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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 07:30
Belle programation samedi 24 janvier pour cette deuxième  soirée du Festival " Sons d'Hiver".
Une première partie superbe qui réunissait la contrebassiste Joëlle Léandre, le clarinettiste François Houle et le batteur Rayond Strid. Première partie débordante d'inventivité, de subtils échanges improvisés où toute matière à "sons" fut explorée. Moment intense et riche.



On retrouvait le batteur avec l'orchestre d'un autre contrebassiste, Barry Guy venu en tentet présenter son nouveau projet. Pour l'occasion 2 changements importants dans l'orchestre : l'absence de Evan Parker et la présence au piano de Augusti Fernandez.
Plus d'une heure de musique décapante, forte et impressionnante. Tout à l'énergie dépensée par cet ensemble où chacun de ses membres est "dedans", à fond, avec un réel désir d'en découdre. Système de jeu et direction impressionant alternant les ultra forte avec le calme des sax joués à vides sur les clefs.
Ames sensibles s'absentir.....

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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 06:06

 

Cet été après de longs mois de batailles politico clochermerlesques, le jazz renaissait du côté de Cluny, contre vents et marées et contre la municipalité sortante et  grâce surtout à l’opiniâtreté deson fondateur Didier Levallet ainsi qu’au soutien d’un bon nombre de passionnés.

Serge Kurts est de ceux là, de ceu qui n’ont pas mégangé leurs efforts pour que le jazz en clunisois vive encore. Il nous adresse ses souvenirs d’été, sa lettre aux DNJ

 

 

« Chères DNJ,

 

Quelle joie de te donner des bonnes nouvelles du jazz à Cluny.  Un jazz généreux qui s’est maintenant élargi au Clunisois.  Il faut le dire, c’est bien grâce aux villages de Matour, de Massilly, de Donzy le National, en plus du soutien apporté par la nouvelle équipe municipale de Cluny que la musique que nous aimons a pu renaître dans ce pays d’élevage et de tourisme, ceci après une saison 2007 sacrifiée sur l’autel de petites ambitions locales.  Louons cependant les musiciens qui se sont produit cet été là à Cluny : Olivier Témime trio, Ray Lema trio, Ola Kverberg trio ; Tord Gustavsen trio, Patrick Artero duo, Philip Catherine trio. Tous d’excellents musiciens qui n’étaient pour rien dans ce « dérangement » et qui ont sans doute perdu -cette fois là- une part de public qui aurait sûrement apprécié leur prestation.

L’équipe historique –30 ans de jazz à Cluny, les pionniers des festivals de jazz en France- a bien souffert de cet épisode.

Mais, dès l’automne 2007, dans un grand élan, des amateurs mordus -historiques, eux aussi-, des musiciens –très motivés et nombreux-, des bénévoles -gonflés à bloc-, des « institutionnels » -confiants dans le projet-  se sont manifesté et ont offert leur appui, leur bras, leur réflexion, leur musicalité.

Une équipe s’est alors refondée, en association « jazz Campus en Clunisois » autour de Didier Levallet et Pascale Giroux.

Jazz Campus a voulu s’ouvrir aux villages alentours en même temps qu’aux autres arts : jonglage, théâtre cinéma, cirque, musique de rue… dans un souci de faciliter l’accès à un publique élargi, à cette musique improvisée, parfois déroutante, mais si créative, poétique, ludique, voire loufoque….

Les stages ont fait le plein, malgré le fait qu’ils se passaient dans un lieu nouveau ; Matour au lieu de Cluny.  Les musiciens amateurs ne s’y sont pas trompés, ils sont venus retrouver des pros de première classe : Paul Brousseau, Christophe Marguet, Pascal Contet, Hélène Labarrière, François Raulin, Jean-Charles Richard, et Claudia Solal.    Ils y ont trouvé en prime une atmosphère concentrée, de chaudes soirées « bœuf », des concerts top, tout cela dans une ambiance et une grande amicalité qu’ils ont pu créer.

Raconter les concerts…une tâche impossible.   Il nous suffit aujourd’hui de nous rappeler ces soirées frileuses réchauffées par des musiciens généreux, ces pique-niques concerts déplacés en salle et qui gardent leur bonne humeur, ces déambulations emmitouflées et joyeuses dans l’abbaye de Cluny, la contrariété des équipes aux caisses lorsque la salle est déjà pleine et qu’arrive encore du monde, et leur jubilation d’entendre ce qui se passe à l’intérieur.

