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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 18:40

Damaged by the Sun

 A film by Stephane Sinde

Freedom Now

La Huit   www.lahuit.com

Concert filmé le 14 avril 2010 à la Dynamo de Banlieues Bleues

Anthony Coleman

(La chronique de Sophie Chambon)

Pianiste et claviériste reconnu de la scène Downtown de New York, accompagnateur de John ZORN (Naked City), de Marc Ribot mais aussi de David Krakauer dans son premier Klezmer Madness, Anthony Coleman  est l’une des figures intéressantes à suivre en interview et à capter en concert, puisqu’il prolonge en quelque sorte la grande tradition du piano jazz (noir) américain (de Jelly Roll Morton à Cecil Taylor, sans oublier les fondamentaux Duke Ellington et T.S Monk) et fait le lien avec la musique contemporaine (Morton Feldman) .

En première partie du programme proposé, nous suivons un concert enregistré dans le cadre du festival de Banlieues Bleues, pour La Huit, qui suit, au travers de ses productions, la devise fort  juste « Listen to the film, watch the music ».

Une musique de l’instant, intensément poétique, intermittente, jouée par ce quartet  composé d’Ashley Paul à l’alto, Brad Jones à la contrebasse, et Satoshi Takeishi à la batterie et aux percussions. Beaucoup de gros plans enserrent chacun des instrumentistes, se focalisant sur des détails de leur instrument ou de leurs mains. Des visions brûlées de déserts (on pense au Mojave en Californie avec ses agaves et aloès), des paysages où la couleur des sols et de la végétation apparaît comme  rongée. Le crédit photographique indique pour ces derniers, l’abbaye de Faget dans le Gers. Mirages, oniriques visions de cette musique prenante, entre plaintes, chuchotements et mélopées planantes, entrecoupées d’images surexposées d’une femme – de son ombre qui tourne sur elle même. Les fonds sont comme gommés, neutralisés, ne laissant place qu’au jeu des lignes en mouvement. C’est un vrai phénomène de transe, on l’avait compris, que génère cette musique cristalline et fluide : elle s’empare de la jeune altiste qui chante dans son instrument, les yeux clos. Ces cadrages étranges donnent une vision parcellaire de la musique qui continue sur le générique de fin -que l’on est presque surpris de voir arriver- tant cette musique pourrait se prolonger encore. Vision délavée plus que floue, en continuité avec le titre du programme. On aime bien l’idée que le soleil puisse ne pas être toujours bénéfique, source de lumière et de vie mais aussi capable de tragique. Voilà des préoccupations esthétisantes qui peuvent déconcerter dans leur résultat : il est vrai que se pose à chaque fois, la question de savoir filmer la musique et l’improvisation, comment intercaler images réelles, symboles ou métaphores comme la pellicule kodachrome brûlant dans des flammes finales…

Après cet exercice de style, sans transition, un long bonus nous permet de suivre Anthony Coleman jouant Jelly Roll  Morton et donnant son sentiment sur la musique. Et le jazz revient dans l’allégresse, l’entretien étant  illustré de compositions  « Frog-I-more rag », « Jungle Blues », « King Porter Stomp », «The Crave » joyeusement exécutées : la posture est différente, le swing tout de même, ça ragaillardit son homme. 

L’interview se poursuit passionnante, éclairant le parcours d’un pianiste et sa conception de la musique : il balaie son époque, où dominait plutôt le rock - il aima Jimi Hendrix qu’il alla écouter au Madison Square Garden -mais il avait aussi un amour tout particulier pour Scott Joplin. Intéressé ensuite par toutes les musiques, il se posa vite la question « What comes next ?» et rapidement étudia les pianistes de stride, puis Duke et ainsi de suite, suivant la chronologie du jazz, musique dont on pouvait encore écouter les disques dans les magasins spécialisés.

Il n’est pas peu fier d’avoir ainsi tout assimilé de cette musique dans l’ordre. Il connait donc la tradition sur le bout des doigts, ce qui peut expliquer entre autre, ses échappées vers le klezmer avec  David Krakauer. Même s’il reconnaît la place prédominante de Monk, Jelly Roll a tous ses suffrages : il en est un fervent collectionneur (partitions, disques, enregistrements divers y compris d’Henry Threadgill et Mary Lou Williams). Une fois encore se pose la question existentielle du jazz, musique d’improvisation ou de composition ? Et aussi celle de la technique. Depuis Monk, la tradition serait de mettre un point d’honneur à ne pas se concentrer sur la technique pour atteindre la vérité. Entre Robert Johnson et  Aaron Copland, Anthony Coleman choisit sans hésiter le bluesman.

Le seul regret de ce bonus est qu’Anthony Coleman ne continue pas l’entretien  en faisant la liaison avec la musique contemporaine et son jeu actuel. Il manque certains chaînons dans la progression et l’évolution de ce musicien passionnant que l’on découvre ici.

Sophie Chambon

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 06:56

Un film de Stéphane Sinde

La Huit – Edition  Freedom Now

 Anthony-Coleman.jpg

 

(CHRONIQUE DE JEAN-MARC GELIN)


Un film sur l’un des acteurs majeurs de la scène New-Yorkaise comme l’est le pianiste Antony Coleman, membre de la grande planète zornienne, bouillonnant génie archétypique de l’intellectuel-artiste New-Yorkais, est forcément en soi un document indispensable.

