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1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 08:00
UN POCO LOCO   Ornithologie

ORNITHOLOGIE UN POCO LOCO

Fidel FOURNEYRON (tb)

Geoffroy GESSER (cl, ts)

Sébastien BELIAH (cb)

Umlaut/L’autre Distribution

 

http://www.fidelfourneyron.fr/ornithologie/

 

http://www.fidelfourneyron.fr/un-poco-loco-presente-ornithologie-a-latelier-du-plateau/

 

Le tromboniste leader Fidel Fourneyron est actif sur la scène jazz hexagonale et il multiplie les expériences dans divers groupes comme La Fanfare du Carreau, son formidable projet sur la rumba cubaine Que vola? ou Sobre sordos ; mais il aime toujours jouer en trio, et il revient à cette formation essentielle dans son parcours, Un Poco Loco. Et avec Sébastien Beliah à la contrebasse et Geoffroy Gesser à la clarinette et au sax ténor, il place encore et toujours la barre très haut, osant reprendre du Charlie Parker dans ce nouvel album, entièrement dédié aux compositions du Bird et de Dizzy ! Comme quoi, Fidel Fourneyron ne s’éloigne jamais de son tropisme afrocubain, puisque Parker était souvent entouré du génial Gillespie!

Les trois compères s’emploient à détourner la musique de ces musiciens uniques, en premier lieu par une instrumentation originale, sans saxophone alto ni trompette : leur formule instrumentale permet, ce qui est peut-être plus facile, de se détacher des timbres et couleurs originales, tout en restant tout contre. Et très proches dans l’esprit, reprenant le flambeau des boppers, avec lequel le parallèle est immédiat, car imaginer encore autre chose sur la trame des standards, c’est poursuivre les innovations du bop et ainsi rester fidèle à l’esprit du jazz! On est au pays du jazz, on y reste et l’on met son pas dans les pas de ses pères…

Haute tenue et teneur musicale pour ce programme qui se prête aux variations sur 13 pièces courtes, plutôt enlevées qui vont droit à l’essence de cette musique.

Ils ne sont que trois mais ça envoie grave! Fantaisie, imagination, humour sont au pouvoir pour célébrer le plus grand saxophoniste de tous les temps peut-être (avec Coltrane évidemment) par des arrangements malicieux et modernes du collectif. Ils se partagent la tâche et le résultat est vraiment très réussi!

A partir d'une idée de départ audacieuse mais logique, dans la continuité de leur premier album, intitulé justement Un poco loco , le trio avance avec élégance, virtuosité et jubilation même : l'exécution est précise, avec un sens pointilliste du détail même, la mélodie originale aisément reconnaissable, le rythme intense, le groove impressionnant. Ce qui est indispensable quand on s’attaque au «Groovin high» de Dizzy Gillespie!

 

Domine un jeu  fragmenté, sans volonté de lier les mélodies parkeriennes, tout en parvenant toutefois à rendre très lisible cette partition. Un ensemble de questions-réponses, de chant contre-chant où chacun est parfaitement identifiable dans sa ligne mélodique ou rythmique, tout en changeant de place selon le thème, puisqu’ échangeant volontiers et sans effort les rôles dans ce trio sans batterie!

Fourneyron aime les animaux- il l’a prouvé en reconstituant toute une ménagerie dans un album précédent avec un autre trio Animal. Mais au pays des oiseaux, le trio est à parfaitement à sa place. On pourra dire ce que l’on veut, ce sont même de drôles d’oiseaux qui nous font aimer l’ornithologie, en dépit d’Hitchcock!

Après un «Salt peanuts» brillantissime ( la vidéo est un bijou  de précision) sur un arrangement de Geoffroy Gesser au ténor, un medley magnifiquement fondu en «Barbillie’s time» sur «Barbados, Billie’s bounce et Now’s the time» ( un programme casse-gueule!), survient le climax (pour moi) à la mitan du disque, quand ensemble, en un jazz de chambre subtil, déchirant même, ils livrent une version hallucinée, crépusculaire, sur un tempo encore ralenti du (déjà mélancolique)«Everything happens to me» (1). Un unisson des soufflants  splendide dans une composition pourtant déstructurée qui plonge dans un blues outrenoir, où jamais le trombone ne se rapproche tant des pleurs et étranglements de la voix humaine. Tout ça en 4 mn et sans l’émotion des paroles, du chant de Billie ou Frankie. Volontairement, ils prennent à rebours les versions instrumentales, des plus toniques des  SonnyRollins e, Stitt… et se passent du tapis moelleux de cordes ajouté à l'envol du Bird.

Comme le disait un ami très cher, si après avoir entendu ça, vous ne ressentez rien, consultez!

(1)Une version qui mérite de figurer dans les anthologies du jazz ou dans l’émission du dimanche soir de Laurent Valero sur France Musique «Repassez moi le standard» qui se saisit d’un thème et en offre de multiples versions….

 

Sophie Chambon

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28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 08:01
André JAUME Retour aux sources

ANDRE JAUME

Retour aux sources

Absilone/Socadisc

 

http://label-durance.com/cd-retour-aux-sources-andre-jaume.html

 

Si le jazz conserve sa pertinence en ces temps de “distractions musicales”, c’est grâce à des gens comme André JAUME qui s’y ressourcent continuellement. Le peintre, crtique et historien d'art Jean Buzelin a presque tout dit avec cette phrase qui résume  le parcours rigoureusement intègre, sans renonciation aucune, d’un musicien poly-instrumentiste (clarinette, flûte, saxophone ténor), créateur et enseignant d’une des premières classes de jazz du conservatoire d’Avignon. Il s'est consacré à une musique, le free qu’il a traversé dans son évolution et qui lui a conféré liberté, sens de l’engagement sans renier clarté de l’articulation et du phrasé.