Oui, le jazz en Clunisois était bien au rendez-vous avec :

La « Fanfarrosoir » (née de l’Arrosoir de Chalons sur Saône)

Le « Conflit de Canards » (plutôt du maconnais ces musiciens là)

La « Fanfarine » (la Bourgogne sud, bien égayée)

Le « Turak » théâtre de Michel Laubu (un déjanté de Turakie)

Jeff Sicard solo

Le duo Jérome Thomas § Jean-Paul Autin

Henry Texier « Red route quartet »

Le Trio “Effet Vapeur” avec les images de Folimage studios

Le duo Claudia Solal § Jean-Charles Richard

Le Dominique Pifarely trio

Pascal Contet solo

Le Benjamin Flament, Joachim Florent, Elie Duris trio

Guillaume de Chassy

François Couturier

François Raulin

Jean-Marc Montera, Sylvain Kassap, Jean-Rémy Guédon, Didier Petit, Paul Brousseau, François Thuillier, Jaques Veillé, Gérard Siracusa

Le duo Isabelle Loubère § François Corneloup

Yves Rousseau Sarsara Quartet

Le duo Hélène Labarrière § Sylvain Kassap 

New Dreams now de Lionel Martin, Rémi Gaudillat, Bruno Tocanne

Le duo Fred Nevchehirlian (slam) Didier Levallet

Et, pour clore le festival, Claude Barthélémy Vintage trio, avec Jean-Luc Ponthieux et Eric Groleau.

 

Cela a été une fantastique programmation dans un espace/temps limité.

De quoi rêver, et nous avons rêvé…

Cerise sur le gâteau, grâce à la générosité des musiciens, des bénévoles, et l’action des institutionnels (malheureusement pas tous présents sur cette cession 2008) l’équilibre des comptes permet de penser à l’avenir. 

En projet, bien sûr, le festival Aout 2009, mais aussi des actions dans l’année –master class, interventions dans les écoles de musique locales, concerts hors festival-

 

Le jazz en Clunisois est bien parti pour repartir.

 

Retrouvez sur le site www.jazzcampus.fr   tous les détails sur ce festival,

les musiciens, les groupes et accords, des photos et articles de presse…

Et rendez-vous en 2009, pour de nouvelles aventures dont nous vous tiendrons informés –entre autres- dans ce journal, les DNJ…que nous saluons ici pour son soutien indéfectible à Jazz Campus et à tous ces musiciens qui mouillent leur chemise pour leur bonheur…et le notre. »

Serge Kurts

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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 22:35

Lorsque nous sommes venus au printemps écouter cette nouvelle version du Ciné Xtet de Bruno Regnier autour de la célèbre version de la Marque de Zorro, film de 1920 avec Douglas Fairbanks, on savait à peu près à quoi s’en tenir. D’autant que nous avions déjà suivi le travail de Bruno Regnier notamment lors du visionnage de « Steamboat Junior » au cinéma le Balzac à Paris où Bruno Regnier a ses entrées régulières. J’avais alors écrit dans d’autres colonnes combien cette approche musicale du cinéma muet qui s’inscrit dans une longue tradition du jazz depuis Claude Bolling à Bill Frisell en passant par Dave Douglas ( dont on ne saurait que trop vous recommander le dernier de Keystone) se dégustait sans modération, avec ou sans images d’ailleurs. Car c’est bien là la force de Bruno Regnier.Celle de se caler au plus près des images dans une volonté clairement affichée d’expressivité mais tout en permettant néanmoins de s’en détacher à loisir. Alors que dans ses précédentes compositions, il s’attachait à l’œuvre de Buster Keaton, s’inscrivant dans le rythme que le génial comédien donne lui-même aux images, ce sont ici les facéties de Douglas Fairbanks aussi roublard que charmeur et drôle qui se trouvent éclairés par l’écriture de Bruno Regnier dans un de ces moments rare où la musique parvient avec grâce à faire corps avec l’oeuvre cinématographique. Dans cet art là, Bruno Régnier nous a montré qu’il excelle. 

 

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 07:56
Vidéo prise par Lionel Eskenazi

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 09:53

Comme tous les ans c’est à un grand pianiste que revient l’honneur de clôturer lors d’un concert en solo à L’Église de Saint Germain des Près, le Festival Esprit jazz. Après Jacky Terrasson, Brad Meldhau ou encore Martial Solal, c’était cette année au jeune prodige, Yaron Herman de mettre un terme à cette superbe édition lors d’une soirée qui restera imprimée au plus profond des mémoires. Tel un cavalier chevauchant son piano et faisant corps littéralement avec lui, Yaron Herman fit hier soir un concert bouleversant. Sa version de Sumertime, du Hallelhuya  de Cohen/Buckley du Libera me de Fauré  ou encore du Yerushalaim qui prenait dans ce lieu une résonance profonde, resteront gravé au cœur des pierres de cette église comme des moments bouleversant d’intensité et d’émotion. Entraîné par les digressions de Yaron, perdu par ses introductions captivantes et par l’imaginaire de son jeu, le public s‘est laissé embarqué dans le monde de cet immense pianiste lors de ce concert en tous points exceptionnel.