 

Ce document prend une double forme curieusement très contradictoire.

 

La base de ce DVD est en effet un concert donné par le quartet d’Antony Coleman dans le cadre de Banlieues Bleues en avril 2010. Il y était entouré de Ashley Paul ( saxophoniste minimaliste), de Brad Jones à la contrebasse et de Satoshi Takeishi à la batterie. Grand moment d’intensité autour d’une maîtrise admirable du son, de cette économie de notes qui vise à l’émergence de l’essence même du son. Lorsqu’il ne reste plus rien qu’une infime note étirée et même suggérée. Tout y est esquissé dans un remarquable moment de concentration extrême et d’écoute où le fil tenu du son tendu entre les quatre membres de ce quartet avec une infinie précaution n’a jamais semblé si fragile. Très intense expérience.

Malheureusement le film a aussi le défaut de ses avantages. Tout y est systématiquement filmé en gros plan, sans jamais n’avoir aucun plan large qui nous permettrait d’appréhender le quartet dans son ensemble. Du coup on passe sans cesse de gros plans en gros plans, parfois superbes au demeurant (Stéphane Sinde a un art absolu dans sa façon de filmer les mains) mais aussi parfois usants. Viennent s’insérer des images d’une poésie un peu «  bateau » censé illustrer le propos ( Damaged by sunlight) dans une esthétique un peu conventionnelle entre désert brûlé et femme-derviche. On adhère que moyennement.

 

Mais l’essentiel est ailleurs et surtout dans le bonus, absolument passionnant.  Alors que l’on vient d’achever ce concert aux formes ultra dépouillées, paradoxalement c’est dans le bonus qu’Antony Coleman nous dit sa passion pour Jerry Roll Morton, maître du ragtime, aux antipodes donc de ce que nous venons d’entendre. Coleman s’exprime ainsi sur la génèse de cet amour compulsif pour Jerry Roll Morton ( sa façon d’avoir dévoré méthodiquement tout le jazz d’une façon chronologique),  sur la composition (« composer du jazz est pour moi quelque chose de très actuel, ce n’et pas un oxymore »), sur la technique ( très intéressant quand il parle de Monk et de sa dynamique dans les aigus qui contribue à la tension de sa musique). Et c’est somme toute cette longe deuxième partie ( bien plus qu’un simple bonus) qui captive totalement. Partie magnifiquement entrecoupée de superbes interpretations de thèmes de Jerry Roll Morton dont Antony Coleman connaît toutes les partitions.

Ce qui nous vaut d’ailleurs au passage une version absolument splendide de King Porter Stomp à ne manquer sous aucun prétexte.

 

De quoi nous laisser un petit regret, celui de ne pas avoir consacré un reportage entier sur l’oeuvre du pianiste, à l’image de ce que la Huit avait réalisé sur Marc Ribot, l’ami de toujours du pianiste New-Yorkais.

Jean-marc Gelin

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 21:31

Body And Soul Documentaire franco-italo-allemand

Sortie Août 2011 (1h42)

Michel-Petrucciani-Film-de-Michael-Radford.03.jpg

 

 

Il est difficile de ne pas céder à l’émotion devant le documentaire de Michael Radford

consacré à Michel Petrucciani, qui mourut en 1999, le 6 janvier, à l’âge de 36 ans, après un parcours hors norme. On comprend que le film ait été présenté en avant-première à Cannes cette année, car la vie de Michel Petrucciani vaut bien un roman. Et méritait d’être filmée en tous les cas.

Cette biographie est illustrée d’archives rares, d’extraits de concerts tournés au plus près, d’interviews de la « caravane » de fidèles, le premier cercle des intimes, ses compagnes, les producteurs Jean-Jacques Pussiau, Francis Dreyfus, le cinéaste Frank Cassenti (dont on se souvient du  beau portrait sur Arte, Lettre à Michel Petrucciani, en 1983), le journaliste  Pierre Henri Ardonceau…(1) Beaucoup de musiciens témoignent comme Aldo Romano, qui avait le privilège de le porter sur la scène, comme un enfant. Car Petrucciani se déplaçait difficilement avec des béquilles et confiait ce soin à ses proches, y compris ses femmes.

Atteint d’une maladie très rare des os qui l’empêchait de grandir, Petrucciani eut très vite conscience que ses jours étaient comptés. Il n’eut alors de cesse d’accomplir ses rêves, de vivre furieusement, sans compter, et de se consacrer à la musique ! Il ne se souciait pas vraiment de l’avenir, mais il n’aimait pas perdre son temps ni rester immobile. Seule la musique pouvait le faire tenir tranquille, au piano.

Né dans une famille de musiciens, dès la petite enfance, il est encouragé, poussé par un père plutôt sévère qui tenait un magasin de musique, à Montélimar. « Petru » écoute inlassablement les disques pour apprendre les mélodies et efface systématiquement toutes les cassettes de cours par correspondance pour enregistrer de la musique. Immensément doué pour tout ce qui l’intéressait, il apprit parfaitement l’anglais en six mois, slang compris.

