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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 20:07

Gravity 2009

 

 

En 1967 Otis Redding est au sommet de sa forme, en pleine ascension. Le chanteur enchaîne les festivals et les concerts, aligne les tubes planétaires. Il a à peine 26 ans et déjà derrière lui des titres mythiques comme sa reprise de (I can’t get no) satisfaction, Try a little tenderness, I’ve been loving you too long. Des titres à se faire trémousser des nymphettes en robes Castelbajac.

Mais cette année 1967 est aussi une année tragique puisque cette fulgurante carrière est brutalement interrompue par un accident d’avion qui, le 10 décembre coûte la vie au chanteur.

Le label Gravity a choisi de rééditer deux extraits de concerts de cette année 67. Le premier prit en Norvège à l’occasion du festival européen organisé par le label d’Otis Redding , le Stax/Volt tour où le chanteur pour l’occasion était rejoint sur scène par quelques stars soul du moment comme Booker T & the MG’s ou encore Sam and Dave bête de scène totalement déchaînée. Le deuxième extrait est filmé à l’occasion du festival de Monterrey en Californie.

On ne va pas bouder son plaisir. Surtout pour ceux qui, comme moi n’ont bien sûr jamais pu voir le chanteur sur scène. Jamais pu approcher les raisons de sa légende. Car il y a là de la dynamite c’est sûr. Otis Redding dégageait une puissance, une énergie et une sensualité à faire perdre la tête aux donzelles ci-dessus évoquées. Pourtant pas de quoi s’emballer non plus.

Car si la cause est  sympathique elle ne peut faire oublier la qualité du produit final. Quelques extraits de concerts tournant autour des grands tubes, pas de construction au montage, des images de mauvaise qualité que l’on ne s’est pas donné la peine de restaurer ( il faudrait un jour que les éditeurs de documents musicaux historiques prennent la peine d’investir dans la restauration des images !), un support documentaire réduit à sa plus simple expression, soit au final un document un peu maigre qui ne pourra que réjouir les collectionneurs compulsifs en quête d’images qu’ils connaissent certainement et quelques donzelles à qui cela rappellera certainement des amours de vacances au temps merveilleux de l’apogée de leur félicité.

Jean-marc Gelin


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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 20:00

« Jazz Icons ». Naxos 2009.

 

Anita O’Day (voc) + en 1963 : Goran Engdahl (p), Roman Dylag (cb), John Poole (dr) ; en 1970 : Georges Arvanitas (p), Jacky Samson (1970), Charles Saudrais (dr).


 

La France a loupé Anita O’Day (et l’accueil qui lui fut fait sur le tard au Franc Pinot, alors qu’elle n’avait plus tous ses moyens, ne change rien à l’affaire). Après le splendide DVD Live in Tokyo ‘63 diffusé par « Kayo Stereophonic », ce volume de la collection « Jazz Icons » permet de mesurer idéalement l’originalité foncière et la présence scénique incomparable d’une des plus grandes chanteuses de jazz de tous les temps. L’intérêt majeur de ce DVD est de présenter Anita O’Day à deux moments-clés de sa carrière et de sa vie. En Norvège, en 1963, elle est au zénith après avoir gravé pour Verve une impressionnante série de chefs d’œuvre. Sa prestation est alors représentative de ses passages en clubs : une rythmique locale (Anita joue au chat et à la souris avec le pianiste, qu’elle pousse à sa limite de tempo sur un « Tea for Two » endiablé), son batteur attitré (et ami), le remarquable John Poole, un répertoire fait de standards et qui change peu mais qu’elle habite et revisite chaque soir comme un acrobate se jouant des lois de l’espace et de la pesanteur, un charisme et une sensualité qui conquièrent d’emblée le public. Car sur scène, Anita fait tout (chanter, danser, mimer le rythme, arranger et distribuer les choruses, apprécier la musique au quart de tour et avec l’espièglerie qui convient), sait tout, voit tout (la manière dont « elle sert » les caméras), maîtrise tout (y compris le temps qui passe en scrutant sa montre, à l’instar d’un Stan Getz affichant sa distance et son désabusement). Son swing, (écoutez-là impériale sur « Sweet Georgia Brown »), son scat (« On Green Dolphin Street »), sa manière absolument unique de phraser, de réarticuler les songs les plus éculés, la liberté de son placement rythmique font merveille. En 1970, en Suède, devant un auditoire plus large, le contexte a profondément changé : après une over-dose qui faillit bien la terrasser en 1968, Anita repart de plus belle pour une tournée européenne, formidablement accompagnée par le trio Arvanitas (dont elle note dans son autobiographie « High Times, Hard Times », p. 290, que si ses membres « ne parlaient pas l’anglais, ils savaient à coup sûr comment communiquer avec leurs instruments »,) et qui donnera lieu à un enregistrement (Live In Berlin). Le répertoire est peu différent de celui chanté en 1963 mais les qualités de la chanteuse ne se sont nullement estompées : sens de l’interprétation (l’enchaînement sensible, intime, Beatles / J. Kern autour de « Yesterday(s) »), infinie élasticité de la voix, finesse harmonique, drive et virtuosité vocale (« Four Brothers », « Tea For Two »). Avec pudeur et intelligence, la camera continue de la filmer une fois le concert terminé, repartant seule en coulisses, ses partitions précieusement serrées contre sa poitrine. Telle était effectivement Anita O’Day, seule pour mieux être libre en musique, amoureuse de la seule musique.

