des sections dont un membre, parfois, à oublié le diapason, et la référence du synthé est impitoyable. On sort l'accordeur électronique, on se recale, et c'est reparti. La balance se superpose à la répétition : on s'arrête pour peaufiner le son d'un instrument ou d'une section. Et puis il y a débat sur les détails : le consensus règne dans cette musique dont Max Roach disait, paraît-il, qu'elle était «la seule démocratie réalisée».

Il y a des changements de place et de micro selon les titres, et pour répéter la composition qui terminera le concert (la seule issue du répertoire précédent, le disque «Tall Man Was Here», paru voici quelques mois) il faut regrouper autour d'un micro stéréo sept instrumentistes devenus choristes. Tout est prêt pour le concert.

Yvan Amar, qui va présenter dans quelques minutes le direct sur l'antenne de France Musique, précise à l'auditoire forcément peu nombreux (les équipes du son, du lieu, et quelques 'professionnel(le)s de la profession' qui sont aussi souvent des amis) que nous sommes autorisés à applaudir. Nous ne nous priverons pas de ce privilège, et manifesteront notre enthousiasme (il sera bien réel !). Yvan Amar 'prend l'antenne' (selon l'expression consacrée). Il est au bord du plateau. Les musiciens sont répartis, en cercle, là où habituellement se trouve le public de l'Ermitage. Pendant qu'il parle les musiciens rient, font entendre un brouhaha concerté. Puis Camille Sechepper parle, dit un texte au nom de l'orchestre. «On est bien à la radio....». Il parle du plaisir à s'adresser à un public par la voie des ondes. Du refus de la vidéo, qui est en train de devenir le medium dominant de la musique, faute de concerts.... Progressivement la parole se fond dans la musique, qui va prendre le pas jusqu'à une entrée fracassante du tutti, engagé dans une marche d'une énergie farouche. Solo de ténor de Nicolas Stephan, puis le sax alto de la compositrice de cette pièce, Clea Torales, va déchirer l'espace dans les lointains, avant l'entrée en scène de la flûte de Léa Ciechelski, et du cavaquinho (petite guitare portugaise à 4 cordes) de Jeannot Salvatori. Puis des synthés surgit le thème suivant (La couronne tombe, de Camille Sechepper), avec assaut par vagues des autres instruments, ensuite par pupitres, dans un ensemble concertant, dirigé façon sound painting, et mis en espace de manière onirique par le percussionniste. C'est harmoniquement tendu, dense et riche, un peu comme Wagner (en moins pompier peut-être : je sens que je vais encore me faire des amis....) au pays de Centipede (mais eux ils étaient 50, le Surnatural affiche 18 instrumentistes). Puis brusquement on bascule, biguine ou calypso, avec appels de trombone et nouvelle effervescence, pour atterrir dans les rythmes et les accords du Sacre de Stravinski (interprétation très personnelle du chroniqueur, dictée à la fois par ses obsessions et par la pauvreté de ses références dans la musique savante....). Le thème suivant est une chanson mélancolique, Pop Oslo, musique de Pierre Millet sur un texte de Betty Jardin, dans la voix de Jeannot Salvatori. Par son lancinement la chanson progresse vers une beauté presque sépulcrale qui me rappelle l'album «A Genuine Tong Funeral» composé par Carla Bley pour Gary Burton à la fin des années 60. Ce ne sera pas la dernière fois au cours de ce concert que je penserai à cette fameuse compositrice.... Maintenant c'est Après Z, composé par Nicolas Stephan. Le titre est l'emblème choisi par l'orchestre pour désigner un nouveau programme, et c'est l'intitulé global de la série inaugurée par ce concert à huis clos radiodiffusé. On entre par un solo déchiré d'alto par Basile Naudet, soutenu par la section de sax puis par un tutti qui avance inexorablement, porté par une section rythmique (sousaphone, guitare, percussions et batterie) d'une fermeté non dépourvue de souplesse.

Les notes en boucle se dissolvent en autant de fragments quand revient la ligne des cuivres, qui me donne cette sorte de vertige que provoque chez moi le premier mouvement de la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartók (encore une de mes obsessions....), et la tromboniste basse, qui s'est déplacée au cœur de la section de sax, nous conduit vers un retour conclusif du sax alto. Un départ en binaire très appuyé écourte la désannonce (comme on dit à la radio) d'Yvan Amar. C'est Whistling Kid, composition de Boris Boublil, effet bulldozer, mais paré de subtils détails, solos très engagés d'Antoine Bergeault puis de Cléa Torales. Ça roule, comme une obsession pesante à marche forcée, que va suspendre une fin abrupte et libératrice. La composition suivante est du trompettiste que l'on vient d'écouter en soliste : Funny Kids , avec rythmes changeants et solo par la flûte virevoltante de Léa Ciechelski. La musique et son caractère collectif ravivent dans ma mémoire le souvenir de 'Centipede', l'orchestre de 50 musiciens rassemblé en 1970 par le pianiste britannique Keith Tippett : liberté festoyante et audace. C'est tissé d'éclats et d'éclairs de divers instruments, et une fin abrupte nous conduit directement à l'ultime moment du concert : Tall Man Is Dead, fragment du concert-spectacle opératique Tall Man Was Here, œuvre collective créée en 2018, enregistrée et publiée en 2020. Cette séquence est signée par Nicolas Stephan et Clea Torales. Le saxophoniste en sera le récitant et le chanteur. Les cuivres sur un mode choral sont rejoints par le saxophone alto, puis surgit le chœur. Le chant est hyper expressif. L'énergie va croissant. Ma mémoire convoque les sensations éprouvées à l'écoute, sur disque dans les années 70, et beaucoup plus tard sur scène, d'Escalator Over The Hill de Carla Bley et Paul Haines. Decrescendo vers une sorte de chant d'espoir, Yvan Amar 'rend' l'antenne qu'il avait 'prise' une heure plus tôt. Et le concert se termine quelques instants plus tard. Applaudissements chaleureux des présents, émus par l'intensité musicale de ce moment. Quel plaisir que d'assister à l'émergence sur scène de ce nouveau programme : un rodage qui est déjà une vraie réussite. Vive la création collective, et longue vie au Surnatural Orchestra, qui depuis 20 ans nous étonne et nous emballe !