Il décide de partir très vite à l’ouest pour vivre le rêve américain, et c’est à Big Sur en Californie qu’il rencontre sa première femme Linda, descendante d’un chef Peau rouge (selon ses dires) et surtout le saxophoniste Charles Lloyd avec lequel il jouera longtemps. Il mène grande vie : limousines, avions, hôtels cinq étoiles, circuit des grandes salles et festivals, heureux de cette flamboyance qui durera une dizaine d’années, entre Californie et Côte Est. Car il choisit de s’installer à New York, ville mythique aux innombrables clubs de jazz comme le Village Vanguard : il y fait des rencontres décisives, respire le même air que ses idoles, Freddie Hubbard, Chick Corea, Herbie Hancock, Wayne Shorter…   A 22 ans, en 1983, il entre dans la légende, car il est le premier Français à signer sur le prestigieux label Blue Note.  Quelle est sa place exacte dans l’histoire du jazz ? Le film ne le dit pas. Mais Francis Dreyfus lui donna ce précieux conseil : « Trouve ta propre histoire et tiens là…ne fais pas du Bill Evans. Car si Petrucciani possédait toute la tradition du jazz, il était sous l’emprise de Bill Evans.

Assez tardivement, le film révèle quelques traits forts de sa musique : une main droite étonnamment forte, la capacité de créer des lignes mélodiques fascinantes et de les tenir, une technique forcément inimitable de par la nature même de son handicap. Il apparaît surtout qu’il jouait follement, exagérément, en puissance, se fracturant en permanence bras, coude, clavicule, doigt, mais il continuait, semblant ignorer la douleur…  

La dernière partie de sa vie coïncide avec son retour en Europe, il est alors une  super star, mais il a vieilli de façon accélérée, usé par trop d’excès, et les attaques de sa maladie sont impitoyablement rapprochées. Epuisé par le rythme effréné de concerts -plus de 220 par an- il laisse venir la mort, qu’il appelle de par sa vitalité même.

Il dévorait la vie et tout ce qui s’offrait à lui, sans chercher à savoir si c’était bien ou mal. Amant généreux, il attirait les femmes et il collectionna les aventures, mais se maria plusieurs fois ; iI adorait le changement, capable de quitter  immédiatement la compagne du moment. Il  y en eut une cependant avec qui il voulut faire un enfant qui malheureusement est atteint de l’ostéogénèse imparfaite. Alexandre intervient d’ailleurs dans le film -nul besoin de le présenter- il est la copie conforme de son père. L’instinct de vie, la pulsion irrésistible qui poussait Michel Petrucciani à se déclarer heureux malgré tout, pas moins « normal » que les autres, l’ont-il incité à parier ainsi sur la vie ? C’est un douloureux héritage qu’il aura laissé à son fils, conscient qu’il n’a pas beaucoup le choix, sur la crête étroite entre bizarrerie et exception.

Au fur et à mesure que le film déroule sa progression impeccable, on ressent toute l’ambiguïté, la fascination de l’artiste envers la mort : il a vécu dans la recherche effrénée de la jouissance, s’autorisant tous les excès, précipitant ainsi sa fin. Car Michel Petrucciani, ange difforme, ne pouvait être qu’une figure tragique. Et à ce titre, il aura alimenté le mythe, la liste tragique des figures musicales hallucinées qui se brûlèrent les ailes. Il a travaillé aussi consciencieusement, passionnément son instrument qu’il a contribué méthodiquement à sa propre fin : « Toute vie est bien entendu un processus de démolition » écrivait en 1936 Francis Scott Fitzgerald, qui connaissait le sujet, dans son recueil de nouvelles « La fêlure ».

Sophie Chambon

 

( 1) Il est dommage que ne soient pas cités un seul nom des témoins filmés ou interviewés.

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 07:33

David-Murray---I-am-a-jazzmanDVD23.jpgDavid MURRAY : "Saxophone Man"
La Huit & 3D Family - 2010
2 DVD, 3 films de Jacques Goldstein: "David Murray, I am a Jazzman" / "David Murray and the Gwo Ka Masters - Live in Sainte Lucie" / David Murray Black Saint quartet - Live at Banlieues Bleues Festival"

