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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:24

MILES DAVIS

Jean-Pierre Jackson

Actes Sud

Collection Classica

9782742765256.jpg On ne saurait que féliciter la belle Arlésienne (Actes Sud) d’ouvrir sa collection « Classica » au jazz.

Après un Charlie Parker paru en 2005 voilà donc sous la houlette de Jean-Pierre Jackson un Miles Davis assez salutaire. Les contraintes du genre ont imposé un  format assez léger à l’auteur (180 pages pour un sujet qui en mériterait le quintuple) et il a donc fallu à Jean Pierre Jackson faire des choix drastiques, privilégier certaines périodes et en survoler d’autres.

On sait bien que l’ouvrage de référence reste à ce jour celui que notre ami Franck Bergerot a consacré au trompettiste (Le seuil 1998) et surtout la fameuse autobiographie de Miles préfacée par Quincy Troup.

Mais il ne faudrait pas bouder l’ouvrage de Jean Pierre Jackson qui a l’immense mérite pour un public plus néophyte de permettre un rapide survol sur la vie et l’œuvre de Miles en un rapide tour d’horizon de la vie du génial trompettiste.

Ce genre d’exercice comporte néanmoins le risque de balayer trop large et donc de balayer peu. Et c’est effectivement le reproche que l’on peut faire à cet ouvrage où l’auteur affiche nettement ses préférences pour la première partie de la discographie de Miles, celle qui va de ses débuts aux côtés de Charlie Parker jusqu’à la dissolution du quintet avec Coltrane et Cannonball Adderley. L’auteur, à juste titre insiste sur les chefs d’œuvre publiés sous la direction de Gil Evans ( Birth Of the Cool, Miles Ahead, Sketches of Spain….) mais en revanche semble bouder toute la partie électrique de Miles jetée ainsi aux orties sans autre forme de procès.

Les appréciations deviennent vite très subjectives et l’on comprend que l’auteur goûte peu les incursions urbaines d’un Miles période Tutu.

Du coup dans la deuxième partie l’ouvrage s’accélère et prend alors la forme d’un rapide survol de la discographie du trompettiste sous un angle qui ne satisfera pas les afficionados et perdra un peu les néophytes.

Il aura au moins eu le mérite de réveiller quelques uns des indispensables assoupis dans nos discothèques. Jean Pierre Jackson en note de bas de page nous invite à réécouter Miles Ahead, au casque avec un volume convenable : « Une expérience esthétique inoubliable ». Dit il. Je confirme !

Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:17
BEBO VALDES

Samuel Charters

Naïve

183 p. 

BEBO.jpg

 Bebo Valdès n’est pas totalement un inconnu. Pour beaucoup d’entre nous c’est le pianiste cubain légendaire de Calle 54 remis sur le  devant de la scène par le film Buena Vista Social Club. Pour d’autres c’est aussi le père d’un autre grand pianiste, Chucho Valdès.  Mais qui connaît chez nous les Lucuona Cuban Boys ou la Orquesta El Sabor de Cuba ? Quasiment personne, sauf quelques érudits de musique cubaine et de salsa telle qu’on la jouait dans les orchestres de danse dans les années 50 / 60.

 