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 07:09

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envoyé par jmgelin
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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:16
Jazz in Arles douzième édition

Retour sur  la fabuleuse édition en mai dernier de « Jazz in Arles » au Méjan, festival singulier concocté par un des programmateurs hors pair de la scène de jazz et des musiques actuelles, Jean Paul Ricard, directeur de l’AJMI en Avignon.  Aidé par l’association du Méjan qui effectue un formidable travail, avec une équipe restreinte, cette manifestation

Pourrait, on se plaît à l’imaginer, devenir la version jazz d’un festival de piano comme La Roque d’Anthéron, dans le même département.

Cette année, il s’agissait d’une semaine autour du piano. Le piano, instrument parfait, instrument complet qui assure la triple fonction rythmique, harmonique et mélodique, ne pouvait que s’imposer dans l’histoire du jazz.

Autour de cette thématique passionnante, le programme construit était d’un éclectisme subtil : du trio NEW DREAMS de Jean Michel Pilc, aux VARIATIONS de Yaron Hermann qui a enthousiasmé le public arlésien, sans oublier le formidable  récital « solo » de Myra Melford qui sut revenir sur l’héritage du blues…Ou encore le duo délicatement intimiste de Claudia Solal et Benjamin Moussay dans leur programme PORRIDGE DAYS ou le quartet de Pierrick Pedron, DEEP IN A DREAM, décidément pour nous l’artiste de l’année, la véritable révélation, un altiste généreux et fougueux qui entretient brillamment  la tradition. Il fait partie de ces musiciens rares qui, au delà de la diversité des styles, avancent aujourd’hui sans nostalgie, soucieux du patrimoine collectif, mais ne figeant pas pour autant l’évocation du passé.

 

Oui, c’était bien du jazz qui était joué à Arles, du vrai, de l’authentique,  revu, revisité avec intelligence,  et respect, à l’exemple de ce qu’a pu faire Bill Evans, par exemple, qui inlassablement, a  repris des standards ou des mélodies de Broadway pour les recréer en  versions « originales ». 

 

 Si écrire sur la musique (ou le jazz) est le lieu d’ouvertures, de passages, de frontières abolies, d’euphories et d’admirations, voilà très précisément les sentiments éprouvés avec  le  groupe  Echoes of Spring, réuni par Stéphane Oliva et François Raulin  qui ont construit  le programme du même nom, autour du Harlem piano Stride.

 

Dans une analyse musicologique passionnante réalisée dans le JAZZMAN d’avril dernier n° 123, François RAULIN nous éclairait sur sa démarche : Le stride est un  style dense, complet où les pianistes assuraient la basse, l’harmonie et la mélodie sans soutien extérieur.

Comment faisaient donc  Willie « The Lion » Smith, James P. Johnson, Fats Waller pour jouer avec autant d’allégresse et de virtuosité ? Fats Waller, hilare, tourné vers le public, cigare au bec, un verre de gin ou de bourbon bien rempli sur le piano, était capable de tout obtenir de l’instrument, comme de « plaquer un accord de 15 ème d’une seule main, la gauche chantant alors sur les tempos lents et medium » ?  C’est qu’à force de jouer tous les soirs, la musique les traversait, les irriguait non pas mécaniquement mais en totale osmose. Les pianistes de stride étaient des sorciers, de vrais « ticklers », de diaboliques chatouilleurs de touches.  Willie Smith essayait déjà de détourner le stride comme le feront la plupart des pianistes modernes,  même si les trouvailles de ce style  particulier furent adoptées par bon nombre  de suiveurs. Cette influence est essentielle chez Art Tatum, très présente chez Count Basie,  importante chez Monk…  

 

Cette grande soirée jazz  constituait une véritable introduction au piano stride que l’écoute des albums originaux de ces pianistes prodigieux complètera. Ainsi, dans la collection historique, JAZZ in PARIS chez Universal, de Daniel Richard, Alain Tercinet et François Lê Xuân, figure « Music on my mind » l’autobiographie musicale, de William The Lion Smith. Pour  pleinement apprécier les arrangements des deux pianistes  Raulin et Oliva,  se référer aussi aux  albums  « Hot Piano » (Pearl/ Abeille) pour James P Johnson, « Ain’t Misbehaving » (Dreyfus Jazz Reference/Sony BMG) pour Fats Waller ou chez Classics,  « The Chronological 1938-1940 »  pour Willie The Lion Smith.