En Europe, David Murray est connu depuis les années 90 lorsqu'il quittait les Etats Unis pour la France. A cette époque, le jazzman est au sommet de sa gloire aux Etats Unis: élu saxophoniste de la décennie 90 et nommé à de multiples reprises aux Grammy Awards. Sans jamais laissé la naphtaline lui monter au citron et en prenant de véritables risques artistiques, ce musicien fondamental a parcouru les divers chemins musicaux en s'essayant à TOUS les styles empruntés par les musiques noires: du free aux musiques expérimentales, du duo aux big bands (jazz ou cubain),  opéra, spiritual, gospel, be-bop, mainstream, blues, de la musique sénégalaise aux musiques créoles…
Quelles sont ses motivations? Pourquoi avoir quitté les "sunlights" du jazz américain, en pleine reconnaissance, pour venir s'aventurer en Europe? David Murray explique tout, avec des mots simples, dans le substantiel documentaire "I am a Jazzman" de Jacques Goldstein.
Tout commence à NYC où l'ont voit David Murray, accompagné de son pianiste Lafayette Gilchrist, qui arpente les rues de cette ville fantastique à la rencontre de ses souvenirs (1). Puis, retour aux origines: la rue de son enfance où son père l'a élevé dans un quartier volontairement mixte en couleurs: "Je n'ai pas été élevé pour être raciste. j'ai été élevé pour être un bon être humain". Personnage charismatique qui se dévoile peu, David Murray est franc et direct: il se décrit comme un artiste engagé, digne et respectueux représentant de son époque. Sans renier ses racines, celui qui cherche à occulter son "américanité" pour gagner en "africanité" nous fait part de la mission qu'il s'est donnée, des obligations que lui confère la "Great Black Music", avec un B très majuscule puisqu'il l'embrasse dans toute sa globalité universelle.
Avec une scénarisation minimaliste qui parfois le dessert, ce documentaire, fait d'instantanés, est en réalité très complet. Si on aperçoit de rares documents historiques (2), il revisite tous les points d'orgue de la carrière de l'artiste, les personnalités qui ont été influentes (3), bref les fondements de la musique de Murray. On discerne la sincérité profonde du parcours musical d'un Murray, tourné vers l'avenir, qui veut être le chantre du passé de la culture noire dans toutes ses largeurs, à la manière de Sun Ra ou Ellington.
Sur le deuxième DVD, "Live at Sainte Lucie" reprend en grande partie les images carribéennes du premier documentaire où l'on y voit un David Murray courageux comme au premier jour car contraint de faire son trou pour se faire entendre sur une scène locale de chants et musiques traditionnels. L'originalité du concert sur l'ile de Sainte Lucie avec les Gwo Ka Masters est d'abord cinématographique car le show a été filmé directement sur scène, sans aucun plan sur le public ou depuis le public. Goldstein utilise à nouveau cette technique de prise d'images sur la scène, à l'intérieur même du groupe, avec le live à Banlieues Bleues. Ce deuxième concert est court alors qu'il est celui des deux qui est le plus évocateur car il permet de redécouvrir le Black Saint quartet de Murray (4), versant occulté de la musique du saxophoniste au profit des Gwo Ka Masters ces dernières années. Les deux concerts, regardés l'un à la suite de l'autre, montrent l'étendu du spectre musical de ce saxophoniste boulimique de créativité.


Jérôme Gransac

 

(1) - sa participation aux Loft Sessions, avec le regretté Julius Hemphill, lui permet à l'époque d'occuper une place que la ville ne lui donne pas.
(2) - David Murray à l'église accompagnant des chants Gospel ou avec son père guitariste.
(3) - Stanley Crouch avec qui il semble s'être rabiboché, Amiri Baraka avec qui il constate l'espace ridicule donné au jazz par les instances culturelles américaines en comparaison à celui accordé aux orchestres philharmoniques, le poète Ismaël Reed, la chanteuse Cassandra Wilson avec qui il a enregistré aux débuts de la chanteuse.
(4) - avec Lafayette Gilchrist, qu'on retrouve sur le cd enregistré par David Muray et Hal Singer chez Marge Futura, Andrew Cyrille et Ray Drummond.

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 21:55

1 DVD Gravity/Socadisc

 Woodstock-Jazz-Festival-September-19-1981

Anthony Braxton (as), Lee Konitz (as), Pat Metheny (g), Chick Corea (p), Miroslav Vitous (b), Jack Dejohnette (d) + Dewey Redman (ts), Julius Hemphill (ts), Howard Johnson (bars), Baikida Carroll (tp), Marilyn Crispell (p), Attilo Zanchi (b) , Ed Blackwell (dm), Karl Berger (perc), Nana Vasconcelos (perc), Colin Walcott (perc), Aiyb Dieng (perc). Le 19 septembre 1981.

 

Il ne faudrait pas associer systématiquement les mots « festival » et « Woodstock » aux trois jours « peace & love » d’août 1969, car il y a eu sur les mêmes lieux, d’autres projets musicaux comme ce festival de jazz de septembre 1981 organisé par le Creative Music Studio. Cette organisation culturelle dédiée aux musiques improvisées et expérimentales a été créé en 1971 par le percussionniste et musicologue allemand Karl Berger sous le parrainage d’Ornette Coleman. Le Creative Music Studio basé justement à Woodstock a eu une influence musicale importante en inventant en particulier le concept « world-jazz »  avec des personnalités comme Don Cherry ou Nana Vasconcelos. L’idée de ce festival était de fêter les dix ans du Creative Music Studio dans leur fief d Woodstock et d’y inviter des figures majeurs d’un jazz à la fois avant-gardiste (Anthony Braxton) et grand public (Chick Corea, Pat Metheny)  afin de proposer un  large éventail qui mêlent musiques improvisées (« Left Jab »), musiques du monde (« We Are »), un hommage à Ornette Coleman (« Broadway Blues ») et  des relectures inspirées de standards (« Stella By Starlight », « All Blues » ou « Impressions »). C’est un quartette inédit et follement énergique (composé de Dewey Redman, Pat Metheny, Miroslav Vitous et Jack DeJohnette) qui reprend avec bonheur le fameux « Broadway Blues » d’Ornette Coleman dans une version de près de dix minutes à couper le souffle ! La séquence « world » est elle aussi passionnante avec le « patron » Karl Berger au balafon entouré de deux tambours, d’Ed Blackwell à la batterie et de Colin Walcott aux tablas pour une belle orgie percussive suivie par un magnifique solo de bérimbau de Nana Vasconcelos. Mais c’est la présence d’Anthony Braxton (si rare en DVD !) qui rend inoubliable ce superbe document. Il ne joue que sur deux titres, mais nous époustoufle par sa passion frénétique et son audace formelle. En effet, sur « Impressions » il part dans une improvisation, créant une tension furieuse et paroxystique, propulsant la section rythmique dans un vertigineux malstrom. La réalisation vidéo du concert manque un peu d’imagination, mais restitue assez bien l’ambiance de ce festival, en privilégiant la proximité et la complicité des musiciens. En bouquet final, un surprenant « All Blues » où les six têtes d’affiche jouent ensemble et où l’on perçoit l’admiration réciproque d’Anthony Braxton et de Lee Konitz,  enchaînant brillamment leur chorus.