Samuel Charters, producteur, journaliste et écrivain réalise ici un travail de portraitiste absolument passionnant. Portrait d’un musicien qui depuis la révolution cubaine s’est réfugié en Suède où il a refait sa vie, mais aussi portrait remarquablement écrit où l’auteur dévoile peu à peu son amitié pour celui qu’il a suivi durant près de 4 années. Au-delà du simple exercice convenu qui consisterait à retracer fidèlement les étapes de la carrière de Bebo (certes mise longtemps entre parenthèses), Samuel Charters fait œuvre plus large. Car il s’agit moins de la vie d’un musicien que de celle d’un homme brisé puis reconstruit, celle d’un musicien exilé dans un pays qui n’est pas le sien mais qui par sa musique, survit. Un homme qui vécu dans l’injustice d’un quasi anonymat durant 35 ans d’exil à Haninge en Suède et dont le caractère légendaire fut révélé lors du film Buena Vista Social Club. Alors Samuel Charters qui sait bien que son sujet qui fut l’un des plus grands compositeurs et arrangeurs de musique cubaine malheureusement réduit durant de longues années au rôle de pianiste de bar dans des hôtels de luxe, va chercher ailleurs la racine de son sujet. Et c’est alors moins le portrait d’un musicien dont il s’agit que celui d’un artiste en exil. Avec beaucoup d’intelligence et de pédagogie Samuel Charters contextualise, prend le temps de s’arrêter sur l’histoire de Cuba et ses relations troubles avec les Etats-Unis, décrit les maisons tristes, le froid qui perce derrière les fenêtres lorsque le vieux pianiste dans un studio de Stockholm enseigne à un jeune orchestre de salseros suédois. Samuel Charters parle aussi de ses enfants (ceux qu’il a eu en Suède) , s’intéresse à la façon dont ils se sont intégrés dans la société Suédoise, et s’arrête sur le regard presque incrédule qu’il jette affectueusement sur leur père. On est saisit d’une réelle émotion à l’évocation du souvenir du départ de Cuba, pays dans lequel malgré ce retour tardf de gloire, Bebo Valdès ne reviendra jamais. On suit ce regard mutin mais terriblement fataliste de ce vieux pianiste visiblement trop brisé pour s’émouvoir sans sourire de ce retour en grâce à l’âge de 85 ans.

Jean-Marc Gelin

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5 mai 2007 6 05 /05 /mai /2007 23:09

Jazz IMAGE  « lES GRANDS PHOTOGRAPHES DE JAZZ »

 

Lee Taner

 

SEUIL – 40€

 

 

La photo de jazz est un art que l’on croyait bien codifié. Une sorte d’esthétique obligée dont les règles ont longtemps contribué à établir l’esthétique du jazz. L’ouvrage du photographe Lee Tanner en propose ici une sorte de best of puisée auprès de 27 photographes (dont un français dans le lot Guy Le Querrec) qui de 1935 à 1992 ont traversé l’histoire du jazz et de ses figures légendaires. Mais Lee Tanner en propose surtout 150 clichés sublimes choisis avec un œil qui privilégie, avec un certain regard, celui de l’amour du photographe pour les photographes. Ses frères d’armes en sorte.

Et l’on comprend à feuilleter ce livre qu’en photo comme peut être en musique tout est affaire d’angle. Angle d’attaque, angle de vue. L’angle de vue qui dévoile ce que la photo de l’homme immobile ne dévoile pas toujours. Prenez une photo de Billie Holiday ou de Mary Lou Williams par exemple. Vous en avez vu des centaines. Mais il suffit que le photographe se place de ¾, qu’il surélève un peu son objectif et alors apparaît un bout de la scène et aussi

 

du public révélant plus qu’un portrait, un moment de la vie du club. Par un léger  décentrement de l’image tout est dit différemment et l’artiste déstatufié prend une autre vérité (Gjon Mili – 1943 – p.19 et p.30). Ou alors il peut s’agir d’un autre angle que celui de la photo de face.

 

Regardez ces photos prises de profil depuis les loges comme cette photo célèbre de Duke Ellington prise en 1958 par le grand Herman Leonard ( P.41) ou la chanteuse Dinah Washington dans une danse nègre par William Claxton (p.51). On pourrait parler du photographe Chuck Stewart qui semble en embuscade aux cotés de l’organiste Jimmy Smith. Et pour ce qui me concerne un penchant tout particulier pour Louis Armstrong et Velma Middleton prise en 1960 par Herb Snitzer. Là encore violant les lois florentines de la perspective, le photographe décentre et laisse les deux protagonistes sur la gauche du cadre, l’espace central étant occupé par la trompette de Louis Armstrong qui devient alors véritablement incarnée ici.

Et puis il y a aussi ces moments impudiques pris dans l’intimité des artistes comme cette photo de Sarah Vaughan prise derrière le rideau de scène, celle de Clifford Brown et ses copains répétant torse nu dans une chambre d’hôtel ou celle encore d’une balance avec Ornette Coleman dans un moment où le photographe saisit au plus près la vérité d’un instant non dit

     

en musique mais réellement exprimé. Et l’on pourrait multiplier à l’envie les exemples de ces clichés rares et magnifiques.

