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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 16:24

Rose Kroner, Anne-Marie Jean, Chloé Cailleton, Solange Vergara,

Manu Inacio, Larry Browne, Sylvain Belgarde, Pierre Bodson (voix)

Sylvain Bellegarde (guitare), Larry Browne (trompette)

Rapahël Dever (contrebasse), Frédéric Delestré (batterie), Thierry Lalo (piano, arrangements & direction musicale)

Villefontaine (Isère), 20-21mai 2015

DVD Black & Blue BB 854 2 / Socadisc (PAL, zone 2)

 

Pour fêter leurs vingt ans, les Voice Messengers s'étaient offert une tournée de printemps en 2015, et les concerts de Villefontaine, entre Lyon et Grenoble, ont été captés en vidéo, ce qui permet d'apprécier, en plus de la musique, la mise en espace chorégraphiée. Le groupe vocal, à l'origine de 11 chanteurs, puis de 14, est depuis quelques années composé de 8 chanteuses et chanteurs (4 femmes et 4 hommes). Je crois savoir qu'il fixe pour l'avenir son effectif à 6 vocalistes. Une section rythmique, avec le directeur musical au piano, complète le groupe. L'éloge de Thierry Lalo, pianiste, arrangeur et âme de ce groupe, n'est plus à faire. Sa connaissance du jazz est profonde (se rappeler son livre sur John Lewis) et son engagement dans ce groupe total, depuis 1994. Des standards de Broadway bien sûr, mais aussi de la chanson française (Que reste-t-il de nos amours) ; de standards du jazz (Billy's Bounce de Charlie Parker, Sail Away de Tom Harrell, et Stolen Moments d'Oliver Nelson, avec un texte original en français de Cécile Rigazio) ; et des poèmes de Paul Verlaine, Marguerite Yourcenar et Guillaume Apollinaire, sur des musiques de Thierry Lalo. Voilà pour le répertoire, qui culmine certainement par l'acrobatique Mimi Medley, en hommage à la grande prêtresse du jazz vocal en France, la très regrettée Mimi Perrin, et au répertoire vertigineux (vertige de la musique et du texte francophone) des Double Six. Tout le concert respire la vitalité, le bonheur de chanter. Chloé Cailleton s'offre le luxe de faire reprendre ses riffs improvisés par un public plein de verve, et de talent. Et les inévitables très minimes imperfections du live n'oblitèrent nullement l'excellence de la prestation. Soyons chauvins : un groupe vocal de jazz d'un tel effectif ne semble pas avoir de rival dans la jazzosphère. Alors il convient d'écouter-voir ce trésor national !

Xavier Prévost

 

En concert le 10 mars 2017 à Aulnay-sous-Bois, théâtre Jacques Prévert, et le 31 mars à Paris au Sunside (2 concerts : 20h & 22h)

 

Sur Youtube, un extrait du DVD

https://www.youtube.com/watch?time_continue=6&v=KT6XDqM5BME

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 15:24

Le Silence de l'exode

Yom (clarinettes, composition), Farid D. (violoncelle), Claude Tchamitchian (contrebasse), Bijan Chemirani (zarb, daf, bendir). Réalisation Thierry Augé

Festival Banlieues Bleues, Saint Ouen, Espace 1789, 25 avril 2013

Back to the Klezmer

Yom (clarinettes, composition), Dario Izkovic (accordéon), Benoît Giffard (trombone, tuba), Maxime Zampieri (tapan). Réalisation Gilles Le Mao

Festival Banlieues Bleues, Tremblay en France, L'Odéon, 19 mars 2014

1 DVD, deux films (son stéréo et multicanal) La Huit /ESC distribution

 

Deux films en un seul DVD, lequel est publié dans une série qui comporte un volume consacré à Émile Parisien et Vincent Peirani (déjà chroniqué sur Les DNJ par Sophie Chambon), et un autre consacré à Thomas de Pourquery (chronique à paraître prochainement). Deux aspects du clarinettiste Yom : le tropisme world music, avec une allégeance enthousiaste à la musique Klezmer, et un référence à l'exode, au sens le plus large, avec une musique originale introduite par un texte d'Erri De Luca. Le Silence de l'exode, c'est comme un parcours transversal entre des identités musicales différentes : chaque interprète du quartette vient avec les traces de sa (ses) culture(s). Il en résulte un déroulement d'une intensité dramaturgique qui tutoie la magie. C'est filmé avec un rythme parfait (changements de plan, mais aussi de cadrage) qui confère à l'ensemble une force expressive qui épouse la beauté de la musique. Un moment le violoncelliste nous fait entendre des sonorités de oud, et à cet instant tient son violoncelle comme on le ferait d'un luth ou d'une guitare. Très belle réalisation où la musique et sa captation paraissent nées d'un seul geste.

 

Pour le second film, Yom introduit son propos musical par le récit de son attachement, dès l'enfance, à la musique Klezmer, dont il conte sobrement l'histoire. Puis vient le concert, emblématique de l'effervescence insensée qui sied à ce langage musical. Beau filmage aussi, plus classique, en accord avec une musique faite de pleins et de déliés, de moment paroxystiques et de pauses mélancoliques. Au total, et comme souvent dans les productions de La Huit, un bel objet qui sert la musique, avec amour.