Stéphane Carini




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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 06:36

Personnel détaillé dans le livret. « Jazz Icons ». Naxos 2009.


On ne parle plus beaucoup de Woody Herman, et pourtant…Clarinettiste, altiste, l’homme a d’abord et surtout marqué l’histoire du jazz par sa passion pour les big bands, imposant le sien au travers de diverses moutures (du tout premier : « The Band Who Plays The Blues » aux « Heards » successifs) pendant plus de cinquante ans. Celle que nous propose ce DVD, enregistré lors d’un concert donné en 1964 à Londres pour la fameuse émission « Jazz 625 », est en tous points remarquable, c’est l’une des plus belles phalanges, des plus virtuoses et des plus homogènes aussi, que Woody ait dirigées durant cette période particulièrement difficile pour les grandes formations (Quincy Jones dut dissoudre la sienne en 1962, le big band de Basie est à la même époque en phase déclinante, etc.). Très bien filmé, l’orchestre est disposé en « V », debout derrière le leader, et donne son impressionnante mesure sur un répertoire dédié au blues, dans ses déclinaisons alors les plus actuelles (« Sister Sadie » de Horace Solver, « Better Git In Your Soul » de Mingus) mais aussi les plus classiques (« Jazz Me Blues »), à des standards savamment revisités (le traitement rythmique de « After You’ve Gone »), sans exclure les inévitables chevaux de bataille de l’orchestre (« Caldonia », « Four Brothers »). L’exécution est limpide, l’orchestre s’impose comme une machine rutilante rompue à la précision implacable d’un travail de section qui sert admirablement les partitions tout en manifestant, selon les cas, le sens des nuances ou la force de frappe adéquats. Une bonne part de cette indéniable réussite repose sur le robuste pianiste à lunettes d’écaille, Nat Pierce, arrangeur-compositeur-road manager, qui avait déjà officié chez Herman au début des années ‘50 (« Sig Ep » marquant sa filiation avec les arrangeurs basiens alors que l’époustouflant « That’s Where It Is » souligne ce qui le relie au Count pianiste, y compris dans la composante stride de son jeu). Mais elle doit aussi beaucoup au drive implacable dispensé par la paire rythmique Chuck Andrus / Jake Hanna (ce dernier deviendra plus tard le batteur attitré de la maison Concord) et, bien sûr, à des solistes triés sur le volet qui, balayant un spectre stylistique d’une belle diversité, vont constamment à l’essentiel (les ténors Joe Lovano et Sal Nistico – au staccato et au débit si impressionnants, c’est en quelque sorte le Paul Gonsalvès de l’orchestre ; le tromboniste Phil Wilson, le raffiné trompettiste Billy Hunt, entre autres). Comme le rappelle le livret, la très grande majorité d’entre eux était issue des rangs du bostonien Herb Pomeroy, pédagogue influent, talentueux band-leader lui-même et trompettiste sensible qui éclaira de ses choruses les formations de Charlie Parker et de Serge Chaloff entre autres. On ne pouvait rêver plus beau passage de relais…

Stéphane Carini




 

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 11:16

un DVD de Claude Santiago

La Huit 2009-10-12

Abiodun Oyewole, Dahveed Nelson, Felipe Luciano, Jalal Mansur Nuridin, Umar Bin Hassan, Babatunde, Ronald Shannon Jackson, Jamaladeen Tacuma, Robert Irving III, Kenyatte Abdur-Rahman

Co-production Banlieues Bleues,

 

 

Nous vous parlons ici d’un temps que les moins de vingt ans etc…… Le temps de Black Panthers, le temps d’avant, le temps où les Noirs américains croyaient à la révolution par les armes, écrivaient des poèmes et inventaient alors un rap soluble dans le jazz et la funk. Les pères fondateurs du slam et du spoken word.