Le livre donne aussi quelques repères biographiques sur ces photographes légendaires  ainsi que quelques repères bibliographiques. La préface est signée du légendaire critique Nat Hentoff.

Plus qu’un regard ou qu’un témoignage sur une époque du jazz ce livre est un véritable geste d’amour qui salue avec émotion ces musiciens aimés et avec un tendre respect, ces chasseurs d’images de jazz.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 23:01

JJJ ALAIN GERBER: “ Balades en Jazz”

 

Folio – Collection : Senso

 

Éditions Gallimard 2007 – 6€

 

 

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:57

LL PAT MILESI : “ Après le jazz, le jazz vocal en France”

Editions A LA CROISEE – Collection : Culture et imaginaires sociaux

125 pages – 15 € 

Nous cédons à la demande des défenseurs de cet ouvrage et nous retirons par conséquent cette chronique.  

 

 

 

 

 

 

 

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 07:01

JJJ FILM NOIR
BANDE ORIGINALE VOL 02 – LOUSTAL  Belle idée que celle que nous propose les éditions Nocturne : consacrer un long box au film noir dont l’esthétique qui prolonge celle du roman policier, celle des ouvrages de Dashiel Hammett, est si souvent proche du jazz. Remarquable réalisation autour de cette idée où, une fois n’est pas coutume, les dessins (ici de Loustal) partagent l’affiche avec la remarquable sélection discographique, elle même servie par un texte analytique et  didactique sur le film noir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quant à la BD elle est signée Loustal, auteur que l’on ne présente plus et qui s’était signalé dans le jazz par des livres comme « Barney et la Note Bleue  » ou encore «  La nuit de l’Alligator ». Ses dessins sont coupés au couteau et derrière le trait incisif ( presque cubique) ressort l’univers glauque des ruelles sombres, l’érotisme jamais sous jacent et cette ambiguïté des relations faites de violence et de charme. Derrière le dessin de Loustal s’égrène assurément un chorus de trompette

 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 Nocturne BD Music 2007  

 

 Remarquablement constitué cet ouvrage restitue ces brumes nocturnes, ces « privés » à la Boggart naviguant en eaux troubles, cet érotisme ambiant où la femme est toujours sublime  et fatale et bien sûr ces décors de club de jazz.

 

Deux CD sont proposés. Le premier «  Music there were murdered by » présente des musiques de films sur lesquels un meurtre a été commis. Très astucieusement, les auteurs associent à ces musiques, les vrais dialogues des films où l’on retrouve la vraie voix de Humprey Bogart, de Lauren Baccall et des autres sur des extraits du faucon Maltais, de Casablanca, Boulevard du Crépuscule etc.….. Où l’on entend en fond sonore ces inimitables bandes sons des orchestres hollywoodiens à qui prêtaient leurs plumes des auteurs comme David Raskin (Laura) , Anton Karas etc…. On y entend aussi la célèbre chanson, sommet de l’érotisme au cinéma « Put the blame on me » où l’on entend moins la doublure  (Anita Ellis) que l’on ne voit Rita Hayworth éffeuiller son gant ( hyper symbole sexuel dans Gilda).

 

Le deuxième CD qui s’intitule «  Music to be murdered by » qui suggère des musiques de cet âge d’or du film noir présente des musiques sur lesquelles on aurait tout aussi bien pu concevoir un film noir. Choix beaucoup moins probant faisant certes appel à ces musiciens de la West Coast qui gravitaient autour des orchestres des studios de Hollywood (mais alors pourquoi Benny Carter ?) et qui laisse une place excessive à Leith Stevens, chef d’orchestre  de la côte ouest et qui monopolise 1/3 des titres proposés par ce 2° volume. On aurait préféré déborder un peu sur l’époque suivante et entendre du Lalo Schiffrin ou du Henry Mancini, deux autres compositeurs chef d’orchestre mythiques de Hollywood.

 

 

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 07:00

JJJ ALEXANDRE CLERISSE : « JAZZ CLUB »

Ed. DARGAUD – Collection Long Courrier 2007

 

 

 Alexandre Clerisse est un jeune dessinateur de 27 ans qui avec Jazz Club est sorti diplômé l’an dernier de l’École Supérieure d’Angoulême avec les félicitations du jury. Les Éditions Dargaud lui donne aujourd’hui la chance de voir son travail publié dans la collection Long Courrier.