Xavier Prévost

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 07:51
IN & OUT MARTIAL SOLAL/ BERNARD LUBAT

 In & Out

Martial Solal- Bernard Lubat

Un film de Thierry Augé

DVD La Huit Edition/ Orkhestra

www.lahuit.com

Concert du 24 janvier 2014 au Festival Sons d’Hiver (113 mn)

 

Un dispositif original nous permet d’assister à un concert enregistré à Sons d’hiver en 2014, où se font face sur deux pianos, deux géants du jazz, le pianiste Martial Solal et le batteur multi-instrumentiste Bernard Lubat. Mais plus passionnant encore que de les entendre jouer en direct, est de les observer commenter leur propre jeu qu’ils visionnent sur un écran, chez eux : un difficile exercice d’analyse de ce qu’ils donnent à voir, en concert solo.

Car les deux jazzmen ne joueront pas ensemble, Solal interprétant ses propres compositions et Lubat improvisant à son ordinaire avec force démonstration. Aurait-il été possible de les faire jouer de concert, tant ils diffèrent sur tous les plans ? Et pourtant c’est du jazz dont il est question pendant ce film, c’est à une leçon de jazz que l’on assiste, différente de celles données par Antoine Hervé mais ô combien instructive.

 La part belle est donnée à Martial Solal, l’homme au complet gris, qui raisonne en orchestrateur et expose sa façon de travailler avec humour et intelligence. Si «écouter sa musique prend du temps, éloignant ainsi beaucoup d’auditeurs», il explique d’abord qu’il refuse de montrer du «feeling», mais tente de raconter «une histoire cohérente, même débridée». Il développe de façon pédagogique les multiples facettes de l’improvisation, invention dans l’instant, en relation avec une idée ou un thème, ou création d’une trame harmonique sans rapport avec le thème. Il donne ainsi une clé précieuse : la réharmonisation permet de se réapproprier un thème tout en le changeant complètement, si on multiplie, par exemple, la vitesse d’exécution des notes tout en gardant le tempo. Et il montre avec « Zag Zig », une de ses compositions farfelues, comment la rythmique change la donne, se régalant de perdre l’auditeur avant de le récupérer. Intéressant aussi sa façon de montrer l’indépendance des 2 mains, la droite improvisant alors que la gauche continue les exercices de façon automatique. Sur le célèbre «I got rhythm», il  révèle de façon lumineuse comment la mise en place des notes par rapport au tempo entraîne ou non le swing.

Son exposé est impressionnant de clarté, résumant ainsi l’expérience de sa longue vie sur un tabouret, au service de la musique et du jazz en particulier.

Changement radical avec l’entrée en scène de Bernard Lubat, rigolant et toujours contestataire « Choisissez vos cavaliers ». Il mouline de l’air, citant à son habitude les auteurs, Wilde, ou Aragon « On ne joue bien que contre ». Il manifeste sans doute un peu d’appréhension dans cet exercice où, fatalement, on va le comparer à Solal et « il se sent novice »…Difficile avec ce remarquable histrion, ce bateleur fou de déceler le vrai du faux, puisqu’il pratique le « mentir-vrai ». Ainsi il dit avoir du mal avec les mélodies et pourtant il nous en livre aussitôt quelques-unes avec superbe : ses mains s’élancent sur le clavier, ça swingue, boppe et joue évidemment. En le regardant marteler les touches, on comprend aussi que ce qui le travaille, et qu’il travaille depuis toujours, c’est le tambour qui marque la narration temporelle.

Voilà donc un double portrait mis en image qui devrait parler à ceux qui aiment le jazz. Deux figures essentielles de cette musique qui lui ont consacré leur vie, avec talent.

Sophie Chambon

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 06:41
Emile Parisien/ Vincent Peirani  Living Being/ Belle Epoque

Emile Parisien Vincent Peirani

Living Being / Belle Epoque

Deux films de Gilles Le Mao et Geoffroy Lachassagne

1DVD LA HUIT

138mn Stéréo

www.lahuit.com

 

En deux films, adoptant le même dispositif (entretien avec les musiciens et concert retransmis), nous est présenté le travail de l’accordéoniste Vincent Peirani en quintet pour Living Being, sorti sur le label ACT en 2015 et en duo avec le saxophoniste Emile Parisien pour Belle Epoque en 2014.

Dans le premier film, chaque musicien s’exprime sur la façon dont le groupe fonctionne en tant que « living being » justement, organisme vivant qui cherche, transforme le matériau proposé. On assiste à une répétition de caractère plutôt « bon enfant » où le leader, grand escogriffe de plus de 2m qui joue assis et pieds nus, dirige son groupe en réorientant les interventions selon la partition qu’il a composée « à la table ». Il se méfie en effet des automatismes dus à sa pratique de l’instrument et propose une trame que chacun peut modifier, dans une certaine mesure. C’est bien un travail d’ensemble où l’on assiste à la « fabrique » de la musique : on suit le travail sur « Suite à 5 »où le batteur Yoann SERRA montre comment en gardant un jeu de cymbales jazzy, il joue des coups simples, épurés aux baguettes. Emile Parisien, seul instrument acoustique, avoue sa chance de pouvoir « chanter » avec son saxophone, jouant les mélodies sur un tapis rythmique complexe et pourtant suffisamment fluide.