 

Le programme mis au point par Stéphane Oliva et François Raulin  est une promenade intelligemment conçue autour de pièces emblématiques ou rares. 

Soulignons par exemple la reprise d’un petit chef d’œuvre « In a mist », la seule composition écrite pour le piano par le jeune cornettiste blanc, le prodigieux Bix Beiderbecke, de Davenport (Iowa). Un gars qui avait de l’atmosphère dans les doigts (Boris Vian).

Il avait créé cette improvisation à la fin d’une nuit passablement embrumée, d’où son titre. Ce fut un solo de piano et une expérience uniques, une mélodie visionnaire par bien des aspects, où les pianistes retrouvent des accords inusités, un penchant pour la phrase en arabesque. « C’est un ragtime mélodieux et subtilement construit, éclairé de moments tendres, d’images insaisissables et délicates dont la présence dans le langage du jazz était alors inconnue » écrit Jean-Pierre Lion dans son ouvrage insurpassable, la biographie de Bix Beiderbecke aux Editions Outre Mesure. Il est à parier que la version de plus de dix minutes entendue à Arles fera date, avec une longue évocation impressionniste de Stephan Oliva.

 

La réussite de ce projet est d’avoir su démultipler les potentialités du piano stride, en le renouvelant par une forme et une instrumentation différentes.  Car cette musique pleine de polyrythmies et d’écueils, est un véritable enjeu pour qui parvient à se la réapproprier avec élégance. Et il fallait des musiciens aguerris pour en découdre et mettre à vif cette tradition. Ce quintet dont les musiciens  se connaissent depuis longtemps est la formation idéale : Laurent Dehors joue des clarinettes, clarinette basse et contrebasse, Christophe Monniot, des saxophone alto, baryton et sopranino; Sébastien Boisseau, infatigable, accroché au mât du rythme, forçat irrésistible du swing, assure sans batterie, une rythmique fervente à la contrebasse. Et ces trois musiciens sont entraînés dans cette folle aventure par les initiateurs du projet, François Raulin et Stephan Oliva, qui, sur le canal de droite, double certaines parties de basse, ou joue des particularités du Fender.

 

Le stride, issu du ragtime, procède plus de la variation que de l’improvisation pure . Ce qui ne saurait  mieux correspondre à ces musiciens : à chaque fois, ils gagnent en aisance. Une complicité originale et exigeante dont chaque nouvel échange complète le tableau de  variations en série.

Ce concert marquait l’aboutissement d’une tournée depuis mars 2006, date de création du programme à Grenoble, l’un des festivals du réseau Afijma. Le concert des Rencontres internationales de Nevers qui fut programmé (excellente initiative de Xavier Prévost sur France Musique en  décembre dernier) permet de mesurer le travail accompli  en  quelques mois et on peut penser que  le groupe, au Bordeaux Jazz Festival en novembre 2007, donnera encore une performance mémorable . D’autant que d’ici là, Echoes of Spring aura été enregistré, par l’ingénieur-son Boris Darley,  en studio à Meudon, en juillet prochain, sur le label Mélisse du pianiste Edouard Ferlet (graphisme de Philippe Ghielmetti) . 

 

 Cette musique est une recréation de chaque instant, une évocation lumineuse où tous se livrent à corps perdu.

Les énergies libérées se déploient, toujours généreusement, et comme  personne ne prend le pouvoir, la musique se développe à perte d’ouïe. Rien de plus beau que la complémentarité des deux pianistes qui jouent de tous les registres ; rien de plus troublant que les contrepoints des souffleurs, leurs unissons sensuels. Quand Christophe Monniot joue de ses saxophones, il se situe très exactement entre l’angle vif, l’écartement et l’arabesque, câlin au baryton, fougueux à l’alto, vacillant au sopranino. Il a participé au big band de Tous Dehors du clarinettiste Laurent Dehors qui équilibre sa turbulence gouailleuse, ses stridences chahuteuses, le comprenant parfaitement parce qu’ils pratiquent tous deux le « décalage oreille ».