 

 

Un travail qui raconte l’histoire d’un personnage attachant, saxophoniste de jazz ayant connu la gloire sur la West Coast vers la fin des années 60 et confronté à l’abîme de la création, à l’impasse artististique lorsqu’il n’est plus possible au musicien d’émettre le moindre son, de jouer la moindre note. Exil du musicien en France, exil en lui même, flash back et retour sur ses derniers instants de scène. On est convaincu par le mal être, le désenchantement du musicien en errance, désabusé par lui même. Tournant à vide jusqu’à refuser une jam session avec Miles Davis, Herbie Hancock et Wayne Shorter. Le récit hésite alors entre Los Angeles années 60 et un petit village de France en 1999 sur fond d’atmosphère apocalyptique à l’approche du fameux passage à l’an 2000 lorsque le vent souffle les prémisses d’une tempête menaçante. Dommage qu’il greffe alors à son histoire celle d’une secte d’illuminés de l’apocalypse dont l’irruption ne s’imposait absolument pas.

 

 

On est en revanche séduits par le dessin presque naïf et un poil décalé de Clerisse, refusant tous les clichés des jeux d’ombres et de pluie mouillée du dessin des BD jazz.  Clerisse donne une alors une vision attachante de ses personnages comme ces retrouvailles très émouvantes de ces anciens amants après 30 ans de séparation. Clerisse, enfant d’Aurillac, sa ville natale convainc beaucoup moins lorsqu’il croque Los Angeles des années 60 que lorsqu’il parvient, très simplement et avec grâce à capter la lumière de l’automne, les couleurs ocres, les sapins des forêts d’auvergne.

 

 

Du bon et du moins bon donc dans cet auteur à qui l’on reconnaîtra d’avoir déjà trouvé son style et d’imprimer une marquée réellement originale. Une vraie patte en somme. Un auteur à suivre. 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 06:58

JJ ALAIN GERBER : « Paul Desmond ou le côté féminin du monde »

 Fayard 2007

 

 

 Avec Alain Gerber cela revient régulièrement. L’animateur de l’émission « Le jazz est un roman » revient avec un nouveau livre de fausse autobiographie romancée. Après Chet (Baker), après Louie (Arsmtrong) et après Billie (Holiday), Alain Gerber nous propose le même exercice sur Paul Desmond avec ce titre magnifique : «  Paul Desmond ou le côté féminin du monde ».

 Rendre hommage à celui qui fut certainement l’un des plus grands saxophonistes alto de tous les temps, au plus gracieux (gracile) de tous est en soi une  magnifique idée. Mais Dieu que c’est long ! Même si une fois n’est pas coutume Alain Gerber réduit son format et passe sous le seuil des 400 pages sa narration n’en finit pas de digresser autour des mêmes idées. Alternant les chapitres où Alain Gerber parle de Desmond et ceux où il fait parler Desmond lui même, il s’allonge toujours sur le divan de l’analyste. Insatiable mangeur et dévoreur de mots Alain Gerber écrit bien et même magnifiquement bien mais tourne trop en rond autour de son sujet.  Les rapports entre Desmond et Brubeck ( logique), ceux entre le saxophoniste et Joe Morello ou avec Chet Baker donnent lieu à des pages superbes mais trop digressives.

Soit on prend cet ouvrage pour un roman mais alors il lui manque une véritable construction romanesque. Soit on le prend comme un ouvrage sur le saxophoniste mais alors on lui préfèrera largement la belle somme qui lui a été consacrée par le journaliste Doug Ramsey auteur d’un ouvrage remarquable sur Paul Desmond (Take five, the public and private lives of Paul Desmond – Ed° Parkside Seattle).

On le lira en tous cas en écoutant en même temps la belle réédition de sessions Victor (1961-1965) récemment publiée.