La caméra suit ensuite le concert en variant plans d’ensemble et gros plans, attentive aux jeux des mains sur les cordes ou les touches.

Des compositions diverses retiennent l’attention comme la reprise de Jeff Buckley  « Dream Brother » de Grace, ou le « Working Rythm » très groovy.

Enregistrement au théâtre Simone Signoret de Conflans-Ste Honorine.

Avant de filmer le duo accordéon/soprano lors du concert du 7 mai 2015 au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses, chacun évoque sa rencontre initiée, une fois encore, par le batteur Daniel Humair en 2009 avec le quartet de DH, au festival Jazz au fil de l’Oise. Visiblement, l’accordéoniste qui confesse un tempérament inquiet, n’était pas très rassuré à l’idée de cette collaboration. Emile Parisien est connu pour un engagement très fort, une gestuelle très dansante et une certaine originalité. Avait-il quelque crainte d’être bousculé dans ses habitudes ? On aperçoit quelques extraits de ce concert avec un batteur aux anges, car la collaboration a magnifiquement fonctionné.

Pour le saxophoniste, les choses paraissent plus évidentes et il insiste sur cette formidable chance de créer un univers sonore à 2 pour ce projet Belle Epoque qui devait s’inspirer au départ des compositions de  Sydney Bechet.  Les 2 musiciens  d’abord réticents, se sont mis au travail, ont découvert l’évolution de style de ce musicien extraordinaire, et ils ont su intégrer des morceaux dans leur histoire déjà existante. Ainsi ils arrivent à s’approprier les thèmes « Temptation Rag », Egyptian Fantasy», « Song of the Medina » pour finir sur « Dancers in love » de Duke Ellington. En modifiant les orchestrations, croisant leurs sons, leur collaboration s’inscrit dans la tradition tout en la renouvelant. A moins que Belle Epoque ne se comprenne autrement, à savoir, comment ces deux musiciens récompensés de tous les prix possibles, arrivent à imprimer leur marque et à jouer à leur façon très singulière, expressive, débordant d’énergie et d’invention, chantant littéralement une musique résolument populaire, issue autant du jazz que du classique et du contemporain. Ce duo est représentatif de la scène jazz française et ce film le montre bien.

Enthousiasmant !

 

Sophie Chambon

 

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 18:39

 

Lucky Prime

Label Cleanfeed 

 www.cleanfeed-records.com 

http://www.cleanfeed-records.com/disco2.asp?intID=436

pascal-niggenkemper-vision-7-L-eb9s1L.jpeg


Pascal Niggenkemper (compositions, contrebasse), Frank Gratkowski (clarinette basse, sax alto),  Emilie Lesbros (voix), Eve Risser (piano, piano préparé), Frantz Loriot (alto), Els Vandeweyer (vibraphone, marimba), Christian Lillinger (batterie)

Il y a assurément quelque chose de visionnaire dans ce nouvel album du très engagé label Clean feed qui s’aventure avec succès sur les terres de l’improvisation : un jazz qui se déclare résolument contemporain avec 7 musiciens engagés drivés par un leader volontaire.   franco-suisse qui a adopté New York comme ville de résidence.

Dans un style pas nécessairement épuré, avant-gardiste, free, avec sons, ( surtout pour moi dans certains passages calmes paradoxalement comme «Ke belle») où les cris et interjonctions, les montées orgasmiques annoncent l’orage du violent « Feuertreppe ». Les filles n’y vont pas de main morte d’ailleurs, à l’exemple d’Eve Risser qui malmène, martèle, brusque son piano (qui  y est préparé). Il ya aussi les drôles de bruits de glotte d’Emilie Lesbros qui demande  du scotch dans son coffee et brode sur un thème alcoolisé  « I don’t know why but this morning »... happening où la vibraphoniste et le saxophoniste-clarinettiste tirent fort délicatement leur épingle du jeu.

C’est une session d’improvisation, avec des passages écrits mais qu’ importe aujourd’hui  de discuter sur le partage entre écriture et ’improvisation. L’essentiel est ce que l’on ressent, entre silence, rage, fureur (?), lors de ces cadences post-modernes, industrialo-bruitistes, aux éclats métalliques d’ instruments devenus outils. L’archet est utilisé sur des pièces plus « calmes » en effet. Beaucoup de ruptures de rythme sur un même morceau peuvent déconcerter  dans l’écoute en continu, mais on accepte les règles du jeu. Au sortir d’un moment « infernal », on entend soudain une plainte envoûtante, émouvante : on sort alors de ces images entre film d’horreur ou fantastique, on voit défiler la procession de pénitents d’un Munch, ou de carnavaliers de James Ensor. Est-ce le fait de ce casting européen, franco-belgo-allemand ? Idée qui  s’exporte avec bonheur (aucune frontière pour semblable formation qui fit un passage remarqué  à Jazz d’or 2011et enregistra à  Vive le Jazz festivalau Loft de Cologne).

