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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 18:00

Illustrations de : Rémi Courgeon / texte : Stéphane Ollivier
Mention principale : raconté par Lemmy Constantine
Gallimard-Jeunesse Musique , Paris
collection Découverte des musiciens

Les Editions Gallimard Jeunesse, après avoir consacré plusieurs volumes à la découverte des grands compositeurs classiques ( Vivaldi, Bach, Beethoven, Mozart….) s’ouvre au jazz par la grande porte, celle de Louis Armstrong.
Au travers un petit ouvrage mêlant  textes et dessins racontant la vie de Stachmo il s’accompagne d’un Cd, complément indispensable, lu par la voix de Lemmy Constantine et accompagné d’extraits musicaux judicieusement choisis.  Efficace mise en scène pour raconter aux enfants la vie de Satchmo que l’on suit comme une belle histoire. Les enfants parcourent ainsi les plus grandes heures de cette figure mythique de la musique et  voyagent de la Nouvelle-Orléans aux confins du jazz moderne, suivent sur le livre les indications iconographiques contextuelles intelligentes et participent eux-mêmes à l’histoire  dans une astucieuse interactivité. 
On savait que le charisme de Louis Armstrong savait s’affranchir de tous les âges pour toucher autant les enfants que leurs parents ( ce que Disney avait très bien perçu à l’époque). Ce petit ouvrage en est une illustration particulièrement réussie.
Et la voix de Pops de bercer ces pages comme l’illustration sepia d’une histoire magnifique qui ne manquera pas aujourd’hui comme hier d’enchanter les petits…. Et les grands aussi.
Jean-Marc Gelin
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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 06:00
Ed. Allia 2009 ( rééd. 2001)
126 p, 9 euros



« C’était l’époque où un noir disait mon cul à un public blanc et le montrait. »

Pour beaucoup ce petit ouvrage de David Margolick ne sera pas une surprise puisqu’il s’agit de la réédition d’un livre publié en 2001 en France aux éditions 10/18. La réédition aujourd’hui est liée à une nouvelle traduction en français    ( les différences n’échapperont certainement pas aux fins linguistes).
L’occasion de se replonger dans ce petit ouvrage passionnant d’à peine 126 pages qui entreprend la démarche assez originale en jazz de faire la monographie d’une chanson cultissime, le Strange Fruit de Billie Holiday qu’elle enregistra pour la première fois en 1939. Cette chanson dont la chanteuse s’était à tort attribué la paternité et qui dénonce la pratique du lynchage des noirs dans le Sud des Etats-Unis est en réalité l’oeuvre d’un professeur de lettre juif, blanc et de gauche, Abel Meeropol ( alias Lewis Allen).
Cette chanson deviendra très rapidement un symbole à la fois du combat des noirs et de la prise de conscience d’une partie de la société américaine mais aussi l’étendard de Billie Holiday. Bien que reprises un nombre incalculable de fois la version que Billie Holiday incarnait et avec laquellle elle semblait faire corps et âme semble aujourd’hui encore insurpassable.
David Margolick ancien journaliste juridique au New York Times, collaborateur à Vanity fair et 4 fois nominé pour le prix Sulitzer entreprend de faire l’histoire de cette chanson à la manière d’un reporter. Et c’est absolument captivant de bout en bout. Elle permet d’entrer dans le processus de la création d’un mythe avec ses admirateurs ( les cercles progressistes de la gauche new-yorkaise), ses détracteurs pour qui la chanson était censée éveiller la haine raciale, ou ses mythes et ses vraies fausses-histoires (certains disent qu’au premier abord Billie Holiday n’avait absolument pas compris le texte de la chanson). Et c’est bien une mise en perspective et en histoire de l’un des plus grands thèmes du jazz auquel se livre avec une grande fluidité David Margolick. Par ce biais là il donne un éclairage passionnant sur la chanteuse et sur le tournant de sa carrière mais aussi sur l’évolution lente de la société américaine,sur le processus d’éveil des consciences.
A lire absolument.
Jean-Marc Gelin

Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root,
Black bodies swinging in the southern breeze,
Strange fruit hanging from the poplar trees.
Pastoral scene of the gallant south,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolias, sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh.

Here is fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop.
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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 07:46


Lewis Porter-Michael Ullman-Edward Hazell

Traduit de l’anglais par Isabelle Leymarie et Mathilde Gerbeaux

Sous la responsabilité de Vincent Cotro.