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 07:47

JJJJJ   WILLIAM CLAXTON – JOACHIM E. BERENDT

 

NEW ORLEANS 1960

 

Editions Taschen

 

  

En 1960, le musicologue allemand,  Joachim E. Berendt proposa au photographe William Claxton de voyager avec lui à bord de sa Chevrolet Impala, à la rencontre du  jazz des États-unis. Claxton était jeune alors et n’avait encore acquis sa notoriété de photographe de jazz. Au cours de ce long périple l’une des étapes les emmena naturellement à la Nouvelle Orléans. Là dans ce travail qui s’apparente plus une véritable recherche ethnomusicologique, c’est un véritable choc pour le photographe alors que Berendt y voit autant de sujet de fascination qu’un formidable matériau pour le chercheur qu’il est. Car en pénétrant en Nouvelle Orléans, les deux hommes pénètrent au cœur d’un territoire à part entière dont les codes, le mode de fonctionnement et les mœurs ont tout pour stimuler l’intelligence et exciter le regard. Ils entrent dans ce territoire comme on entre dans un pays inconnu, en l’occurrence celui du Bayou. Et c’est alors l’occasion pour le photographe de saisir en pleine ère Kennedy et sur le vif ces clichés sublimes.

Territoire spécifique, autonome dans ses codes sociaux, ancré à la fois dans sa créolité que dans les réalités de l’Amérique raciste, ce pays presque autonome dans ses us et coutumes a pour lien social  la musique. Le jazz et le blues. Pays pauvre et misérable où la peine des jours rudes est transcendée dans de grands éclats de rires et de danse, magnifiée dans sa créolité joyeuse. C’est la Nouvelle Orléans des enfants traînant dans les rues une guitare ou un harmonica à la main, dansants pour d’invisibles badauds, pour le bonheur aussi gratuit que l’air que l’on respire, pour la frénésie du jeu libérateur du fardeau. Plus que nulle part ailleurs on y voit la musique alors exalter cette force de vie. Libérer l’homme. Dans cette Amérique créole de vieilles mamas habillées comme au sortir de la messe poussent encore le blues dans de vieux rades et jouent du piano bastringue le sac à main posé sur les genoux. Lien social invisible qui rapproche. Des enfants jouent de la trompette devant la maison de Louis Armstrong. Des figures légendaires, encore en vie lorsque les deux auteurs ont réalisé ce livre, hantent encore les rues de la Nouvelle Orléans. On y croise le vieux George Lewis, on y croise Kid Thomas, on y croise la chanteuse Lizzie Miles qui pose dans son salon, Jim Robinson et Slow Drag Pavageau errent encore dans les rues de Dumaine Street et l’on y croise aussi tout ceux qui n’ont pas de nom mais qui écoutent avec des flammes aux fond des yeux. Et puis bien sûr les fanfares et les enterrements auxquels la foule se mêle indistinctement puisque tous savent bien qu’une fois le mort mis en terre, cette fanfare déchaînera la liesse dans toutes les rues du quartier, que les gens descendront, qu’ils se mêleront les uns aux autres et qu’ils danseront derrière ces fanfares mythiques comme le George Williams Brass band, le Tuxedo ou le Eureka Brass band.

Pour un peu on regarderait ces images avec nos oreilles. Pour un peu on serait dans la peau du jeune Louis sur le perron de sa maison et l’on entendrait presque Buddy Bolden passer au loin avec son cornet.

Mais les auteurs, dans leur travail de recherche savent que cette Nouvelle Orléans est aussi le produit étonnant de sa créolité et d’un environnement profondément marqué par la ségrégation. Cette Nouvelle Orléans où quelques clubs de strip tease ont remplacé les clubs de jazz dans les rues du Vieux Carré reste profondément marquée par la violence raciste. L’auteur remarque avec le candide du chercheur cette fontaine d’eau où il y a deux robinets et sur le mur écrit à la main «  For White only / Coloured » et de s’étonner qu’il s’agisse pourtant de la même eau qui coule. Les deux reporteurs- chercheurs trouvent encore quelques illuminés comme le trompettiste blanc Nick La Rocca qui, quand il pose pour le photographe trouve encore le moyen d’affirmer que le jazz est une affaire de blanc « qu’il a crée avec l’Original Dixieland jazz Band » (NDR : premier groupe de jazz à avoir enregistré un disque). Peu importe puisque l’on voit bien en regardant ces clichés sublimes que le jazz est inventé tous les jours dans ces rues, qu’il est affaire collective et que de sombres imbéciles ne peuvent pas se l’approprier.