Le groupe arrive à créer de petits instants d’éternité, prétextes à une chorégraphie imaginaire comme sur le virevoltant final, « Echoes of Spring », fragile mélodie de janvier 1939, dont l’arrangement de François Raulin a su garder les harmonies et le balancement de la main gauche. Voilà notre titre préféré et peut-être aussi celui des musiciens qui l’ont choisi comme titre du  programme .

Il faudrait  encore souligner  la version décapante et drôle de « Ain’t misbehaving » de Fats Waller. La formation donne ici une variation qui  devrait s’inscrire dans les nombreuses versions du thème.  De même pour le « Morning Air » de Willie « The Lion » Smith,  thème si mélodieux, porteur d’envolées fougueuses. C’est que les mélodies  présentent souvent une douce violence avec des changements de tons, des ruptures de climat. Comme cet inquiétant “Child of disordered mind” (solo d’Earl Hines de 1940, réarrangé merveilleusement  par Stephan Oliva). Véhémence des timbres, flamboyance encore,  rugosités éclatantes dans le « Boogie Woogie on St Louis blues »  toujours d’Earl Hines, très à l’honneur dans ce programme.

 

Cette traduction enthousiaste, généreuse, sensuelle, fidèle jusque dans la réinterprétation même, est la version française de la musique de jazz  :  elle sait caresser sans perdre sa force, faire entendre son chant sans tomber dans la romance. Avec Echoes of Spring, ce n’est pas seulement le printemps qui arrive par bouffées, c’est une rêverie en jazz, un bouleversant et mystérieux rappel  d’un autre temps, réminiscence d’une histoire aimée.

Sophie Chambon

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:14
Jazz au confluent

 

Bien sûr nous sommes loin de la rue des Lombards, de la place du Châtelet et de ces endroits où il est si difficile de se garer. En ces périodes de travailler plus pour gagner moins des alternatives existent. Par exemple travailler un max pour gagner rien du tout comme sous mais du bonheur, des sourires et de la convivialité.

 

C’est la réflexion qui me vient à l’esprit en écoutant Dan DUPARC le Président de l’Association « Jazz aux Confluent » présenter le bilan de son activité des cinq années écoulées. Pas moins de 50 concerts organisés, excusez du peu. Tout cela avec le soutien financier de la Mairie de Conflans Sainte Honorine, des adhérents de l’association et d’une troupe de bénévoles motivés. Ça s’appelle la passion où je n’y comprends plus rien. Le principe est simple vous prenez une adhésion à l’année, fort modeste de 10 € au minimum et vous avez accès gratuitement aux concerts organisés chaque mois au conservatoire de musique de la ville. Vous recevez le programme sur votre boîte E mail et vous voyez à vous organiser pour y aller.

 

Samedi dernier deux concerts au programme : Une formation locale « Carpe Jam » qui réunissait Pierre VAAUZELLE : trompette, Romain TOUTYRAIS : saxophone, Clément PRIOUL : piano, Arnaud TAURINES : basse électrique, Rémy PRIOUL : batterie.

Une formation de jeunes amateurs locaux qui, sans prise de tête, a déroulé un répertoire original, mélangeant funk et Be Bop . Mention spéciale pour le jeune pianiste Clément Prioul qui allie à ses dons de compositeur une réelle virtuosité et un talent d’improvisateur. Une demi heure  de concert qui permet à des amateurs éclairés de se produire et de se risquer face au public. Bon apprentissage pour la suite…

 

Le temps de débarrasser la scène, on picole. Il y a une buvette sympa, la Leffe est à 2,50 € et à ce prix on peut soutenir réellement l’association. Ça permet de causer du premier groupe et d’envisager le deuxième avec impatience. Ce soir là Le quartet de Peter KING(saxophone alto) accompagné de Alain JEAN-MARIE (piano), Duy Linh N'GUYEN (contrebasse), Yves NAHON (batterie).

Peter King est un saxophoniste anglais de réputation mondiale qui a joué entre autres avec des légendes du jazz comme Bud Powell, Elvin Jones, Max Roach, Milt Jackson, Lalo Schifrin, le « new Count Basie Band » dirigé par Frank Foster et le Ray Charles Orchestra.

Alain Jean Marie est un pianiste au toucher fantastique qui a accompagné Chet Baker, Sonny Stitt, Art Farmer, Johnny Griffin, Clark Terry, Lee Konitz, Dee Dee Bridgewater, Barney Wilen, Cat Anderson, Abbey Lincoln.

Duy N’Guyen (contrebasse) et Yves Nahon (batterie) complètent ce quartet. Sans avoir les références des « grands anciens » précédemment cités ces deux musiciens accompagnent de nombreux groupes et chanteurs de jazz tant en France qu’à l’étranger.