Editions Outremesure

480p, 119 figures musicales, 101 photographies

Prix public 40 euros

Avec cette histoire du jazz des origines à nos jours, dans la  belle collection Contrepoints des éditions Outre Mesure, on pouvait s’attendre à un véritable bouquin pour spécialistes, d’autant que la rédaction de cet opus conséquent est due en grande part à  l’infaillible Lewis Porter, auteur du livre-référence sur John Coltrane, une  bio pas « biopic » du tout, la bible sur le dieu de la galaxie jazz, qui a obtenu, on s’en souvient, le Prix du Livre de Jazz  2007 de l’Académie du Jazz.

C’est Vincent Cotro universitaire et chercheur qui a supervisé la traduction d’Isabelle Leymarie et Mathilde Gerbeaux ainsi que la mise à jour de ce livre des origines, qui ne s’arrête pas au free jazz. Vingt-trois chapitres clairement annoncés découpent la chronologie de cette musique, étudiant les mouvements musicaux ( les débuts, le swing, le bop, le free, Bill Evans et le piano jazz moderne…) ou la vie des musiciens de premier plan. On se régalera donc de retrouver les maîtres du jazz, Sydney Bechet, Louis Armstrong, Duke Ellington, Count Basie, Charlie Parker évidemment, Miles Davis, John Coltrane, Ornette Coleman. Les « seconds couteaux »  ont aussi droit à une juste reconnaissance, on ne peut prendre en faute les auteurs (le jazz vocal depuis les années trente, la fusion, la bossa nova et les années soixante, le cool et le troisième courant …)

 Ouvrage essentiel, irréprochable, retraçant l’évolution de la  musique du tumultueux XX ème siècle, les trois auteurs ( universitaires, musiciens, journalistes et/ou  critiques) ont écrit leur saga du jazz tout en gardant  « une juste vision de la musique à travers son impact sur les musiciens et le public ». Une mise en commun originale qui traduit  plusieurs angles d’approche, historique, critique et technique. Lewis Porter agrémente en effet d’analyses précises ses commentaires en faisant les partitions des principaux morceaux qui ont façonné l’histoire du jazz.

Ainsi le lecteur entre-t-il dans le vif et la chair de cette musique par ce récit passionnant qui  peut se lire d’un trait. Ce qui nous a séduit, c’est qu’il peut aussi se butiner au hasard des chapitres, suivant le désir, le disque ou le Cd qui tournent sur la platine, le lecteur. Pas du tout le roman des jazzs, mais un panorama complet et objectif selon une vision américaine.

A destination pédagogique, ce livre s’avère vite indispensable pour qui s’intéresse à cette musique. L’édition française est augmentée d’une mise à jour nécessaire de Michael Ullman qui introduit les problématiques contemporaines, essentiellement orientées vers les musiciens anglo-saxons. Le jazz européen souffre toujours de la conception américaine, recentrée, « historique » d’une musique  qui leur a aujourd’hui quelque peu échappé pour s’ancrer ailleurs et  y développer des formes originales. Pour compléter ce travail sérieux, ajoutons à cette analyse bibliographie, discographie, glossaire et index très copieux, indispensables et donc très précieux. L’appareil critique est sans faille, jamais pesant : libre au lecteur de s’en détacher ou au contraire d’en faire son miel. Qui s’intéresse aux éditions Outre mesure, connaît le soin apporté à la supervision et la haute conception de l’édition musicale de Claude Fabre, l’autre maître d’œuvre.

A la fois memento, guide et même parcours initiatique, Le Jazz des origines à nos jours est une somme dont on ne peut se passer, une belle invitation à la découverte d’une musique toujours actuelle. Le jazz est venu à nous, par le concert et le disque  mais aussi par la lecture de quelques livres qui ont joué le rôle d’une introduction. Souhaitons que celui-ci serve de compagnon de route à tout lecteur, même et surtout s’il n’est pas « amateur de jazz ».

 

Sophie Chambon

 

 

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 06:52

Les Cahiers du JAZZ 

Nouvelle édition n°5, 2008

Outre mesure, 131p, 11 euros

On retrouve toujours avec plaisir  Les Cahiers du Jazz, depuis la reprise de la collection par les éditions Outre Mesure dirigées avec savoir-faire par Claude Fabre, en 2001.