André Jaume a pu être considéré jadis comme un musicien voyageur-les titres de beaucoup de ses compositions ("Borobodur", "Marratxi", "Casamance") marquent une géographie humaine, une errance musicale qui n’a rien de touristique. Depuis qu’il s’est fixé en Corse, André Jaume n’en finit pas de reprendre son périple, à présent imaginaire avec ses instruments. Lui qui a toujours privilégié l’échange dans toutes les combinaisons possibles et le dialogue complice (Raymond Boni, Steve Lacy et surtout son cher Jimmy Giuffre), sort sur le label sudiste ami, Durance, installé dans les Alpes de Haute Provence, un (deuxième) solo intitulé pertinemment Retour aux sources, dédié à son ami, autre soufflant Joe Mc Phee, frère d’armes et de son, défini par l’ampleur de la voix, la fascination du chant, l’expression libre à laquelle il se réfère depuis Nation Time, un de ses premiers albums paru en 1970.

C’est encore à Jean Buzelin que l’on doit, dans ses notes de pochette, une explication circonstanciée sur la conception de ce solo, le deuxième après le fondateur Le Collier de la Colombe, sorti en juin 1971, sur le label PALM de JEF GILSON . Une première alors pour un saxophoniste français qui fut un pionnier dans le développement de cette musique de jazz. Et il serait bon que l’on en garde aujourd'hui une mémoire un peu plus vive.

Voilà un exercice de style au ténor, variant les nuances et atmosphères de son instrument, que ces douze petites pièces de sa composition et un arrangement sur un thème du grand William Breuker, pas vraiment faciles, qui engagent avec nous un dialogue fécond. La position de l’instrumentiste peut s’avérer délicate à garder de façon satisfaisante, avec cette dimension narrative appuyée et aussi émotionnelle. Un récital sans esbroufe, tout un art de compositions vives, libres, subtiles, servant de base à des improvisations souvent fougueuses, colorées, qui nous réconcilie, si besoin était, avec la complexité des sons et rythmes libres. On se laisse bien volontiers entraîner par cette déferlante avec ce “Dinky Toy” qui évoque plus un oiseau (per)siffleur que l’on tenterait vainement de suivre sur les cimes de son chant; alors que la douceur de “Song for Estelle” conduit à une rêverie, tout autre.

Le saxophoniste a saisi la chance de se portraiturer une fois encore, dans une nouvelle aventure musicale et humaine. Qu’il est bon de s’abreuver à cette source fraîche du jazz, éternellement désirante…car ce n’est pas seulement un écho nostalgique à quelque chose qui nous fascina jadis, mais un travail patient de transmission qui prend tout son sens aujourd’hui. Une sorte de discours sur la lisibilité du temps.

 

Sophie Chambon

 

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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 12:18
CLAUDE TCHAMITCHIAN TRIO  POETIC POWER

 

POETIC POWER CLAUDE TCHAMITCHIAN TRIO

EMOUVANCE/ABSILONE

Sortie le 14 FEVRIER

Claude TCHAMITCHIAN (cb)

Christophe MONNIOT (as)

Tom RAINEY ( dms) 

www.tchamitchian.fr

Sourde, tenace confiance en l’autre! Partant du jazz sans jamais le quitter, fidèle à cette musique d’imprévus, le contrebassiste continue à creuser son chemin, en sideman dans les meilleurs groupes qui soient mais aussi en leader. Quel magnifique trio, Claude Tchamitchian constitue ici dans ce Poetic Power de son label EMOUVANCE. Il me semble, qu’il me reprenne si je me trompe, qu’il n’a pas souvent joué dans ses propres groupes avec des saxophonistes. Le choix de l’altiste Christophe Monniot est évident, lumineux et espéré! Le musicien a le souffle inventif, la concentration agile et son chant est toujours émouvant, tant il recèle de capacités d’abandon. Un effacement de soi qui aboutit à un réel dépassement, il nous entraîne loin, haut, dans ses paysages intérieurs, sculptés dans sa mémoire et sa capacité exceptionnelle à des écarts maîtrisés! Ecoutons-le dès le premier thème “Katsounine” où propulsé par la rythmique, époustouflante, il embrase notre imaginaire, sans laisser de côté des instants plus tendres et rêveurs! Beauté fluctuante, fragile et dangereuse, intermittente le long de cette errance, en six pièces, longues, amples où tous les trois se livrent à corps perdu, multipliant les détours jusqu’aux fractures: ils peuvent se perdre, mais ils se retrouvent après des envolées plus ou moins joyeuses mais libres toujours, celles que réclament un jazz vif.

Claude Tchamitchian a une écriture sur son expérience qu’il désire moins encombrée par la joliesse de la mélodie, le sentimentalisme des passions que par le cheminement précis, ouvert aux “improvista”, attentif aux rencontres, aux interactions naturelles, comme dans “une promenade en forêt”, selon les notes toujours justes de Stéphane Ollivier. Jamais on ne l’a entendu aussi décisif, déterminant dans le travail de cette rythmique impeccablement réglée : aidé du merveilleux Tom Rainey d’une précision diabolique, il nous rattache, à ces obscures forces terriennes, ce grondement sourd et jaillissant que l’on perçoit en nous, “So close, so far”.

Ancrée dans le monde sensible, ouverte aux visions et sensations, c’est la musique exposante, jamais probante d’un “power trio” qui a aussi le sens de la nuance, de l’épure. Si le titre n’était déjà pris, on pourrait parler de “poetic motion”. Salutaire et salvateur!

Sophie Chambon

 

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 09:01
ROMAIN VILLET My Heart Belongs to Oscar

 

 

ROMAIN VILLET

My Heart Belongs to Oscar

Le Dilettante, avril 2019.

76 pages.

http://romainvillet.com/

Pièce pour un trio jazz, piano, basse, batterie, et un pianiste aveugle et disert”. Voilà qui est dit, dès l’introduction de ce petit livre passionnant, sorti chez Le Dilettante, en avril dernier, le second ouvrage de Romain VILLET qui comprend trois textes de longueur et d’intensité différentes.