Ce n’est pas forcément sur ces chemins (fréquentés) des musiques actuelles que j’aime m’aventurer d’ordinaire mais l’écoute est stimulante et l’intérêt, sans doute décuplé, en live. L’aventure est tentante, on s’abandonne alors à ce « Lance di Lanze » qui fait découvrir par exemple l’alliage intéressant de la batterie souple et rebondissante du Berlinois Christian Lillinger avec les sons exacerbés  de Frank Gratkowski. On aime aussi le bien nommé « Sortir de la colère » qui clôt délicatement cet album surprenant et chaleureux au final.

 

Sophie Chambon

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 10:40

patchwork-dreamerVENT D’EST
Collectif artistique et label
www.ventsdest.com
booking@ventsdest.com

 DVD filmé et réalisé par Alain Julien

 
Comment avions-nous laissé passer aux DNJ, ce formidable Patchwork dreamer, voyage filmé et enregistré en Afrique de l’Ouest au Mali et en Guinée-Conakry en 2010 ?
Patchwork dreamer est l’aventure commune des musiciens Daniel Erdmann, Francis Le Bras et d’ Alain Julien, le photographe,vidéaste ici, de Djazz 51, qui ont su réunir autour d’eux une famille recomposée d’artistes d’horizons différents dans un projet cousu-main. Une immersion dans ce continent aussi étrange qu’étranger pour nous. En Afrique de l’ouest, la musique est le langage essentiel de la vie quotidienne, les échanges et le mouvement sont constants, la tradition fait remonter les souvenirs, en irriguant la mémoire. Les Africains connaissent la musique, on ne les trompera jamais là dessus.
En concert, difficile de détacher ses yeux des images qui accompagnent la musique du groupe. Mais quoi de plus passionnant que d’y revenir, en réécoutant chez soi, confortablement installé et pas sur mp3 ou autre gadget sonore, avec la vidéo qui se déroule sous les yeux sur un bel écran ? La musique prend toute son amplitude, admirablement révélée, soulignée et jamais illustrée par les longs plans-séquences du film. C‘est une chance que d’avoir pu entendre Alain Julien expliquer comment il avait procédé, de très loin toujours, sans vraiment que les protagonistes ne s’en rendent compte. D’où cette fraîcheur, ce réalisme pas toujours naturaliste, souvent poétique, cette improvisation sous-jacente dans n’importe quel geste, avec des instruments récupérés, bricolés. Et puis ce va-et-vient incessant, la marche continue des femmes qui travaillent très dur. On a bien l’impression que ce sont les seules qui avancent et font avancer, essaaynt de capter un peu de liberté, contrariée mais néanmoins présente.
Préférant depuis toujours le film à la photographie,on adhère à l’histoire qu’il raconte, plus longue, plus intense, plus apte à déclencher quelque réaction dans l’imaginaire. Le film est construit, monté d’une certaine manière,  pensé avec une certaine structure. Ce DVD est plein de choses observées mises en scène. Le son est essentiel, la musique se crée, s’enroule, laisse place au silence parfois (très rare en Afrique), intègre les bruits de la vie, intégrant des fragments de dialogue (scène de l’école) dans cette B.O très originale, ancrée dans la vie africaine .
La musique traduit cette joie grave. Si nous retrouvons le formidable duo du pianiste Francis LeBras et du saxophoniste Daniel Erdmann, apparaît  l’étonnante figure du Malien Chérif Soumano, joueur de kora, soutenu par la rythmique de l’Américain John Betsch (qui vit en France depuis longtemps) et de l’Allemand Johannes Fink. La production d’une Europe enfin unie qui fait le pont avec l’Afrique. Les rythmes africains irriguent le jazz d’aujourd’hui tout comme le blues s’est inspiré jadis des racines africaines. L’utilisation de l’instrument national malien, cette harpe africaine, peut fasciner, plonger dans une sorte de transe tant elle est virtuosement jouée. Sonorité étonnante, épatante qui s’écouterait à elle seule jusqu’à ce que le duo sax-piano ne  reprenne la main, nous fascinant en éveillant ces « fleurs africaines », mélodiques et swingantes. Les compositions sont de la patte du saxophoniste et elles exhalent, comme à chaque fois, un authentique  parfum qui va puiser aussi à la source, la tradition jazz cette fois, de Duke Ellington à Charlie Parker sans oublier Dizzie Gillespie, inoubliables maîtres de cette musique. Avec ce qu’il faut aussi de « free » sons. Le collectif joue  la musique qu’il ressent, en totale écoute de la vie africaine dont ils saisissant et rendent la pulsion vitale, les rythmes et couleurs.
C’est une véritable irrigation, une double fertilisation que nous fait entendre ce groupe dont la cohésion est forte.  Si le mot « métissage » est trop galvaudé, « patchwork » est juste pour témoigner de l’aspect hautement artisanal, noble de cette équipée, jamais sauvage, rêvée sans être idéalisée. Une belle histoire d’hommes au travail, eux aussi. Ne ratez surtout pas ce concert si le collectif passe près de chez vous…

Sophie Chambon

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 22:27

Antoine-Herve---Oscar-Peterson.jpg
Troisième volume de la collection
Double  DVD : 2h 40 de concert filmé en public et 40 mn de bonus
www.antoineherve.com
RV Productions/harmonia mundi