L’ouvrage se conclut sur la rencontre de nos deux auteurs avec un célèbre jouer de blues enfermé à la prison d’Angola. Rencontre poignante. Saisissante. Textes magnifiques qui disent la détresse. Photos incroyables de ces hommes qui chantent ou écoutent comme pour trouver refuge. Là encore on est au bord d’une émotion saisissante.

Les photos de Claxton sont prises en noir et blanc ou en couleur, comme pour montrer l’ancrage profond de la Nouvelle Orléans dans cette tradition que la modernité bouscule. Elles montrent des visages ou des foules. Ces photos sont belles car elles ne trichent jamais.

A l’appui de ces clichés, les éditions Taschen ont eues la lumineuse idée de joindre les textes de Berendt particulièrement éclairants dans leur dimension ethnomusicologique.

Un an après l’ouragan Katrina la publication de ce livre magnifique est salutaire. Cette (re)découverte de la Nouvelle Orléans nous bouleverse. Car nous savons aussi que la dimension sociale de cet ouvrage nous projette moins dans le passé que dans cette cruelle actualité. Celle que les caméras cette fois nous ont transmises. Celle qui montre que lorsque tout change, rien finalement au fond  ne change vraiment.

Jean-Marc Gelin

 

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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 09:03

JJ ALIVE AT THE VILLAGE VANGUARD –

 

Lorraine Gordon

 

s’agissant d’une femme dont la position de témoin privilégiée en a traversé les plus belles histoires. L’affiche «  Alive at the Village Vanguard – My life in and out of jazz time » était en effet plus que prometteuse.

Car la vie de Lorraine Gordon est inextricablement liée au jazz. Dès le départ cette jeune fille qui partage avec son frère la passion pour cette musique rencontre Alfred Lion alors jeune créateur d’un label qui deviendra plus que mythique, BLUE NOTE. Et c’est bien là la partie la plus captivante de cet ouvrage, celle qui conte l’aventure qu’ils menèrent ensembles auprès de la jeune communauté des jazzmen New Yorkais,  toujours accompagnés de l’infatigable Franck Wolff. Véritable ambassadrice et « saleswoman » de ce label, courant les États-unis pour faire connaître cette maison alors totalement inconnue aux disquaires des 4 coins des États-unis, Lorraine semble vouer à cette musique un sacerdoce passionné. Et l’on apprend ainsi le combat qui fut le sien lorsqu’elle découvrit avec Alfred Lion, un jeune pianiste à l’époque inconnu, Thelonious Monk qui signera effectivement ses premiers enregistrements en 1947 chez Blue Note.

A sa séparation de Alfred Lion, Lorraine rencontre Max Gordon, personnage clef de la vie culturelle New yorkaise, évoluant entre les artistes de variété qu’il produisait dans son club, le Blue Angel et les happenings du Village Vanguard qui à partir de 1941 recevait plutôt des chanteurs et des poètes décalés que des musiciens de jazz. A partir de là la vie de Lorraine Gordon devient typiquement celle d’une bourgeoise américaine que son mari laisse franchement à l’écart du monde du jazz. Et donc on a droit à une 50 aine de pages à la vacuité déconcertante autant qu’ennuyeuse. Quelques combats politiques contre le nucléaire ou contre la guerre du Vietnam ponctuent alors la vie de Lorraine Gordon. Mais de jazz il n’en est plus question jusqu’à la mort de son mari qui l’amène alors à reprendre les commandes du club et à renouer ainsi avec ses premiers amours. Elle devient alors impliquée dans la survie de ce club, seul survivant aujourd’hui de la légendaire période après que tous les autres clubs mythiques aient disparus.

On apprendra donc peu de choses sur la vie de ce club qui aurait pourtant mérité un livre à lui tout seul. Hélas on apprend rien sur les musiciens qui oont eu le bonheiur de s’y produire ni sur les quelques concerts mémorables.  Heureusement qu’il nous reste à tout jamais quelques plages éternelles gravées dans la cire. Leurs coulisses ne sont pas dévoilées ici. Max Gordon aurait ou le faire. Orraine l’a oublié. Le charme du lieu n’en est que plus intact.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

My life in and out of jazz Time

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