Quant au titre, il se réfère à la chanson My heart belongs to Daddy, que reprit brillamment Oscar Peterson, immortalisée par Marylin, en 1960, dans le film de George Cukor Let’s make love, programme que suivit à la lettre Yves Montand (le Milliardaire du titre français). En fait, Romain Villet remet les pendules à l’heure, cette chanson est du grand, de l'essentiel Cole Porter, “l’un des plus grands pourvoyeurs de saucissons” de l’histoire de la musique et du jazz. Et Oscar Peterson aimait les standards plus que tout, en faisait sa matière première.

My heart belongs to Oscar est donc le texte (avec didascalies) qui accompagne la performance théâtrale et musicale du trio du jeune pianiste. On apprend tout ou presque du parcours, pour le moins original, de Romain Villet, de son authentique coup de foudre musical pour le géant Canadien, “le grand maharajah” du piano selon Duke, moins compositeur qu’improvisateur. La musique d’Oscar c’est du solide, du charnel, de la joie incarnée”, la certitude du geste, sans jamais la moindre fausse note. Petersen enchante le présent.

Romain Villet est dingue de ce virtuose du bonheur, à la discographie plus que généreuse et à la carrière impeccable. Sur scène, le pianiste se transforme en acteur, en pédagogue pour commenter avec humour ce qui va suivre, en insistant sur les fondamentaux de cette musique que l’on appelle le jazz : le swing et son essence, l’art du trio, l’improvisation.

En s'attardant sur le fait (qui lui fut reproché d'ailleurs) que Peterson n'invente rien, use de "trucs de jouage", ne fait que  retravailler éternellement les standards, Romain Villet va aussi à l’encontre d’éventuelles critiques : pourquoi reprendre Oscar Peterson, en faire l’objet de son spectacle? C'est ne pas comprendre que le seul engagement qui tienne, c’est celui du concert. Et ne rien saisir à l'histoire de Romain Villet, découlant d’une admiration passionnée, d’une obsession justifiée pour cet immense pianiste. Il ne se soucie guère de futur depuis qu’il se réserve pour la musique de l’instant. Ce miracle, sa vocation pour le piano et le jazz, il doit tout cela à Oscar et aussi ... à sa femme qui lui a fait écouter du jazz. Une révélation philosophique en un sens, qui a imprimé un sens tout autre à la vie du jeune homme,  lui a fait suivre une voie qui bifurque.

Entre deux sets porte ensuite sur la conversation, au bar, avec un interlocuteur tenace, un opposant chatouilleux, avec lequel le pianiste dialogue à fleurets mouchetés, revenant sur la fabrique de cette musique, paysage mental, état d’esprit? Et aussi sur ce que demande comme agilité d'esprit, l'improvisation, cette façon d'"habiter une structure au présent." (Barthes).

Le dernier texte développe enfin mais autrement sa conception du jazz, recensant de multiples interrogations qui démarrent toutes par Pourquoi le jazz?

Voilà pour le discours que sous-tendent trois formes d’écriture.  La forme, elle, est enjouée, rapide et ciselée, ludique avant tout. Les textes sont courts, libre explosion de mots, de jeux d’écriture qui fusent dans tous les sens, un festival d’esprit! On plaint le pauvre interlocuteur, qui, en face de Romain Villet n’en mènerait pas large, tant ses retours frappent fort et juste.

Cette écriture solaire, intense et fiévreuse ne nous donne plus qu’une envie, celle d’écouter le pianiste et son trio dans "What is this thing called love? " et "Hot house" qui ont la même grille d'accords, "There's no greater love", "People" et aussi dans ce singulier "You look good to me" que peu de musiciens osèrent reprendre après Oscar Peterson !

http://romainvillet.com/my-heart-belongs-to-oscar-a-la-tete-des-trains-77-le-29-fevrier/

Let’s face the music and dance!

 

Sophie Chambon

 

 

 

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15 novembre 2019 5 15 /11 /novembre /2019 08:03
REMI CHARMASSON/ALAIN SOLER “Mr. A.J.”

REMI CHARMASSON/ALAIN SOLER

Mr. A.J.”

LABEL DURANCE-ABSILONE

www.label-durance.com

SORTIE CD 15 NOVEMBRE 2019

 

Voilà un album hommage particulièrement émouvant, de deux musiciens sudistes, ancrés dans leur département et région), Rémi Charmasson ( Gard) et Alain Soler ( Alpes de Haute Provence)  qui ont profité des enseignements d’un grand saxophoniste voyageur, plus toujours reconnu à sa juste valeur aujourdhui, André JAUME ( marseillais d'origine). Il fut l’une des figures emblématiques du jazz d’avant-garde des années soixante dix, original dans le meilleur sens du terme. Discret mais tenace, avançant selon son esthétique,“jouant sa musique et celle des autres à sa sauce”, comme le remarque avec pertinence Alain Soler, le saxophoniste a ouvert la voie aux plus jeunes, en faisant des pas de côté décisifs”. D’ailleurs, les deux musiciens de l’album, excellents guitaristes, ont aussi beaucoup voyagé, l’ont accompagné dans de nombreuses tournées et enregistrements dans le monde entier. (Chine, Vietnam, Afrique, Amérique…) et ont retenu ses leçons.

Le répertoire reprend des thèmes de Jaume comme “Beguin”, “Heavy’s”, “Marratxi”, souvent sortis sur le label CELP, quatre thèmes du dieu Django ( guitare oblige et on ne s’en plaindra pas), une composition du musicien préféré d’André Jaume, Jimmy Giuffre “River Chant” qu’il a accompagné et suivi de près, dans ses années free...et dont il sait évoquer la mémoire avec passion ; une reprise du “Girl” des Beatles. On le voit, un répertoire fait de choix décidés selon des convictions, des goûts réels, un éclectisme de bon aloi. Car ces compositions ont un potentiel immense, plein de nuances, se révélant un excellent terrain de jeu pour ces orfèvres de la six cordes, pincées, frottées, brosséesqui ont aussi proposé des compositions de leur cru. La première et forte sensation à l’écoute de cette musique qui s’écoute d’un trait, déroulant un groove envoûtant, persistant, est l’absolue cohérence du chant intérieur, épuré, essentiel qui anime le duo. En fait, si André Jaume est un soufflant polyinstrumentiste doué, il n’était pas question de transposer pour guitaristes même si les amoureux de l’instrument seront comblés. C’est un disque complet, pour musiciens selon l’expression consacrée mais aussi, plus simplement pour ceux qui aiment la musique, toutes les “bonnes” musiques du jazz à la pop et au rock. 