Xavier Prévost

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Le lien de réécoute sur France Musique 

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8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 10:00

 

André Hodeir aurait eu 100 ans le 22 janvier dernier.

Jazz sur le Vif et l'Orchestre National de Jazz ont eu à cœur de célébrer ce grand musicien (également penseur de la musique, romancier, chroniqueur....). Patrice Caratini, qui avait créé sur scène en 1992 la partition d'Anna Livia Plurabelle (partition de 1966 exclusivement destinée à l'origine à un enregistrement de radio, pour l'ORTF), s'entend suggérer par Francis Capeau, membre très actif de l'Académie du Jazz, de créer un événement pour le centenaire du compositeur. Il faut se rappeler qu'André Hodeir fut le premier président de cette Académie à sa création en 1955. Patrice Caratini est l'homme de la situation : il avait collaboré activement avec le compositeur pour la création sur scène, en 1992, de cette partition, et pour un nouvel enregistrement l'année suivante, en 1993. Il avait également travaillé avec le compositeur, l'année de ses 90 ans en 2011, pour préparer un concert autour des pièces des années 50 et du début des années 60. J'avais eu le plaisir d'accueillir ce projet en décembre de cette année-là au studio 105 de Radio France, dans le cadre des concerts Jazz sur le Vif dont j'étais alors responsable. Hélas André Hodeir disparut début novembre et ne put assister à cet événement, mais son grand ami Martial Solal était au premier rang, revivant avec une vive émotion ces moments historiques dont il avait été le pianiste.

Patrice Caratini a donc su fédérer les énergies de l'ONJ, en la personne de son directeur artistique Frédéric Maurin, et de Radio France, incarné par Arnaud Merlin, responsable depuis 2015 des concerts Jazz sur le Vif, pour que cette partition revive à nouveau. Et après de studieuses répétitions, l'orchestre, le chef et les solistes se retrouvaient au studio 104 de la Maison de la Radio (et de la Musique) le 5 mars 2021 pour une répétition générale.

C'est dans ce studio (où Monk, Gillespie, Bill Evans, Stan Getz, Ahmad Jamal, Martial Solal, Hampton Hawes, Keith Jarrett et beaucoup d'autres ont joué) que le concert de 1992 avait eu lieu. Et c'est à quelques dizaines de mètres, dans le studio 106, que la version princeps, pour la radio (en partie francophone) puis pour le disque (intégralement en anglais), fut enregistrée. Le vent de la mémoire souffle dans les parages. Outre Patrice Caratini, artisan en 1992 de la première renaissance de cette partition, l'Orchestre compte en ses rangs Denis Leloup, déjà présent alors, et aussi sur le disque enregistré en 1993. Et la saxophoniste Christine Roch, qui officie également, à différents moments de la partition, à la clarinette, joue sur un instrument qui appartenait à Hubert Rostaing, compagnon de route de Django Reinhardt, mais aussi d'André Hodeir, avec lequel il enregistra au fil des années, de 1949 jusqu'aux années 60. Et Hubert Rostaing jouait sur la version princeps de 1966. : vertige de l'histoire....

Les Mécanos de la Générale

Pendant la balance du vendredi soir, qui précède la répétition générale, les techniciens s'affairent pour régler la sonorisation de façade, le son pour la diffusion radio en direct, et aussi la qualité et le niveau des retours sur scène, pour que les artistes puissent s'écouter avec le maximum de confort. Instrumentistes et chanteuses sont aussi dans la mécanique de haute précision : on travaille les dynamiques, les nuances, l'expressivité ; on jongle avec les vertiges rythmiques de la partition. Tout le monde est au cœur du mystère, qu'il faut rendre limpide. Cette œuvre est une sorte de cantate profane où les voix occupent le centre du propos musical. Voici comment André Hodeir décrivait leur mise en œuvre dans le texte de la première édition française sur disque, en 1971.

Il fait référence aux deux vocalistes de cette première version : Monique Aldebert, ancienne membre des Double Six de Mimi Perrin, et qui allait ensuite faire carrière aux USA avec son mari Louis Aldebert avec un duo intitulé 'The Aldeberts' ; quant à Nicole Croisille, si elle va connaître à cette époque une grande notoriété avec le cha-bada-bada du film de Lelouch, elle livrera aussi peu après une chanson d'une belle intensité soul sous le pseudonyme de Tuesday Jackson....