 Lionel Eskenazi

 

 

 

 

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 17:00

 

LOUIS SCLAVIS

L’histoire d’une création

Un film de Fabrice RADENAC / Arto Films

Label JMS : Ref JMS 101-5 / Sphinx Distribution

Durée totale 1h 59

Format 16:9

 Sortie le 26 avril 2011

 

 scalvis.jpg

 

Ce film, en suivant l’itinéraire de Louis Sclavis et des autres musiciens du quintet de LOST ON THE WAY (ECM), raconte l’histoire d’une création musicale.

« Itinéraire » est le terme exact puisque l’on suit le clarinettiste dans ses réflexions, sa progression au sens propre et figuré puisque Fabrice Radenacle filme dans toutes les situations, marchant dans les rues, à la poursuite d’une idée, au travail chez lui,  en répétitions, essayant ses anches ou fixant son bec.
Louis Sclavis avoue qu’il prend et perd du temps à définir un sujet, se cherchant des raisons pour faire les choses. Il évoque ce déclic absolument nécessaire, ce besoin d’un « moteur » pour le faire avancer, évoluer avant même que ne surgisse l’autre composante essentielle, l’émotion. Il sait aussi attendre, laisser s’installer le vide, ce rien indispensable pour être justement disponible, en état.

On est ainsi plongé au cœur de la création, de l’émergence de l’idée du projet à sa concrétisation, après de nombreuses péripéties, dignes du voyage d’Ulysse, thème initiateur de Lost on the Way. Une fois encore, avec ce nouvel ensemble, il adapte un folklore mythique autant qu’imaginaire. Au fond peu importe l’argument, une fois trouvé, tant il en fait une autre matière, cérébrale autant que physique, menant ses hommes selon un scénario précis.

 

On a toujours admiré chez Louis Sclavis cette aptitude à élaborer des projets sensationnels, aux titres formidables : ainsi, comme pour confirmer cette opinion, il revient sur son Napoli ‘s Walls, inspiré par le travail de l’artiste-peintre Ernest Pignon Ernest sur « la peau des murs » de Naples. Sclavis tenait là un sujet en or, avec un livret d’opéra à la Verdi , le drame, le mouvement et le décor baroque de la ville. Musicalement, il pouvait jouer du « rebond » dans la musique de Verdi qui inspire la mélodie ainsi que de la richesse du folklore napolitain.

Ce retour en arrière n’est pas vain pour éclairer la démarche de l’artiste, qui a une vision d’ensemble et aime croiser divers univers (cinéma, photographie...). L’oeil donne à entendre sa propre musique.  A propos d’images et de cadrages, Louis Sclavis est passionné de photos qu’il saisit avec son portable, il dit « choper des instants décisifs », et montre de saisissantes photos noir et blanc d’enfants dans la cour de récréation de l’école d’Hombleux (80) qui porte son nom . Le parallèle qu’il dresse entre la cour de jeux et le concert est pertinent puisqu’il retrouve dans les amusements des enfants,  à la fois improvisés et très organisés,  la mécanique des thèmes musicaux, disposés différemment à chaque fois. 

 

Le film  donne ensuite à voir des portraits croisés des musiciens du groupe, captés en mouvement, à vélo, en voiture, en limousine (!), à pied sur les bords de Seine … Chacun s’exprime librement sur sa pratique, le plaisir de faire partie du groupe de Louis : ces commentaires sans fard, sur leur approche musicale et leurs relations sont précieux pour comprendre comment la musique se fait, comment ça joue . Chacun a sa personnalité, des idées et un itinéraire précis et ce n’était sans doute pas une mince affaire que de les réunir sur une musique ne leur «appartenant » pas, au départ.

 

Le batteur François Merville ouvre le bal : il suit Sclavis depuis quinze ans, admiratif de celui qui joue sa vie à chaque instant, totalement impliqué . Il lui reconnaît l’autorité du chef, et met à son service sa pratique de toutes les formes de rythme, ayant  un bagage classique, mais rompu  au free et contemporain.

Le saxophoniste Matthieu Metzger incarne une certaine « force tranquille » tout en s’adonnant avec passion à tous les bricolages imaginables de prototypes, construisant ses jouets, usant des larsens, de jingles de « son synthé du pauvre », simulant des pannes d’ordinateur. C’est un peu le technicien fou des saxophones et de l’ordinateur qui arrive à imprimer une approche plus pointilliste. 