En 2008, à l’occasion de Banlieues Bleues ( la Huit décidément fonctionne en joint venture avec le fameux festival), Claude Santiago profitait de la reformation occasionnelle du groupe mythique The Last Poets pour faire se raconter et refaire l’histoire de ce groupe légendaire. Sans faux-semblants, ces papy’s révolutionnaires, malgré leur séparation et leurs querelles intestines gardent encore aujourd’hui le poing fermement levé, s’insurgent toujours et encore contre un monde à refaire, appellent aux armes avec un peu moins de véhémence mais rêvent toujours d’un lendemain qui chante. Ce n’était pourtant à l’époque qu’une histoire de gosses des rues qui sans en avoir conscience détournaient les prêches pour faire avec leurs mots, leur slang, une arme contondante. En 1960 Abiodun Oyewole ( né Charles Davis Jr) n’avait pas 19 ans et Felipe Luciano en avait tout juste 22 ans lorsque sorti la bande son de «  Right on ». « On se sentait partie prenante d’une révolution  mondiale » dit l’un.  «  à l’époque c’était du brut, du cash » dit l’autre.

Et c’est à l’occasion d’un concert donné à Banlieues Bleues et filmé le 11 avril 2008 à l’Espace Fraternité d’Aubervilliers,  ainsi que lors des séances de répétition et d’une master Class ( où l’on y voit David Murray en spectateur attentif) que Claude Santiago a laissé tourner la caméra, laissant chacun de ses membres d’exprimer et revenir sur l’histoire de ce groupe.  Mais si l’ouvrage est assez louable, plutôt bien réalisé ( sauf ces sempiternelles images filmées en taxi que la Huit ne cesse de nous resservir à tout bout de champ), privilégiant un graphisme très 70’s, il reste cependant dans une démarche très statique. Si le montage est très bien fait et apporte un réel rythme, on aurait cependant  aimé une approche un peu plus interactive avec l’interviewer. Mais surtout il est dommage que ce film n’ait pas été la base d’un vrai travail rétrospectif et documentaire sur le groupe, avec mise en perspective et images d’archives. Il est dommage aussi qu’en pleine campagne électorale et à la veille de l’élection du premier Président Noir de l’histoire des Etats-Unis ils n’aient pas été amenés à s’exprimer sur le sujet, les enfermant ainsi dans une sorte de vision autiste de l’histoire. De leur histoire.

Il n’en reste pas moins que ce travail de mémoire, cette plongée dans l’histoire des Last Poets montre que les banditos ont bien  gardé en eux cette fraîcheur juvénile intacte, cette même envie de foutre encore le feu et surtout la même énergie à faire damner la moitié des groupes de rap d’aujourd’hui. Et la rencontre renouvelée de ces pères fondateurs (à l’exception de Gylan Kain et de Suliaman E-hadi décédés) et de ces immenses musiciens que sont le batteur Ronald Shannon Jackson ou le bassiste Jamaladeen Tacuma ne trahit pas ses promesses. Au delà des textes, mis en valeur par leur sous-titrage (indispensable), la musique se revèle l’expression du climat d’une époque, d’une esthétique du black power que l’on retrouve avec délectation.

Les héros ne sont pas fatigués. Juste terriblement lucides sur l’histoire de ce monde qu’ils ont pourtant contribué à leur manière à changer un peu. Pourtant, en fin de DVD, ce constat amer et poignant de la part de ces grands pères poètes-combattants qui de guerre lasse laisse poindre leur amertume de l’après, du rap d’aujourd’hui, des gangs et des trafics des cités : «  On ne peut pas leur en vouloir puisqu’on ne leur a rien laissé ». Le cercle des poètes n’a finalement pas disparu.

Jean-Marc Gelin

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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 15:22
Live at Ronnie Scott’s – November 2007
1 DVD Eagle Vision – 2009
 

