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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 19:39
Jazz From America on disques Vogue : Entretien avec Daniel Richard

Coup de projecteur sur la production 1951-56

Les lecteurs des DNJ ont déjà pris connaissance de la sortie du coffret Jazz from America on Disques Vogue (chez Sony Music) qui présente en 20 CD 41 albums originaux diffusés par le mythique label français entre 1951 et 1956. « Un panorama qui impressionne par sa qualité », écrivait Jean-Marc Gélin.

Co-réalisateur du coffret avec François Lê Xuân, Daniel Richard nous en dit plus sur la genèse de cette œuvre patrimoniale qui doit figurer dans la discothèque de tout amateur de jazz digne de ce nom.

Les DNJ : Pourquoi avoir retenu cette courte période ?

Daniel Richard : Nous avons souhaité démontrer la diversité de la production de Vogue dans cette période de six ans. Les trois patrons de Vogue, label fondé en 1947, Léon Cabat, Charles Delaunay et Albert Ferreri sont des collectionneurs qui adorent tous les jazz et le démontrent en « passant à l’acte ».On retrouve aussi bien du blues, du gospel, du be-bop, du boogie-woogie, du New Orleans revival, du cool et même l’avant-garde avec ce trio de Red Norvo où figurent Charles Mingus et Tal Farlow.

-En quoi cette période est déterminante dans l’histoire du jazz enregistré ?

-On se trouve à une époque où apparaît un nouveau support, le microsillon- le premier 25 cm date de 1948- et où les 78 tours sont toujours disponibles, ils disparaîtront en 1958. Vogue va sortir en France des albums publiés aux Etats-Unis en piochant dans les labels indépendants (Aladdin, Commodore, Dial, Fantasy, Blue Note….) et en apportant sa propre touche graphique avec des pochettes dessinées signées Pierre Merlin, surtout, mais aussi Michel David, Pierre Noury ou même Charles Delaunay pour un album de Sidney Bechet. Les albums qui sortent en France chez Vogue sont aussi bien des disques d’actualité chaude tout juste sortis aux Etats-Unis –un Chet Baker dans les bacs à New York en juillet 1953 disponible en septembre à Paris chez Vogue- que des 78 tours repris sous microsillon comme des Jelly Roll Morton ou des Tatum.

-Quels furent les grands succès parmi ces disques ?

-Le premier album publié par Vogue et consacré à Sidney Bechet a été bien accueilli. Le disque de Mahalia Jackson, des sessions de 1947 à 1950 publiées originellement sous le label américain Apollo, a fait un tabac. Vogue a aussi été le premier label à publier en France le bluesman John Lee Hooker. Mais l’objectif des patrons de Vogue n’était pas du tout commercial, même si leurs disques étaient aussi distribués au Royaume-Uni et en Scandinavie.

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand

41 albums originaux en 20 CD

Noël ! Noël ! C’est encore Noël avant l’heure qu’on vous dit !

Le label Legacy a eu en effet cette merveilleuse idée d’éditer dans un coffret de 20 CD, quelques-uns des enregistrements originaux du très célèbre label Vogue. Avec Charles Delaunay aux commandes les éditions Jazz-Disques (Vogue, Jazz-Selection et Swing) avaient en effet, dans les années 50 un directeur artistique de luxe dont l’éclectisme gourmand le disputait à sa connaissance encyclopédique du jazz. Qui d’autre mieux que lui pour éditer dans la même foulée des albums de Duke Ellington, Mahalia Jackson, Wynonie Harris, Stan Getz, Red Norvo, The Spirit of Memphis quartet, Artt Tatum, Charlie Christian, Dixiland Jubilee, Charlie Parker, Originators of Modern Jazz, Erroll Garner, Kings of Boogie Woogie, Jerry Roll Morton, Dave Brubeck, Miles Davis, Red Norvo, Gerry Mulligan, Chet Baker, Syndey Bechet et enfin Lester Young.

Grâcve aux accords que delaunay avaits pu nouer avec des labels étrangers Vogue pu ainsi constituer un ilpressionant catalogue où les productions maisons côtoyaient les éditions d’Outre Atlantique. C’est ainsi que les Français purent profiter des accords passés avec Blue Norte, Dial, Aladdin ou encore Pacific Jazz

Legacy, sous la direction de Daniel Richard et François Lê Xuan a la bonne idée de rééditer ces albums avec la pochette originale dont les fameux dessins étaient notamment signés Pierre Merlin qui marquait de sa superbe signature des couvertures pleines d’à-propos et d’humour à l’image de cette couverture très drôle et un poil irrespectueuse de Jerry Roll Morton.

Ce panorama du jazz impressionne encore par la qualité de ce qui compose ce coffret.

Un cadeau essentiel à mettre au pied du sapin et à mettre absolument entre toutes les mains.

Jean-Marc Gelin

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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 07:06
YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre

Quelque part avant le grand rush de l'été dans le salon d'un hôtel parisien près de Bastille. Le 8 juillet. Yaron et moi on se connait depuis quelques années. On est pas dans le cérémonial. Straiight to the point. Je le sais très sensible à la moindre critique.Très grande sensibilité d'artiste qui a le coeur à plaire à tous. Charmeur, brillant et surtout animé d'une profonde reflexion sur lui même et sur la musique. Artiste libre et sans concession.

Deux mois avant la sortie de "Everyday" chez Blue Note, et avant sa grande scène à La Villette le 10 septembre à Paris, rencontre avec un pianiste qui n'a jamais semblé aussi inspiré qu'aujourd'hui, ni aussi moderne.

A l'image d'un Robert Galsper ?

Yaron Herman : Je suis flatté que tu me compares à des gens comme lui. Mais pour te dire, je n'ai pas vraiment une réflexion où je me dit il faut absolument que cela rajeunisse. Mais c'est ce que je ressens. Il y a des influences divers et variées que j'essaie de faire tourner autour de l'axe immuable qu'est l'improvisation. C'est l'essence de la musique que j'aime. Mais il faut faire attention, car ce n'est pas choix du répertoire qui rajeunit le genre. Ce qui le rajeunit c'est vivre dans l'instant. Cette capacité à garder la fraîcheur et à renouveler l'instant présent.

Les DNJ : Puisque nous parlons d'influences, il y en a une qui m'a semblé très marquante dans ton dernier album ( Everyday), celle de Radiohead.

YH : Oui, c'est clair ! J'aime tellement leur musique que je voulais l'intégrer un peu plus dans mon univers. Nous sommes les enfants du même creuset. De la fragmentation d'une même lumière. C'est cela que je cherche.

Les DNJ : Tu as mis des voix sur Volcano, c'est la première fois que tu intègres des chanteurs à ton travail ?

YH : Je me suis rendu compte qu'il y avait quelques mélodies qui se prêtaient bien à cela. La voix, notamment sur Volcano apporte un côté très "poppy" que j'adore.

Les DNJ : C'est un début ?

YH : En tous cas c'est un format que j'aimerai vraiment approfondir. La voix a sa place non seulement en tant que lead mais aussi, comme cela est le cas dans l'album pour contribuer au background, pour accentuer les détails, à peine perceptibles à certains moments.

Les DNJ : Lorsqu'on lit des papiers sur toi on entend toujours la référence à Keith Jarrett. Ce n'est pas quelque chose qui t'agace à la longue ?

YH : Je trouve cela un peu facile. C'est vrai que depuis mes débuts, cela a toujours été quelqu'un pour qui j'ai un amour débordant. Je suis fier de cette affiliation.Après tout nous avons tous une origine, on ne vient pas de nulle part. Mais en même temps, un peu d'effort quand même ..... J'ai l'impression quand j'écoute " Everyday" qu'il y a toutes ces années de travail qui y convergent. C'est un long chemin qui continue d'ailleurs, tous les jours. Tous les jours je me demande comment je peux aller à l'essentiel. Comment être encore plus authentique. Encore plus dans l'instant présent. Et ce qui me plaît sur cet album, du fait de la façon dont il a été conçu, largement improvisé, c'est que j’entends cette spontanéité.

YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre

Les DNJ : Comment l'avez vous conçu ?

 

YH : Ziv ( Ravitz) était de passage, 2 jours à Paris. Je lui ai proposé que l'on se voie en studio. Je lui ai dit que j'avais ecrit quelques thèmes et que j'aimerai voir avec lui en studio comment cela tourne. Le but c'était, si cela devait bien fonctionner que je retravaille les morceaux et les arrangements pour enregistrer six mois plus tard. On s'est rendu compte qu'il se passait ce jour-là quelque chose de spécial. Quelque chose de très fort. Il n'y avait rien à ajouter. C'est devenu l'album.