 

Dans cette publication intellectuelle de qualité, universitaire mais pas seulement, les différents auteurs  tentent, avec les outils de leur discipline, de cerner les enjeux de cette musique, d’en questionner les frontières, les limites, le sens.  Le jazz fait entendre des voix tellement multiples

Dans ce numéro 5 de l’année 2008, place est donnée aux anciens du comité fondateur comme Lucien Malson qui rend hommage à Frank Ténot et à ses talents de mémorialiste quand il  évoquait le Hot Club de France de sa jeunesse, l’occupation et les zazous, le jazz en France. Il revient sur une idée généralement reçue, donc acceptée, à savoir que le jazz n’était pas formellement  interdit par les autorités d’occupation, seule  était « épurée la musique nègre ou juive».  

Commence dès lors à apparaître, en filigrane le thème principal de ce numéro passionnant, le rapport du Jazz  à l’Afrique, à l’Autre. Un court article du guitariste Gabriel Krom , intitulé non sans esprit, « Noir désir », souligne la relation des plus ambigues entre les intellectuels blancs de la première moitié du XXème siècle, rêvant l’Afrique et fantasmant sur la musique de jazz, qui venait de là, assurément. Force fut de constater que cela n’était pas toujours aussi évident :  « Art Blakey affirme dans un numéro de Down Beat des années 80 que ce continent n’a rien à voir avec le jazz ».

Et  Marianne Pradem d’enfoncer le clou avec un article passionné sur  le « Triste retour au Pays natal de Mory Kanté » ou le mirage guinéen :

« Ce soir là ce fut le bouquet, un truc à faire perdre son latin à Aimé Césaire : pas les Blancs contre les Noirs, pas les méchants colonialistes contre les bons Africains solidaires, non juste ce que sous-entend la fameuse World music à l’heure de la mondialisation et de la crise globale, tout simplement les riches contre les pauvres. »

 

Trois articles au moins, écrits dans une langue claire et néanmoins précise,  posent de bonnes questions, analysent avec perspicacité le travail de certains jazzmen.

 

 « Les trois communautés de David Murray » par Patrick Williams  revient sur le parcours prolifique du saxophoniste ténor David Murray lors de ces trente dernières années dont il parvient à dégager une réelle cohérence:  au tournant des années 80,  Murray s’engage dans une activité en faisant des choix de musicien qui referment le jazz sur la communauté afro- américaine, puis il s’oriente un peu différemment en construisant une nouvelle communauté plus large tout autant personnelle.

Le philosophe Pierre Sauvanet dont on a pu apprécier les précédentes contributions, poursuit sa réflexion en revenant sur le cas singulier  de Michael Brecker dans « Requiem pour Michael Brecker » Il dresse un portrait limpide de  ce musicien exceptionnel, « premier grand à disparaître après les géants » (d’après un texte de J.P Ricard « Retour sur le petit maître »), le premier saxophoniste post-moderne de l’histoire du jazz . Le son puissant, très particulier qu’ila rriva à imposer  parvint à unifier un style jugé souvent hybride…

L’entretien  de Bernard Lubat avec l’ethnologue, mathématicien Marc Chemillier sur « le Jazz, l’Afrique et la créolisation : à propos de Herbie Hancock », traite de la créolisation chère à l’écrivain antillais Edouard Glissant, différente du métissage souvent galvaudé. Suit une analyse fouillée à partir de « Watermelon man» de Herbie Hancock dans l’album « Headhunters » qui emprunte des éléments  à la musique malgache ou à celle des  Pygmées Aka. Là encore une réflexion musicale intense sur le rythme par deux experts en la matière, et une vision politique de l’Afrique par les Européens (blancs) et les Nord-américains (même et surtout noirs).

 

Au final, voilà un numéro passionnant  dans son souci de rectifier certains préjugés, d’en finir  avec ces déclarations consensuelles  dans l’air du temps…Un petit objet pratique et  indispensable à une sage réflexion sur le jazz « vif » et ses entours.

Les « Cahiers du Jazz » s’efforcent de déplier, de mettre à plat les choses, pour avancer dans cette musique, en l’écoutant au plus près et au mieux. Pas de parti-pris trop irritant ni de polémique surtout dans ces articles réfléchis et argumentés.

