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2 octobre 2006 1 02 /10 /octobre /2006 09:21

Le Festival Jazz à La Villette nous a réservé de beaux moments. Bien sûr nous fumes assez triste de voir Abbey Lincoln (76 ans) annuler son concert pour raison de santé. N’empêche il y a quelques vétérans qui ont su nous régaler. Certes Charlie Haden par exemple avec son new Libération Music Orchestra n’a pas provoqué chez nous un enthousiasme débordant et à l’image de l’album sorti l’an dernier, nous retrouvâmes des solistes que nous savons par ailleurs excellents (Tony Malaby, Chris Cheek ou Miguel Zenon) cantonné dans une sorte de réserve gentille. On est bine loin des cris rauques de Gato Barbieri et du tranchant de Don Cherry. Reste que la belle amitié complice entre Haden et Carla Bley ne cesse de nous émouvoir. Dans l’émotion tout le monde avait aussi une pensée pour le saxophoniste Dewey Redman  (le père de Joshua) qui fut justement l’un des piliers du LMO.

 

 

 

Toujours à la Villette William Parker déclencha la foudre et irradia la scène du Cabaret Sauvage pour la reprise du spectacle déjà présenté à Banlieues Bleues quelques années auparavant. Son hommage à Curtis Mayfield est une des expériences musicales les plus intéressantes du moment et cette rencontre entre Jazz et Soul music, cet enchevêtrement des deux musiques est assurément une belle réussite. Beaucoup de choses dans ce concert et beaucoup d’émotion. Parker reprit quelques thèmes bien connus de Mayfield comme Pusherman, Move On Up, People Get Ready, Give Me Your Love... Nous fumons alors subjugués par la grâce de la chanteuse Leena Conquest aussi gracile dans le chant que dans la danse. L’immense poète Amiri Baraka (Leroy Jones) etait là et nous gratifiait de ses magnifiques textes slammés en prolongement, en écho détournés de ceux de Mayfield. Le pianiste Dave Burrell  sur le premier morceau sorti un chorus tout droit venu de l’espace où l’on retrouvait quelques similitudes avec le jeu d’un Django Bates. Mais surtout, et comme toujours l’association Parker avec Hamid Drake (qui est selon nous pas loin d’être aujourd’hui le meilleur batteur de sa génération), cette association là relève du surnaturel. De l’entente télépathique. De la magie noire. Lorsque les deux sont ensemble on a affaire, comme me le disait Jacques Bisceglia  à l’oreille, à la meilleure rythmique au monde. Pas loin d’être vrai.

 

 

 

 

Les nuits manouche de l’Européen sont désormais un rendez vous incontournable du jazz gypsy. Ce soir là nous étions allé entendre Angelo Debarre et Ludovic Beier dont l’album paru cet été chez Chant du Monde, « Entre ciel et terre » nous avait totalement conquis.  Et ce que les deux hommes nous donnèrent ce soir là était en droite ligne du bonheur que nous avions à l’écoute de l’album. D’abord parce que Angelo Debarre confirme qu’il est un immense guitariste manouche. Pas du genre à dévaler les grilles  toute allure et les accords de passage sur un standard de Django. Plutôt du genre à mettre dans chacune de ses notes un petit supplément d’âme. Ce millième de seconde où la note prend son temps avant de partir, ce glissando subtil, cette légère distorsion. Car même dans les tempos lents Angelo Debarre met une vraie force dans chacune de ses notes montrant qu’il se situe dans une autre inspiration que celle qui consiste à faire la course avec la pompe. Une vraie force subtile.  Quand à Ludovic Beier c’est un partenaire idéal qui sait se faire à la fois présent et discret. Présence dans les chorus où l’inspiration mélodique se situe dans la ligné des Gus Viseur et Joe Privat, mariant ainsi le jazz manouche et le balloche du samedi soir. Discret dans son sens de l’accompagnement. Beier est aussi un admirable compositeur. Ses compos entre bossa et gypsy sont une pure merveille. Assurément Debarre et Beier forment un couple efficace et  nous montrent qu’il se passe (enfin !) des choses  dans le jazz manouche.