 

Les DNJ : Alors que Bill Evans disait que pour un pianiste c'était la relation avec le batteur qui était le plus difficile, il semble que toi tu aies résolu cette équation.

 

YH  : Avec Ziv, oui, absolument. J'ai trouvé avec lui l'acceptation de ce qui peut se passer à tout moment, un amour de cette musique ouvert à tous les styles et tous les sons qu'ils viennent du proche-orient ou du jazz New-Yorkais ou les sons africains....

 

Les DNJ : Mais dans ta relation avec le batteur, c'est ce dernier qui est à l'écoute du pianiste, pas le contraire....

 

YH: Avec Ziv ce n'est pas comme cela. Cela interragit tout le temps. Il lance des idées et l'impulsion ne vient pas toujours de moi. Presque un tiers de l'album est conçu comme cela.

 

Les DNJ : Comment vous êtes vous rencontrés ?

 

YH : On s'est connus à Jazzahead il y a 7 ou 8 ans puis on s'est revus souvent et nous sommes devenus de très bons amis, un peu comme un frère. Cela fait le 2ème album que l'on fait ensemble.

 

Les DNJ : Tu prends le parti de rester exclusivement en acoustique. Tu as des réticences pour le fender ?

 

YH :  Pour le moment je n'ai pas le sentiment d'avoir fait le tour de ce que je peux exprimer au piano et d'avoir utilisé toutes ses potentialités. Ce qui ne m'empêche pas dans l'album de faire intervenir des sons electro par exemple. Sur Everyday, j'essaie d'explorer d'autres choses au piano ou même dans With Open Hands où je ne joue que de la main droite.

Je pense que je n'ai pas encore exploré suffisamment de nuances au piano. Pour moi la modernité ne passe pas par les sons du fender mais par ce que l'on exprime. Pour moi être moderne c'est dans l'approche, dans l'intention et pas forcement dans les outils.

 

Les DNJ : On te voyait moins ces derniers temps....

 

YH : Pourtant j'étais là. Mais il est vrai que j'avais besoin d'un peu de recul. De poser mon regard sur ce que j'ai déjà accompli et ma réflexion sur le chemin que je souhaite emprunter. Une réflexion plus axée sur moi.

 

Les DNJ : Jeter ce regard rétrospectif et se demander où l'on va, c'est la grande angoisse des artistes ?

 

YH : Cela peut être angoissant si l'on considère que c'est un drame. Moi je ne le crois pas. D'où la nécessité de prendre un peu de recul pour revenir avec plus de lucidité,  de calme et de joie. Il faut sortir de cette obligation d'avoir à faire des albums, pour faire l'actualité, pour faire des concerts. Maintenant ce qui m'intéresse c'est d'aller à l'essentiel. Dans ma vie personnelle, cela veut dire être heureux tout simplement, et rendre les gens autour de moi heureux. Des choses simples mais essentielles et que l'on a tendance à oublier surtout quand on est sur un train qui file à toute allure.

 

Les DNJ: Je me souviens de ce concert que tu avais donné un jour en province en première partie de Keziah Jones. Les gens n'étaient pas là pour toi mais pour la pop star. Tu as déroulé ton concert sans concession. Les gens au début parlaient, n'écoutaient pas vraiment mais tu es resté droit dans tes choix, les assumant jusqu'au bout et jusqu'à ce qu'au final le public soit totalement captivé et conquis. Cela m'avait beaucoup marqué.

 

YH : Mais le truc c'est que je ne vois pas d'autre option que de continuer ma route coûte que coûte. Bien sûr on ressent les ondes. Mais il faut faire attention parce que parfois tu as des salles où le public surréagit (positivement) mais sans avoir vraiment écouté. Et  parfois ce n'est pas parce que le public ne réagit pas qu'il n'est pas dans ta musique. J'ai fait cette expérience au Japon. Je croyais qu'ils s'en foutaient. Mais pas du tout ! Ils attendent, ils digèrent, ils sont dans l'écoute. Donc finalement mon boulot n'est pas de savoir comment cela va être reçu mais juste de donner. Je n'attends rien, sincèrement mais je suis là pour partager et donner toujours le maximum à chaque instant, avec les musiciens qui sont avec moi sur scène.

 

Les DNJ  : Tu as des souvenirs marquants de concerts qui t'ont renversé ?

YH : Pleins. Ne serait-ce qu'au tout début lorsque je jouais à la Fontaine ou au squat de la rue de Rivoli. J 'y ai passé des moments mystiques, de réelle communion.  Ces moments où l'on est tous lévitation. C'est ce pourquoi je fais de la musique. Je me souviens aussi de ce moment à l'église de St Germain, là aussi c'était magique.

 

Les DNJ  : Comment travailles tu ?

YH : D'abord je travaille beaucoup. Tu ne peux pas devenir un grand musicien sans travailler. Quand je sais que Coltrane dès la moindre pause travaillait son instrument et quand je me rend compte que je suis loin du talent de ces musiciens, cela veut dire que je dois travailler mille fois plus. Cela n'a rien a voir avec le performance mais avec mon train de vie. Je le dois pour atteindre cet état qui est au delà même du piano. Je travaille le piano d'abord pour toutes les raisons logiques qui t'amènent à progresser mais aussi pour l'explorer, pour parvenir aux nuances, aux sons, pour établir le contact avec ce que j'ai vécu.

 

Les DNJ  : Tu parles d'aller à l'essentiel. Beaucoup de musiciens pensent pour aller à l'essentiel il faut épurer au maximum. Or je ne trouve pas que ton album soit particulièrement épuré.

 

YH :  Dans épuré j'entends le mot "pur".  Mais pur ne veut pas dire minimaliste. Cela ne veut pas dire " rien". Pour moi " pur" c'est riche.

 

Les DNJ  : Je pensais à des pianistes comme Abdullah Ibrahim ou Ran Blake

 

YH : Ils vont à l'essentiel mais cela n'a rien à voir avec la quantité de note.  Si tu fais référence à la musique soit disant conceptuelle où tu joues une note tous les 1/4 d'heure, elle n'a rien de "pure". Ce silence-là est pour moi un silence vulgaire. Il y a du silence profane et du silence sacré comme celui que tu rencontres lorsque tu vas dans une église. La musique de ces deux géants  est de cet ordre-là.

 

Les DNJ : Comment cela se passe t-il en concert, lorsque tu es dans le processus d'improvisation et que le silence prend place et que l'idée suivante n'arrive pas. Comment fais-tu face à ce blanc ?

YH :  Le blanc c'est justement ce qui contient toutes les couleurs. Je l'accepte. mais après on est sur scène et il faut avancer. Nous avons des outils pour cela. Par exemple lorsque je suis confronté à cela il peut m'arriver de ne garder que la main gauche, de jouer une seule note. Cette note va alors m'en emmener une autre et ouvrir d'autres portes. Il faut considérer que c'est de la matière. Idéalement je ne dois pas avoir de choix, les choix se font pour moi. idéalement bien sûr. Je suis un organisme vivant que je vois évoluer de manière naturelle. Un peu comme un architecte.

En fait la musique ne nous appartient pas. Nous ne sommes que des facilitateurs.

 

Propos recueillis par Jean-Marc GELIN

 

YARON HERMAN sera en concert le 10 septembre à La Grande Halle de la Villette à Paris  http://www.jazzalavillette.com/evenement/16313

 

Sortie de l’album “ Everyday” le 8 septembre chez Blue Note.

YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 20:30

 

 art_whyistuckwithajunkiejazzman.jpg

 

 

Laurie Pepper a été la dernière compagne du grand saxophoniste Art Pepper.

Ils s’étaient rencontrés au centre de désintoxication de Synanon en Californie en 1969 et ne se sont plus quittés jusqu’aux derniers souffles du saxophoniste en juin 1982. Si Laurie Pepper avait largement contribué à aider Art dans l’écriture de sa célèbre autobiographie ( Straight Life), c’este elle qui aujourd’hui raconte la sienne, sans fard et sans pudeur dans un livre aussi passionnant qu’émouvant.

 

Rencontre avec Laurie Pepper......

 

 

 

 

 

JMG : Pourquoi avoir attendu si longtemps pour écrire ce livre ( Why I stuck with a junkie jazzman) ?