Il s’agit de la première publication d’un DVD de Jeff Beck, lors d’un concert récent (2007) dans le club Ronnie Scott’s, salle mythique du jazz londonien, au cœur du quartier branché de Soho. Ce DVD ravira tous les fans du guitar-hero par sa prestation scénique exceptionnelle (pour 63 ans, en très grande forme, il affiche toujours un look de jeune homme). Mais aussi par un répertoire qui parcourt toute sa période instrumentale de « Blow By Blow » en 1975, à « You Had It Coming » en 2001, en passant par « Guitar Shop »  (1989), avec en guise d’introduction, un hommage à son copain Jimmy Page (présent parmi les spectateurs du Ronnie Scott’s !) pour une version mémorable de Beck’s Bolero, extrait de son premier album Truth en 1968. On admirera aussi la cohésion de son quartette, très réactif et soudé, dominé par l’impressionnante polyrythmie, la diabolique précision et l’incroyable énergie du batteur Vinnie Colaiuta. Jason Rebello, pianiste chez Sting, a rapidement appris l’usage des claviers électroniques, jouant avec efficacité et discrétion et sachant rebondir à tout moment aux propositions de Beck lors de thèmes particulièrement rapides et difficiles, exécutés à l’unisson. Et enfin la découverte d’une jeune bassiste australienne de 21 ans (et qui en paraît beaucoup moins !) : Tal Wilkenfeld qui impressionne par son
aisance et sa dextérité et qui nous offre un très beau et mélodique chorus sur le Cause We’ve Ended As Lovers que Stevie Wonder avait écrit pour Syreeta Wright. Le timide Jeff Beck n’est pas habitué à jouer dans des clubs et va au fil des cinq soirées du Ronnie Scott’s, transcender son jeu par la proximité du public (acquis à sa cause), et proposer des relectures intenses de joyaux du jazz-rock comme le Eternity’s Breath de Mahavishnu Orchestra ou le Stratus de Billy Cobham. Il convie en outre quelques invités vocalistes, histoire d’éviter l’enchaînement de plusieurs morceaux instrumentaux de trop fortes ou d’égales intensités, avec en particulier la présence de deux belles et talentueuses chanteuses. Tout d’abord la convaincante Joss Stone dans une remarquable version de People Get Ready des Impressions de Curtis Mayfield, que Beck avait repris avec son vieux complice Rod Stewart en 1985. Puis l’étonnante Imogen Heap, qui nous convainc beaucoup plus par sa trépidante version de Rollin’ and Tumblin’ que par son Blanket plutôt insipide et ennuyeux. Enfin le dernier invité sera particulièrement marquant, puisqu’il s’agit d’Eric Clapton (plus à l’aise en guitariste qu’en chanteur), pour deux reprises de blues où les Statocasters de chacun vont croiser le fer en toute harmonie et en toute amitié. On en vient à regretter que Jimmy Page reste assis dans le public, alors que l’occasion de voir réunis ensemble les trois guitaristes successifs des mythiques Yardbirds semblait être possible ! Enfin n’oublions pas de signaler la qualité de la prise de son et des prises de vues. Une réalisation très efficace et dynamique, toujours au service de cette musique mouvante, énergique et sensible. Les  professionnels et les amateurs éclairés de la guitare électrique apprécieront les gros plans fréquents et judicieux des mains de Jeff Beck, qui permettent de voir au plus près son jeu intense, original et éblouissant.

Lionel Eskenazi




     
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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 08:08

Eagle Vision

Rand Breker,  Wynton Marsalis,  Lew Soloff, Jack Walrath, Joe Wilder, Snooky Young (tp), Eddie Bert, Sam Burtis, Paul Faulise,  Urbie Green, David taylor, Britt Woodman (tb), Don Butterfield (tuba), John Handy, jerome Richardson, Bobby Watson (as), Georges Adams, Phil Bodner (ts), Gery mulyan, Roger Rosenberg (bs), Dale Kleps (clb), Michael Rabinowitz (htb), Sir Roland Hanna, Jon Hicks (p), Reggie Johnson, Edwin Schuller (cb), Karl Gerger (vb), Victor Lewis (dm), Daniel Druckman (perc), Gunter Schuller (dir)



 