La répétition générale va commencer devant un public limité par les règles sanitaires : des professionnels, qui sont aussi souvent des amis : Philippe Arrii-Blachette, qui avait suscité la reprise de 1992 avec son ensemble de musique contemporaine Cassiopée, et le renfort d'une tribu de gens du jazz ; Pierre Fargeton, qui a consacré sa thèse à la musique d'André Hodeir, et a publié une somme intitulée André Hodeir,le jazz et son double (éd. Symétrie, 2017) qui fait référence et nourrit la passion des amateurs (dont je suis) ; Martine Palmé, qui accompagna durant de longues années l'activité professionnelle de Patrice Caratini ; et quelques autres ami.e.s.

C'est maintenant la répétition générale : tous et toutes en concentration maximale, sur scène comme dans la salle. C'est parti ! Les versions sur disque (l'originale comme la reprise) commençaient en anglais : «O tell me all about Anna Livia». Cette fois est donnée la version radiophonique, bilingue, telle que diffusée à la fin de l'hiver 1967-68, en simultané sur France Musique (en stéréo) et sur France Culture (en mono). Le texte de présentation du speaker de l'époque, diction Comédie Française garantie (telle qu'elle s'était figée à la fin des années 40....), est d'ailleurs reproduit sur le programme qui nous est remis, et qui sera aussi distribué demain aux happy few conviés pour le direct (lien en bas de l'article).

Un accord de La majeur (si mon oreille très très relative n'est pas en panne.....) et «O-O, dis moi tout.... d'Anna Livia» : le voyage commence. Je vous le raconterai plus en détail après le concert de demain. Pour l'heure sachez que, n'ayant volontairement pas réécouté ces dernières semaines les versions phonographiques de cette œuvre que j'ai souvent écoutée, j'ai eu l'impression à la générale de découvrir une nouvelle musique, une impression de fraîcheur, de première fois : le Bon-heur ! Puis j'ai couru vers le métro Ranelagh. Le RER qui me ramène habituellement dans ma banlieue pas si lointaine est supprimé ce soir après 22h30. Alors c'est ligne 9 jusqu'à République, Ligne 5 jusqu'à Bobigny, puis bus 303 pour gagner le bercail. Je suis venu en début de soirée en une heure. Il me faudra près de deux heures pour rentrer. Ainsi va la vie.... et l'amour de la musique !

Retour à la Maison de la Radio le lendemain pour le concert à huis clos, dont la seconde partie sera en direct sur France Musique

 

Orchestre National de Jazz

Direction artistique Frédéric Maurin

Patrice Caratini (direction) «Autour du Jazz groupe de Paris»
Julien Soro & Rémi Sciuto (saxophones altos), Fabien Debellefontaine & Matthieu Donarier (saxophones ténors), Thomas Savy (saxophone baryton), Claude Egea & Sylvain Bardiau (trompettes), Denis Leloup, Bastien Ballaz & Daniel Zimmermann (trombones), Robin Antunes (violon), Stéphan Caracci (vibraphone), Benjamin Garson (guitare), Raphaël Schwab (contrebasse), Julie Saury (batterie)

Paris, Maison de la Radio (et de la Musique), 6 mars 2021, 17h30

 

Retour au studio 104, vers 15h30, pour la balance de la première partie. En effet, avant le direct de 19h pour Anna Livia Plurabelle, le programme prévoit un florilège du répertoire d'André Hodeir pour son Jazz Groupe de Paris, formation à géométrie variable qui joua sa musique au fil des années 50.

Là encore, on peaufine le son, les détails musicaux, et après une pause le concert commence. Quatre pièces du Jazz Groupe de Paris, plus un thème de Monk (musicien cher à Hodeir) et deux variations sur un standard qu'André Hodeir avait métamorphosé sous le titre On a Standard. Le set commence avec On a Blues (forme chère au compositeur), un arrangement assez West Coast sur la forme blues. On est tout de suite dans le bain, le plaisir de jouer transpire à chaque mesure : non seulement les musiciens aiment la musique qu'ils jouent, mais ce concert est aussi une bouffée d'air frais en temps d'embargo sur la musique vivante. Puis c'est Evanescence, enregistré deux ans plus tard par le Jazz Groupe. C'était pour Hodeir un hommage à Gil Evans. Les couleurs sont là, et les nuances qui les font vivre. Le groupe s'est légèrement modifié. Au fil du programme la nomenclature évolue, et les solistes vont se relayer, d'un titre à l'autre. Voici maintenant, issu du Kenny Clarke's Sextet (millésime 1956), Oblique. L'original était avec piano mais, comme l'explique avec humour Patrice Caratini, Martial Solal n'était pas libre ce soir. Ce sera donc un sextette avec vibraphone. Là encore on n'est pas dans la musique embaumée : l'hommage est plus que vivant, et inventif. Pour compléter ce programme, Patrice Caratini a prévu une sorte d'interlude, un duo qui associe deux musiciens qui constituent la jeune garde émergente du jazz : le violoniste Robin Antunes et le guitariste Benjamin Garson. Le thème choisi est Think of One, de Thelonious Monk, merveille de forme déstructurée (ou déstructurante) : le duo s'en donne à cœur joie, accentuant autant qu'il est possible le goût du discontinu et de l'imprévu. Et pour conclure cette première partie de soirée, ce sera une promenade autour de Night and Day : deux variations que conclura On a Standard d'André Hodeir, bâti précisément sur la structure de Night and Day. Grand envol improvisé de Matthieu Donarier au ténor, suivi d'une déambulation sophistiquée de Denis Leloup entre les différents tropismes du jazz. On se régale. Le guitariste va dans son solo jouer 'dedans-dehors', une partie de cache-cache avec les harmonies avec une très créative cohérence. Nouvel échange entre sax et trombone, et un solo de contrebasse qui commence, me semble-t-il, par l'évocation très furtive (phantasme de jazzophile névrosé ?) du démarquage d'un autre standard, Bird of Paradise, formé sur le canevas de All The Things You Are. Et un solo de batterie nous ramène vers Hodeir et son On A Standard, où l'amateur retrouve sans peine la trace de Night and Day : c'est un peu comme lorsque l'on entre dans un club pendant un chorus. La ligne harmonique porte le souvenir du thème, et l'auditeur se sent chez lui après quelques mesures.... Fin de la première partie : une demi-heure de pause et l'on reviendra pour le re-création d'une œuvre mythique