ATTENTION/ ANTOINE HERVE est à l’affiche du Festival « OFF » d’Avignon : du 8 au 28 juillet, il donne tous les soirs une leçon de jazz à LA MANUTENTION (AJMI) 

Antoine Hervé, entouré des inséparables frères Moutin,  a choisi comme thème de sa troisième leçon de jazz, d’évoquer le génial Oscar Peterson . Massif, le pianiste dont les épaules faisaient quatre octaves de largeur, et dont les larges mains lui permettaient une digitalité extraordinaire,  n’en est pas moins un mélodiste accompli . Cette leçon est d’autant plus difficile que peu de musiciens ont relevé le défi technique d’un tel projet, mais Antoine Hervé fête chaque artiste de son panthéon, en jouant comme il sait le faire, les passeurs. Le principe est simple, nous faire voir en direct comment « se joue » la musique, en proposant un concert commenté, qui éclaire certaines approches stylistiques, décompose quelques points, tout en rappelant la biographie de l’artiste. Un exercice éminemment pédagogique qu’ Antoine Hervé réussit à merveille, quand il explique le principe de la « blues note », souligne la différence essentielle entre polyrythmie et rythmes balkaniques, révèle, marche à l’appui, ce qu’est la « walking bass » ou le « shuffle » ; il montre enfin comment moduler, c’est changer provisoirement de tonalité. On revit ainsi « à la française » les leçons prodiguées en public à un tout jeune public, dans les années soixante, par le compositeur chef d’orchestre Leonard Bernstein.  Les chapitres se décomposent ainsi le maître de l’harmonie, l’influence du blues et du gospel, le piano instrument polyphonique, la walking bass. Le trio passe aussi en revue les différents angles d’attaque de cette leçon : « A la manière de » dans le premier exemple « Blues for Oscar », une composition d’Antoine Hervé ; en harmonisant des compositions de l’artiste, dans la méconnue  « Suite canadienne » en quatre parties ; en jouant fidèlement des transcriptions (comme Lizst) dans l’exemple choisi de « When lights are low » de Benny Carter.
Classé quatre ans de suite « meilleur pianiste » dans Downbeat, le pianiste canadien d’Halifax (1925-2007), est un des grands maîtres du rythme et aussi de l’harmonie. Il faisait régulièrement démonstration spectaculaire de son savoir-faire : « Touch, time, tone, technique, taste » étaient les cinq points fondamentaux de son credo musical. Il travaillait les larges accords de Debussy, quinte diminuée, accords de treizième. De Chopin, il aimait  les grands écarts  qu’il pouvait réussir avec ses larges mains, de Bach, il retenait  le contrepoint et les voicings, était familier des doigtés de Scarlatti , mais il aimait particulièrement en jazz, ses idoles, à savoir Art Tatum, James P Johnson, Teddy Wilson, Nat King Cole. Si vous n’aviez pas été noir, auriez-vous été tenté par une carrière classique ?  Non,  aurait-il  répondu,  voulant conserver  la créativité.
 Oscar Peterson est devenu très vite une attraction pour les musiciens Américains voisins, il se produit au Carnegie Hall en 1949, tourne avec Norman Granz et sa tournée Jazz at The Philharmonic, rencontre Ray Brown qui sera son contrebassiste pendant les trente années à venir, monte des trios (p, b, g ) avec Herb Ellis . Directeur artistique, il enregistre beaucoup de disques chez Verve, multiplie les concerts tout en refusant de se laisser enfermer dans une esthétique. Rebelle aussi,  il refuse de se laisser influencer par Charlie Parker. Il a traversé le siècle jazzistique du ragtime à l’électro accoustique, a couvert  l’aventure musicale en s’emparant de toute la littérature de piano, cherchant à apporter quelque chose de nouveau dans son jeu, en changeant de plans. Ses arrangements sont de véritables chrorégraphies, avec ce sens du rythme lié au déplacement. Pour révéler son talent de compositeur, moins connu, Antoine Hervé nous fait entendre la Suite canadienne qui ressemble à un voyage en train, fil conducteur du DVD1 : « Ballad to the east »  (4 jours pour traverser le pays en train), « Laurentide Waltz » non sans rappeler « Waltz for Debby » de Bill Evans,  « Place Saint Henri » avec des appuis décalés/ donnée rythmique constante et des blues notes,  « Hogtown blues »,  « Blues of the prairies », « Wheatland », « March past »,  « Land of the misty giants ». 
Le trio, conçu comme un seul homme, se dévoile encore dans  « Travellin on »  (très be bop)  avec de brusques arrêts, ruptures, block chords, tremolos d’accords (spécialité de Peterson) tutti,  deux mains à l’unisson  et il faut écouter  «  Sax no end » de Francy Bolland  pour comprendre comment transposer un big band sur un piano.
Oscar Peterson a-t-il été utile au jazz ? Il en a fait une forme d’expression musicale aboutie, en associant exigence et jubilation, tendresse et vigueur. Son amour du classique lui a fait appliquer la leçon des romantiques au jazz,  il a travaillé le piano orchestral des concertos romantiques, le piano des concertos russes mais en a donné sa  version jazz.
Les bonus, pédagogiques, commencent par l’interview d’Antoine Hervé qui explique sa passion pour Oscar Peterson, son « père musical » découvert à 12 ans, mais qui a commencé à se l’approprier à 14. Antoine Hervé est un guide inspiré pour nous faire visiter les terres du jazz, ce pays réinventé avec une puissance instrumentale digne des plus grands jazzmen. Le « When  Lights are low » commenté est un régal, une agréable et studieuse façon de déjouer, de voir la « fabrique ». Tout un jeu de question réponse, trompette trombone, commentaire très dépouillé, ou lyrique en accords dissonants, triolets de noires, autres variations sur le thème de deux notes, « trumpet style » pour imiter le vibrato, gimmick de fin. Si la musique peut se passer de commentaire, qu’il est jubilatoire de rentrer dans la technique et de ne pas privilégier l’émotion seule, à côté de laquelle on peut passer, quand on ne sait pas comment cela est joué. Après ces 2h 50 de musique intelligente, on ne pourra plus faire le reproche, souvent entendu, d’un jeu froid et trop brillant, technique et presque mécanique.  Car Antoine Hervé, bon prince, nous donne une dernière clé, en nous suggérant d’écouter les ballades d’Oscar Peterson …
Merci du conseil, Monsieur Hervé !