 

 



Le bassiste Olivier Léthé  est le  fils d’un musicien de jazz (son père Christian Léthé était un batteur éminent de la scène free) : à ce titre, il a la culture jazz. Fan de Michel Legrand, il a une certaine douceur, proche de l’acouqtique, et il aime le travail à la contrebasse, l’expressivité de l’archet  même s’il doit se résoudre à des choix : il reconnaît qu’un vrai discours sur les deux instruments ( la basse électrique et la contrebasse) est impossible. Il se retrouve dans l’univers du jazz contemporain, au travers des explosions, des changements d’orientation, irrigués du groove des musiques amplifiées, au premier rang desquelles figure le rock.
Maxime Delpierre  crée les textures qui font remonter les harmoniques de la guitare, les drones de basse. Fonctionnant sur l’instant, à l’instinct, très organiquement, il vient du rock mais ne saurait s’en contenter.
Last but not least,  les compositions enregistrées en répétitions au Studio Campus, au Conservatoire de Bagnolet ou lors de concert filmé au Studio de l’Ermitage : « Bain d’or » , « Le sommeil des sirènes ». Sclavis explique que pour «L’heure des songes», c’est une photo réaliste traitée comme une peinture abstraite, qui lui a permis d’atteindre un temps mystique, de basculer dans une autre dimension. C’est encore une photo qui est à l’origine de la composition éponyme « Le vent noir » qui finit le concert.
 
LE DVD contient aussi un long bonus de 42 mn qui est articulé autour de 12 duos de Louis Sclavis avec chacun des musiciens, comme s’il voulait s’acclimater à leur univers, lors d’improvisations personnalisées. Après ces explorations d’espaces sonores originaux, survient une dernière improvisation collective cette fois, quintessence de la pratique du quintet.
On  aura été entraîné dans le sillage de cet artiste hors normes, tout au long de ce film passionnant, original dans son traitement, variant points de vue et cadrages, avec le charme de l’impromptu. Toutes les pratiques artistiques fascinent Louis Sclavis. Artiste complet,  curieux de tout, il est aujourd’hui au sommet de sa trajectoire, capable de composer des chansons comme un John Zorn, un Ben Webster ou Lester Young, tout en imposant une conception très rigoureuse de l’improvisation, autant physique qu’intellectuelle.
Ce Dvd nous procure le plaisir de la découverte d’un « work in progress », ce n’est déjà pas rien. Plus encore que du jazz et des musiques improvisées, il révèle une signature, faisant entendre la petite musique reconnaissable de Louis Sclavis!
 
Sophie Chambon
    

 

 

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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 15:33

ALEXIS TCHOLAKIAN TRIO PLAY TIME  Live at the SWAN ****

1DVD  Aphrodite records /Scène TV Paris 2009

Alexis Tcholakian,Claude Mouton et Thierry Tardieu

tcholakian

La scène TV et Aphrodite records produisent et distribuent ce DVD PLAY TIME qui devrait  attirer votre attention sur le travail du pianiste Alexis Tcholakian que nous avons découvert pour notre part.

Voilà un concert enregistré live, au club parisien THE SWAN par le pianiste d’origine italo-arménienne, en trio, formule à laquelle il revient avec bonheur avec ses complices, absolument épatants, le contrebassiste Claude Mouton qu’il connaît depuis plus de dix ans et le batteur  Therry Tardieu. Le pianiste qui assure aussi la programmation du club depuis juillet 2008 (il a programmé près de 600 concerts) avoue qu’être de l’autre côté n’est pas inintéressant, même si c’est plus anecdotique d’une certaine façon, pour un musicien qui est supposé  « vivre pour jouer ». Mais Alexis Tcholakian  a créé autrefois une école de jazz  « Paris Jazz School » aujourd’hui disparue, preuve qu’il s’est intéressé  à autre chose, qu’il a aimé passer de l’autre côté du décor, avoir une vision différente, savoir comment la machine  fonctionne . C’est aussi apprendre à dire non ( le souci de tous les programmateurs),  mais aussi avoir la chance de faire de belles rencontres, donc des découvertes . La musique du trio se déguste d’un bout à l’autre de ce Dvd et l’on apprécie l’ambiance resserrée du Club, au plus près des musiciens. Ce qui frappe, dès les toutes premières notes du premier thème « You don’t know what love is » c’est le côté chantant, groovy, la façon de reprendre et revisiter les standards avec une belle énergie, une évidence lumineuse. Alexis Tcholakian avoue avoir été frappé, séduit par des versions inoubliables de certaines compositions, par exemple de la version de Jarrett du « With a song in my heart » de Rodgers et Hart.Avoir ensuite le désir de reprendre à sa façon ce standard, de se frotter à la musique, de choisir un chemin différent  répond à une véritable exigence et s’avère une tâche particulièrement audacieuse. C’est un enjeu déterminant dans la tradition jazz : Bill Evans, inlassablement, jouait plusieurs soirs de suite le même thème pour l’ « épuiser », pour se surprendre, pour arriver à le jouer autrement. Sur « I remember Clifford » du « fort en thème » Benny Golson (glisse malicieusement Pascal Anquetil qui nous livre en bonus une très intéressante conversation avec Alexis Tcholakian) c’est la version énergisante de Tete Montoliu qui avait retenu l’attention du musicien. Alexis Tcholakian en fait à son tour une ballade vivante, chaleureuse, moins nostalgique. De surcroît, le micro placé près du piano droit révèle comment Alexis Tcholakian accompagne de la voix (la proximité rend la voix très présente)son jeu au piano. Ceci dans une tradition du piano jazz qui va d’Oscar Peterson à Bud Powell sans oublier les râles et autres grognements inévitable du sieur Jarrett.