 

Nous sommes ici dans le monde du Be Bop et ça décoiffe. Je n’ai malheureusement pas noté les thèmes entendus ce soir là. Mais peu importe, la salle est bondée, le concert chaleureux, splendide et le public conquis.

Le succès de cette soirée ne constitue pas une exception car à chaque fois la qualité des musiciens présents emporte le public. Ont défilés cette année, entre autres et en vrac : Batiste Trotignon, Michel Perez,, Dominique Piffarelly, Richard Razafindrakoto, Elisabeth Caumont, Jacques de Lignières, Claude Tissandier… Que voilà un programme qu’il est beau. L’an prochain ce sera encore mieux, c’est garanti…

 

Si vous voulez savoir comment c’est possible allez donc sur le site : http://www.jazzauconfluent.fr et rendez vous en septembre pour la saison 2007/2008.

Jean -Pierre Foubert

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15 avril 2007 7 15 /04 /avril /2007 16:13

La tectonique des nuages,

 

Théâtre de la Ville – Paris le 14 avril 2007

 

Vivement la version mise en scène de «  La Tectonique des nuages » ! Nous n’avons eu hier soir au Théâtre de la Ville qu’un avant-goût version concert (sans scénographie et décors) de l’opéra-jazz tant attendu de Laurent Cugny. Cela fait déjà longtemps qu’il porte ce désir de créer un opéra. Il a d’abord fallu la rencontre d’un texte, « Cloud Tectonics » de l’auteur portoricain Jose Rivera, un récit cosmogonique mêlant l’humain et le surnaturel qui « charrie l’air de rien, poésie et drame, passion et déception, métaphysique et fantastique, telle une variation contemporaine des amours impossibles entre l’absolu et l’humain, l’éternité et la finitude » (F. Rancillac). Il a ensuite fallu le talent exceptionnel de mise en espace musical de Laurent Cugny : une écriture musicale exigeante  pour dire la nature cataclysmique de Los Angeles, la suspension du temps provoquée par l’énigmatique Celestina del Sol, l’irruption du fantastique et du merveilleux dans la vie d’Anibal de la Luna , la confusion des sentiments, la réconciliation des personnages avec leurs racines latino-américaines. Servie par d’excellents musiciens (citons notamment Airelle Besson à la trompette et Thomas Savy à la clarinette et au saxophone), la musique s’entremêle subtilement au texte. David Linx, l’épervier-chanteur que son chant semble emporter dans les airs, Laïka Fatien, à la voix si mélodieuse et si douce, et Yann-Gaël Poncet, tout de fougue et de passion, alternent parties parlées, scandées et chantées et sont des guides sûrs vers l’imaginaire et l’émotion. Toutefois, dans cette version concert qui exige la présence d’un choryphée-lecteur des didascalies, nous ne pouvons à certains moments du spectacle réprimer un sourire devant la platitude de certaines réparties. Pas si facile en effet de donner toute la fougue tectonique de ce texte ainsi assis côte à côte sur le devant de la scène.  On ne peut donc que souhaiter après une telle soirée qu’un programmateur courageux offrira très prochainement la possibilité de voir ce spectacle dans l’espace et le temps qui lui conviennent. Le spectacle se termine par un thème chanté en espagnol par David Linx : l’émotion est à son comble !

 

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3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 07:37

Bordeaux Jazz festival 2006, le bon cru ?

Aimer le jazz c’est apprécier cette musique d’affirmation, de liberté qui tout en faisant la part belle à l’improvisation ne se réduit pas à cette seule urgence. C’est le credo de Philippe Méziat, directeur heureux de ce Bordeaux Jazz Festival dont la sixième édition a rencontré un vif succès, auprès d’un public bordelais et régional, désormais acquis. Le public se laisse guider, quand il ne connaît pas, faisant confiance aux choix très personnels du directeur artistique du BJF, qui relèvent d’un engagement authentique et d’une connaissance approfondie de cette musique dans ses évolutions les plus récentes.

 

 

« La surprise est  donc au rendez-vous, mais elle n’est pas certaine .Si on y va quand même, ce n’est pas uniquement parce que les tarifs des concerts le permettent. On y va parce que c’est l’un des bonheurs qui nous restent. Consommer n’est pas un bonheur, découvrir c’est déjà mieux,  se risquer à prendre ce qui advient et qu’on n’attendait pas, voilà qui fait bondir ! »

Mederic Collignon

 

(photo : Bruce Milpied)

 

 Ces  phrases de l’éditorial auguraient de la fréquentation qui allait suivre aux Chartrons, un quartier original du Port de la lune, qui abrite aujourd’hui, non loin des anciens chais  bordelais, la Halle des Chartrons, l’un des lieux  les plus expressifs du jazz et des musiques « affines ».