On a  l’impression à  en lire certians  que soudain les choses deviennent lumineuses. Ce n’est pas un des moindres intérêts de cette publication, décidément essentielle...

 

Sophie Chambon

 

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 07:11

Steven Brower

Editions de la Martinière

2009, 32 euros

 

 

On croyait à peu près tout connaître de Louis Armstrong. Pops comme on l’appelait n’avait d’ailleurs rien d’un cachottier et les trois versions  complètes de son autobiographie ( « Ma vie à la Nouvelle-Orléans ») avaient levées bien des voiles sur les premières années de sa vie de musicien. Certes, plus tard un ouvrage entièrement consacré à la majijuana avait bien été censuré par son éditeur mais il n’empêche, l’exposition publique de Satchmo était telle qu’il y avait peu de chances que le moindre interstice ait pu échapper à la vigilance de tous les paparazzi de la planète.

Et pourtant ce que nous découvrons là, aujourd’hui, plus de trente ans après sa disparition est une facette totalement inédite de l’art de Louis Armstrong. Car nous étions bien loin d’imaginer qu’en dehors de ses performances innombrables, Louis Armstrong développait l’âme d’un autre artiste, un plasticien éprit de collage. Dans le sein du sein, dans sa maison de Corona, se cachaient ainsi des centaines et des centaines de collages réalisés par Armstrong pour ornementer les boîtes des bandes magnétiques sur lesquelles il s’enregistrait compulsivement, pour tapisser certains murs de sa maison, pour en faire des cartes de vœux ou tout simplement pour les offrir à des amis.

 

Ce travail-là n’a rien à voir avec celui des  surréalistes dans la mesure où il est au contraire ancré dans la réalité concrète de la représentation de Louis Armstrong au travers des photos du trompettiste tirées de la presse, des promos, des covers, des photos de tournage etc… Mais c’est surtout une vraie démarche d’artiste qui s’illustre ici en maître de l’improvisation et du rythme : dans sa façon de coller, de couper d’agencer, d’organiser sans ordre préétabli, de colorer, d’annoter, de choisir les adhésifs qui viennent orner. Stachmo réalise ses collages comme des chorus. Avec autant de passion ( si l’on en juge par la collection abondante qu’il réalisait frénétiquement) que d’humour, Louis Armstrong dévoile un regard démultiplié sur lui même. Mais alors que l’on avait de Pops l’image d’un homme représentant la modestie incarnée, Louis Armstrong est ici dans une sorte de culte de sa propre personnalité. Entre l’étonnement enfantin et candide de celui qui est surpris lui-même par sa propre popularité, et un sens sous-jacent de l’autodérision. Armstrong y est souvent drôle, hilare même avec ce sourire légendaire. Parfois grave ( c’est rare), souvent poétique ( comme ce collage où, discrètement la photo de King Oliver est collée à l’intérieur de la tête de Louis Armstrong) ou un tantinet coquin ( comme cette danseuse callipyge que le trompettiste s’était empressé d’offrir à des amis de peur que Lucille, son épouse ne le découvre). On est plus gêné en revanche lorsque l’on voit ces photos de Louis Armstrong baisser son pantalon pour la promotion d’une marque de laxatif (ce qui ne gênait nullement le trompettiste qui assumait largement).

Une très belle introduction du critique Hilton Als et des repères chronologiques utiles en début d’ouvrage viennent judicieusement compléter ce livre magnifique. Reste quelques imprécisions ( Mez Mezzrow annoncé comme trompettiste p.ex) et des indications parfois absentes ( on aurait aimé savoir à partir de quand Louis Armstrong a commencé ce travail) et une absence totale de datation des collages dont on reconnaît la difficulté puisque Armstrong lui même ne les avait pas daté et que les photos utilisées venaient de ses archives personnelles.

Il y aurait de cet ouvrage matière à une belle exposition pour un galiériste un peu audacieux. Où l’on découvre un vrai regard d’artiste dont on ne saura jamais réellement qu’elle était chez lui sa part de comédie et d’autodérision. Ce qui est soi un beau moment d’humanité aussi tendre que joyeux. Donc poétique.