En 1989 fut donné un concert au Lincoln Center de New -York à l’occasion des 10 ans de la disparition de Charles Mingus. Concert prestigieux s'il en est dans les boiseries de cette salle majestueuse où, sous la baguette de Gunter Schuller, la fine fleur des « vétérans » du jazz se retrouvaient réunis pour interpréter pour la première fois dans son intégralité, l’œuvre magistrale de Mingus. Une œuvre à la dimension de son génie regroupant d'une traite 18 morceaux, près de 500 pages de partitions pour plus de 2h20 d’un concert stupéfiant retransmis dans son intégralité par une production TV anglaise (Channel Four). Certains des thèmes d’Epitaph, étaient déjà connus, déjà entendus et joués par Mingus lui-même. Mais aucun support phonographique n’avait encore donné cette œuvre dans sa globalité. Et c’est d’un moment fondamental dont il s’agit. Car (excusez les superlatifs) l'œuvre à laquelle s'est consacré Mingus pendant plusieurs décennies est assurément une des œuvres majeures de l'histoire du jazz. Un chef d’œuvre devrait-on dire, qui atteint à la dimension Ellingtonienne, foisonnante, complexe, plongeant dans toute l’histoire du jazz. Celle où l’on retrouve toute la musique de Mingus dans une lecture aussi moderne que résolument ancrée dans cette histoire du jazz qui va du gospel au blues, jouant des dissonances, remettant à l’antique les chœurs de trombones et de cuivre sur le devant, maniant les ostinatos comme pour faire émerger ces moments où les voix se mêlent dans des moments de paroxysme très forts et denses. Comme dans tous les chefs d’œuvre Ellingtoniens  Mingus laisse une place essentielle aux solistes, ici magnifiés et qui ce soir-là , tous extraordinaires atteignaient là leur part d’héroïsme gravé dans le marbre ( disons plutôt sur la pellicule). On pense notamment aux envolées spectaculaires de George Adams qui dans cet orchestre "Mingus Epitaph" de Gunter Schuller semblait trouver, trois ans avant sa disparition une dimension hors du commun. Mais il serait juste de citer aussi John Handy ou Bobby Watson et tous les autres qui, à l’assaut  de cette sorte de monumentale vallée du jazz ressemblaient un peu à cette cavalerie fordienne, valeureux vétérans héroïques d’une époque du jazz dont ils transmettaient la flamme et les valeurs fondamentales.

Si l'ensemble de la captation donne un peu une couleur sépia légèrement « ringarde », l'équipe de tournage a réalisé cependant l'exploit de restituer au mieux le son en évitant les effets d'échos et en promenant sa caméra sur des plans rapprochés toujours très efficaces et particulièrement sobres.

Ces images témoignent assurément d'une des plus belles plages de l'histoire du jazz qui atteignent sans conteste la dimension de Black Brown and Beige : un monument !

Jean-Marc Gelin

 

 

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 06:56

Eagle Vision



Rand Breker,  Wynton Marsalis,  Lew Soloff, Jack Walrath, Joe Wilder, Snooky Young (tp), Eddie Bert, Sam Burtis, Paul Faulise,  Urbie Green, David taylor, Britt Woodman (tb), Don Butterfield (tuba), John Handy, jerome Richardson, Bobby Watson (as), Georges Adams, Phil Bodner (ts), Gery mulyan, Roger Rosenberg (bs), Dale Kleps (clb), Michael Rabinowitz (htb), Sir Roland Hanna, Jon Hicks (p), Reggie Johnson, Edwin Schuller (cb), Karl Gerger (vb), Victor Lewis (dm), Daniel Druckman (perc), Gunter Schuller (dir)

 

 En 1989 fut donné un concert au Lincoln Center de new York à l’occasion des 10 ans de la disparition de Charles Mingus. Concert prestigieux s'il en est dans les boiseries de cette salle majestueuse où, sous la baguette de Gunter Schuller, la fine fleur des « vétérans » du jazz se retrouvaient réunis pour interpréter pour la première fois Epitaph, l’œuvre magistrale de Mingus. Une œuvre à la dimension de son génie regroupant d'une traite 18 morceaux, près de 500 pages de partitions pour plus de 2h20 d’un concert stupéfiant retransmis dans son intégralité par une production TV anglaise (Channel Four). Certains des thèmes d’Epitaph, étaient déjà connus, déjà entendus et joués par Mingus lui-même. Mais aucun support phonographique n’avait encore donné cette œuvre dans sa globalité. Et c’est d’un moment fondamental dont il s’agit. Car (excusez les superlatifs) l'œuvre à laquelle s'est consacré Mingus pendant plusieurs décennies est assurément une des œuvres majeures de l'histoire du jazz. Un chef d’œuvre devrait-on dire, qui atteint à la dimension Ellingtonienne, foisonnante, complexe, plongeant dans toute l’histoire du jazz. Celle où l’on retrouve toute la musique de Mingus dans une lecture aussi moderne que résolument ancrée dans cette histoire du jazz qui va du gospel au blues, jouant des dissonances, remettant à l’antique les chœurs de trombones et de cuivre sur le devant, maniant les ostinatos comme pour faire émerger ces moments où les voix se mêlent dans des moments de paroxysme très forts et denses. Comme dans tous les chefs d’œuvre Ellingtoniens  Mingus laisse une place essentielle aux solistes, ici magnifiés et qui ce soir là , tous extraordinaires atteignaient là leur part d’héroïsme gravé dans le marbre ( disons plutôt sur la pellicule). On pense notamment aux envolées spectaculaires de George Adams qui dans cet orchestre "Mingus Epitaph" de Gunter Schuller semblait trouver, trois ans avant sa disparition une dimension hors du commun. Mais il serait juste de citer aussi John Handy ou Bobby Watson et tous les autres qui, à l’assaut  de cette sorte de monumentale vallée du jazz ressemblaient un peu à cette cavalerie fordienne, valeureux vétérans héroïques d’une époque du jazz dont ils transmettaient la flamme et les valeurs fondamentales.