 

LP :  En fait c'est un livre que j'ai commencé il y a environ 12 ans. J'y ai donc travaillé dessus sur une période assez longue.

 

JMG :  Vous pensiez que c'était le bon moment pour écrire ce livre ?

 

LP : Oui mais vous savez ce que c'est. Lorsque vous n'êtes pas vous même un écrivain et que vous n'écrivez pas tout le temps, cela prend beaucoup de temps pour arriver à en faire quelque chose de présentable et surtout pour commencer ce travail que bien sûr j'avais en tête depuis la mort d'Art en 1982.

 

JMG : Est ce une sorte de renaissance après tout le travail que vous aviez fait sur « Straight Life » (*) ?

 

LP : Oui, absolument.

 

JMG : Comment vous sentez vous après avoir écrit ce livre ?

 

LP : Je ne peux pas avoir le même sentiment que celui que j'avais après avoir écrit Straight LIfe. Lorsque j'ai écrit ce livre avec Art, j'avais le sentiment d'une petite mort lorsqu'il est sorti parce que, comme je le dis dans mon livre " c'était le meilleur job que j'ai jamais eu dans ma vie". Avec " Why I stuck" c'est autre chose. Je n'ai pas la même impression. D'abord parce que lorsque j'ai écrit Straight Life avec Art, je pensais que ce serait la seule et unique fois que j'écrirais un livre comme celui-là.

 

JMG : Quand vous l'avez rencontré à Synanon, pensez vous avoir sauvé sa vie ?

 

LP : Non, je ne sais pas, je ne peux pas le dire. J'écris dans le livre que si cela n'avait pas été moi cela aurait très bien pu être quelqu'un d'autre. Parce que tout simplement il cherchait quelqu'un qui pouvait sauver sa vie. Mais en fait il a toujours cherché, tout au long de sa vie quelqu'un qui pourrait le sauver. Mais je pense que lorsqu'il m'a rencontré il a pensé que je pourrai le sauver. je ne savais pas à l'époque que c'était le job qu'il avait en tête pour moi. J'ai réalisé cela plus tard.

 

JMG : Pouvez vous nous expliquer l'influence que vous avez eu sur la musique d'Art Pepper après que vous l'ayez rencontré à Synanon pour vivre ensuite près de 20 ans avec lui ?

 

LP :  Je ne sais pas si c'était une bonne chose ou non mais, oui effectivement j'ai eu une grande influence sur la musique d' Art. D'abord parce qu'il y avait certains types de musiques que j'aime et que je lui ai fait partager. Je l'ai influencé aussi au travers de mes encouragements. Je voulais qu'il joue plus de blues et de ballades que j'aimais. Vous savez il était très influencé par Coltrane. Mais de mon côté je trouvais que cette art-1.jpgmusique était dure à suivre. Art etait dans un état d'esprit où il voulait me plaire. Il savait que j'aimais les choses un peu funky, les jolies mélodies et il a répondu à cela.

 

DNJ :Vous pensez donc qu'après votre rencontre, sa façon de jouer a changé ?

 

LP : Je vous l'ai dit je pense que j'ai eu une influence. Maintenant je ne saurai jamais ce qui se serait passé dans l'évolution de sa musique si nous ne nous étions pas rencontrés. Peut être aurait elle été la même. Ce que je sais c'est que Art était très attentif aux goûts de ceux qu'il côtoyait. Particulièrement les femmes à qui il voulait plaire. Et à ce moment là cette femme c'était moi. Je ne sais pas quelle a été mon influence mais je sais bien qu'il a alors commencé à jouer beaucoup plus de blues et de ballades. Dans les albums que j'ai récemment édité, il y en a un en live au Ronnie Scott en 1980. A un moment, à la fin de l'album on entend une femme dans la salle qui crie " joue du blues !". C'était moi.

 

JMG : en fait vous êtes devenue le vrai manager d'Art Pepper

 

Retrouvez ici la suite de l'interview de Laurie Pepper : " why I stuck with a junkie jazzman"

 


Propos recueillis par Jean-Marc Gelin en octobre 2014

 

 ART: Why I Stuck with a Junkie Jazzman
Laurie Pepper
358 Pages
ISBN: # 978-1494297572
Art Pepper Music Corporation
2014

 

 

 

 

 

(*) Laurie Pepper est en fait celle qui avait largement contribué aux côtés d'Art Pepper à écrire l'autobiographie du saxophoniste, "Straight Life"

 

 

 

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 08:25

 

 courvoisier.sylvie.jpg

 

La pianiste suisse était hier à Paris pour un concert qu'elle donnait à la Dynamo à Pantin. Elle y présentait son nouveau projet avec son violoniste de mari, Mark Feldman, Scott Colley à la contrebasse et Billy Mintz à la batterie.

 

 

Les DNJ : C'est une formation originale que vous présentez ici. Un quartet inédit pour vous ?

 

 

Sylvie Courvoisier : Effectivement c'est une toute nouvelle formation. Nous souhaitions avec Mark apporter une couleur beaucoup plus jazz à notre musique. Mark avait déjà en tête de faire quelque chose avec Scott. Il apporte beaucoup de profondeur à la musique et il apporte aussi son sens du blues qui nous manquait peut être. Quand à Billy Mintz, c'est un batteur au feeling incroyable mais trop peu connu ici. Il est d'un très grande inventivité. Nous avions déjà joué en quartet avec lui et Thomas Morgan.

 

 

 

DNJ : Votre précédent album en duo (avec Mark Feldman) a été très bien accueilli par les critiques. Vous jouez avec Mark Feldman depuis de nombreuses années. Qu'est ce qu'il y avait de spécial dans cet album que vous n'aviez pas exprimé avant ?

 

SC : Je crois surtout que c'est la magie du live. L'album a été enregistré en public et nous y avons apporté un soin tout particulier au mixage pour qu'il n'apparaisse justement pas comme un live. Par exemple nous avons cherché à gommer tous les applaudissements. C'est quelque chose qui me fait horreur, quand j'entend ces albums et que l'on entend les applaudissements du public entre chaque morceau. Et puis nous avons fait aussi un gros travail sur le traitement du son. Du coup il y a je crois dans cet album la magie de la scène, la spontanéité de ce que nous disons mais comme si cela avait été enregistré en studio.

 

DNJ : Quelles sont les influences que vous revendiquez aujourd'hui dans votre jeu ?

 

SC : La question des influences est délicate. J'ai bien sûr des gens, des pianistes que j'adore mais que je mets un point d'honneur à ne pas " imiter". Je revendique bien sûr des influences comme celles d'Amhad Jamal. Mais aussi et surtout Keith Jarrett qui est quelqu'un que j'adore absolument. Pourtant j'essaie vraiment de me dégager de son influence. Et c'est cela qui est vraiment difficile.

 

 

DNJ : Quel est l'accueil que votre musique reçoit aux Etats-Unis ?

 

SC: Il est très bon. Mais vous savez nous jouons très souvent à New-York dans quelques lieux comme Le Stone où nous bénéficions d'un cercle de fans absolus, de gentils fous qui  nous sont totalement dévoués. Ils vont même parfois jusqu'à créer leur propre label et à produire eux-mêmes nos propres albums. C'est incroyable parce que ce sont des gens dont ce n'est pas le métier, qui ont un  job par ailleurs....

 

DNJ : C'est la constellation de la planète Zorn ?

 

SC : Oui en grande partie

 

DNJ : cette appartenance à la planète Zorn n'est elle pas être parfois enfermante ?

 

SC : En tous cas moi et Mark nous ne le vivons pas comme cela. Nous adorons jouer avec John ou jouer sa musique tout simplement. Dans le dernier album que nous avons réalisé avec Scott et Billy c'est vrai que vous retrouvez pas mal de compositions qui portent un peu sa marque, son esthétique comme les "3 Cards for capitaine".

 

 

DNJ : Oui et jusqu'au titre de l'album ( "Birdies for Lulu")

 

SC : Ah oui c'est vrai vous pensez à l'album News from Lulu ! Mais en fait figurez vous que Lulu,.....c'est mon chat.

Mais pour en revenir à l'influence de Zorn j'ai l'impression de m'en dégager aussi lorsque je fais mon album en trio avec Kenny Wollesen et Drew Gress.

 

DNJ : Kenny Wollesen est quand même un pilier du dispositif de John Zorn !