Jean-marc Gelin

 

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 07:02

Guillaume Belhomme

Ed. Le Mot et le reste

Collec. Formes

430p. ; 23 euros

 

 Guillamme Belhomme n’est pas un inconnu dans les milieux du jazz. Ancien collaborateur de Jazz Hot il s’est fait remarquer l’an dernier par un petit ouvrage sur Eric Dolphy paru chez le même éditeur (cf. notre chronique des DNJ). Journaliste aux Inrocks et sur le récent site web « Le son du Grisli », certains l’annoncent prochainement chez Citizen Jazz. C’est dire qu’il connaît son affaire en matière de jazz.

L’ouvrage qu’il présente ici repose d’ailleurs sur l’ambition d’évoquer le jazz au travers de 100 figures, 100 fiches de 2/3 pages chacune présentant 100 « géants » qui ont fait l‘histoire de cette musique et qui  apparaissent chronologiquement selon leur date de naissance. Quelques pages par musicien pour évoquer en quelques lignes un bref rappel biographique (à très gros traits) et livrer une (très) rapide analyse musicale sur leur production discographique. D’où apparaissent alors quelques jugements à l‘emporte-pièce sur tel ou tel disque, ou tel ou tel morceaux sur la base d’un choix totalement aléatoire et subjectif et dont on ne connaît pas réellement ni la grille d’analyse ni ce qui a pu présider à ce « choix sélectif ». Charlie Parker ou Duke Ellington expédiés en 3 pages au même plan que Joe Mc Phee ou Ken Vandermark ! Des points de vue étayés par rien comme celui sur la version de My favorite Things de Coltrane qualifiée de dérive illuminée et celle de Ascension de provocation musicale grandiloquente. Toujours sur la même fiche et à propos de cet album :  « deux prises d’une quarantaine de minutes portent alors aux nues un propos atonal au-delà duquel seules l’imagination et l’honnêteté permettront aux musiciens à venir d’inventer encore ». Comprendra qui pourra.

 

Du coup, et à la différence d’un Dictionnaire du Jazz, ouvrage incontestable s’il en est, cette tentative « balai » et fourre-tout manque sérieusement d’intérêt et de sérieux. Qui plus est ce livre, assez mal écrit (*) qui porte un regard hâtif et surtout trop subjectif ne convaincra ni les érudits (qui savent déjà), ni les passionnés qui préfèreront se faire une idée par eux-mêmes.  Et c’est au final un ouvrage somme toute bien dispensable que votre bibliothèque ne souffrira pas d’ignorer. Jean-Marc Gelin

 

(*) Pour se faire une idée précise de l’écriture, cet exemple tiré de la fiche sur Abbey Lincoln : «  D’autres enregistrements de chansons plaisantes, ensuite, commandées par le label Riverside, qui impose à la vedette la compagnie de quelques musiciens maison, parmi lesquels on trouve Max Roach, batteur qu’elle épousera en 1962 après avoir servi à ses côtés lors des scéances de Freedom Now Suite et Percussion bitter sweet, enregistré sous son nom un Sraight Ahead donnant à entendre aussi Eric Dolphy et Coleman Hawkins, enfin, commencé à s’impliquer dans le mouvement des droits civiques sans chercher à ménager la frilosité des maisons de disques. »

 

 

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 06:27





Guy Darol

Le Castor Astral  (rééed)

 

Le Castor astral ressort dans une nouvelle édition revue et augmentée le livre de Guy Darol sur Frank Zappa, l’homme Wazoo. L’auteur raconte la rencontre fondatrice avec une musique qui devait dès lors s’inscrire à jamais dans sa vie.

Cet ouvrage clair, documenté, montre ainsi comment certains artistes marquent non seulement leur époque et leur génération mais indiquent de façon déterminante pour les suivantes, le chemin à suivre. Zappa fut-il un passeur au sens classique du terme ? Né en 1940, il appartient à cette superbe génération (musicalement parlant) qui a traversé « tous les espaces musicaux », vécu de l’intérieur cette histoire vivante de la musique, la période exaltante des années soixante et soixante dix, de la lutte pour les droits civiques. Il est intéressant de constater que, plus de quinze ans après sa disparition, bien trop précoce, il est repris, cité, « emprunté », prolongé par des musiciens plus ou moins jeunes d’ailleurs, qui vénèrent sa musique, son œuvre, ses enseignements.

Le livre de Guy Darol se présente comme un chant alterné entre roman et histoire. Les amateurs n’ont pas besoin de ces recommandations pour lire ses écrits toujours précis sur Zappa, mais pour ceux qui veulent en savoir plus, la dernière partie décline et commente la biographie en quelques pages essentielles, suivies de belles discographie, filmographie, bibliographie, de références sur internet en particulier, évoquant aussi l’association de Dominique Jeunot et Didier Mervelet « Les fils de l’invention ».