Orchestre National de Jazz

Direction artistique Frédéric Maurin

André Hodeir : Anna Livia Plurabelle

Ellinoa (mezzo-soprano)

Chloé Cailleton (contralto)

Patrice Caratini (direction)

Catherine Delaunay (clarinette), Julien Soro (saxophone alto & soprano), Rémi Sciuto (saxophones alto & sopranino, clarinette, flûte), Fabien Debellefontaine saxophones ténor, alto & soprano, clarinette), Matthieu Donarier (saxophones ténor & soprano, clarinette), Thomas Savy (saxophone baryton, clarinette), Clément Caratini (saxophones alto & soprano, clarinette), Christine Roch (saxophone ténor, clarinette), Sophie Alour (saxophones ténor & soprano, clarinette), Claude Egea (trompette, bugle), Fabien Norbert & Sylvain Bardiau (trompettes), Denis Leloup, Bastien Ballaz & Daniel Zimmermann (trombones), Robin Antunes (violon), Stéphan Caracci & Aubérie Dimpre (vibraphones), Benjamin Garson (guitare), Raphaël Schwab (contrebasse), Julie Saury (batterie)

Paris, Maison de la Radio (et de la Musique), 6 mars 2021, 19h

 

Branle-bas de combat, c'est l'heure du direct. Et la Ministre de la Culture est venue écouter la phalange jazzistique nationale, qui pour la circonstance rassemble des musiciennes et musiciens de diverses générations et divers univers esthétiques. Plaisir de voir que Catherine Delaunay, qui ne connaissait pas Julie Saury est ravie de partager la scène avec elle. On retrouve là cette pertinence du directeur artistique Frédéric Maurin qui, loin de monopoliser l'outil à son profit, a dès le départ accueilli des compositeurs et des chefs pour donner à l'outil son plein sens, variant aussi le recrutement en fonction des programmes. Il confère ainsi à cette institution sa pleine légitimité. L'orchestre est étoffé à la mesure de ce qu'exige la partition : 22 instrumentistes, un chef invité et deux chanteuses bien choisies, autant pour leurs qualités vocales que pour leur sens de l'interprétation et leur connaissance de l'idiome.

Le choix est de revenir à la version originelle, celle diffusée à la radio, qui associait texte francophone et texte original en anglais. La participation prévue à l'époque pour participer au Prix Italia exigeait qu'une partie se fît dans la langue de la radio participante (l'ORTF). Une distraction bureaucratique fit que la France, membre du jury, ne pouvait présenter un projet, et la commande passée au compositeur ne put concourir comme souhaité.... L'enregistrement eut lieu en 1966 (l'orchestre d'abord, et les voix ensuite), et André Hodeir, déçu de voir le projet sans prolongement, sollicita son ami John Lewis, lequel pouvait favoriser une édition phonographique états-unienne, mais en anglais exclusivement. Les chanteuses enregistrèrent donc à nouveau les passages qui étaient en français, cette fois dans leur idiome d'origine. Et les éditions ultérieures, ainsi que la reprise en 1992-93, firent de même.

Cette nouvelle mouture retrouve donc le bilinguisme. Avec le texte de la traduction publiée par Gallimard en 1962, aux côtés d'autres extraits de Finnegan's Wake traduits par André du Bouchet. La traduction utilisée, s'efforçant de transcrire dans notre langue les inventions lexicales de James Joyce, était le fruit de la collaboration de Samuel Beckett, Eugène Jolas, Adrienne Monnier et quelques autres, sous la supervision de Joyce lui-même.