 

SC : Oui mais pas du tout Drew. Ni même Scott Colley. C'est comme cela que nous ouvrons notre musique à une autre forme de jazz tout en gardant l'identité de la musique que nous aimons jouer. En intégrant des musiciens qui n'ont rien à voir avec cette histoire et qui apportent une personnalité différente.

 

DNJ : L'album que vous sortez aujourd'hui n'est d'ailleurs pas sur le label de Zorn ( Tzadik)

 

SC : Non il est sur un label suisse (Intakt). Il a été enregistré à New-York par James Farber qui est aujourd'hui l'un des plus grandes références.

 

Intakt records - Birdies for Lulu

birdies.jpg

 

DNJ : Un label suisse ? Justement quel accueil reçoit votre musique dans votre pays ?

 

SC : Pratiquement aucun. Vous savez je suis installée à New-York depuis 1998. Cela fait longtemps que j'ai quitté la Suisse et je ne sais plus trop ce qu'il s'y passe aujourd'hui.

 

 

Propos receuillis par Jean-marc Gelin

 



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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 10:19

 

david-krakauer.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14 juillet à Porquerolles. Du haut du Fort Ste Agathe on entend Anna Carla Maza faire ses balances avec Vincent Segal . Nous surplombons la baie de porquerolles aux couleurs  bleues turquoise.

2014 3932

 

 

David Krakauer le maître New-Yorkais du jazz New-Yorkais m’accueille dans les loges et me reçois dans un français impeccable même si l’interview mêle allègrement la langue de Voltaire et celle de Shakeaspeare.

David Krakauer est à l’image de sa musique : prolixe, généreux, amoureux des choses et des mots. Il se dégage de lui un amour de l’humanité.

Avec nous il survole son nouveau projet ( Ancestral Groove), qui vient prendre la suite de son précédent groupe, Klemzmer Madness et Abraham Inc.

Il le sait, il va encore une fois enflammer son public, aujourd’hui celui de Porquerolles qui, avec le bouillonant et génial clarinettiste viendra clôturer en dansant le festival qui ce soir là avait sur scène les véritables couleurs du feu d’artifice.

 

DNJ : C'est la première fois que tu viens à Porquerolles. C'est un lieu qui tinspire ?

 

 

David Krakauer : on ne peut pas être humain sans être touché par ce lieu magnifique. Cette vue, la mer, ce château magnifique c'est superbe. Cela fait une parenthèse extraodinaire sur le chemin de mes tournées.

 

 

DNJ : Ce soir tu vas jouer ton nouveau projet Ancestral Groove, et donc bien sûr ta musique essentiellement tournée sur la musique Klezmer. Comment abordes t-on un concert comme cela par rapport à un public qui n'a pas cette culture ?

 

DK : Mon groupe s'appelle Ancestral Groove. Avant c'était Klezmer Madness mais je trouvais que cela ne reflétait pas mon projet car je ne suis pas quelqu'un qui ne joue pas de la musique klezmer traditionnelle. Bien sûr je suis inspiré par les grands maîtres comme Naftule Brandwein par exemple mais c'était des musiciens des années 20. Je ne suis pas un nostalgique. Je suis plutôt dans l'exploration de mon patrimoine dans l'exploration des émotions très fortes de mes ancestres. J'ai trouvé que "Klezmer Madness" c'était finalement trop spécifique, trop étroit. Là dedans il y a tout mon amour pour le jazz sans quil ne sagisse simplement de coller le jazz avec le Klezmer. Avec Klezmer Madness il y a toute l'histoire que nous avons écrit avec So Called autour du Klezmer en ajoutant des samples et aussi tout ce que nous avons fait avec Fred Wessley autour du funk où nous avons créé une vraie rencontre entre le monde juif et le monde afro-américain. Tout cela, comme les rencontres avec  le répertoire de John Zorn, fait partie de ma propre histoire. Les premiers albums chez Tzadik et le Radical Jewish Culture, ce sont aussi des moments fondateurs pour moi. Lorsque j'ai sorti mes 2 premiers albums de Klezmer Madness et Klezmer New-York, je les ai fait écouter à mon ami Alex Dutilh ( Producteur de Open Jazz sur France Musique et alors rédateur en Chef de Jazzman). Il m'avait proposé de les faire jouer au Festival à Amiens en 1999. J'ai joué là-bas et tout de suite j'ai commencé ma collaboration avec Label Bleu. Ma carrière en France a commencé avec ces deux premiers disques sortis chez John Zorn. ET ensuite comme tu peux le voir beaucoup de chose ont contribué à la constitution de mon propre patrimoine musical. Mais dans le projet Ancestral Groove, il ne sagit pas que de mon patrimoine mais aussi de celui de mes ancestres.

 

 

DNJ : Revenons sur cette collaboration avec Fred Wessley. A t-elle marqué un tournant dans ta façon de voir l'évolution de ta propre musique ?

 

 

DK : Cette rencontre est importante. Elle a commencé surtout avec ma collaboration avec So Called. J'ai rencontré p Called en 2001. C'etait  un jeune homme d'une 20 aine d'années.

Il m'avait proposé d'écouter un disque qu'il avait gravé dans son sous-sol à Montréal ( "Hiphopkhasene") et je me suis dit : franchement la musique pour Pâques juive avec des boucles de hip hop, ça va pas être très très bon. Mais j'aimais beaucoup ce garçon alors j'ai écouté son disque.

(.../... lire la suite ici : DAVID KRAKAUER ET LA MODERNITÉ DES ANCESTRES)

 

 

Interview David Krakauer réalisée par Jean-Marc GELIN le 14 juillet 2014 dans le cadre de Jazz à Porquerolles

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 21:00

 

    

À l’occasion de la sortie de son dernier album  «  Birds requiem » nous avons rencontré Dhafer Youssef. Je joueur d'Oud et chanteur Tunisien est revenu pour nous sur sa vision de la musique, sur son chant et sur ses inspirations Soufie ou plutôt devrions-nous dire mystiques.

Naviguant entre la france, la Tunisie, l'Autriche, la Turquie ou la Norvège, c'est un Dhafer Youssef citoyen du monde serein et tranquille que nous avons rencontré.

 

(A retrouver aussi demain sur l'émission d'Alex Dutilh, Open Jazz sur France musique à 18 h sur France Musique)

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Que représente cet album pour toi dans ta discographie

 

DY : C’est un moment de mon évolution personnelle. Chaque album est une étape. Je le trouve que c’est l’album du commencement de ma maturité. Comme artiste et surtout comme être humain. Un artiste n’est pas divisé entre son travail d’artiste et son travail,d’être humain. Les deux se confondent. Cet album est arrivé à un moment où je me suis senti obligé de travailler avec ces musiciens-là. Mais je ne sis pas dans une démarche où je fais un album par besoin de me justifier en tant qu’artiste.

 

DY : Tu évoques une dimension cinématographique de ton travail. Pourquoi ?

Je pense ma musique comme évocatrice d’images. En tout cas c’est comme cela que je compose, en voyant des cènes qui se passent dans un théâtre ou dans un film. Mais il y a une suite dans l’album, une sorte de leitmotiv.

 

Quelles étaient les images que tu avais en tête ?

 

DY : Je sortais d’une période où ma mère était en très mauvaise santé. Du coup j’étais très mélancolique. Pas triste mais j’étais entrain de dire au revoir à ma mère sans réellement savoir si elle allait me quitter demain ou après-demain. Cela m’a donné une force incroyable. Un peu comme si je prenais l’humanité de ma mère pour me renforcer. UN peu comme boire chaque gorgée de vin, chaque goutte de bonheur que je voulais dédier à ma mère mourante. Mais en même temps je ne voulais pas vraiment lui dédier l’album parce que je sentais que je l’avais déjà fait.

 

Quand tu écris Hyme to the absent, c’est en référence à ta mère ?

 

DY : Depuis le moment où tu a s eu le master , j’ai changé le titre. Il s’appelle maintenant Sweet blasphemy ( Doux Blasphème). Mais je ne voulais pas être trop direct dans cet hommage à ma mère. Je ne veux pas évoquer directement et imposer une idée ou des images à celui qui écoute. Je veux qu’il se sente libre d’imaginer ce qu’il veut.

 

Il pourrait donc n’y avoir aucun titre à tes morceaux ?