 

 

 

 

Un peu plus loin dans la soirée nous sommes allé entendre un autre guitariste. Manu Codjia nous donnait au Sunside un  aperçu de son prochain album avec Daniel Humair. Codjia confirmait là qu’il est l’un des guitaristes majeurs de la scène française. Le pilier du Strada de Texier s’inscrit dans un registre proche de Hendricks mais aussi de Zappa. Ses compositions shorteriennes de haute volée nous transportent dans un univers fait de moelleux étiré et de foudre guerrière. Il y a dans sa façon de jouer une large part de l’histoire du jazz qui commence avec Wes Montgomery et se poursuit jusqu’aux guitar héro du rock. Ce qui nous fait attendre avec impatience la sortie de son prochain album.

 

 

 

 

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2 septembre 2006 6 02 /09 /septembre /2006 23:09

On y était. Pas vous ?

 

 

 

Il y avait comme tous les étés de la musique partout. La capitale s’était mise en quatre pour nous offrir quelques bons moments de jazz entre deux matchs de l’équipe de France.

 

Le théâtre du Châtelet ouvrait le bal au tout début de l’été avec une affiche de rêve. Nonobstant l’équipe de France qui faisait chavirer d’autres têtes et empêcha certains d’aller voir John Zorn avec Masada (on a des noms !) nous eûmes néanmoins droit à un concert très beau de Bill Frisell venu le 6 juillet présenter sa toute nouvelle formation avec Greg Tardy au sax, Ron Miles à la trompette, Tony Scherr à la contrebasse et Kenny Wollesen à la batterie. Il faut dire que Bill Frisell a le chic pour mettre du bleu sur ses mélodies sudistes avec ses accents de folksongs matinées de jazz. Jamais il n’abuse de la réverb mais utilise juste sa pedal street guitar chère aux joueurs de Country avec un grand sens du dosage subtil. On entendrait presque des sonorités simples à la Oscar Moore. En revanche la formation avec laquelle il évolue n’est pas la meilleure qui soit et l’on a pu assister après un premier quart d’heure brillant du trompettiste Ron Miles à l’éclipse totale de ce dernier au cours de ce bien agréable concert. Agréable mais par moments toutefois inégal.

 

Le lendemain nous nous faisons une fête d’aller entendre pour la clôture du festival l’immense Ran Blake. A 75 ans Blake n’a rien perdu de la magie de son discours. Incroyable profondeur des phrases monkiennes. Monk qu’il transcende. Monk qu’il ramène à Ellington. Pas l’Ellington chef d’orchestre mais Ellington le pianiste dont chaque attaque de note est un point de suspension. Mais Blake est vieux et suet à toutes les angoisses. Au bout de 20mn, parce qu’il était allé tout au bout de lui-même et qu’il ne pouvait plus rien rajouter, Blake se leva et quitta la scène très intime (des chaises avaient été placées sur la grande scène, autour du piano) devant un  public néanmoins conquis et compréhensif qui ne manqua pas de lui faire une véritable ovation. Beau moment de compréhension par le public de l’artiste en souffrance.

 

Au New Morning durant ce torride mois de juillet Carla Bley venait sur scène avec son éternel côté potache. Son Big Band venait là pour s’amuser. Mais avec l’âge Carla se rangeait moins du côté de Mingus que d’ Ellington (là encore) avec un trompettiste qui nous faisait penser à Ray Nance et un Gary Valente, tromboniste génial dans une forme éblouissante alors qu’à l’orgue la fille de Carla Bley, Karen Mantler (dans le rôle du parfait sosie) restait dans une posture sage. Carla Bley possède cette faculté d’écrire des choses complexes et de les rendre simples par son sens du swing. Elle assume carrément un clin d’œil appuyé Glenn Miller. Fait circuler d’une main toujours assurée une énergie bouillonnante à laquelle n’est pas étrangère la rythmique menée par Steve Swallow dont les yeux ne quittent pas d’un seul instant Carla. Sa reprise du morceau de Ray Noble (‘til you) fut un des grands moments de ce beau concert. Son Big Band se situe toujours quelque part dans les sommets du jazz. On comprend qu’il soit encore et toujours une référence prégnante pour grand nombre d’orchestre. Il nous donne furieusement envie de revenir rapidement l’entendre à la Villette

 

 