 

S’il nous est permis de donner ici un point de vue très personnel, l’émotion naît surtout à la lecture de la naissance d’une passion dévorante et déterminante. C’est par un ami Michel Duprey disparu aujourd’hui, ce qui redouble la nostalgie et l’hommage, que le jeune lycéen fut initié, par un rituel des plus sérieux à l’univers zappaïen. A partir de ces heures d’écoute dès 1972, l’auteur change même sa façon d’écouter la musique, abandonne ses préférences d’alors pour se consacrer avec une énergie très exclusive à la parole et à l’univers zappaïens. Frank Zappa peut apparaître comme un maître, un gourou même. Et pourtant, il a toujours souffert de l’image déjantée (genre Saturday Night live) contre-culture et grotesque de « freak » qui lui était accolée, alors qu’il se savait aussi compositeur, inconditionnel de Varèse, admirateur absolu des contemporains, goûtant à plaisir les combinaisons de la pensée sérielle et de la musique concrète.

 Guy Darol arrive à nous faire comprendre toute la portée de ses observations, son engagement social et politique dont on suit sa trajectoire, depuis ses colères récurrentes et procès à répétitions contre les puritains de toutes sortes, jusqu’à ses dernières interventions auprès de l’écrivain Vaclav Havel devenu président en Tchécoslovaquie, fan du guitariste (il avoue d’ailleurs que son album préféré est « Bongo Fury »). Zappa a sans doute souffert de cette incompréhension auprès du grand public et de cette image trop réductrice qu’il avait pourtant contribuée à donner. Car, même si Darol n’ose jamais égratigner son idole, ce sont aussi ses contradictions qui rendent le personnage terriblement humain, dans l’emphase même de ses dérapages et excès. Pas forcément plus sympathique (il y avait du tyrannique et du mégalomane en ZAPPA) mais attachant. Quelqu’un qui se déclarait suiveur et fervent de Penderecki….et qui intégrait aussi dans sa musique des effluves et « ritournelles satinées » du doo wap qu’il adorait. C’est cela sans doute qui continue à insupporter ceux qui n’ont jamais adhéré à l’univers zappaïen, qu aiment tout classer dans des « petites boîtes »… très étroites… cette ambiguité permanente, ce mélange absolu des genres, cette réconciliation rapide et déconstruite d’univers sonores et mentaux totalement indépendants, d’où ces collages si particuliers et inimitables, virevoltant en permanence, y compris dans des passages dignes du guitar hero qu’il était, même s’il en refusait le titre, ou la posture .

Guy Darol est devenu depuis un écrivain et d’une plume fervente, nous fait partager ce « labour of love », souvenirs intimes, réflexions politiques et poétiques. Comment s’est construite la musique, en prenant tout son sens. Et à l’issue de cette lecture, nous affirmons bien volontiers avec lui qu’il n’y a « pas de coda pour Zappa».

Sophie Chambon

www.guydarol.com

www.castorastral.com

 

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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 07:23

 Hervé Gloagen


Editions de la Martinière

2009, 14 €



 

 56 clichés en noir et blancs, 56 musiciens ou chanteurs de jazz captés en 56 poses « de l’instant » par Hervé Gloaguen dans les années 60.

À l’époque, celui qui deviendra grand reporter un peu partout dans le monde, faisait la planque sur les avant-scène, dans les loges, depuis les coulisses ou derrière les rideaux, se faisant passer pour un photographe accrédité, ce qu’il n’était bien sûr pas le moins du monde. Il ramène alors de ces escapades de jeune passionné, des photos « volées » ( pourrait on dire) prises sous des angles improbables et qui traduisent en quelque sorte l’urgence, l’œil furtif, le vol d’images au détour d’une phrase musicale, le regard un tantinet décalé.