Si l'ensemble de la captation donne un peu une couleur sépia légèrement « ringarde », l'équipe de tournage a réalisé cependant l'exploit de restituer au mieux le son en évitant les effets d'échos et en promenant sa caméra sur des plans rapprochés toujours très efficaces et particulièrement sobres.

Ces images témoignent assurément d'une des plus belles plages de l'histoire du jazz qui atteignent sans conteste la dimension de Black Brown and Beige : un monument !

 

Jean-Marc Gelin

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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 08:15

 

La collection Jazz Icons constitue ce qui ce fait de mieux en matière d’édition DVD de concerts ou de prestations télévisées de jazzmen américains de passage en Europe. Un travail soigné de restauration de l’image et du son, un livret explicatif et complet de 24 pages, intégrant photos et anecdotes truculentes. Et enfin et surtout, des professionnels sérieux et honnêtes qui payent les droits d’éditions et publient des documents exceptionnels avec l’accord des ayant droits (chose rare dans l’industrie du DVD où la plupart des documents d’époque sortent en édition pirate et trouvent malheureusement des réseaux de distributions normaux).

Parmi les 7 nouveaux DVD qui constituent la troisième série de la collection Jazz Icons (tous excellents), notre choix s’est concentré sur trois grands saxophonistes incontournables, présents dans trois DVD indispensables.

Lionel Eskenazi

 

 

JJJJ CANNONBALL ADDERLEY: « Live in ’63 »  HHHH

 


Au début de l’année 1962, Julian « Cannonball » Adderley transforme son quintet en sextet, en intégrant le génial flûtiste, saxophoniste ténor et hautboïste Yusef Lateef. Cette formation légendaire qui comprend aussi Nat Adderley au cornet, Joe Zawinul au piano, Sam Jones à la contrebasse et Louis Hayes à la batterie, va devenir l’un des meilleurs et des plus inventifs orchestres de jazz de cette période. Ils remporteront un très grand succès en sillonnant pendant deux ans les scènes du monde entier et enregistreront (exclusivement en « live ») des disques essentiels (In New-York, In Europe, Jazz Workshop Revisited et Nippon Soul). La première partie de ce DVD nous les présente en concert en Suisse à Lugano, le 22 mars 1963. Il s’agit d’un formidable concert qui a d’ailleurs été édité en CD et qui est correctement filmé par la TV suisse, en vidéo noir et blanc, mettant en avant chaque musicien du sextet. Yusef Lateef se taille la part du lion, notamment à la flûte sur Angel Eyes (titre inédit joué en quartet et absent de l’édition CD), et au hautbois sur le bluesy Trouble in Mind. Les frères Adderley en grande forme effectuent des chorus ébouriffants à chacune de leur intervention. Joe Zawinul, méconnaissable, portant un smoking et une coupe de cheveux fortement marquée par une raie horizontale sur le côté, assure un swing pétillant et très churchy. En fermant les yeux et en se concentrant sur son jeu de piano, on pourrait croire que ce pianiste blanc autrichien est un afro-américain natif de harlem ! La complémentarité rythmique du contrebassiste Sam Jones et du batteur Louis Hayes est tellement extraordinaire que le grand Oscar Peterson les intègrera ensemble dans son trio, trois ans plus tard. On peut apprécier leur talent de soliste sur Trouble in Mind pour Sam Jones et sur Bohemia After Dark  pour Louis Hayes. La deuxième partie de ce DVD est moins intéressante, elle a été enregistrée deux jours avant dans un studio TV en Allemagne, dans un décor affreux, la réalisation est un peu brouillon et propose des cadrages assez inhabituels (on intègre des bouts de musiciens dans un décor plutôt que le contraire). Le groupe ne joue que trois titres dont Jessica’s Day et Jive Samba, déjà interprétés lors du concert de Lugano. C’est donc pour le magnifique Brother John (une composition de Lateef interprétée au hautbois et dédiée à John Coltrane) que toute notre attention se portera.