Dans un autre registre la venue du groupe Take 6 au New Morning nous donnait l’occasion de voir autant de spectacle sur scène (plutôt de show) que dans ce public afro américano antillais de Paris venu de toutes les églises adventistes de la capitale communier avec hystérie avec ce groupe aux allures de prêcheurs du temple. Sensations assurées. On se serait cru du coté de la Glide Church de San Francisco. D’ailleurs ce n’est pas un  hasard si le seul à avoir reçu l’autorisation de photographier et d’interviewer était le représentant de la Fédération Française de Gospel (que nous saluons ici pour nous avoir si gentiment permit d’utiliser ses clichés). Sur scène derrière 6 chanteurs d’exception, un manager cerbère façon Don King de 300 kgs en culottes courtes s’assurait qu’aucun voleur d’image ou de son n’était dans la salle. Parce que ces 6 performers du jazz vocal qui nous assène à longueur de temps que « God’s with you. Oh my Lord yeah !» n’oublient pas de vous inciter à acheter leur dernier album «  to help us to make money ». Eh oui on y est pas habitué ici mais il faut s’y faire, la bible se marie fort bien aux dollars de l’autre côté de l’Atlantique. Mais revenons à l’essentiel : la musique. Reste un véritable show bouillonnant. 6 chanteurs exceptionnels bourrés de vitamines. Derrière la façade à paillettes, des chanteurs immenses, des musiciens et arrangeurs de génie et une volonté de revenir un  peu plus au jazz. On buvait du petit lait malgré un son un peu saturé au premier set. Dans la fournaise du paradis ( !) les 6 nous ont littéralement scotchés avec une mention particulière pour le bassiste du groupe capable de  et faire trembler les murs de Jéricho avec un seule note et de danser à la manière d’un  pack entier de joueurs néo-zélandais façon Haka. Et des harmonies à tomber par terre qu’on vous raconte même pas. Un son unique qu’ils sont les seuls, depuis que Manhattan Transfer ne cesse de décliner, à maîtriser de la sorte. Une école en somme !

 

 

Et puis, pour finir en beauté, on a choisi  Ornette Coleman ! Ornette venu inaugurer le festival « Black rebels » à la Villette. Ornette , le free de la passion ! Ornette la légende. Concert magique comme souvent avec lui. Le maître du son c’est lui. Habité toujours par sa musique. Le maître du blues, à 76 ans c’est toujours lui. Même s’il semblait un peu fatigué, un peu moins capable de tenir de très longs chorus, un peu moins dans l’énergie du souffle, Ornette montrait un autre visage ce soir là ? Montrait qu’il reste une légende du jazz. Pas seulement par son jeu d’ailleurs mais toujours par ses compositions si intelligemment agencées. Décalages rythmiques, retour de thèmes, libres improvisation, digression puis à nouveau ensemble et coda abruptes et tout cela avec l’incroyable sentiment de facilité. De fluidité. Ornette qui vient de sortir un nouvel album en live « the grammar of the sound » était accompagné de son fils Denardo à la batterie (très mal sonorisé) et d’une géniale rythmique de choix, celle de Tony Falanga à la contrebasse (une découverte celui là) et de Al Mc Dowell à la basse électrique. Association géniale aussi que ce jeu d’archet de Falanga au son de Ornette Coleman où il est question d’un poésie un peu folle que seul Coleman est capable de dire. Sorte de complicité de saltimbanque. Un song X un  peu désorientant par le jeu binaire ternaire de Denardo et puis au final pour seul rappel, un Lonely woman simplement joué avec une sublime profondeur.

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 20:55

  

 

 

C’est magie de voir une ville de 10000 habitants se transformer pendant deux semaines en capitale internationale du jazz. Toute la ville est en fête :pas un café, pas un jardin, pas une vitrine qui ne swingue ! La programmation du festival est exigeante, riche, variée et toujours attentive à faire découvrir au très large public les nouveaux talents voire à accueillir des créations. Yves Robert a ainsi présenté cette année à Coutances l’Argent, un spectacle collage patchwork, réflexion philosophico-sociologique sur notre société matérialiste avec témoignages de spécialistes de la finance, voix entremêlées, chocs, violences. Yves Robert et ses musiciens (dont la talentueuse Elise Caron) nous invitent à nous interroger sur notre rapport à l’argent : expérience nécessairement d’utilité publique. 