Les musiciens qu’il se plaît à photographier sont alors captés ( essentiellement) dans des moments de jeu, des moments de scène où l’on peut lire dans leurs yeux l’effort, la transe, l’esprit qui divague et s’échappe avec les notes qui s’envolent. Les batteurs comme Art Blakey ou Sam Woodyard dans l’effort physique d’un sportif aux muscles tendus, l’œil de Louis Armstrong qui divague en plein chorus, Chris barber à Pleyel dans un ailleurs que seuls les musiciens connaissent etc….. Il y a parfois une forme d’inquiétude, parfois la marque d’une concentration intense. Et ces photos souvent un peu floues ne se contentent pas de saisir l’instant, elles accompagnent aussi le mouvement. On imagine que pour la plupart, ces photos par leur grain épais, par leur absence de netteté, ont dû être recalées par la plupart des journaux plus habitués alors à l’image dite parfaite. Elles ont pourtant le mérite au contraire de nous toucher en ce qu’elle ne montrent pas une image figée mais témoignent d’une belle humanité de ces musiciens. Humanité que souvent ils transcendent.

Un choix judicieux de textes très courts ( l’urgence encore) accompagne ces photos : Frank Conroy, Langston Hugues, Michel Le Bris, Jean Perol et quelques témoignages de musiciens (d’ailleurs non photographiés) comme Billie, Louis Bellson, Mc Coy Tyner, Archie Shepp etc….

Même s’il est tout à fait dispensable, ce petit recueil de photos ne se boude pas. Il apparaît comme le témoignage très simple d’un apprenti photographe qui révélait déjà l’acuité du futur reporter. La naissance d’un chasseur d’images.

Jean-Marc Gelin

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 06:45

Maurice G. Dantec

Albin Michel

211p, 16 €


Au départ il semble que le projet de l’écrivain était tout autre. A défaut de dossier de presse, on apprend sur un site, « paperblog » qu’une « une première version "fut rédigé[e] en 1996 pour un projet d’ouvrage collectif ayant pour thème la mort du jazzman Albert Ayler en 1970 à New York qui devait s’intituler “Les douze morts d’Albert Ayler”. Ce projet avait été commandité par Patrick Raynald, directeur de la collection Série noire. L’ouvrage de Maurice G Dantec, d’environ 150 pages, dut finalement être abandonné faute de temps et d’une structure littéraire adéquate. A la place, Maurice G Dantec allait écrire “Babylon Babies” qui devait paraitre trois ans plus tard. »

Qu’en est il aujourd’hui avec ce nouvel ouvrage dont le moins que l’on puisse dire est qu’il propose une accroche si intrigante qu’on ne peut s’empêcher de se ruer dessus ? Pour tout dire et pour le dire franchement, si le projet de Maurice Dantec avait été rejeté pour manque de structure, le temps passé depuis n’aura pas suffi à donner corps aux projets délirants de l’écrivain.

Dans une veine qui se voudrait de «  science-fiction » Maurice Dantec (qui doit en avoir de la bonne !) part dans un délire où il est question de la cavale d’un couple de braqueurs atteints par un neurovirus qui les met en contact avec la station Mir « en déroute » et qu’entreprend de sauver Albert Ayler avec son saxophone et sa tenue de cosmonaute !! Mouai, pourquoi pas.

On aurait pu en faire un clip ou une BD décalée à la rigueur. Mais si le côté «  space » aurait eu de quoi nous amuser un peu, il fau bien reconnaître que les 200 pages prennent ici vite les allures d’un chemin de croix franchement pénible. Car ce grand n’importe quoi manque de corps, de développement intéressant, de structure en somme. Quand à l’écriture, elle charrie tous les clichés du polar comme on oserait plus en écrire aujourd’hui, dans la forme, dans le langage et dans l’expression. Le côté « road book » (comme on dit Road movie) est totalement has been et cette histoire de cavale ne nous capte pas une seule seconde. Les ressors sont absents ( pas de suspens, pas d’intrigue, pas d’émotion, pas de fluidité). Rien

Dantec s’est fait plaisir, pourquoi pas. Dantec a trouvé son éditeur, tant mieux pour lui. Et puis Dantec va vendre, c’est normal il y a «  jazz » dans le titre et moi je me suis bien fait avoir. Mais vous, cher lecteur, si vous craignez de vous priver de quelque chose, dites vous que la seule chose qui vous attend c’est le vide sidéral, interstellaire dans lequel on aurait bien pu laisser encore la station Mir dériver longtemps. Quand à Albert Ayler, croyez moi, ôtez lui cette combinaison ridicule et glissez le Vinyle de « Summertime », c’est bien mieux lui rendre hommage.