Le concert commence à l'heure dite pour le direct. Dès les premières mesures, je jubile. Je retrouve le plaisir de la veille, augmenté peut-être par l'urgence de la première et du direct. Les deux chanteuses, dans ce début en une sorte de parlé-chanté, interprètent, et qui plus est incarnent, le dialogue des lavandières. Les jeux de rythmes sont permanents. Tantôt la musique épouse la prosodie du texte, tantôt les rythmes s'opposent, se syncopent avec audace et virtuosité. On est happé. Les musiciens sont pleinement investis. Le chef est au cœur de la musique. Les interventions solistes des instruments, qui sont en dialogue permanent avec le texte, ses accents, son rythme, sont d'une expressivité folle. Les séquences se suivent, parfois dans des liaisons abruptes, principe même de cette œuvre qui n'aspire pas au confort mais à la jubilation. Comme la veille, je goûte les joies de l'inconnu sur ce terrain qui m'est un peu familier, à l'affût d'une pépite ignorée dans le passé par mon oreille distraite, mais aussi révélée par la force de cette interprétation collective. Orchestre impeccable, chanteuses en quasi lévitation. Pendant quelques instants j'ai senti chez la mezzo la fatigue d'une voix éprouvée la veille par une générale très généreuse, mais en un clin d'œil son diapason retrouva ses marques et son timbre sa densité. Très grand moment de musique collective, avec mention spéciale aux deux chanteuses, et aux instrumentistes solistes, notamment Catherine Delaunay qui nous enchanta par son expressivité déjà légendaire. Quant à Patrice Caratini, il fut l'âme de ce projet. Son art consommé de fédérer dans l'intensité et l'excellence, avec une précision toujours amicale et bienveillante, force plus que le respect : l'admiration. Du fond du cœur, merci pour ce grand moment de musique qui devait se conclure dans l'extrême intensité d'une invocation à la nuit.

Xavier Prévost

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La vidéo du concert sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=plqDC-NMG6Y

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La réécoute du concert dans l'émission Jazz Club sur le site de France Musique

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-club/direct-l-onj-joue-andre-hodeir-92567

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Sur Wikipedia, un article vraiment substantiel sur cette œuvre

https://fr.wikipedia.org/wiki/Anna_Livia_Plurabelle

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Le programme détaillé du concert tel qu'édité par Radio France

https://fr.calameo.com/read/006296452c3f5fffa3f95

 

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 09:32

Concert à huis-clos en raison de la pandémie, dans la grand studio 104 de la Maison de la Radio (…. et de la Musique, comme le revendique sa nouvelle appellation officielle). Mais pas totalement sans public car, hormis les quelques professionnels et amis des musiciens qui sont dans la salle, les techniciens et l'équipe de production de Radio France, constituent aussi, sous la houlette d'Arnaud Merlin, un public de choix, attentif et engagé dans l'écoute. Et surtout la seconde partie du concert, à 19h, est en direct sur France Musique dans l'émission 'Jazz Club' d'Yvan Amar, pour un très large public d'auditeurs, si l'on en juge par les nouvelles audiences record des chaînes de Radio France, dont France Musique.

THÉO CECCALDI 'Dango'

Théo Ceccaldi (violon), Valentin Ceccaldi (violoncelle), Guillaume Aknine (guitare)

Paris, Maison de la Radio (et de la Musique), 16 janvier 2021, 17h30

Après une balance où un nouveau morceau côtoyait le répertoire du disque paru voici un peu plus d'un an, et après quelques négociations entre l'ingé son du groupe, les musiciens et les équipes de Radio France, l'heure du concert est arrivée. Changement de costume(s), mais dans le même décor.

On commence du côté de Honeysuckle Rose, mais l'on a parfois l'impression que rôde le fantôme de I Got Rhythm, passé à la moulinette.... puis au grill ! Ça vit, ça bouge, et après un échange entre violon et guitare sur une basse obstinée délivrée par le violoncelle, on atterrit du côté de Minor Swing (thème effleuré mais citation du solo de Django) et le violon s'envole, sur une pulsation propulsive du tandem basse-violoncelle. Pour sûr, ça swingue !!! Et quand ils ont terminé le public, dont je suis, réfrène son désir d'applaudir : hors techniciens, nous sommes une dizaine, et un bruyant enthousiasme paraîtrait chétif dans cette salle de plus de 800 places.... Voici maintenant, lent et intense comme un madrigal italien ou une mélodie baroque anglaise, un thème qui va évoluer vers un crescendo hyper expressif, et très libre. Une petite mélodie entêtante viendra s'insérer, débouchant ensuite sur des sons saturés de guitare et de violoncelle jouant en accords. Viendra ensuite l'une des deux composition de Django, Rythme futur. Le modernisme de Django, visionnaire en 1940, est décuplé, déconstruit, et sublimé en une sorte de free swing. Et le voyage continue, mouvementé et enthousiasmant. On entend brièvement la voix de Django évoquant son activité d'artiste peintre, et c'est reparti, plein swing, malmené avec talent et maestria. Puis ce sera un à nouveau grand moment de lyrisme au violon (le violoncelle dans ce registre n'aura pas été de reste) avant un conclusif Manoir de mes rêves, l'autre composition de Django au programme de ce concert comme du disque, délivrée dans son dépouillement limpide. Le solo de guitare est magique, chantant comme un trésor manouche. Le disque m'avait légèrement laissé sur ma faim : le concert m'a comblé !

LEÏLA MARTIAL 'Baa Box'

Leïla Martial (voix, flûte à coulisse, sanza, électronique, objets divers), Pierre Tereygeol (guitare, voix), Éric Perez (percussions, voix, percussion corporelle)

Paris, Maison de la Radio (et de la Musique), 16 janvier 2021, 19h

En direct sur France Musique dans l'émission 'Jazz Club', réécoute en suivant ce lien en fin de compte-rendu

C'est en direct, avec un nouveau programme, plus acoustique que les précédents, avec relectures de thèmes antérieurs. Noblesse de l'improvisation et du direct.