Lionel Eskenazi

 

 

 

JJJJ RAHSAAN ROLAND KIRK : « Live in ’63 & ’67 » 

 

Ce DVD est indispensable car l’écoute des albums de Roland Kirk ne suffit pas à bien comprendre et à pouvoir adhérer pleinement à l’univers musical de ce phénoménal multi-instrumentiste, qui à lui seul sonnait comme une section de saxophones (il jouait aussi diverses flûtes, sifflets, appeaux et sirènes). Roland Kirk jouait de trois saxophones simultanément : le sax ténor, le manzello (sorte de soprano recourbé) et le stritch (sorte de long alto droit). Cette « performance » ne faisait pas de lui une bête de foire, mais un véritable musicien-compositeur qui entendait sa musique à plusieurs voix, un artiste aveugle qui a développé une hyper-sensibilité et une ouïe démesurée, ainsi que des capacités respiratoires hors du commun (la maitrise de la respiration circulaire). Le DVD démarre par une émission de la TV belge (Jazz Pour Tous) en 1963, avec une très belle image parfaitement restaurée et une réalisation sobre et efficace, toujours au service de la musique. Il est accompagné d’un trio efficace où l’on distingue un jeune batteur de 25 ans au jeu vif et subtil qui n’est autre que Daniel Humair ! Sur Three for the Festival, Kirk réalise un véritable tour de force, introduisant le morceau avec ses trois saxophones, puis proposant un remarquable chorus de flûte avant de revenir à ses furieux saxos. Puis l’on se retrouve au Rolando, club de jazz Hollandais avec une réalisation plus nerveuse. Une version de Bag’s Groove qui décoiffe avec un Daniel Humair en grande forme et une très belle interprétation à la flûte de Lover Man. La troisième partie du DVD se situe quatre ans plus tard en Norvège lors du festival de Kongsberg. Kirk y est encore plus impressionnant (il a enregistré entre temps de remarquables albums comme Rip, Rig & Panic, Here Comes a Whistleman ou Now Please don’t you Cry Beautiful Edith) et se trouve entouré de pointures tel que le contrebassiste NHOP ou le pianiste au jeu bluesy Ron Burton. La mise en images n’est pas mémorable mais les versions de Blue Rol (où il joue de la clarinette !) et de Making Love After Hours sont de grands moments de musique très intense.

Lionel Eskenazi

 

 

 

JJJJ SONNY ROLLINS :  « Live in ’65 & ’68 »  

 

Au Danemark en 1965, Sonny Rollins, le crane rasé de près, joue en trio au festival de jazz de Copenhague. Il est accompagné du contrebassiste NHOP et du batteur Alan Dawson. Les caméras danoises n’ont que trois musiciens à filmer, mais elles ont vite compris que c’est sur Sonny qu’il faut se concentrer et surtout ne pas le lâcher, car il est dans un grand jour et va faire exploser la baraque. On peut même dire que ce soir là, il invente un nouvel instrument : le saxophone ténorme ! Après deux excellents morceaux qui lui servent de warm-up (There will Be Another You et le célèbre St Thomas), il passe aux choses sérieuses en entremêlant dans le même morceau les thèmes d’Oleo et de I Can’t Get Started. Il va alors partir dans une furieuse improvisation mémorable de 30 minutes sans beaucoup reprendre son souffle, avec des clins d’œil et des réminiscences à 52nd Street Theme et Alfie, puis il intègre le thème de Sonnymoon for Two et enchaîne sans temps mort sur Darn That Dream et Three Little Words. Un instant de pur bonheur et qui est en plus, remarquablement bien filmé par la TV danoise. Ces trente minutes (qui se situent entre la 24 ème et la 54 ème minute du DVD) demeurent un des plus grands moments de jazz télévisé que j’ai pu voir. Sonny est à son sommet et s’envole très loin, noue emmenant avec lui dans sa furieuse improvisation, l’émotion est à son comble et il est très difficile d’en sortir indemne. Il est d’ailleurs fort dommage qu’il n’existe pas un CD de ce mémorable concert. La deuxième partie du DVD nous le montre toujours à Copenhague, mais dans un studio de la télévision danoise, trois ans plus tard. Sa barbe a poussé et il joue cette fois-ci en quartet (avec Kenny Drew au piano et le même NHOP à la contrebasse). Il va effectuer une remarquable prestation (bien que très en-dessous par rapport concert précédent) avec notamment une belle version de On Green Dolphin Street . Les images sont belles et bien composées, l’éclairage est soigné et le montage efficace par rapport à la narration musicale. Lionel Eskenazi

 

 

 

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 07:50

Dexter Gordon Copenhague 1969

Ben Webster at Ronnie’s Scott 1964

Impro Jazz

 

Dexter Gordon (ts), Kenny Drew (p), NHøP (cb), Makaya  Ntshoko (dm)