Cet hommage démontre avec brio que la passion du jazz se prête à toutes les fantaisies, se moque des frontières de styles, d’instruments, car on apprend et partage tant d’aventures sonores avec des “frères de son”. Et assurément, Rémi Charmasson et Alain Soler le sont. Ce portrait recomposé n’est ni complaisant ni nostalgique. André Jaume qui s’est retiré en Corse et va fêter en 2020, ses quatre vingt ans, sera fier de l’élégance, l’énergie, la joie profonde et l’intelligence de ce duo parfaitement accordé, libre et audacieux.

Pas besoin de plus grands discours : "let’s play the music"….ou encore mieux "let’s face the music and danse".

 

Sophie Chambon

 

 

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2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 08:02
EMMANUELLE DEBUR/PHILIPPE MEZIAT HISTOIRE/ histoires DU JAZZ DANS LE SUD OUEST

EMMANUELLE DEBUR/PHILIPPE MEZIAT

HISTOIRE/ histoires du JAZZ DANS LE SUD OUEST

De la Nouvelle Orléans à la Nouvelle Aquitaine (1859-2019 )

EDITIONS CONFLUENCES, Bordeaux.

Formidable ouvrage de 192 pages, véritable somme sur l’histoire du jazz en Nouvelle Aquitaine, jamais chapitré de façon docte et professorale, ce livre aborde le monde musical du jazz en région, sous tous ses aspects : culture, histoire, géographie physique et administrative, économie d’un secteur vue selon le filtre des acteurs privés et publics, des structures, de la scène, des festivals, de l’enregistrement.

Le jazz avant le jazz, désastre et music hall (1914-1945), de la scène à la cire ( 1945-1960), création et patrimoine (1960-1980), du bebop au hip hop (1980- 2019), la place de la Nouvelle Aquitaine aujourd’hui, découpent la chronologie riche mais compliquée d’une région qui tient son rôle dans l'évolution de cette musique. Bordeaux est vite inscrite dans le discours critique du jazz, un terreau de choix qui vit naître l’un des premiers Hot Clubs régionaux, alors que Pau vire au blues, et que Limoges devient un bastion du jazz hot. Dans les années soixante dix, la ville devient capitale, sous l’impulsion de Roger Lafosse, à la pointe de la réflexion sur la place de l’art et de la culture dans la société, qui crée un événement unique, SIGMA qui mit en contact le public avec l’esprit du temps au risque de le surprendre, de la brusquer. 

L’originalité de ce beau livre est due au double regard, celui de la journaliste de Sud Ouest, Emmanuelle Debur qui fait oeuvre d’historienne avec la rigueur d’une enquête sur les hauts faits, les périodes sombres mais actives de l’occupation, les querelles fratricides entre raisins verts et figues moisies de Charles Delaunay et Hugues Panassié, la guerre des jazz(s), les “chapelles” trop nombreuses encore aujourd’hui, l’essor des festivals. Le raisonnement est clair, les exemples concrets, nombreux et illustrés de passionnants témoignages (anecdotes, illustrations trop méconnues comme les pochettes de Pierre Merlin, photos rares, originales, magnifiques comme celle d’Ellery Eskelin par Bruce Milpied).

C’est aussi trente ans de la vie d’une musique en région, une mise en désir musical d’un territoire plutôt large qui couvre les départements de Gironde, Pyrénées Atlantiques, Gers ( le cas exemplaire de Marciac), va de Bayonne à Andernos sur le Bassin, Bordeaux évidemment, l'arrière-pays montagneux, le Piémont pyrénéen, le Béarn, le pays Basque et Itxassou, Luz St Sauveur dans les Pyrénées centrales. Sans oublier Souillac (46) limitrophe, avec Sim Copans qui s’attacha à illustrer au mieux ce que le jazz contient d’innovation mais aussi de conservation.

Racontée autrement, par un personnage parfois difficile à cerner, courant d’une identité à l’autre : enseignant, philosophe, journaliste, acteur, photographe à ses heures, programmateur, collectionneur fou. Ceci n’est pas négligeable, y-a-t-il en musique un équivalent à ces cinéphiles (de la génération de Bertrand Tavernier) qui ont subordonné leur vie à une passion dévorante, exclusive qui leur permit néanmoins de découvrir la vie différemment, sans routine? Ce n’est jamais triste, car le principe de plaisir se propage tout au long de ses pages, de son expérience. La part autobiographique de l’ouvrage, de ses mémoires en jazz, est détaillée avec franchise, constituant l’autre face de ce document précieux. Histoire et histoires, soit deux volets complémentaires, d’une couleur légèrement différente qui partagent le livre et que l’on peut livre indifféremment. Sans oublier des annexes soignées, une chronologie originale, la bibliographie d’un amateur plus qu’éclairé!

Ce qui nous retient dans les pages intimistes de ce journal en jazz, est l’itinéraire d’un esprit ouvert, curieux, d’une intelligence analytique, toujours en mouvement. Philippe Méziat, dans des fragments émouvants, retrace l’ample récit d’une vie consacrée au jazz depuis la découverte émerveillée (par l’intermédiaire de frères plus âgés) jusqu’ à la mise en place pendant huit ans d’un festival, le BJF. Soixante ans d’amour indéfectible pour une musique et un style qui ont conditionné une “attitude” de vie, trente ans de “professionnalisation” depuis 1989. Au fil des pages, on se familiarise avec les structures culturelles, la vie d’un grand journal régional SUD OUEST qui en fit un envoyé spécial, très spécial même puisque cet enseignant en philosophie devint journaliste. Les années défilent, c’est la vie même qui va, qui respire en ses pages et insuffle son rythme et ses climats changeants avec de grands joies, les concerts et happenings de Sigma, les collaborations fructueuses avec les acteurs du monde du jazz,  “mundillo” si fermé et complexe, des festivals AFIJMA à Musiques de Nuit... Il y eut les rencontres marquantes dues souvent au “hasard objectif”, le compagnonnage avec les frères en jazz, aujourdhui disparus, JP Moussaron et Xavier Mathyssens, confrères à Jazzmagazine, la découverte émerveillée de la photographie avec Le Querrec ou GLQ de Magnum, les musiciens qu’il a pu approcher de près, Abbey Lincoln, Lionel Hampton, Ellery Eskellin, Uri Caine, Benat Achary…sans oublier les incontournables Bernard Lubat, Michel Portal qui ont gardé leurs attaches girondines ou bayonnaises.