Le trio commence sur l'avant scène, devant un couple de micros pour un son très acoustique. Leïla Martial engage, sanza en main, un chant inspiré par la tradition vocale pygmée, rejointe très vite par la guitare de Pierre Tereygeol et la voix (avec percussions corporelles) d'Éric Perez. On est embarqué. La pulsation va se parer ensuite d'une sorte d'effet choral qui est certainement l'une des signatures de ce trio très singulier. Puis la chanteuse va introduire à la flûte à coulisse ce qui deviendra une chanson tendre avant l'entrée de guitare et percussions pour une impro vocale estilo andaluz.

Puis c'est un thème du disque «Baabel» (publié en 2016), remanié, et introduit par la voix et les percussions corporelles d'Éric Perez : l'esprit d'André Minvielle plane sur cette impro rythmo-vocale. Leïla Martial souffle en chantant dans ses minuscules bouteilles assemblées comme une espèce de flûte de pan, avant de rejoindre dans l'arrière plan ses compagnons dans l'autre dispositif : chacun(e) sa place, chacun(e) son micro. Après un crescendo de folie, on va revenir au chuchotement : magie de cette musique intensément vivante. Je n'en dirai, ou plutôt n'en écrirai, pas plus : courez vers le lien de France Musique (ci-après) écoutez le très beau rendu sonore concocté par les techniciens de France Musique avec le concours attentif de Mathieu Pion, l'ingénieur du son de trio. Une fois de plus, et malgré l'absence de public, ce concert fut un beau moment de musique.

Xavier Prévost

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Baa Box était diffusé en direct sur France Musique : réécoute en suivant ce lien

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-club/jazz-sur-le-vif-leila-martial-baa-box-91004

Le trio 'Django' de Théo Ceccaldi sera diffusé ultérieurement sur France Musique 

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 22:17

Plaisir de plonger une fois encore dans la programmation toujours inventive de ce festival niché dans le Théâtre des Bernardines, ancienne chapelle du couvent éponyme. Année compliquée, comme pour tous les festivals, mais celui-ci a réussi à sauver l'essentiel, en donnant une sorte de préfiguration du festival 2021, lequel accueillera la programmation initialement prévue, jusqu'au début de l'été, pour 2020. Distanciation coronavirale oblige, un siège sur deux occupé dans cette salle de jauge modeste. Mais la créativité de l'équipe du festival comme des artistes a su pallier cette économie de crise, en déléguant un duo, ou un solo, issu des groupes initialement prévus, et qui seront là l'an prochain.

Mercredi 16 septembre

La soirée commence avec le duo JEAN-PIERRE JULLIAN / TOM GAREIL. En avant-ouïr du quartette pour la création 'Chiapas II' (qui accueillera Guillaume orti et Gilles Coronado), nous aurons une sorte de voyage entre harmonies, lignes vives et percussions tournoyantes, un tourbillon qui nous laisse ébahis, heureux et pleins d'espoirs pour la version à venir en quartette.

La scène accueille ensuite la flûtiste-et vocaliste- NAÏSSAM JALAL, en duo avec le contrebassiste CLAUDE TCHAMITCHIAN, qui est aussi la directeur artistique du festival (soutenu pour l'organisation par Françoise Bastianelli). Dans la version 2021 ils seront rejoints par le pianiste Leonardo Montana. Le duo est une pure merveille de nuances infinies, de communication télépathique et de densité spirituelle. Si le terme ne s'érodait pas à force d'usages parfois abusifs, j'oserais magique, car ça l'est vraiment.

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Jeudi 17 septembre

Pour 2021, ce sera le quartette 'Majakka' de Jean-Marie Machado, avec Vincent Segal, Keyvan Chemirani, et celui qui, aujourd'hui, assure l'ouverture de la soirée, le saxophoniste JEAN-CHARLES RICHARD. Son solo a fait le tour des continents, et il nous le présente comme une sorte de cérémonie musicale, intense, portée par une fine dramaturgie, et où se croisent tous les langages, duspiritual introductif jusqu'à la fantaisie conclusive, en passant par le jazz de stricte obédience, les mystères de la musique dite contemporaine, et les rythmes des musiques du monde.

Pour conclure cette soirée, deux des protagonistes de la 'Petite histoire de l'Opéra, Opus 2' (sextette qui sera là en 2021), LAURENT DEHORS et MATTHEW BOURNE, vont nous offrir un aperçu du disque en duo qu'ils ont récemment enregistré pour le label émouvance (l'entité disque dont le festival est l'un des appendices). Le disque, intitulé «A place that has no memory of you», paraîtra en novembre, mais il venait de sortir de l'usine, et les spectateurs ont pu se l'offrir. J'ai pu l'écouter : très beau disque, et différent du concert, car l'éthique de ces musiciens (et de cette musique) interdit la copie conforme. Concert infiniment vivant, plein de risques et de surprises. Très belle conclusion de mon séjour. Je manquerai hélas le lendemain Jacky Molard/François Corneloup, et David Chevallier en solo. Et le jour d'après Christophe Monniot/Didier Ithursarry, puis Éric Échampard/Benjamin de la Fuente.

Mais avant de prendre le train j'ai trinqué avec l'Ami Philippe Deschepper, retour de pérégrinations régionales, et qui me racontera ses bonheurs d'écoute des derniers concerts auxquels il assistera.