Mais ce festival populaire qui draine son public bien au-delà des frontières de la Basse-Normandie est avant tout l’occasion de célébrer le bouillonnement artistique du jazz contemporain. Le saxophoniste ténor  Olivier Temime  avec ses « volunteered slaves » (en hommage à une composition de Roland Kirk datant de 1969) en est un des exemples les plus excitants avec une musique qui explore de multiples influences du be bop au funk en passant par l’afro, le tout sur des rythmes endiablés et fougueusement. La chanteuse coréenne Youn Sun Nah, plus élégante, plus précieuse, plus atypique que jamais, se nourrit elle aussi aux sources multiples : jazz, pop (la pureté de sa voix n’est pas sans évoquer celle de Björk), musique orientale Elle est d’une virtuosité extrême tant dans la maîtrise de sa voix, que dans la précision rythmique avec à certains moments une liberté et un lâcher-prise totaux. Tout cela sans aucune ostentation et avec la plus grande humilité. Elle est entourée de musiciens de talent, Benjamin Moussay au piano, David Nierman au vibraphone, Yoni Zelnik à la basse. La magie opère, nous sommes sous le charme, comme en apesanteur.

La qualité du festival de Coutances est aussi dans sa capacité à prendre des risques. C’est ce que l’on s’est dit en découvrant en première partie de Dee Dee Bridgwater la pianiste Magali Souriau. Sa rencontre avec Alex Dutilh racontée avec émotion dans les colonnes de Jazzman nous avait certes déjà mis en appétit. Mais sa musique, ce n’est pas grand chose : des souvenirs d’enfance, des émois de petite fille, beaucoup de sentimentalisme teinté de nostalgie. Cela commence avec au « Clair de la Lune » et cela finit tous en chœur sur « Au feu les pompiers ». Entre temps, on est passé par Randy Weston, Monk et son Epistrophy, Bach parce que comme tout le monde sait « Bach ça swingue d’enfer ». Du presque rien accompagné par l’immense saxophoniste Chris Cheek et joué avec une infinie fraîcheur. Une jolie écriture inspirée du quotidien (la promenade, la belle dame avec son grand chapeau)…des petits riens qui font la vie. Elle chantonne en jouant et c’est charmant. Elle a un toucher subtil, elle effleure à peine le piano et nous transporte au pays de l’enfance. Nous ne savons pas bien l’expliquer mais cet instant passé en sa compagnie est précieux et rare.

L’événement annoncé de cette vingt-cinquième édition de Coutances était sans aucun doute la venue du Trio Beyond, créé par Jack DeJohnette en hommage à Tony Williams avec à la guitare John Scofield et à l’orgue Larry Goldings. Sur la scène de la très grande halle aux grains de Coutances, le batteur anime le groupe en déstructurant les rythmes, en passant du binaire au ternaire, jeu arachnéen, généreux et énergique, toujours en délicatesse, il fait sonner sa batterie comme personne… il est simplement immense. Scofield de son côté avec un son saturé et plein de réverbérations, invente en permanence, reprend en boucle des motifs pré-enregistrés...Oui mais leur grande technicité laisse peu de place à la rêverie et le jeu très mécanique de Scofield étouffe quelque peu l’ensemble. La version en studio qui sortira dans peu de temps sur le label ECM est dit-on plus réussie. Le festival de Coutances c’est aussi le dépaysement et Jean-Marie Machado présent cette année en sextet ( à noter l’indispensable Andy Sheppard au saxophone et l’excellent Gueorgui Kornazov au trombone) nous a transporté en Espagne. Ses arrangements de Falla, Granada ou Albeniz évoquent toutes les couleurs de son Maroc natal et de l’Andalousie. L’ocre et le rouge. Nos sens en éveil...

 Jazz sous les pommiers c’est surtout le dialogue permanent entre le public et les artistes ; un dialogue institutionnalisé par les organisateurs à travers le soutien d’un programme d’artistes en résidence dans la région.  Le but de ce projet est d’accompagner des artistes dans leur travail de création et de favoriser tout au long de l’année des rencontres avec la scène de Basse-Normandie. Après Bojan Z, c’est  le guitariste Louis Winsberg qui est depuis 2 ans en résidence à Coutances, « moment privilégié de création, de rencontres, de partages avec la scène régionale, d’expérimentations, de composition.“  Vous l’aurez compris JSLP, c’est de la Jubilation sur tous les Plans ! A tout bientôt à Coutances.

 Régine Coqueran

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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