Moins  malhabile même s’il est perpétuellement convaincu de l’être, Philippe Méziat n’en demeure pas moins un observateur attentif,  vigilant mais débordé parfois par les événements, critique envers les institutions dont il a pu, non seulement observer souvent les partis pris inconsidérés, mais aussi vivre cruellement, de l’intérieur, l’abandon.

Il y a des "écrivants" qui rendent compte, écrivent, même très bien ce qui advient. Et ceux qui ne peuvent s’empêcher de penser/panser leur maux, de réfléchir et de se demander comment ça marche.

Coup d’essai, synthèse nécessaire, coup de maître. Indispensable pour ceux qui aiment le jazz ou s’y intéressent,  le jazz, cette musique savante, fondation musicale, la seule du XXème. (JP Moussaron)

 

 

Sophie Chambon

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5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 12:36
PABLO CUECO  POUR LA ROUTE

 

PABLO CUECO

POUR LA ROUTE

Photographies de Milomir KOVACEVIC

Dessins Rocco

Editions Qupé

Première édition 2018

www.qupe.eu

 

https://www.qupe.eu/livres/pour-la-route/

Un petit livre que l’on déguste avec gourmandise ou qui se lit d’un trait, c'est selon, racontant l’histoire d’un quartier parisien, le 3ème, par la découverte de ses bistrots, de leurs propriétaires et clients. Une bistro-fiction au sens littéral plus qu’une auto-fiction, même si ce genre est à la mode, puisque l’auteur reconnaît ne pas avoir son permis de conduire...

Dans l’histoire de ce qui constitue une exception française, le bar, le bistrot, le troquet, le rade, on distingue le “classique”, la longue série des Brèves de comptoir de J.M Gourio qui relevait tout un ensemble de citations poétiques, absurdes, drôles, voire philosophiques, entendues au comptoir.

Le musicien Pablo Cueco qui pratique jazz, contemporain et musique traditionnelle au zarb, est aussi compositeur, écrivain de fictions, scénarios, dessinateur. Un artiste complet qui sait aussi prendre le temps et observer sa ville, mieux, son quartier. C’est lui qui parle, écrit et nous fait partager ses observations sur son 3ème, circonscrit au périmètre du quartier des Enfants-Rouges. Et il sait se livrer à une étude quasi exhaustive de tous les débits de boisson car il faut noter que, si on parle de nourriture (pas vraiment de gastronomie) dans ce petit livre savoureux, il est surtout question de liquides de diverses couleurs, tirés de plantes ou non, que l’on absorbe , souvent sans modération, à tout moment du jour et de la nuit, certains bars faisant la jonction, lieux mystérieux de la rencontre entre “ceux qui finissaient” et “ceux qui commençaient."  

Pablo Cueco connaît son quartier sur le bout de ces rues, trottoirs, bars qui paraissent fort nombreux : il doit y travailler aussi, donner ses rendez vous car il passe beaucoup de temps à observer les habitués, à décrire les comportements. D'où un ensemble de petits textes incisifs et très drôles, alternant avec quatorze "petits portraits" croqués sur le vif, reflétant une sociologie de comptoir, la radiographie d’un certain Paris actuel et en ce sens, le livre est aussi politique. Sans oublier les photos de comptoir, clichés d’atmosphère souvent poétiques de Milomir Kovacevic et les dessins, graphiques de circonstance de Rocco.

Pour la Route est à sa façon un guide touristique original pour découvrir un des cents villages parisiens. Ne manque qu'un plan justement avec l’emplacement de ces lieux à voir, à boire, la liste impressionnante des remerciements  étant en effet, adressés à tous les bistrots du quartier “sans qui le livre n’aurait pas pu boire le jour.” 

Soulignons enfin la découverte d’une jeune maison d’édition Qupé, dédiée aux Beaux-arts en général, et à l’écriture.

Sophie Chambon

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 10:39
LES EMOUVANTES à Marseille, chapelle des Bernardines
LES EMOUVANTES à Marseille, chapelle des Bernardines
LES EMOUVANTES à Marseille, chapelle des Bernardines
LES EMOUVANTES à Marseille, chapelle des Bernardines

LES EMOUVANTES à Marseille, chapelle des Bernardines.

Samedi 21 Septembre.19h. In spirit, Claude TCHAMITCHIAN solo

 

Deux jours après la sortie sur nos écrans de la délicieuse comédie de Woody Allen, A rainy day in New York , il pleut sans faiblir sur Marseille en ce premier jour d’automne. Si la B.O du dernier Woody célèbre l’un de ses musiciens de prédilection, Errol Garner, nous n’entendrons pas vraiment du jazz classique avec la dernière soirée de ce festival si étonnant que sont les Emouvantes dans le cadre privilégié de la chapelle des Bernardines du lycée Thiers.

Claude Tchamitchian, le créateur du label EMOUVANCE, contrebassiste, compositeur, chef d’orchestre avec son Louzadsak, accompagnateur de nombreuses formations dont celle de l’ami Andy Emler, joue In Spirit, en hommage à Jean François Jenny Clark son troisième album solo après Jeux d’enfant en 1992 et Another childhood en 2010. Ces projets de solo prennent leur temps, correspondent à une maturation réfléchie, et dans ce cas très particulier, à une sorte de “captation” qui lui est venue avant même l’écriture.