Sophie Chambon


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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 23:09

 

herve-wayne-shorter.jpg

 

 

 

 

 

La leçon de jazz d’Antoine Hervé : « Wayne Shorter jazzman extraterrestre »

 

1 DVD 9 - 16/9 compatible 4/3 - 1H38 - Français sous-titré anglais
1 CD


Par le passé, le pianiste nous avait déjà montré qu'il était un excellent instrumentiste à travers ses nombreuses créations jazzistiques autant qu'artistiques. Antoine Hervé confirme en plus son caractère fort sympathique et ses talents de pédagogue avec ses "leçons de jazz". Que se cache-t-il derrière ce nom un tantinet ronflant et un poil rébarbatif? Beaucoup de talent et un clin d’œil malicieux!
La leçon de jazz d'Antoine Hervé s'adresse à celui qui cherche les clés pour aborder l’œuvre d'un grand musicien de jazz. Quelle aubaine aussi pour le béotien qui rêve d'une mise en jambe sur le jazz en général! 
Après sa leçon de jazz sur Jobim et cette deuxième leçon dédiée à Wayne Shorter, on découvre le talent d'Hervé à d'expliquer autant les tenants d'un morceau de Wayne Shorter, pour combler l'appétit des fervents initiés, que d'en dévier pour décortiquer par l'exemple ce qu'est un blues binaire ou ternaire ou la funk à un large public.
Cette leçon de jazz s'articule autour des explications, agrémentées d'anecdotes, par Antoine Hervé - conteur, amuseur curieux, décortiqueur nuancé, connaisseur averti -  et d'un duo avec le terriblement talentueux sopraniste Jean-charles Richard. La leçon se déroule suivant différents angles: le public studieux suit les mains du pianiste, vues d'en haut et projetées sur écran, en écoutant le duo joué treize compositions majeurs de Shorter partant de "Speak No Evil" à "Face On The Barrom Floor". Puis il se régale des interventions de Hervé qui narre le personnage Shorter - son mysticisme, son intériorité et sa plénitude de gourou, son gout pour la science fiction, ses drames – tout en abordant la technique instrumentale du sopraniste avec l’aide de Richard.
Avec humour et facétie, Hervé nous donne nombre de ficelles pour en découdre avec cette musique complexe et sophistiquée qu'est le jazz ... en nous faisant rire et en nous ramenant souvent à ce que nous connaissons tous.

 

Jérôme Gransac

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 18:00

Antoine-Herve-La-lecon-de-jazz-Antonio-Carlos-Jobim-et-la-b.jpgANTOINE HERVE
La leçon de Jazz  un concert commenté DVD+CD
ANTONIO CARLOS JOBIM et la bossa nova

 

Montage et réalisation Thomas Chatelet
Production RV Productions (Antoine Hervé)