 Un festival sous le signe de l’éclectisme le mieux compris, avec des thématiques heureusement choisies. Ainsi,  l’un des moments forts  déclina « Jazz et opéra »  le jeudi soir : Mederic Collignon présentait son inénarrable Jus de Bocse sur le Porgy and Bess déjà revu par Miles Davis sur les arrangements de Gil Evans de 1958 . Le spectacle furieux du trompettiste chantant, rehaussé par l’adjonction de quatre cors d’harmonie, dirigés à la perfection, obtint pas mal de suffrages. C’est que le caractère détonant, la personnalité intriguante, pour ne pas dire dérangeante, les excès du personnage talentueux , il est vrai, sont une véritable révélation pour un public non averti.

 Mais l’émotion avait été à son comble  en première partie de soirée, avec  la Vie de Bohême, présentée par l’ Italian Trio, composé  du pianiste Dave Burrell , entouré du trompettiste Giovanni Falzone et de l’ altiste Paolo Botti, musiciens à la présence incroyable.

 Une première version de cette « œuvre » revisitée par le pianiste existait sur un album sorti en 1969, en plein délire free. Philippe Méziat  eut la bonne idée de lui redemander, lors d’un séjour récent à New York lors du festival Visions, une nouvelle approche : après un blues classiquement amené, vinrent successivement  le premier duo  (« Che gelida manina », « Mi chiamano Mimi »), la valse de Musette ( « Quando m’nvo soletta per la via »), un choral de marche et le duo final de Rodolphe et Mimi. 45 minutes de musique lumineuse et inattendue,  un moment inoubliable, pure recréation  qui devrait tourner sur les scènes ou les festivals jazz.

 Programmateurs, n’hésitez plus !

 Il y eut un autre temps fort, lors du final, le dimanche soir avec le « Klezmer Madness » de David Krakauer. Le klezmer est la musique de célébration traditionnelle des juifs de l’Europe de l’est, importée aux Etats-Unis par les vagues successives d’immigrants entre 1880 et 1920. Comme dans les films de Woody Allen, ou  les meilleurs sketchs de Jerry Lewis, on se partage entre nostalgie et allégresse, rire et larmes.  Après son tube « Klezmer à la Bechet », hommage à deux maîtres contemporains de l’instrument, le créole Bechet  et le Klezmer Naftulé Bradwein, David Krakauer travaille les chants et revisite certains rites de la tradition hassidique, comme les interminables  mariages où  les poètes chantent des couplets de mise en garde  aux futurs époux… Si le caractère joyeux de cette musique de danse est affirmé, souffle aussi  un vent d’innovation dans ce « revival », un soin tout particulier à réinterpréter les standards de cette musique : garder l’inflexion de la langue yiddish dans la musique, préserver son caractère ornemental, mais aussi sortir le klezmer du musée. Parlant un français impeccable, le clarinettiste partage son héritage culturel, de bon cœur et en toute humanité,  entouré d’un noyau de musiciens qui modernisent  le répertoire : ainsi le groupe accueille la guitar-héroïne Sheryl Bailey, aussi calme que David Krakauer est enjoué, un accordéoniste sensible et mélancolique (Will Holshouser), un invité rappeur, le DJ So called, qui intervient à propos, scandant avec entrain et humour (y compris en yiddish) le chant des klezmer, ces musiciens de la rue.

 Si le formidable batteur qu’est Michael Sarin  accompagne idéalement le délire klezmer, il est aussi pour beaucoup dans l’attraction du Frank Carlberg quintet. Ce fut vraiment un concert délicat où s’illustra ce batteur phénoménal que l’on n’entend guère sous nos latitudes, inventif, précis et… imprévisible. Entouré de deux musiciens français qui se connaissent bien, l’altiste Guillaume Orti  et le contrebassiste aux machines Olivier Sens, le couple du pianiste d’origine finlandaise (à la voix étrange, étranglée, quasi synthétique quand il explique sa démarche) et la chanteuse Christine Correa  reprit des poèmes de la Beat Generation ainsi que des textes plus récents d’Alan Ginsberg , toujours étonnamment prophétiques. Scansion originale et  sens prosodique rares pour dépeindre la folie du monde. Un très joli rappel enfin, sur une composition du contrebassiste,  « tristanienne » d’inspiration, qui convenait particulièrement à l’expressivité de Guillaume Orti.