Jean-Marc Gelin

 

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 21:39

Jimi Hendrix, le gaucher magnifique

Jean-Pierre Filiu  

Collection : Mille et une Nuits –collec.

Essais  14,00 € , 216p.



Magistrale ! La biographie de Jimi Hendrix en à peine 200 pages qui se lisent ou plutôt se dévorent sans le moindre ennui est, sous la plume de Jean-Pierre Filiu un exercice superbe. Autant mettre les choses au clair : Jean-Pierre Filiu avoue d’emblée son amour total pour son sujet. Pas question d’avoir un recul critique, pas question de chercher dans la vie du « gaucher magnifique » les coins et les recoins, les aspérités du genre « sex, drogue & rock’nroll ». L’auteur a trop d’amour pour Hendrix pour entrer dans ce jeu là. Il paraît même que sans l’intervention énergique de sa femme ses deux enfants se seraient à coup sûr appelés « Jimi » et « Hendrix ». C’est dire combien les folles envolées délirantes du guitariste ont ponctuées l’adolescence de l’écrivain. Total sympathie donc avec son sujet et c’est tant mieux. Car si Filiu assume totalement, cela ne l’empêche en aucun cas de livrer une biographie remarquablement construite.

S’il suit logiquement la chronologie, contrainte obligatoire pour tout exercice de ce genre, Filiu choisi néanmoins pour chaque chapitre un angle d’attaque original. On évite pas les premiers chapitres ayant trait à l’enfance ( mort très tôt de la mère , un père qui aurait tellement voulu être artiste que lorsque Jimi a acheté sa première guitare, il s’est procuré un sax pour pouvoir faire le beuf dans son appartement avec son fils….). Mais les autres chapitres sont abordés sous des angles d’attaque plus originaux : - Les dents de Jimi », façon de traiter les influences du guitariste et les racines du blues chez lui. Où l’on apprend qu’il n’était absolument pas le premier à avoir joué avec les dents et qu’il s’agissait d’une pratique très répandues chez certains bluesmen du Delta. / - « Jimi Guitare » où Jean-Pierre Filiu tourne autour du son « Hendrix » et n’élude pas toutes les élucubrations des psychologues de bazar sur la prétendue relation onaniste de Hendrix avec sa guitare, que celle-ci s’appelle comme au début d’une Danelectro ou bien  de la célèbre Stratocaster dont il aura brûlé un nombre conséquent lorsqu’elles ne furent pas fracassées sur scène. Peut être pas onaniste mais de là à dormir avec sa guitare dans le lit entre lui et sa conquête d’un soir…. / - «  Jimi le Parachutiste » . Les idées toutes faites sur le prétendu antimilitarisme de Hendrix que Jean-Pierre Filiu démonte point par point pour démontrer l’attachement viscéral du guitariste à la bannière étoilée. L’hymne américain source d’un grand malentendu. Jimi Hendrix ici sous le jour d’ un « alter-américain »

Émaillé de quelques pépites ( savez vous que Hendrix avait joué du clavecin sur un morceau, ou alors que Stevie Wonder tenait la batterie sur un autre enregistré pour la BBC ?), cet ouvrage ne se lâche pas dès lors que l’on a pris le parti d’entrer sans effraction dans la vie stratosphérique du père d’Electric Layland. Vie artistique stratosphérique s’il en est puisqu’elle n’aura duré que  4 années sublimes. Carrière artistique qui ne démarre réellement qu’avec la rencontre avec Chas Chandler (l’ancien bassiste des « Animals » reconverti en producteur qui sur les conseils de Linda Keith (la petite amie de Keith Richards) était allé entendre Hendrix au Café Wha à New York lancer une furieuse interprétation de « Hey Joe » de Dylan. C’était en 1966. Tout démarre ensuite à Londres, vilel finalement bien plus ouvertes au rock. Et c’est 4 ans et 527 concerts plus tard que, dans cette même ville, le 18 septembre 1970,  Hendrix mourrait pleine nuit dans son sommeil.

 

Pendant 200 pages, Jean Pierre Filiu nous aura fait revivre avec un esprit décalé et un poil d’humour la vie de ce gaucher magnifique dans un livre admirable de fluidité et de simplicité. A lire absolument en écoutant les élucubrations déchaînées de l’enfant du Vaudou.

Un livre d’amour autant qu’un manifeste.          

Jean-Marc Gelin

 

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