 

DY : Exactement . mais pourquoi ce titre ? J’étais inspiré par un livre d’Elik Shafak ( écrivaine turc). Elle a écrit beaucoup de livres très intéressants et notamment « Soufi mon amour » qui s’inspire notamment de Roumi, le prédicateur persan ( 1207-1273) qui est à l’origine du soufisme. Je chante dans ce titre un texte d’Abbû Nouwâs qui parle du vin

 

 

 

 

 

D’où le caractère blasphématoire

 

DY : Je suis né en Tunisie, un pays musulman, qui prend la voie de le devenir de plus en plus. Pourtant ma foi n’est pas seulement islamique, mes rêves ne sont pas l’Islam ou la religion en elle-même. Je vis sur ce fil étroit entre le monde de ma famille, de maa nation et l’autre partie qui est mon monde intérieur.

 

 

 

Tu parles de la distinction entre religion et mysticisme ?

 

DY : Pour beaucoup je fais juste de la musique soufie avec un peu de jazz, de classique, d’orient etc… Mais au final je ne suis pas Soufi, même si cela l’intéresse énormément. Et cela même si l’idée de ce disque est dédiée à un maître soufi. Mais je ne suis pas au service de ce maître. Je me sens très libre. Ce qui m’intéresse dans le soufisme ce n’est pas la religion mais la mystique. C’est cela qui m’intéresse chez Coltrane par exemple. Je me fiche de savoir si c’est spirituel ou pas, je veux juste que les gens s’en fassent quelque chose de très personnel, très intime, mystique ou pas.

Dans ma vie de tous les jours je suis quelqu’un de très nerveux, je cours partout, je passe ma vie à bouger. Mais dans la musique c’est une deuxième nature qui s’exprime. Dès que je joue je passe dans un  état second. Dans la vie nous avons toujours besoin de nous revendiquer. On est toujours en compétition avec les autres. Mais avec la musique je n’ai jamais ressenti cela. La musique est pour moi, source de zénitude.

 

 

 

Il y a dans l’album une vraie rencontre, celle avec Hüsnü Selendirici, le clarinettiste

 

DY : C‘était pour moi une vraie révélation. C’est pour moi, la voie de Dieu. J’ai entendu parler de lui il y a quelques années, ensuite j’ai eu l’occasion de l’écouter et ce fut pour moi un vrai choc. Il a un trio qui s’appelle Taksim Trio. C’est une sorte de maître aussi pour moi. Il a un son incroyable qui fait que tout le monde pense qu’il joue de la clarinette basse. Sa clarinette et ma voix parviennent, je pense à créer un son unique. On est un peu comme des hirondelles qui s’envolent ensemble.

 

 

Ta voix est incroyable. Tu montes dans des aigus hallucinants. Est elle enregistrée en l’état ou y a t-il du mixage ?

 

DY : Non, il n’y a rien. C’est celle que tu entends en concert.

 

Comment arrive t-on à une telle liberté vocale ? Tu travailles beaucoup ta voix ?

 

DY : Oui lorsque j’étais jeune. Mais maintenant je dois avouer que je ne le fais plus. Par contre je fais attention, à bien dormir, à bien m’alimenter.

 

   

Comment as-tu appris à chanter


......  Retrouvez ici la suite de l'interview de Dhafer Youssef

 

 

 

 

 

Sortie de " Bird requiem " le 28 octobre chez Okeh

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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 10:32

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Rosario Giuliani est l’un des saxophonistes les plus brillants de sa génération. Son dernier Opus « Images » est un 100% création. Sorti chez Dreyfus Jazz en 2013, il comprend 10 compositions de sa plume qu’il interprète avec Joe Locke au vibraphone, John Patitucci à la contrebasse, Roberto Tarenzi au piano et Joe La Barbera à la batterie.

 

Nous l’avons joint cette après-midi à son domicile romain. Au cours d’un long entretien, Rosario Giuliani a parlé de sa musique mais aussi de lui, de sa vie, de ce et de ceux qu’il aime car il est, dit-il, « une personne avant tout, avec ses joies et ses douleurs » et veut être connu sous cet aspect par son public.

[propos recueillis le 7 octobre 2013 et traduits de l’anglais par l’auteure]

 

Yaël Angel : Pouvez-vous nous raconter comment vous avez rencontré les musiciens qui ont enregistré cet album avec vous ?

 

Rosario Giuliani : La musique que j’ai enregistrée est liée à des moments importants de ma vie. Je l’ai écrite comme la musique d’un film. Elle est liée à des endroits qui m’ont marqué : ma ville natale, des villes où j’ai joué. Elle se réfère aussi à des personnes qui tenu un grand rôle dans mon existence, comme ma mère, Phil Woods ou Francis Dreyfus.

Aussi, lorsque j’ai eu fini d’écrire la musique et que j’ai commencé à chercher des musiciens avec qui l’enregistrer, je me suis dit qu’il fallait que ces musiciens me connaissent, non seulement musicalement, mais aussi personnellement, que l’on ait partagé des moments de vie ensemble.

Joe Locke est le premier à qui j’ai pensé. C’est comme un frère. Il a immédiatement compris ma musique.

Le second fut Joe La Barbera. C’est le batteur le plus extraordinaire que je connaisse et c’est de surcroît une belle personne. Quand il joue quelque chose, ce n’est pas juste pour « jouer ». Il le fait parce que ça apporte quelque chose à la musique. Nous avions déjà joué ensemble lors de ma tou

rnée pour l’album « Lennie’s pennies ». Pendant cette tournée, nous avions partagé des bons moments, mais aussi des peines et cela nous a rapproché.

Roberto Tarenzi est mon ami. Nous nous connaissons tellement bien. Sa participation était évidente.

Enfin, j’ai pensé à John Patitucci. J’avais joué avec lui un an auparavant lors d’un enregistrement avec Enrico Pieranunzi. Nous avions également fait une master class ensemble. Nous nous sommes tout de suite entendus. Cela m’a donné envie de faire cet album avec lui. Bien sûr on pourrait dire que John Patitucci est le contrebassiste de Wayne Shorter, qui est pour moi le « dernier génie ». Mais cette raison n’a pas été prépondérante dans mon choix.

J’ai partagé des moments de vie avec chacun de ces musiciens. Je les apprécie non seulement pour leurs qualités artistiques mais avant tout et surtout pour ce qu’ils sont en tant qu’hommes. Je pense que c’est réciproque. Je me souviens d’un email que John Patitucci m’a envoyé après l’enregistrement de l’album, dans lequel il me dit qu’il a toujours le morceau « Angel at my side » qui tourne dans sa tête. Cela m’a touché.

 

YA : Comment situez-vous cet album au sein de votre discographie ?

RG :  Pour moi, faire un album est comme écrire une page du livre de ma vie. C’est un très gros livre (rires). Chaque album est un pas de plus vers l’avant. Quand je pense à « Luggage », mon premier album chez Dreyfus, je pense immédiatement à la vie que j’avais quand je l’ai enregistré. Il contient ma vie à cette époque. J’ai la même impression quand je pense aux autres albums : Mr Dodo, Lennies Pennies, etc….Et je veux continuer cette œuvre encore longtemps, qu’elle soit de plus en plus profonde, de plus en plus émotionnelle. Mon prochain album contiendra d’autres expériences, une autre partie de ma vie. C’est pour cela que je ne peux pas donner plus d’importance à un album qu’à un autre.

 

YA : Chaque morceau de l’album est inspiré par une photo que l’on peut voir sur la jaquette. C’est ainsi que l’on comprend qu’« Angel at my side » est dédié à votre maman, « Les deux doigts » à Francis Dreyfus et « Woods » à Phil Woods. Sur votre site internet, on peut également voir des photos de votre famille, de vos amis, de moments que vous avez passés avec eux. Est-ce que la famille et les amis prennent une grande part dans votre art ?

RG : Oui réellement. Chacun peut nous apprendre quelque chose. J’ai appris beaucoup de ma famille et de mes amis. Je suis très chanceux en ce sens. Et c’était une manifestation naturelle de ma gratitude à leur égard que de les faire figurer sur mon album et sur mon site. Ils sont une part de ma musique.

Francis (Dreyfus) était comme mon « père artistique ». Son décès fut terrible pour moi. Qui plus est, il est mort deux mois après ma maman. Ce fut une année très difficile pour moi.

 

YA : « Siberian lake » et « L’île des pins » sont les deux premiers morceaux de l’album. Ils sont pourtant si  différents des autres titres que l’on peut se demander pourquoi vous les avez choisis pour démarrer l’album. Comment a été établie la liste des morceaux ?