Bienvenue à cette leçon de jazz consacrée à un génie de la musique brésilienne, magnifique compositeur, interprète, arrangeur, spécialiste de studio qui a écrit des chansons inoubliables.
C’est ainsi que commence cette première leçon de musique d’Antoine Hervé, enregistrée en live à Nanterre, à la Maison de la Musique. Le pianiste, musicien classique et jazzman accompli, qui fut l’un des directeurs  de l’ONJ de 1987 à 1989, se propose dans cette collection pédagogique d’illustrer au piano, la vie et l’oeuvre de ceux qui ont fait le jazz. Le dispositif de l’émission est simple : Antoine Hervé  présente sa leçon de jazz, les 88 touches noires et blanches du clavier apparaissant sur l’écran pour suivre les doigtés et comprendre comment ça joue. Le premier numéro est consacré à Antonio Carlos JOBIM, considéré comme le père de la bossa nova ; il a écrit des musiques superbes et réussi le tour de force d’un accord parfait avec les paroles « le mot devient son, le poème devient musique ». Pour illustrer son répertoire, Antoine Hervé  est accompagné pour chaque chanson par Rolando Faria, un vrai Carioca qui fit partie du duo « Les étoiles ».
Le pianiste  mène cet exercice avec une aisance  décontractée, et de l’humour dans les commentaires toujours pertinents qu’il a d’ailleurs rédigés. Quand il évoque le personnage élégant qu’était Jobim,  et sa vie, c’est une plongée au cœur de Rio dans l’univers de la bossa, dans les années cinquante, âge d’or politique du démocrate qui comptait « rattraper cinquante années en cinq ans ».  Cet acte créateur se fit en compagnie de Joao Gilberto, venu de Bahia et Vinicius de Moraes qui composa le magnifique « Chega de saudade ». La bossa allait faire le lien avec la samba des rues où domine le « surdo » (gros tambour de samba) et le jazz moderne. C’est un vaste mouvement intellectuel qui  se développa avec  le succès d’Orfeu negro en 59 de Marcel Camus, Palme d’or à Cannes.  Si « la Bossa Nova est la bande sonore d’un Brésil idéal », elle fut récupérée sur le continent nord-américain pendant les années soixante par le saxophoniste Stan Getz  avec les enregistrements au succès planétaire de  « So danço samba » avec Joao Gilberto et « The girl from Ipanema » avec Astrud Gilberto. Ainsi, nombre de ces chansons ont fourni des standards du répertoire des musiciens de jazz (« Desafinado », « Samba do aviao », « Agua de beber », « Corcovado »).
Le DVD est intelligemment découpé en chapitres qui permettent de suivre ce courant musical, l’influence romantique, de Chopin en particulier dans l’immortel «  Insensatez ». Sont développés des points plus techniques comme l’usage d’une seule note mélodique (Samba de una nota So), les accords en quartes qui donnent un aspect liturgique, les  harmonies impressionnistes à la Debussy (« Dindi »), l’influence de certaines compositions de Darius Milhaud sur les quartiers de Rio.
Antoine Hervé illustre son propos, avec le talent qu’on lui connaît, quand il est invité par Jean François Zygel,  à la télé de service public, dans son émission La Boîte à Musique. Enthousiaste à l’idée de s’embarquer pour cette aventure, il est dans le fil créatif, toujours entre improvisation et recréation, séduisant comédien dans son discours. Passionné des instruments et des sonorités, des jeux de couleur et de timbres, prêtant sa technique et sa virtuosité à un sujet qu’il connaît sur  le bout des doigts. Aussi plaisant à écouter parler qu’à voir jouer, puisque l’œil écoute.
Voilà un cycle de rencontres à ne pas manquer : la suite fait envie Wayne Shorter, Louis Armstrong, Bill Evans, Keith Jarrett...sont au programme. De quoi se familiariser avec l’univers de ces grands du jazz. Une invitation fort plaisante d’un piano « raisonné » dès ce premier numéro.

Sophie Chambon

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 16:10

 

Fernando TRUEBA et Javier MARISCAL

Film espagnol  (1h 33)

Scénario  Fernando Trueba - BD Javier Mariscal

Edition collector avec la musique du film en DVD et Blu–Ray

Sortie le 6 décembre du DVD édité par Studio 37 et distribué par Universal

 BO éditée par Sony music

Voix de Mario Guerra, Limara Meneses, Bebo Valdes, Idania Valdès  ( voix de Rita), Estrella Morena (cantaora flamenca)

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Le projet de Chico & Rita est né d’une envie partagée du cinéaste espagnol Fernando TRUEBA et du graphiste peintre Javier MARISCAL de parler de leur passion du jazz et de la musique latine, de l’histoire des musiciens cubains d’avant la révolution castriste.  La bande annonce  proclame : Rapprochés par la musique, séparés par le succès,  rattrapés  par l’histoire, leur vie bascule !  Voilà un mélo sur fond de musique cubaine et de jazz, une quête amoureuse sans cesse contrariée comme dans les  films flamboyants de  Douglas Sirk. Deux beaux personnages, presque réels, apparaissent sur l’écran : Rita est une métisse magnifique, à qui tout réussit professionnellement mais qui vivra une histoire d’amour contrariée avec Chico, un pianiste séduisant mais un rien trop séducteur, homme plutôt innocent mais maladroit. C’est surtout un musicien doué qui maîtrise tous les styles, a appris depuis l’enfance à jouer le boléro, les musiques cubaines traditionnelles, tout en étant littéralement fasciné par le jazz et le be bop !