Les six thèmes sur ce DVD sont donc des standards, à l’exception d’un seul titre de Tcholakian  « E & Y » (en hommage à ses enfants ), tous plus groovy, et  « soulful », même les ballades « You Dont’know… ». Quant à la chanson de Billie Holiday  « God bless the Child » qui termine l’enregistrement , le trio en donne une version stupéfiante qui nous fait oublier (et c’est ma foi un compliment), l’interprétation de Billie. Les musiciens jouent cette chanson autrement, avec une fougue rare sur ce thème plutôt mélancolique.

Pour le titre de l’album, Alexis Tcholakian avait pensé à  « Here and Now » qui illustre l’ idée du jazz comme  musique de l’instant mais le titre  était déjà pris par une autre formation celle de Goubert-Ferris-Bex .Un autre titre Play Time s’est imposé rapidement, très adéquat lui aussi avec une notion sensuelle, presqu’érotique qui éclaire l’interprétation décomplexée de « With a Song in my Heart » ou  « For all we know ». Quel  bonheur de jouer  aujourd’hui ces superbes mélodies en les revivifant : les interventions de Claude Mouton sont particulièrement éclairantes à cet égard, soulignant autrement la qualité de ces compositions qui ont gardé leur potentiel de séduction aujourd’hui comme à l’époque de leur création..

 Allez donc au Swan si vous le pouvez, entendre ces vrais musiciens de jazz, tout à fait enthousiasmants.

Mais Alexis Tcholakian a déjà d’autres projets : le prochain objectif de ce pianiste attachant est de revenir à la composition, d’ interpréter en trio avec l’apport d’une chanteuse qui saurait mettre des mots sur ses compositions. Avis aux amatrices ! Sophie Chambon

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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 07:54

1 DVD Jazz Icons/ Abeille

Art Farmer (bugle), Jim Hall (guitare), Steve Swallow (contrebasse), Pete La Roca (batterie).

 

artfarmerlivein64

 

 

Les vrais amateurs de DVD de jazz, qui aiment que les jazzmen soient filmés avec goût, respect et talent, vont se régaler avec ce « Art Farmer Live in 64 », car une fois de plus, la collection Jazz Icons (c’est déjà la quatrième série), offre ce qui se fait de mieux dans ce domaine (et propose même un superbe livret de 20 pages). Le fabuleux quartette d’Art Farmer (avec Jim Hall) a eu une durée de vie assez courte (deux années), et nous ne remercierons jamais assez l’émission de TV « Jazz 625 » de la BBC, d’avoir immortalisé cette éphémère formation avec des images aussi soignées. Une lumière travaillée spécialement pour le noir et blanc et des cadrages composés avec un souci esthétique permanent et jamais gratuit, car ils proposent une passionnante profondeur de champ qui permet de mettre en perspective les musiciens entre eux. C’est bien vu car la forme colle parfaitement au fond : la musique intime et feutrée du quartette, au swing élégant et raffiné est filmée avec douceur et tact, nous montrant bien le principe de l’interaction musicale, en mettant en relation les musiciens entre eux. Et quels musiciens ! Art Farmer est au sommet, on a rarement entendu un bugle qui sonne aussi juste, tout lui paraît facile, des sensuelles et émouvantes ballades (« Dan That Dream ») aux morceaux plus rapides et véloces (« Bilbao Song »), il amène même une jolie bossa nova qu’il a composée (« Petite Belle »). Quant à Jim Hall, il est toujours replié sur sa guitare et sur lui-même, complètement habité par la musique et s’en donne à cœur joie sur « I’m Getting Sentimental Over You » où Art Farmer se retire, lui laissant tout le champ mélodique. La section rythmique est l’une des meilleurs de l’époque, c’est d’ailleurs celle qui composait le phénoménal trio de Paul Bley, avec un Steve Swalloiw moustachu d’à peine 24 ans assez méconnaissable et un Pete La Roca, de deux ans son aîné, à la fois discret et omniprésent. Un DVD qui vous remplira de bonheur ainsi que vos proches et que je vous conseille de mettre au pied du sapin le soir de noël.

Lionel Eskenazi

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 07:43

Jazz Icons 2009

Jimmy Smith (org, voc), Eddie McFadden (g), Charles Crosby (dr). « Jazz Icons ».  Naxos 2009.