RG :  A chaque fois que je fais une liste de morceaux, j’essaie différentes formules. Je pense au tempo, au rythme, à la tonalité, aux émotions. L’ordre de l’album est le meilleur que j’aie trouvé. C’est très subjectif. Mais en même temps, je ne voulais pas commencer par un morceau fort comme « Vertical voices ».

 

YA : Parlons justement de Vertical Voices. C’est un morceau rapide, presque agressif, virtuose. Vous rappelez-vous comment vous l’avez composé ?

RG : J’ai pris une photo lors d’un concert au Jazz Club Coca-Cola du Lincoln Center à NYC. C’est le seul jazz club au monde où l’on voit « en vrai » les tours de New York juste derrière la scène. J’étais impressionné et j’ai pris une photo. A chaque fois que je regardais cette photo, j’entendais une phrase musicale dans ma tête, toujours la même phrase…Comme si les tours se parlaient, selon qu’une lumière s’allume depuis une fenêtre en bas, en haut, au milieu. J’ai fini par écrire ce discours vertigineux, en partant de cette phrase qui me revenait inlassablement jusqu’au morceau entier.

 

YA : Certains des titres de l’album sont en français. Vous avez vécu quelques mois à Paris.  Pouvez-vous nous en parler ?

RG : J’ai en effet beaucoup joué à Paris, surtout à mes débuts. Pour éviter trop de déplacements, je m’y étais installé quelques semaines. C’est une ville que j’adore. Si je devais me construire une vie parfaite, je passerais 4 mois à Rome, 4 mois à New York City et 4 mois à Paris.

 

YA : Vous avez récemment joué avec Kurt Elling. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

RG : Nous avions eu l’opportunité de jouer ensemble en Angleterre, en Juin dernier, avec le BBC Philarmonic Orchestra. On s’est immédiatement entendus. Pendant les trois jours de répétition, nous avons été manger et boire ensemble et on s’est beaucoup amusés. Il utilise sa voix comme un instrument et ça me plait. C’est un grand professionnel. Tout était parfait, dès la première répétition. Par la suite, il est venu jouer à Rome à la Casa del Jazz et il m’a invité sur scène ! Il y avait beaucoup d’autres musiciens dans la salle….j’étais heureux que ce soit moi qu’il ait invité.

 

YA : Quels sont vos projets ?

RG : Tout d’abord jouer avec mon quintet. Nous nous retrouverons prochainement pour 5 concerts au Festival Umbria Jazz Winter, du 28 décembre 2013 au 1er janvier 2014.

J’ai aussi un duo avec Enrico Pieranunzi. Nous faisons un hommage à Thelonious Monk. Notre prochain concert aura lieu en Allemagne ce vendredi 11 octobre.

Enfin, je viens d’enregistrer un album avec Fabrizio Bosso, Enzo Pietropaoli et Marcello Di Leonardo. L’album s’intitule « The Golden Circle » et fait hommage à Ornette Coleman. Il sort dans les bacs demain (sourire).

Yaël Angel

 

Extrait de Vertical voices


 

Prochains concerts en France :

Les 19 et 20 novembre 2013 au Sunside (Paris). Rosario Giuliani sera accompagné par Darryl Hall à la contrebasse, Roberto Tarenzi au piano et Marco Valeri à la batterie. Un concert à ne pas manquer.

 

Site de l’artiste

 

Discographie en tant que leader : 

Images-Rosario-Giuliani.jpg

Images (Dreyfus/BMG 2013)
Lennie's pennies (Dreyfus Jazz 2010)
Anything else (Dreyfus Jazz 2007)
More than ever (Dreyfus Jazz 2004)
Mr. Dodo (Dreyfus Jazz 2002)
Luggage (Dreyfus Jazz 2001)
Jazz Italiano Live 2007 (Palaexpo)
Tension (Scema Records)
Duets for Trane (Philology)
Connotazione Blue (Philology)
Flashing lights (Philology)
Live from Virginia Ranch (Philology

 

 

 

 

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 16:01

Sortie du Duc des Lombards. Nous rencontrons Alexandra Grimal qui venait de présenter son dernier album ( « Heliopolis ») enregistré avec son groupe, Dragons. Nous prenons date avec la saxophoniste que nous recevons quelques jours plus tard dans les locaux d’ Aligre FM.

Car Alexandra Grimal ne cesse de surprendre. Né il y a 33 ans au Caire, la saxophoniste a multiplié déjà tant d’expériences un peu partout dans le monde, enregistré avec tant de grands jazzmen et participé à tant de projets différents qu’on a le sentiment qu’elle a déjà une longue carrière derrière elle.

Si Alexandra Grimal semble parfois un peu fermée sur elle-même et donne finalement peu d’interviews, ce jour-là en revanche, rayonnante, elle se prête avec plaisir et grâce à nos questions, visiblement heureuse de pouvoir parler de son travail qu’elle défend comme une quête toujours inachevée.

Alexandra_Grimal.jpg 

Nous avons eu un choc aux DNJ pour ton dernier album ( « Heliopolis »). Pourtant, ce n’est pas un album qui se livre au premier abord, il y a un chemin à faire. N’est ce pas volontaire de ta part : faire une musique qui se mérite, qui nécessite l’effort de l’écoute ? 

 AG : Je crois que c’est une musique par paliers. Il y a des gens qui peuvent mettre des années pour entrer dans cette musique. Mais une fois que tu y es, tu peux t’y laisser entraîner. En tous cas, ce n’est pas un choix conscient.  Ça se trouve comme cela et il a fallu beaucoup de temps pour que cette musique se structure. Notamment parce qu’elle est très différente de celle que j’avais l’habitude de jouer avant ou encore en sideman notamment avec d’autres leaders que j’admire. Il m’a fallu du temps pour admettre que la forme de la musique que je voulais créer est celle-là et pas une autre. Du coup il m’a fallu moi-même des paliers pour arriver à la prendre telle qu’elle.

 

Sur le dernier album as tu composé en pensant à tes camarades ou bien surtout aux structures ?

 AG : A la base c’est surtout un travail que je faisais autour de Nelson Veras. On s’est rencontré en 2005 et nous ne nous sommes jamais vraiment quittés. On a fait beaucoup de choses ensemble. C’est une muse. J’ai rencontré aussi Jozef Dumoulin et Dré Pallemaerts en 2005 et là encore ce sont des rencontres très fortes. Il m’a fallu du temps pour comprendre que ces deux rencontres devaient et pouvaient s’assembler sans qu’il y ait besoin d’y adjoindre une basse. C'est devenu une nécessité

 

 

 

Avec Nelson nous avons beaucoup joué en duo depuis l’époque de l’Olympic Café. J’ai notamment écrit la musique d’un film d’Ozu de 1928 ( NDR « Où sont les rêves de jeunesse ») que nous allons rejouer au Balzac en duo à Paris le 12 novembre 2013. Avec Jozef et Dré il s’est passé aussi beaucoup de choses et c’est donc naturellement que les ramifications se sont faites. La première fois que l’on a joué cette musique c’était avec une contrebasse (Joachim Florent), Patrick Goraguer à labatterie et avec la voix de Jeanne Added. Mais en fait je suis revenue à cette formule parce que je recherchais ce que j’avais trouvé dans mon premier groupe avec Emmanuel Scarpa et Antonin Rayon où l’on improvisait en contrepoint continu. On avait beaucoup travaillé cela. J’ai retrouvé ce même concept qui et inhérent à Nelson et que Jozef a pu développer dans d’autres groupes comme Octurn : avoir  plusieurs contrepoints permanents avec tout à coup un soliste qui ressort. Une sorte de masse mouvante. C’est quelque chose que je retrouve aussi chez Steve Coleman par exemple.

 

Dans ces tramages, il est surprenant que tu n’utilises pas Jozef au fender ?

AG : Oui mais justement au début lorsque l’on a monté ce groupe, il était au fender et c’était génial. Dans Dragons il a essayé le fender mais le registre médium de l’instrument faisait disparaître la guitare en live. C’est compliqué au niveau des équilibres. Comme ma musique est faite de strates et de superposition, c’est dangereux d’avoir ces deux registres ensemble. Jozef Dumoulin est un immense pianiste, et je suis heureuse de pouvoir utiliser son touché pianistique. Dans le Naga, il sera au fender rhodes à nouveau, et Benoît Delbecq sera au piano. J'aurai ainsi toute la palette de Jozef au sein de ces deux projets. L'un étant la continuité naturelle de l'autre.