Ben Webster (ts), Ronnie Scott (ts), Stan Tracey (p) , Rick Laird (cb), Jackie Dougan (dm)

 

  Deux concerts pour ce DVD de 48mn. Ou plutôt deux très courts extraits de concerts. Le premier filmé en 1969 avec les moyens du bord dans le fameux Café Montmartre y montre Dexter Gordon tel que lui-même dans son club fétiche de la capitale danoise. Mal filmé certes mais restituant au plus près cette ambiance de club. Démarrant dans les loges et suivant Dexter arrivant sur la scène, faisant des plans sur ce jeune public d’étudiants (on note tout de même au passage la présence dans ce public d’un oins jeune et moins étudiant, en l’occurrence Ben Webster venu en autochtone écouter son copain). Malgré sa qualité médiocre et sa brièveté, cette première partie ne se boude pas, elle sent la fumée des clubs de jazz comme ils existaient autrefois. Il ne témoigne de rien d’autre que de cela est c’est déjà pas mal.

4 ans plus tôt, autre lieu, autre ambiance plus guindée et plus froide, Ben Webster justement donnait au Ronnie Scott de Londres un gig comme tant d’autres. Mais même un gig comme tant d’autres c’est toujours avec Beam un évènement en soi. Il suffirait d’écouter trente secondes de ce DVD, l’intro de over the Rainbow par Ben Webster pour sentir toute la beauté du monde et sa fragilité aussi vous tomber dessus comme ça vlan d’un seul coup autant de grâce et de douceur que c’est pas possible c’est pas humain moi je peux pas y croire.

 

Valeur de témoignage historique certes pour ces deux titans du sax ténor mais qui sent un peu les fonds de tiroirs. Impro Jazz qui ne nous habitue pas forcément à faire le tri dans son catalogue, exhume quelques fois des documents d’une très médiocre qualité ou d’un intérêt très relatif. C’est le cas ici et l’on pourra aisément se dispenser d’encombrer un peu plus notre vidéothèque. Sans regret.

Jean-Marc Gelin

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 08:22

 Seventh 2008




 

Entre le 10 mai et le 10 juin 2005, le Triton, le club des Lilas dirigé par Jean-Pierre Vivante avait pris cette formidable initiative de demander à Magma de venir tout un mois durant faire une sorte de rétrospective en 4 volets ou plutôt 4 « epok » prétexte chacune à un DVD dont 3 ont déjà paru. Il s’agit donc ici du 4ème  et dernier volet qui retrace une période venue, comme le dit Vander, « mettre un terme aux grandes fresques des années 70 ».

Comme toujours, inlassablement, infatigablement, Christian Vander y est le gardien du temple, grand gourou perpétuateur de la légende, maître du feu chargé de maintenir ce magma éruptif en fusion dans un volcan qui jamais ne s’éteint. A tel point que le génial chanteur- batteur porte à bout de bras (qu’il a fort musclés au demeurant) cette mécanique bien huilée à vous coller des transes sur des tourneries épuisantes, éreintantes dont on sort ( après près de deux heures) totalement lessivés. A l’époque des trucs hyper formatés, Magma 35 ans après donne les mêmes leçons d’énergie que c’est pas possible que vous restiez les fesses vissés sur le tabouret en écoutant ça. Inventeur d’un langage qui jette des ponts entre le Jazz rock et Coltrane, Magma reste paradoxalement d’une brûlantissime actualité à l’heure où certains pourraient penser à tort que l’engagement  ne  serait plus cette composante nécessaire du jazz et du rock.

Il faut attendre le deuxième set pour pouvoir entendre Vander délaisser le micro  et se poser derrière la batterie, toujours avec la même incandescence généreuse abordant un thème comme Ka I-ka II – ka III  de près de 50 mn sans jamais mollir un seul instant. Magma mythique et toujours légendaire. Magma insurclassable !

Et pour cette rétrospective il faut rendre hommage au travail du Triton et au travail de co-production de Seventh record. Il faut une réelle science du cadrage, de la lumière et des plans nerveux mais jamais chaotiques pour maintenir à l‘écran cette énergie qui ne tombe jamais dans le plan saccadé ou stroboscopique. C’est super intelligemment réalisé, sans plans bidons et toujours au plus près de la musique. On a le sentiment alors de rentrer au plus près de ce temple à l’ésotérisme post Coltranien à l’heure de la grand messe sacrificielle.

Le moins que l’on puisse dire c’est que Magma c’est sûr, était ce soir là au rendez vous de sa propre légende. Inusable !Jean-Marc Gelin

 

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