On ne se souvient peut-être pas assez quelle star du jazz fut Jimmy Smith à partir du milieu des années ’50, n’hésitant d’ailleurs jamais lui-même à faire la promotion de son immense talent : musicien-phare de l’écurie Blue Note, en son volet le plus funky, transfuge-vedette chez Verve au tout début de la décennie suivante avec, à la clé, des hits en même temps que de purs chefs d’œuvre de swing gravés avec Kenny Burrell, Wes Montgomery ou Oliver Nelson, courroie de liaison du jazz vers le son  Motown avant de s’installer confortablement en Californie, auteur enfin d’un come-back remarqué au cours des années ’80. Ce DVD nous le présente dans une formule et sur un répertoire plus qu’éprouvés (« The Sermon », « Got My Mojo Worker » – qui permet d’entendre, ou de se remémorer, sa voix rocailleuse, « See See Rider », etc.), lors d’un concert à la salle Pleyel en 1969. Une partie de la ferveur rageuse des années ’50 s’est estompée et les choruses du guitariste Eddie McFadden, partenaire régulier de l’organiste, sont inégaux mais c’est néanmoins une prestation de belle tenue qui se déroule et qui, même si la qualité sonore pêche sur les ballades (le grand Rudy Van Gelder avait lui-même eu beaucoup de difficultés avant de réussir à capter les nuances d’intensité du son de Jimmy Smith), permet de se concentrer sur son discours harmonique (la poignante introduction de « Days of Wine and Roses ») ou sur des filiations insuffisamment approfondies (notamment, compte tenu de ce que le premier instrument de Jimmy Smith fut le piano, le phrasé petersonien de certains traits). Abordons l’aspect technique du DVD, quitte à encourir les foudres des pros de l’équipe ! Quatre cameramen opèrent ici mais doivent affronter un réel défi, celui de filmer en deux dimensions (pas de profondeur de champ vers le public ou entre les membres du trio, alignés sur un même plan). Ils s’en tirent assez bien quand ils surplombent les mains de l’organiste, dévoilant une technique qui lui était propre (sa main gauche notamment), ou bien, à la faveur de la dynamique musicale, lorsqu’ils divisent astucieusement le plan en deux (cymbale, clavier) ou, mieux encore, en associant par des surimpressions convaincantes les doigts de l’organiste et son visage inspiré et concentré. En revanche quand ils sont contraints de filmer le guitariste sur son épaule ou de dos faute (d’espace et) de travellings suffisamment amples…on souffre avec eux. A l’impossible….

Stéphane Carini.

 

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 21:57

Jazz Icons 2009

Art Blakey (dm), Jackie Byard (p), Nathan Davis (ts), Freddie Hubbard (tp), Reggie Workman (cb)

 



La collaboration entre l’éditeur jazz Icons et les archives de la télévision Britannique (BBC) ou Française (INA) permet aux jazz-fans l’accès à une masse documentaire intéressante parmi lesquels on trouve un florilège de concerts donnés en France dans les années 60. Après un précédent DVD consacré aux Jazz Messengers en 1958,  cette nouvelle série de Jazz Icons permet de découvrir notamment ’un concert donné en 1965 à Paris à la Mutualité par cette version des Jazz Messengers (intitulée Art Blakey «  New jazzmen ») qui prenait alors la suite de quelques autres versions dont la fameuse, celle ou Freddie Hubbard soufflait en même temps que Wayne Shorter et Curtis Fuller tandis que Cedar Walton prenait le clavierici occupé par Jackie Byard. Cette captation vidéo de moins d’une heure est donc d’autant plus appréciable que cette version des « New Jazzmen » n’est jamais entrée en studio. C’est autour du répertoire classique des Jazz Messengers que cette formation (les fines bouches diront que ce n'est pas forcément la meilleure mais.... ce sont des fines bouches) s’exprimait ce soir du 3 novembre autour des compositions du plus pur hard bop signées pour l’essentiel Freddie Hubbard (notamment The Hub, Crisis) et que le quintet balançait sur scène, sans répétition avec cette énergie parfaitement contrôlée des grands pros de l’écurie Blue Note. Et comme toujours avec Art Blakey ce que l'on entend d'abord c'est l’urgence de la pulse, c'est cette éclatante et impudique vérité du jazz, celle de l’accouplement sans gêne d'un batteur de génie et d'un contrebassiste pas moins inspiré, cette fornication féconde de la batterie et de la contrebasse devant laquelle les solistes héroïques tentent par un sursaut de pudeur de faire diversion en alignant des chorus qui ne parviennent pas vraiment à cacher que derrière eux une orgie rythmique s'en donne à coeur joie. Et ces solistes sont bels et bien magnifiques. A tout seigneur tout honneur, Freddie Hubbard omniprésent dans ce concert là, se révèle particulièrement en verve. Avec cette pétulance des "sûrs d'eux", cette franche attaque des notes de ceux qui savent qu'ils savent et qui ont l'air de tout entraîner d'une simple claque dans le dos. A ses côtés Nathan Davis fait le job et le fait bien même plutôt bien, avec une pointe de distance. Quand à Jackie Byard, déjà un peu la tête ailleurs, dans la musique d'après, dans l'inspiration qui suit le hard bop, il apporte ici un réjouissant décalage.

Si  ce  document  est plutôt bien filmé et bien construit on pourra néanmoins lui reprocher une image de qualité médiocre, plutôt cotonneuse. Mais on doit à nouveau rendre hommage au merveilleux travail éditorial que, fidèle à son habitude, Jazz  Icons  nous  propose,  allant  chercher  pour  l'occasion parmi les plus belles plumes du jazz pour étoffer ce DVd de liners particulièrement bien documentées. Ici ce n'est pas moins que Michael Cuscuna, célèbre producteur du label qui s'y colle et apporte un éclairage honnête et sans concession sur cette performance du 3 novembre 1965.

Jean-Marc Gelin

 

 


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