 

Tu parlais de Steve Coleman vous êtes vraiment d’une génération pour qui il est une référence absolue.

AG : C’est d’ailleurs pour cela que j’étais partie à New York, pour pouvoir étudier avec lui. Ce qui m’a amené à suivre ses master classes à la Jazz Gallery. Toutes les ramifications de Steve Coleman en Europe sont énormes. Je me sens très en résonance avec ces musiques-là comme avec celle de Marc Ducret. Cela étant lorsque je suis allé à NY c’était aussi dans un autre but : comme celui de rencontrer Motian par exemple, et tous les jeunes musiciens si actifs sur la scène des musiques créatives.

 

Tu es quelqu’un d’un peu insaisissable. Tu donnes peu d’interviews alors que tu as un parcours qui t’a conduit à traverser les frontières, à t’ouvrir au monde. Ta carrière est faite de grands coups d’accélérateurs mais et dans le même temps tu sembles donner à ta musique le temps au temps…..

AG : Mon rapport au temps… Vaste question. Il y a chez moi quelque chose d’important, c’est d’être en relation intergénérationnelle avec les musiciens de jazz quel que soit leur âge et quel que soit le lieu où ils évoluent. J’ai des projets qui mettent un certain temps à arriver à maturité Mais lorsqu’ils aboutissent tout s’enchaîne effectivement très vite. Ce qui me motive c’est moins de me livrer moi-même que de m’attacher à des collaborations sur un très long terme. Comme par exemple avec Giovani Di Domenico ( le pianiste) avec qui nous avions enregistré sur le label Sans Bruit ( « Ghibli ») et avec qui je viens d’enregistrer un nouveau duo qui sortira en 2014. Je travaille avec lui depuis 2002. C’est un peu comme avec Nelson, nous participons ensemble à pas mal de projets dans des formats différents et depuis pas mal de temps. Il y a une permanence dans notre travail, quelque chose qui traverse le temps dans ce duo et qui vient de nos affinités très profondes. Je l’ai rencontré au Conservatoire de La Haye. Mon rapport au temps est fait de hasard et de nécessité.

 

Quand tu fais ce disque avec Gary Peacock et Paul Motian, ce n’est justement pas un hasard ?

Lire la suite : Alexandra Grimal ou celle qui cherchait de l’or dans les étoiles

 

 

 

 

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 19:05

Aldo Romano : pourquoi j’ai tant attendu …

 

« Ce projet marinait depuis longtemps dans ma tête ». Aldo Romano n’a jamais oublié « The Connection ». Un évènement culturel représentatif des années 60 qui a marqué à double titre le batteur-compositeur : Aldo a joué dans la version française (1)de la pièce de Jack Gelber en 1968  (au Théâtre des Arts, rue de Rochechouart, aujourd’hui disparu) puis en 1969 au Vieux Colombier (alors dirigé par Laurent Terzieff) après avoir accompagné, au Chat qui Pêche (rue de la Huchette) en 1961 Jackie McLean, le saxophoniste alto membre du groupe ayant crée l’œuvre théâtrale donnée par le Living Theater.

Les DNJ : Pourquoi avoir attendu plus de quarante ans ?

Aldo Romano : Effectivement, j’ai observé une période de deuil vraiment longue vis-à-vis de cette musique. Par pudeur et par respect pour tous ces jazzmen qui sont morts, drogués, dans l’indifférence générale d’une société qui n’a rien compris à leur musique.

DNJ : Comment avez-vous abordé cette reprise ?

AR : J’ai essayé de revisiter la musique de Freddie Redd, celle qui a été enregistrée sur le label Blue Note, sans faire de nouveaux arrangements ni de nouvelles harmonisations. Tous les codes du be-bop sont là dont le fameux 2-5-1.

DNJ : Restait à choisir les musiciens….

AR : Pour le saxophone alto, je cherchais. Baptiste Herbin m’a contacté un jour. Je ne le connaissais pas. Il connaît toute l’histoire du jazz et bien sûr le be-bop. (admiratif). C’est un monstre ! Quant au pianiste, je souhaitais prendre quelqu’un qui se rapproche plutôt de Phineas Newborn Jr et ne soit pas dans la mouvance Jarrett ou Mehldau. On m’a parlé d’un italien lauréat du concours Martial Solal 2010, Alessandro Lanzoni, à la technique époustouflante et au style aventureux. Il est venu directement de Florence pour la séance et a littéralement découvert alors la musique de The Connection.

DNJ : Et vous avez fait appel à votre vieux complice le bassiste Michel Benita …

AR : On est de vieux amis même si sur le plan musical, il vient d’un monde différent. Michel est plutôt jazz-pop. Vous voyez, il préfère James Taylor à Cecil Taylor (rires).

 

ALDO-ROMANO-c-Jean-Baptiste-Millot.jpgALDO ROMANO (c)Jean-Baptiste Millot


DNJ : Pourquoi ne pas avoir pris de musiciens américains qui sont familiers du be-bop ?

AR : Une question de principe, de déontologie. Je travaille avec des Européens. Est-ce que les Américains font appel à nous pour participer à leurs projets ?  

DNJ : Après l’hommage à Don Cherry (Complete communion to Don Cherry-Dreyfus Jazz), ce coup de chapeau à Jackie McLean, c’est la face engagée de votre œuvre. Et vous êtes aussi un compositeur mélodiste. Votre personnalité est ambivalente ?

AR : Il est vrai que j’ai plutôt tendance à écrire des ballades. Mais les mélodies, ce n’est pas l’autre moi ! C’est le ying et le yang, ou si vous préférez le côté masculin et le côté féminin.

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand  

(1)  Evocation de la vie de quelques marginaux attendant leur fournisseur de drogue, en compagnie d’un quartet de jazz, la version française, mise en scène par Jean Colomb, comprenait dans la distribution un certain Jean Herbert qui connaîtra la célébrité sous le pseudonyme de Popeck. Le groupe musical était constitué de Siegfried Kessler ou Michel Graillier (piano), Jean-François Jenny Clark (basse), Nathan Davis(saxophone ténor), Aldo Romano (batterie) tenant aussi le rôle d’Hernie, un portoricain déjanté.

 

Aldo Romano New Blood plays « The Connection ». avec Michel Benita (basse), Alessandro Lanzoni (piano), Baptiste Herbin (saxophone alto). Dreyfus Jazz/BMG. Février 2013. En concert le 11 mai au Mans pour l’Europa Jazz Festival. La chronique du disque sur les DNJ.

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 23:05

C'etait lors de son passage à Paris, avant l'émission "Le rendez vous" que la chanteuse de Rochester nous avait accordé quelques instants pour revenir sur son dernier album, "Soul flower", critiqué assez largement parmi les journalistes de jazz qui y voyait un tournant un peu trop marketé de la chanteuse.

De quoi challenger l'artiste au groove irrestistible.

Car qu'on le veuille ou non, Robin Mc Kelle a le feu sacré et un tempérament du même calibre.

 

 

 

 

 

Votre dernier album est résolument soul. C’est un tournant dans votre carrière ?

 

 

Absolument. C’est l’album que j’ai toujours rêvé de faire. C’est un vrai changement par rapport à mes albums précédents qui avait commencé avec "Mess Around". Mais cet album a été une expérience vraiment fun pour moi. C’est l’album que je voulais faire depuis très longtemps.

 

Il y avait donc longtemps que vous aviez ce projet en tête ?

 

Oui, clairement. Mon premier album, "Introducing" était un album avec un  big band. Cela tournait autour des standards des années 40 et curieusement il a eu beaucoup de succès. Mais il est arrivé un peu comme un heureux accident. A l’époque je travaillais avec un groupe comme celui d’aujourd’hui mais d’un autre côté j’essayais aussi de percer et de gagner de l’argent en tant que chanteuse. "Introducing" était un bon moyen de mettre un pied dans cette musique populaire aux Etats-Unis en reprenant des standards. C’était un peu ma carte de visite. Cela a eu beaucoup de succès. Cela m’a rendu heureuse mais j’avais d’autres choses en tête et j’ai commencé à craindre d’être cataloguée comme jazz singer.

 

Vous avez surpris beaucoup de monde avec ce nouvel album . Beaucoup ont eu du mal à vous y reconnaître.