J'allais oublier une composante importante de ce festival. Comme quelques autres dont il partage l'ADN, il a le souci de la transmission, au sens artistique plus encore que technique : le parti des poètes plus que celui des ingénieurs. En descendant du train, mercredi avant midi, j'ai filé au conservatoire Pierre Barbizet pour la master class de Laurent Dehors, autour de l'improvisation, du geste collectif, de l'engagement dans le présent immédiat de la musique. Très passionnant. Puis je suis revenu à 14h pour la master class de Bruno Angelini, qui fait travailler la conscience approfondie, instinctive, des séquences de quatre mesures dont la maîtrise permet de construire une improvisation libre et cohérente sur l'ensemble de la forme : passionnant. Une fois encore, coup de chapeau à ce festival, comme à tous ceux qui sont de véritables fêtes de l'Art en mouvement.

Xavier Prévost

 

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 18:07

Né de la fusion dans les années 90 de deux associations lilloises distinctes — Circum, dévolue au jazz contemporain, et le CRIME (Centre régional pour l’improvisation et les musiques expérimentales) —, Muzzix est aujourd’hui un collectif d’une trentaine de musiciens se produisant sous des formes très variées allant du solo aux grands orchestres, du concert à l’installation sonore ou la performance. 

Muzzix a également une activité de programmation en lien avec les projets du collectif dans différents lieux de la métropole lilloise, mais principalement à la Malterie, un « club » qui demeure son point d’ancrage historique, dont l’avenir est hélas incertain. Chaque trimestre, l’association organise les temps forts **Muzzix & Associés**, sortes de mini-festivals qui lui permettent d’accueillir des artistes français ou étrangers en tournée, de tester de nouvelles configurations musicales avec ces derniers, et de développer des partenariats avec les institutions culturelles de la région. Responsable du label Circum-Disc, le collectif s’enorgueillit en outre de compter dans ses rangs des groupes dont la renommée dépasse largement les limites hexagonales, tels que le Stefan Orins Trio, le quatuor franco-japonais Kaze ou encore le trio TOC.

 

TOC (Jérémie Ternoy, Ivann Cruz, Peter Orins)

TOC (Jérémie Ternoy, Ivann Cruz, Peter Orins)

Depuis l’arrivée funeste de la pandémie de Covid-19 en février, les activités de l’association ont brutalement cessé. Pourtant, profitant des beaux jours (tout en appliquant scrupuleusement précautions et mesures barrières face au virus) dans le cadre du Printemps 2020 avec lille3000, le trio TOC (comme Jérémie Ternoy-Fender Rhodes, Peter Orins-batterie, Ivann Cruz-guitare) fêtait dimanche 13 septembre la sortie de ses 2 nouveaux disques lors d’une après-midi musicale et festive en plein air à la Gare Saint Sauveur de Lille en invitant des compagnons de longue date du collectif Muzzix ainsi que des musiciens issus de la scène free européenne : John Dikeman (sax ténor - Usa), Hanne De Backer (sax baryton - B), Sakina Abdou (sax alto), Christian Pruvost (trompette), Maryline Pruvost (voix), Samuel Carpentier (trombone) et David Bausseron (guitare).
 

Muzzix : TOC Release Party
Muzzix : TOC Release Party
Muzzix : TOC Release Party
Muzzix : TOC Release Party
Muzzix : TOC Release Party

Les deux nouvelles galettes sont disponibles à l’adresse www.circum-disc.com : TOC “INDOOR” (CIDI2001-2020) et TOC & DAVE REMPIS “CLOSED FOR SAFETY REASONS” (CIDI2002-2020). À signaler également la sortie tout aussi récente de “SAND STORM” (Circum-Libra 205-2020) du quatuor KAZE (Satoko Fujii, Natsuki Tamura, Christian Pruvost, Peter Orins) et leur illustre invitée Ikue Mori.

À noter enfin que les concerts reprennent à partir du 21 septembre à la Malterie dans le respect de la distanciation physique (jauge limitée, port du masque obligatoire, gel hydroalcoolique disponible…) : les rendez-vous hebdomadaires du lundi à 19h, ainsi que “Confiture : Muzzix rencontre The Bridge #13” dimanche 11 octobre à 18h (Pierre-Antoine Badaroux & Jean-Luc Guionnet-sax alto et des musiciens du collectif) et “Forget to Find - The Bridge #13” lundi 12 octobre à 19h (Pierre-Antoine Badaroux & Jean-Luc Guionnet-sax alto, Jim Baker & Jason Roebke (pièce radiophonique). Tous renseignements disponibles à l’adresse www.muzzix.info

**Texte et photos Gérard Rouy**

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 21:03

Le festival s'est terminé le samedi 16 novembre. Jean-Marc Gélin vous a parlé de la journée du 15 dans une toute récente chronique (ici). Reprenons le fil là j'avais abandonné mon précédent compte-rendu (lequel se trouve là).

La journée du 12 novembre avait commencé vers midi dans la petite salle de La Maison (….de la cuture) avec 'Cluster table', un duo de percussions qui associe Sylvain Lemêtre et Benjamin Flament, face à deux tables en vis-à-vis couvertes d'une nuée d'instruments et d'objets : impressionnant d'invention, de précision, de liberté et de vie.

Puis ce fut à 18h30, au même endroit, le trio du pianiste Damien Groleau, un jeune musicien de Besançon entouré de Sylvain Dubrez ert Nicolas Grupp : des compositions originales, une reprise de Bill Evans, le terrain de jeu d'un musicien qui a publié son troisème disque et trouve ses marques en se frottant aux grandes scènes. Work in progress, comme on dit en bon franglais.