Sur une contrebasse et quelle contrebasse, puisqu’il s’agit de celle du grand “JF”, disparu il y a vingt ans, l’autre étant entre les mains de Jean Paul Céléa, accordée différemment pour répondre à la musique entendue, pour éviter certains réflexes de jeu , automatismes de l’instrument, il se lance dans l’aventure, quatre suites, si on accepte comme telle, l’interlude plus court, entre la deuxième et la troisième pièce.

Comme il le disait déjà dans l’excellente interview d’Anne Montaron qui figurait dans les notes de pochette d’Another Childhood, il joue sans tension mais avec une grande intensité, comme “traversé”, en connexion avec l’instant, ce qui donne grande cohérence au solo, joué à flux tendu. Incarnation” est aussi un mot qui peut revenir sous la plume, car il ne s’agit pas pas vraiment de se portraiturer au hasard des plages et de l’improvisation, pour rester pleinement dans la thématique du festival. Claude Tchamitchian aime sans doute se frotter à tous les genres, styles et techniques, mais cela va plus loin qu’un exercice de style, variant nuances et atmosphères de l’instrument. Ce n’est ni l’exploration de plusieurs modes de jeu qui est ici à l’oeuvre, ni l’art de la contrebasse en quatre leçons, sans, avec un, ou même deux archets (sur la deuxième pièce), mais une épreuve où la position de soliste s’avère difficile à garder, étant souvent ingrate. Je ne ressens pas, contrairement à son solo précédent, une dimension narrative avec une succession de portraits de figures amies, disparues qui hantent son inconscient. Mais plutôt un auto-portrait sur le fil du rasoir, où il lutte contre ses démons peut-être, contre le temps aussi, où la charge émotionnelle domine. Peu de silence, peu de vide mais un combat essentiel avec l’ instrument, une contrebasse puissante, résolue qui a son autonomie propre. Un rapport passionnel fort, dans la lutte plus que dans le ravissement, même s’il parvient à faire chanter la contrebasse qu’il empoigne, saisit, balance, arc bouté sur elle. Il en fait sortir des sons rauques qui enflent parfois en une mélodie plus apaisée, comme dans ce “In Memory” venu de la tradition arménienne, chant du Xème siècle selon Gaguig Mouradian, le joueur de Kamantcha, avec lequel Tchamitchian signa un album mémorable chez Emouvance, en 2002, Le Monde est une fenêtre.

Une performance saisissante où l’on entend le souffle, la respiration, où l’on sent la sueur couler, les doigts se retenir de glisser. Saisi par la teneur dramatique, on admire la maîtrise à ce niveau d’intensité, l’ivresse de certains passages qui deviennent frénésie, transe dans ces suites vibrantes et enlevées qui “ne scient pas de long”. 

21h. MARC DUCRET ENSEMBLE LADY M”

Marc Ducret ( compositions, guitares)

Sylvain Bardiau (trompette, bugle), Samuel Blaser (trombone), Catherine Delaunay (clarinette, cor de basset), Liudas Mockunas (saxophones, clarinette basse), Régis Huby (violons), Bruno Ducret (violoncelle), Joachim Florent (contrebasse) et Sylvain Darrifourcq (percussions, batterie, électronique). 

Après le saisissement du solo de Claude Tchamitchian, nous poursuivons  avec une traversée shakespearienne épique sur la lande écossaise. Marc Ducret, féru de littérature, a choisi, après sa lecture d’ Ada ou L’ardeur de Nabokov, de s’attaquer à un mythe revisité par de très grands cinéastes, Orson Welles en 1948, Akira Kurosawa en 1957( Le château de l’araignée) et Roman Polanski en 1971, sans oublier le romancier WilliamFaulkner qui a fait sienne la citation à la fin de Macbeth :

It’ s a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing”.

Les années de jeunesse passées, l’expérience de la vie a porté ses fruits quand Shakespeare écrit, après Jules César et avant Hamlet, ce Macbeth aux oscillations violentes, qui combine, en une seule intrigue, deux récits différents, retraçant en cinq actes assez resserrés, l’usurpation, le règne et la mort de Macbeth, guerrier valeureux, poussé au crime par sa femme Lady Macbeth. Marc Ducret comme Chostakovitch d’ailleurs, a choisi de déplacer son angle de vision et de se concentrer sur le personnage de Lady M. Les deux meurtriers ont en effet des caractères différents : si Macbeth, ambitieux et noble, hésite longuement, il succombe à une tentation infernale alors que sa femme a l’energie et la détermination triomphantes, sans hésitation. Animée par la soif du mal, Lady M est dotée d’une éloquence ardente et n’hésite pas à mettre en avant les arguments les plus spécieux pour changer les crimes en rêves de gloire. Macbeth se protège plus longtemps, confiant en la prophétie trompeuse des sorcières.

La vision de cette oeuvre laisse une grande liberté au metteur en scène qui peut interpréter les scènes d’action à sa guise, jouant sur les variations autour d’un même thème, exactement comme dans le jazz. Choisissant chaque interprète comme il l’imagine. C’est ce que fait Marc Ducret avec ses musiciens, triés sur le volet, un des castings les plus brillants de la scène musicale hexagonale actuelle, en ajoutant le tromboniste suisse Samuel Blaser, parfaitement en place. Chaque rôle est pensé en fonction de ce que peut apporter le musicien. Et l’ensemble est remarquable, répondant à une écriture exigeante, ambitieuse, d’une précision folle. L’idée forte de ce théâtre musical est d’engager deux chanteurs lyriques, une soprano Lea Trommenschlager et un contre ténor Rodrigo Ferreira pour “répéter”, ressasser ces mots obsessionnels. Ils interviennent  l’un après l’autre, puis ensemble. Il s’agit de reprendre certains vers du monologue de Lady Macbeth de l’acte I, scène 5 :

Come you spirits that tend on mortal thoughts, unsex me here and fill me to the crown to the toe… Puis le passage si célèbre, somnanbulique de l’acte V, scène 1, où Lady Macbeth voit du sang, une tâche qu’elle ne parvient pas à enlever :

Out damn spot, out I say!...All the perfumes of Arabia could not wipe this little hand”...