 Les Bataves étaient à l’honneur au BJF 2006 avec deux ensembles grands formats tout à fait originaux : le BBB, entendez «Bik Bent Braam », croisement inespéré en France, d’un big band « classique » et d’une formation déjantée, bravement free comme en dirige Willem Breuker . Du « middle free » si on veut avec des morceaux de bravoure à l’unisson pour les cuivres et aussi des solos que chacun  prend de bon cœur dans la plus belle tradition, comme le souffleur allemand Frank Gratkowsky. Le trompettiste américain Herb Robertson, toujours facétieux,  sort de sa musette des  instruments minuscules qui ressemblent à des jouets, trompinette et divers appeaux. La rythmique est dans le ton, alliage décalé entre un batteur tristement lunaire, un Buster Keaton replié sur ses fûts  et un contrebassiste, très près du pianiste, qui tira un solo poignant sur une seule corde.

 bik ben braam - wilbert de joode - frank gratkowski

(photo : Brice Milpied)

Autres Hollandais, volant littéralement sur un tapis de cordes, l’ensemble à géométrie variable des jeunes  musiciens du  JARGON de Maurice Horsthuis enthousiasma le public par les  mélodies du chef, altiste de formation, la virtuosité de l’exécution, jazzifiée par une guitare et contrebasse alertes.

 Sans surprise mais remportant un succès mérité, le trio énergique de Bojan Z avec l’impeccable Rémi Vignolo et le fougueux Ari Hoenig  fit vibrer la Halle le vendredi soir, sur le programme de son dernier album Xenophonia, alors que le groupe  TTPKC et le marin, sélectionné pour le Jazz Migration de l’AFIJMA,  devait constituer une vraie découverte pour beaucoup.

 Pour notre part, nous avions été séduits lors du Tremplin Jazz d’Avignon où ils furent tout de même devancés par le quartet belge de Pascal Schumacher. Autre esthétique, autre musique. Heureusement récupérés par le label Chief Inspector, TTPKC put sortir son premier album, un opus risqué, à l’écriture foisonnante, aux thèmes bâtis sur une architecture complexe : une musique superbe, intense, sans beaucoup de respiration, accrocheuse malgré ses aspérités, qui fait voyager sans se prévaloir d’une trop grande folklorisation. Une instrumentation originale pour un groupe qui ne l’est pas moins : un trio de saxophonistes accompagné d’un batteur qui n’a pas oublié d’écouter Jim Black.

 Une dégaine marrante que celle du  marin du groupe, le baryton  présentateur Sylvain Tamalet, l’imperturbable ténor Han Sen Limtung, le batteur Antonin Leymarie, au faux-air d’Antoine de Caunes, et enfin le compositeur de beaucoup de titres, le remarquable altiste Adrien Amey. Les titres plutôt drôles apparenteraient  le groupe à la veine « non sense » des Monty Python de la grande époque : ces électrons libres tout excités, développent  des tonalités étranges, créant un climat planant qu’entrecoupent des ruptures de rythmes et d’atmosphères.      

 

A moins que la source de toute cette jeune génération de libres improvisateurs n’aille voir outre-manche du côté d’Evan Parker ? Autre excellent choix de programmation, l’avant-dernier concert du festival donnait la parole à ce génial défricheur, sopraniste et ténor anglais, toujours aussi impressionnant dans son approche spontanée de l’instrument, toujours renouvelée depuis la grande époque des seventies  ( voir la liste extraordinaire de ses participations de Von Schlippenbach au « Globe Unit » sans oublier Peter Brotzmann, Paul Lytton, Anthony Braxton …).

Rejoignant les maîtres de la musique d’improvisation européenne, il tint en haleine un public conquis, se jouant de la technique de la respiration circulaire dont il maîtrise tous les effets,  sans abuser des stridences et autres déviations de l’improvisation pure, créant toujours une mélodie fine et affûtée avec des changements de registre si rapides que l’on croit entendre des sons simultanés.

Le BJF 2006 a tenu ses promesses : un festival en liberté, entraînant et innovant, au-delà de tous clivages d’époque ou de style : surprises, émotion,  et gaieté débridée (Sina & Stucky les deux Valaisannes et leur café-théâtre décapant),  dérapages vraiment productifs. Tout cela dans une ambiance heureusement détendue autour des tartines et autres collations (huîtres d’Arcachon) que servaient les bénévoles soudés et visiblement heureux de participer à cette fête. Alors  il ne reste plus qu’à attendre 2007… vite…

Sophie Chambon

 

 

 

 

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