Au théâtre municipal la soirée accueille 'Le Cri du Caire', du poète-chanteur-slammeur-compositeur Abdullah Miniawy. Très belle présence, des textes de lyrisme et de combat dont la traduction à deux moments nous est donnée en voix off. Forte intensité, soutenue par la trompette d'Éric Truffaz, le saxophone de Peter Corser et le violoncelle de Karsten Hochapfel. Moment fort assurément, qui marquera la mémoire des présents.

Le lendemain 13 novembre, le concert de la mi-journée se donnait au théâtre avec la chanteuse-accordéoniste Erika Stucky. Lieu idéal, car autant que de musique il s'agissait d'un spectacle intitulé 'Ping-Pong', une sorte de théâtre musical plein de vie et de fantaisie. Son partenaire Knut Jensen, à l'interface électronique, avec renfort d'un petit clavier et d'un ukulélé, est plus qu'un faire valoir : le révélateur des fantaisies et autres folies. Le jazz et le yodel des Alpes suisses se mêlent à mille et une fantaisies visuelles, à des récits drolatiques et à une chaleureuse communication avec le public : réjouissant, et très musical.

À 18h30, retour à al petite salle de La Maison (…. de la culture) pour un quintette emmené par le clarinettiste-saxophoniste Clément Gibert. C'est un groupe de l'ARFI de Lyon (Association à la Recherche d'un Folklore Imaginaire) qui se propose de revisiter la musique d'Eric Dolphy sous le titre mystérieux d'InDOLPHYlités. Il s'agit en fait d'un hommage sans dévotion, d'un amour sans servitude. Jouer la musique du disque «Out to Lunch», avec un amour dont la liberté tolère l'infidélité pertinente, le détour complice. Le batteur est un historique de l'ARFI, Christian Rollet. Il est entouré d'une jeune génération, avec la vibraphoniste Mélissa Acchiardi, le trompettiste Guillaume Grenard, et le contrebassiste Christophe Gauvert : très belle réussite que cette création, que l'on espère réentendre et sur scène et sur disque.

Migration le soir vers le Théâtre municipal pour écouter à 21h le trio du pianiste Shai Maestro (avec Jorge Roeder et Ofri Nehemya). Beaucoup d'effets de dynamique, de tourneries obsédantes, et finalement assez peu de véritable engagement sans arrière-pensées fédératrices.... mais il y eut quand même, çà et là, quelques beaux moments de musique.

Le 14 novembre commença pour nous autour de midi dans la petite salle de La Maison (…. de la culture) avec un duo qui conjugue à merveille virtuosité, sophistication musicale et lyrisme palpable, direct, qui touche au but sans flagorner ni racoler. Christophe Monniot, aux saxophones, et Didier Ithursarry, à l'accordéon, sont deux sorciers de l'émoi et de l'intensité musicale. Le disque «Hymnes à l'amour» (ONJ Records / l'autre distribution) en apportait la preuve éclatante. Il est dommage que les scènes des festivals les fassent si peu entendre.

Le même jour au Théâtre municipal, en fin d'après-midi, Géraldine Laurent présentait son quartette, avec Baptiste Trotignon qui remplaçait Paul Lay, retenu auprès d'Éric Le Lann par un engagement antérieur, et les partenaires habituels : Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie. Engagement musical, imagination, absolue cohérence dans le discours musical, même à l'instant le plus enflammé : formidable !

Et le soir dans la grande salle de La Maison (…. de la culture), le Trio Orbit : Stéphan Oliva, Sébastien Boisseau & Tom Rainey : délicat et intense, dans un trilogue permanent qui force l'admiration.

Puis en fin de soirée l'Orchestre National de Jazz dans son programme autour d'Ornette Coleman et de sa galaxie (Dolphy, Julius Hemphill, Tim Berne....) : dans des arrangements de Fred Pallem et sous la direction de Frédéric Maurin, un feu d'artifice d'envolées audacieuses et de solistes percutant(e)s.

Pour le lendemain 15 novembre, c'est l'ami Jean-Marc Gélin qui vous conte la journée (en suivant ce lien).

 

Et enfin le 16 novembre, pour le bouquet final, nous avons écouté le midi à la Maison (…. de la culture) le trio NES de la chanteuse-violoncelliste Nesrine Belmokh : textes fervents, en anglais, arabe et français, dans des univers musicaux pluriels, soutenus par Matthieu Saglio au violoncelle et David Gadea aux percussions. Encore une belle découverte. En fin d'après-midi, dans l'espace café-concert du même lieu, nous avons découvert un jeune quintette de la région, Les Snoopies (4 sax et une batterie) : un groupe plus que prometteur.

Et le soir, dans la grande salle, d'abord André Minvielle & Papanosh (Quentin Ghomari, Raphaël Quenehen, Thibault Cellier & Jérémie Piazza). Ils ont rendu un hommage décoiffant, joyeux et musical à Jacques Prévert.

©Maxim François

Pour conclure ce fut, très attendue, la chanteuse Youn Sun Nah, en trio avec Tomek Miernowski et Rémi Vignolo, deux poly-instrumentistes qui lui ont offert un écrin pour toutes les facettes de son récital : country, pop sophistiquée, rock parfois explosif, chanson française, espagnolades. Un vrai show, presque 'variété internationale de haut niveau', mais avec quand même de vrais moments d'émotion(s).

Xavier Prévost

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