Car le couple est maudit dès le premier forfait accompli, tous deux connaîtront un repentir fatal, leur conscience aiguillonnée poussant au suicide Lady M et à un combat mortel pour Macbeth, qui accepte son sort, quand il comprend que la prédiction des sorcières se réalise.

Une mise en scène idéale de Sara Lee Lefèvre rend crédible la représentation : les neuf musiciens entrent en scène solennellement et se placent en un demi cercle parfait, tous vêtus de jupes noires à la Gaultier et chaussés de Doc Maertens. Ils ressemblent à ces chevaliers en armure, violents et sinistres, résistant avec Macbeth à l’avancée inexorable d’un Macduff vengeur. On entend la lande, le bruissement du vent, sur ces wuthering heights avec les effets électroniques saisissants de la batterie ou du violoniste Régis Huby.Tous regardent le chef, debout, impérial avec ses guitares (dont une douze cordes), dont il change régulièrement, s’autorisant à jouer de pleins passages qui tirent vers le rock.  Ducret, s’il ne peut être réduit à la seule figure de guitar hero, même splendide, n’est pas solitaire ; il a la vaillance d’un chevalie dirigeant ses troupes qui obéissent avec ferveur. Il faut voir le regard fièvreux de la clarinettiste Catherine Delaunay dont la partition est particulièrement ardue qui joue sous codeine car elle s’est fêlée une côte. Et son rôle de soliste est très important, taillé sur mesure, lui permettant de déployer la palette de son talent qui est grand. Les instrumentistes jouent souvent à deux, se mettant mutuellement en valeur comme les deux clarinettistes Catherine Delaunay et Liudas Mockunas à la clarinette contrebasse ou la même avec le formidable trompettiste-bugliste Sylvain Bardiau, l’un des trois du Journal Intime qui a souvent accompagné Marc DUCRET.

Car, cette aventure exceptionnelle est menée avec des musiciens fidèles depuis longtemps ( il faudrait les citer tous) qui sont de tous les projets du guitariste, dont Régis Huby, chef de meute lui aussi, qui livre un passage inquiétant, exaltant, tout seul, avec ses violons dont un ténor et quelques effets surdosés. Les "Tutti" de l' orchestre sont impressionnants et assez rares pour qu’ils gardent  leur force et se coulent dans la dramaturgie. Pas de clavier dans cette formation qui claque au vent sous la mise en son experte de Bruno Levée.

Bravo à tous et remercions encore les EMOUVANTES de nous donner une émotion aussi précieuse. Précisons pour les amateurs que cette création à la Dynamo de Pantin en 2017, la Lady M de Marc Ducret est sorti en CD sur ILLUSIONS en 2019. 

 

 

SOPHIE CHAMBON

 

 

 

 

 

LES EMOUVANTES à Marseille, chapelle des Bernardines

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 12:21
PHILIPPE BROSSAT STREETS OF NEW YORK L’histoire du rock dans la BIG APPLE

PHILIPPE BROSSAT

STREETS OF NEW YORK L’histoire du rock dans la BIG APPLE

LE MOT ET LE RESTE

Sortie le 19 septembre 2019.

https://www.librairie-voyage.com/amerique-du-nord/le-mot-et-le-reste-editions-streets-of-new-york-l-histoire-du-rock-dans-la-big-apple.html

 

Alors que l’on se prépare à aller faire un tour à New York avec Woody ALLEN et son jour de pluie à New York, sort concomitamment le livre des éditions marseillaises Le Mot et Le Reste, Streets of New York, l’histoire du rock dans la Big Apple.

Ce livre est enthousiasmant : à chaque page, à chaque rue, il évoque des souvenirs, des anecdotes qui balayent bien plus large que ce que le titre sous entend. Il s’adresse en effet aux passionnés de musiques, de toutes les musiques, du jazz au rap sans oublier la pop, le rock puisque la Big Apple a inspiré tous les styles, a vu naître tous les grands courants.

Pour découvrir New York autrement, pour tous les amoureux de cette ville qui pourraient dire à l’instar de Woody Allen, en ouverture de Manhattan, en voix off , quand il déclare sa flamme à la ville : Quelle que fût la saison, New York existait toujours et vibrait aux sons des grandes mélodies de George Gershwin….New York was his town and it always would be.”

Philippe Brossat va bien plus loin que le Manhattan Man: cette ville qui n'est pas la sienne, lui colle aussi à l’âme. Il arrive à nous la faire revivre  en organisant une visite méthodique, du Sud au Nord, avec, dès l’introduction, un plan très simple pour se situer entre Manhattan, Bronx, Queens et Brooklyn.

L’auteur qui a passé plus de vingt ans à sillonner la ville à la recherche de traces, d’empreintes, en a photographié le plus souvent les lieux marquants. Il vous en fait aimer ses rues, ses parcs, ses maisons... Et ceux qui y vécurent : comme dans le film de 1948, Naked City, où Jules Dassin évoque les millions d’ histoires qui se déroulent dans cette cité sans voiles.”

C’est le guide le plus complet, absolument indispensable d’une époque et de sa culture, à travers toutes ses formes artistiques, de la littérature au cinéma, sans oublier la peinture, l’architecture (Soho et ses cast-iron buildings reconvertis en lofts), la photo, la danse….Comment s’organise ce livre plus passionnant que le Routard ou Lonely planet?

Un paragraphe introductif sur chaque quartier donne envie de vous aventurer dans ces pages comme si vous arpentiez le macadam. Le seul Manhattan est découpé en onze zones, ce qui vous permet de quadriller la ville et de vous repérer rapidement .

Ce livre me rappelle le merveilleux Je me souviens de Georges Perec, même si Philippe Brossat fait plus oeuvre de reporter-historien que d’écrivain: ce même souci de listes avec un désir d’exhaustivité. On est saisi par une même émotion à l’évocation de ce qui a compté, lors des cinquantes dernières années du XXème siècle, une grande partie de la vie artistique défile sous nos yeux avec souvent la nostalgie de ce qui n’est plus.