 

Pourtant c’est tout ce que je suis maintenant. C’est vraiment moi dans cet album. Je comprends que les gens qui aiment le jazz soient désappointés et pourtant j’aime chanter de vrais standards de jazz. Mais ce que je suis réellement, c’est ce que vous entendez aujourd’hui. Mais vous savez il y a beaucoup de gens qui m’ont influencé et qui font que j’aime aujourd’hui chanter autant du jazz que de la soul.

 

Mais quand vous dites, « maintenant c’est la vraie Robin Mc Kelle », comme vous avez pu le dire dans plusieurs journaux, cela veut il dire que vous trichiez avant ?

 

J’essaie d’être authentique. Si les gens disent cela, tant pis. Ce que je suis réellement, c’est surtout une artiste qui ne veut pas se fixer des limites ou se laisser enfermer dans un style. Ce que je revendique donc c’est cette liberté que je crois avoir retrouvé. Après le succès de "Introducing", je crois que j’ai été très limitée dans des albums comme "Mess Around". J’ai réussi à casser ce carcan. Mais c’est une continuation. Beaucoup ont dit que je faisait du Motown revival. Je comprends mais il faut aussi que vous compreniez que c’est aussi un moyen pour moi d’aller lentement dans cette direction sans tout révolutionner d’emblée. Mais ce qui importe c’est qu’en tant qu’artiste, en tant que compositrice autant que chanteuse, je me sente libre d’aller dans la direction que j’ai choisie et surtout d’avoir le son que je veux avoir.

 

 

Mais quand même vous entrez aussi dans ce piège marketing. Votre look a changé par exemple.

 

C’est ce que vous entendez auprès des journalistes de jazz. Vous m’auriez vu dans la rue avant, j’étais habillée comme ça. C’est drôle que vous me disiez cela parce que j’i mon propre label, je me produis moi-même, personne me dit ce que je dois faire. Je suis mon propre manager.

Mais dès que c’est un peu populaire on est suspicieux. Regardez Norah Jones. Dès qu’elle a commencé à devenir très populaire, elle a commencé à être critiqué pour cela même. Idem pour Melody Gardot.

 

Et vous l’avez trouvé ce « son » ?

 

Oui c’est le son que j’essayais d’attraper. Mais il faut une équipe pour cela. Il faut autour de vous des gens qui comprennent où vous voulez les emmener. Et qui comprennent le but. C’est mon travail , c’est celui des musiciens et c’est celui de l’ingénieur du son. Et c’était très difficile parce que je ne voulais pas sonner « vintage » et que je ne voulais pas non plus sonner trop moderne. Je voulais sonner « organique »

 

Je comprends que vous ne vouliez pas donner dans le côté retro, mais pourquoi avoir peur de sonner « new » ?

 

Je me suis mal exprimée. Ce que je veux dire c’est que je ne voulais pas faire quelque chose qui soit trop marketé, trop ciblé sur un public jeune. Quelque chose de trop « produit ». Et au niveau u son, je ne voulais pas une musique trop compressée. Je voulais qu’elle reste un peu plus naturelle. Je n’ai pas voulu que cela soit parfait. Je veux que l’on sente la « human touch ». Sur l’album «  Introducing » j’adore ce que l’on a fait mais cela me semble trop parfait avec le recul.

 

Vous voulez dire que vous cherchez quelque chose de plus «  sauvage »

 

Absolument. Plus sauvage et plus libre.

 

 

Vous avez dit récemment à propos des jeunes chanteuse de soul ou de R’B comme Amy Whinehouse ou Adele, « elles sont trop jeunes pour penser «  la soul »

 

Non, je n’ai jamais dit cela. Je vois bien ce que vous voulez dire, et je ne visais ni Amy ni Adele. Je pensais aux toutes jeunes chanteuses qui n’ont pas ce vécu des chanteuses de jazz . Je suis un peu agacée par ces gamines de 16 ans à peine qui sonnent comme Ella Fitzgerald. Cela n’a pas de sens. C’est bullsheet, cela n’a pas de sens. Une gamine de 16 ans ne peut pas comprendre ce que c’est d être amoureuse ou d’avoir perdu son amour. Alors comment pourraient elles elles chanter Lush Life ?

 

Vous voulez dire, qu’il faut porter un poids pour chanter ? Et vous vous portez quelque chose ?

 

Oui je porte des amours perdus, je porte des amis qui sont morts et tout ce avec quoi j’ai grandi

 

Mais n’est ce pas un stéréotype ?

 

Non, il faut pas rentrer dans ce genre de clichés. Vous n’avez pas forcément à être Etta James.

Et alors ! Ce n’est pas parce que je ne suis pas alcoolique et que je ne me drogue pas que je n’ai pas un vécu qui peut me permettre de donner du sens à ce que je chante. Chacun a sa propre histoire. Mais on attend autre chose de nous que d’être un simple produit commercial marketé. Nous sommes avant tout des chanteuses de jazz. Et moi je fais la musique que j’aime faire, la musique que j’aime écouter. Une musique groovy, pas forcément populaire. Et je ne suis pas seule, j’ai aussi un groupe formidable avec lequel j’aime faire de la musique.

 

Vous ne cherchez pas à être populaire mais vous surfez quand même sur la vague de la soul music

 

C’est vrai que chaque jour qui passe, on voit on nouveau clone de la Motown qui sort dans les charts. Amy et Adele ont ouvert la marche. Et il y a aussi Sharon Jones, Lee Fields. Ce sont des gens qui peuvent vraiment porter cette musique. Ils la ressentent. Ils ont ce feeling. Cela nous manque. Mais c’est tellement frustrant lorsque l’on est chanteur d’allumer la télé et de voir tous les faux chanteurs qui n’ont pas beaucoup de talents.

 

La grande différence, en ce qui vous concerne est que vous avez un réel background musical. Vous n’êtes pas seulement chanteuse mais aussi musicienne. Vous enseignez aussi.

 

Oui c’est vrai, j’ai beaucoup aimé l’enseignement. J’ai enseigné à Berklee le jazz vocal, les techniques de chant, la théorie musicale.

 

Il y a aussi le fait que vous écrivez vous-même votre propre musique 

 

Je ne veux pas que d’autres fassent ma propre musique. J’étais frustrée sur Introducing de ne pas pouvoir chanter ce que j’écrivais. Et j’entends, maintenant que je chante mes propres compositions, certains me dire " mais pourquoi vous ne revenez pas aux standards". C’est difficile d’avoir à changer. Cela suppose de prendre des risques, mais je n’imaginais juste pas faire tous les ans le même disque jusqu’à la fin de mes jours.

Je crois qu’une petite différence, si je peux me permettre, avec les chanteuses de soul actuelles, c’est que j’écris. Et c’est surtout la façon dont je compose la musique. J’ai une approche harmonique qui vient plus du jazz. Je pense à sam Cooke ou encore à Otis Redding.

J’aime le groove et j’aime des chanteuses comme Sharon Jones mais je trouve que c’est parfois un groove stéréotypé. On peut groover mais il faut que la musique soit aussi intéressante.

 

 

 

 

 

Quelles sont vos influences ?

 

Quand j’écris, j’essaie de ne pas me laisser influencer par des chansons que j’entends. Mais si vous me demandez ce que je mets dans mon Ipod, en ce moment ce que j’adore c’est Coldplay, j’adore ce groupe. Mais j’écoute plein de choses. Du rock aussi, comme Janis Joplin. C’est tellement puissant.

 

 

Quelle est l’audience de ce projet aux Etats-Unis ?

 

Vous savez les gens, partout dans le monde ressentent les mêmes choses. Ils veulent avoir e feeling, ce groove. Et l'accueil est plutot bon. Cela me permet d'ailleurs de faire pas mal de tournées.

 

Mais avec un projet comme celui-ci êtes vous approché par des grands labels ?

 

Définitivement non. J’aimerais bien qu’ils s’intéressent à moi. Qu’il s’agisse d’un gros label ou d’un petit label indépendant d'ailleurs. J’aimerais juste qu’ils aiment ma musique. Vous savez c’est de l’artisanat aujourd’hui. Je fais tout sur cet album. J’ai investi de l’argent.

 

Est ce qu’il y a un projet que vous rêvez d’accomplir dans votre carrière de chanteuse ?

 

Mais c’était celui-ci mon rêve. Aujourd’hui mon rêve c’est de continuer à avoir ce succès pour pouvoir continuer à faire de la musique et à créer.

 

 

 

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