Le making of :

Fernando Trueba, novice dans l’animation n’imaginait pas de jouer avec des comédiens cubains réels   et pensait s’en tenir aux personnages dessinés par Chavi Mariscal. C’était pourtant le meilleur moyen de garder  le contrôle du film. Tourner avec de vrais mouvements de caméra garantit un résultat final fidèle à la vision initiale. Tout fut donc réalisé  en studio, sans maquillage ni décor, avec des marqueurs pour numériser chaque mouvement tourné au préalable. L’animation mobilise un nombre important de personnes mais le résultat est surprenant, tant ce film reconstitue Cuba et New York, qui deviennent deux protagonistes du film. Le résultat est une expérience visuelle extraordinaire où pendant 80 minutes, le spectateur baigne dans les visions de Mariscal, la reconstitution plastique et visuelle de deux villes très différentes. Cuba est une île fascinante avec ses maisons coloniales et ses vieilles  Cadillac.  Javier Mariscal  a travaillé sur La Havane d’avant Castro, au foisonnement tumultueux du capitalisme américain (casinos, boîtes de nuit, enseignes et publicités omniprésentes). Il a particulièrement soigné les éléments et détails d’architecture, soulignés par des couleurs et une lumière particulière, un décor exceptionnel de patios, balcons, escaliers, balustrades et ferronneries ouvragées. On pense aussi au film nostalgique d’Andy Garcia, réalisé en 2006,  Adieu Cuba  qui raconte la vie à La Havane avant l’exil.  New York apparaît en contraste, glacée et métallique, peu accueillante pour les émigrés cubains qui se réchauffent dans les clubs où règne le be bop.

La musique :

Chico & Rita pourrait presqu’être considéré comme un documentaire sur la musique cubaine et son influence sur le jazz des années quarante: les grands percussionnistes omniprésents dans les orchestres new yorkais sont cubains, Mongo Santamaria, Candido, Chano Pozo. Dans une très jolie scène de club, Chico retrouve ce dernier aux côtés de Charlie Parker, de Dizzy Gillespie  (« Manteca ») et  Monk affublé de son éternel bonnet ébauche quelques mesures de« Blue Monk ». Le film rend un vibrant hommage à l’âge d’or du latin jazz  avec tous les rythmes conga, rumba, mambo qui envahirent la planète. On entend aussi Woody Herman and his four brothers, l’ « Ebony concerto » de Stravinsky, la « Celia » de Bud Powell mais aussi le « Tin Tin Deo », le « Mambo Herd » de Tito Puente. L’arrivée à NYC, traitée sous la forme d’un rêve permet de placer quelques chefs d’œuvre comme le thème d’ « On the town » de  Bernstein, d’entendre le « Fascinating  Rythm »  de George & Ira Gershwin, « As time goes by » du Casablanca de Michael Curtiz,  de voir évoluer les silhouettes de Fred Astaire et Ginger Rogers ou Joséphine Baker vêtue de sa seule ceinture de bananes.

 

 

 

Le véritable défi était de constituer un corpus de musique aussi important et d’imaginer une B.O avec des musiciens d’aujourd’hui  et non des enregistrements d’époque de Dizzy Gillespie, Charlie Parker ou Tito Puente. L’objectif est atteint car le film n’est pas une compilation, une anthologie  mais crée une bande musique originale, enregistrée et produite aujourd’hui avec des musiciens qui deviennent acteurs : Jimmy Heath  dans le rôle de Ben Webster qu’il a connu, reproduit  sa façon de jouer, de respirer. Idem pour Amadito Valdès avec Tito Puente, Michael Mosman pour Dizzy avec un tel talent que dans un « blindfold test », on croirait entendre  le trompettiste lui-même. Une autre belle idée est de faire chanter la ballade « Lily »  créée par Chico-Bebo,  par le propre frère de Nat King Cole, Freddy Cole, sorte de « doublure » à la voix plus mûre.

Au cœur du dispositif, Idania Valdèsincarne Rita, qui chante des chansons originales comme « Sabor a mi », mais sous le nom  de Rita la Belle, part tourner un film à Hollywood  et chante « Love for sale ». Bebo Valdès joue Chico, interprètant ses partitions, signant onze des trente titres. Père de Chucho Valdès, actuellement star du latin jazz, il a été retrouvé en 2000 par Fernando Trueba dans son documentaire Calle 54.  A 90 ans, il a toujours un toucher  aussi léger et un  phrasé magnifique. On pense inmanquablement au Bueno Vista  Social Club de Wim Wenders sorti en 1999. Ry Cooder avait réuni de vieux messieurs cubains, émouvants et pleins d’énergie, figures légendaires de la musique cubaine des années 50. 


Le film souligne la vitalité de la musique cubaine, y compris lors d’enterrement où l’on continue à danser la samba, évoque le destin tragique du peuple cubain, la ségrégation si active pendant les années soixante : quand Chico commence à connaître un certain succès, il accompagne au Village Vanguard Ben Webster(« Stardust »), part jouer avec Gillespie à Paris. Mais expulsé injustement pour un faux trafic de drogue, à la suite de la trahison de son ami, il retourne à Cuba en pleine Révolution et doit arrêter le jazz, musique de l’ennemi impérialiste. Quant à Rita, elle brise sa carrière un soir de St Sylvestre, au « Sands » de Vegas en dénonçant la ségrégation dont sont toujours victimes les noirs, artistes et musiciens même devenus stars.

Un film émouvant, nostalgique, très réussi visuellement, qui obtint des récompenses méritées comme le Goya du Meilleur film d’animation-Grand Prix HAFF (Holland Animation Film Festival) 2010 et le Prix Cineuropa 2010 Festival de Cinéma Européen des Arcs. Chico et Rita est aussi une B.O inventive et pourtant fidèle à une époque, un chant d’amour pour le jazz des années « gone by ».

Vivement recommandé !

 Sophie Chambon

 

 

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