On peut lire d'un trait ces Streets of New York, linéairement, chronologiquement ou picorer au hasard. Se servir aussi d' un index formidable qui vous permet de localiser Charles MINGUS, Woody ALLEN, SAM RIVERS, Dizzy GILLESPIE et Charlie PARKER au Town Hall en 1945, John COLTRANE, Bill EVANS au Village Vanguard, Joni MITCHELL… mais aussi Bob DYLAN, les frères Coen dans le Greenwich Village d’ Inside Llewyn Davies, Patti SMITH posant pour Robert MAPPLETHORPE pour la mythique pochette de Horses, toutes les icônes de la pop, des lieux mythiques comme le Chelsea Hotel(W 23th street/7Av.) Andy WARHOL, Lou REED, NICO et le Velvet, David Bowie, John Lennon et Yoko au DAKOTA sur Central Park West, qui abrita aussi Léonard BERNSTEIN, les studios d’enregistrement ( Tower Records/ Pazz and Jop Music Polls The Village Voice) et les galeries d’art, Jean Michel BASQUIAT, MADONNA… 

Ce New York deviendra un peu le vôtre et avec ce livre, vous déambulerez d’un bloc à l’autre, dénichant appartements, restaurants, galeries, cinémas, théâtres... Alors, n’hésitez plus, procurez-vous ce Streets of New York très vite.

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 20:28
ALCAJAZZ 2019 à Marseille : expo photos, René Urtreger, Round Midnight
René Urteger à vingt ans, fan de Bud POWELL auquel il dédie son premier disque

René Urteger à vingt ans, fan de Bud POWELL auquel il dédie son premier disque

ALCAJAZZ 2019 à Marseille : expo photos, René Urtreger, Round Midnight

ALCAJAZZ 2019 : mercredi 3 et jeudi 4 juillet

Une exposition passionnante à Marseille dans la BMVR de l’ALCAZAR, ancien music hall, permet d’attendre le début du festival des Cinq Continents.

Mercredi 3 juillet avait lieu le vernissage en musique de l’exposition de quarante photos d'Alain Chevrier, présentée par Francis Lacharme, président de l'Académie du jazz : Les jazzmen étatsuniens ayant choisi de s’installer en France où ils sont reconnus et respectés (Kenny Clarke, Don Byas, Bud Powell, Sidney Bechet…) et la jeune classe du jazz hexagonal ont eu un témoin privilégié, Alain Chevrier. Au plus près des musiciens, ce photographe méconnu a capté leurs expressions, leurs émotions, leur complicité, leur joie de vivre et de jouer. Ces 40 documents, présentés ici ensemble pour la première fois, nous plongent au cœur d’une époque historique du jazz, quand Paris rivalisait avec New York. (l'Académie du jazz)

Et quel meilleur représentant de cette période que le pianiste René Urtreger, lien idéal entre Bud Powell et Lester Young, puisque ce grand pianiste qui s’inscrit dans la ligne du be bop, avait dédié son premier album à Bud Powell et avait joué dans le dernier de Lester. D’où l’idée bienvenue de l’inviter à la médiathèque marseillaise pour le vernissage de l’exposition photo. C’est une figure de notre jazz hexagonal dont le témoignage précieux a été recueilli par la romancière Agnès Desarthe à laquelle il s’est confié dans Le Roi René, aux éditions Odile Jacob, 2016. http://lesdnj.over-blog.com/2016/04/le-roi-rene-rene-urtreger-par-agnes-desarthe.html

Il attaque le mini-concert par “la Fornarina” issue de son album solo Onirica (label SKETCH, 2001). Puis il enchaîne avec une composition très connue de Bud, “Celia” et poursuit plus sentimental avec du Cole Porter et “Love for sale” de Gershwin. René URTREGER improvise, suivant le fil de ses pensées en laissant aller ses souvenirs, se laissant parfois aller au jeu des associations libres, qui lui permettent de démarrer une piste. Il n’est pas rare que John Lewis ou Bud Powell revivent sous ses doigts avec des citations pertinentes.

Avec le photographe Christian Ducasse qui partage son temps entre Marseille et la Normandie,et René Urtreger, François Lacharme va ensuite commenter, avec brio, chaque photo de l’exposition.  "Paris était vraiment une fête pour le jazz, ou plutôt les jazz. Les interprètes du tout nouveau bebop croisaient les adeptes du style New Orleans en pleine renaissance. Les stars américaines (Louis Armstrong, Duke Ellington, Count Basie... mais aussi Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Billie Holiday, trois divinités du vocal) côtoyaient les jeunes hérauts de la note bleue…"

Jeudi 4 juillet :

En lien avec l’exposition photos, était programmé, toujours à l’ALCAZAR, le film magnifique de Bertrand Tavernier, Autour de Minuit. Découvert à sa sortie, en 1986, je ne l’avais pas revu et avec le temps, il me semble s’être encore bonifié et incarner l’un des plus intenses témoignages sur le jazz de cette période. Ce n’est pas un biopic hagiographique à la mode aujourd’hui, sur les icônes rock, mais on entend la plus belle B.O de jazz des années 80, orchestrées par Herbie Hancock qui obtint d’ailleurs l’oscar pour la musique à Hollywood.

Bertrand TAVERNIER s’est inspiré de La danse des Infidèles (Editions Le mot et le reste) de Francis Paudras , sa relation compulsive avec Bud POWELL.http://lesdnj.over-blog.com/2019/04/la-danse-des-infideles-bud-powell-a-paris.francis-paudras-editions-le-mot-et-le-reste.html

Ce roman mélancolique souligne l’amitié entre ces deux hommes en montrant ce qui peut traverser, la tête embrumée de l’un des inventeurs du be bop… Tavernier eut l’idée géniale de choisir le saxophoniste Dexter Gordon qui joua avec Bud, pour incarner cette aventure. Il est le personnage! On entend de la musique d’un bout à l’autre du film, y compris des compositions de Dexter Gordon et on ne peut qu’applaudir à ce qui demeure un “labour of love”.

Encore chapeau Monsieur Tavernier et bravo à l’équipe de l’Alcazar.

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

 

 

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