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6 janvier 2007 6 06 /01 /janvier /2007 10:00

FRANCOIS JOLY : « Les fans sans Balance »

 

Éditions Suite Noire

 

94p – 10 €

 

 

 

 

 

Vous le savez la mythique collection Série Noire de Duhamel, la fameuse collection aune et noire qui nous a tous nourri de polars savoureux, nous et nos parents avant nous, et bien cette collection mythique a aujourd’hui disparue pour le plus grand bonheur des bouquinistes.

Heureusement quelques passionnées de polars ont décidé de recréer une collection similaire dont on retrouvera le fameux graphisme. Avec cependant quelques restrictions notables par rapport à son aînée : essentiellement des formats ultra courts de moins de 100 pages, un prix léger (10 euros), et un graphisme ressemblant mais avec l’interdiction absolue d’utiliser le Jaune et Noir.

On sait que polar et jazz font généralement bon ménage. Question d’esthétique des mauvais garçons peut être. Le livre de François Joly, le neuvième livre de la suite Noire, n’échappe pas  à la règle même si c’est un lien morbide avec le jazz dont il s’agit ici. Où il y est question de déportation, de camp de concentration, de musique émergeant de la fange et de l’abject. Il y est question d’une affaire dont on ne saisit pas bien les contours ni même le propos. Peu de suspens et un déséquilibre flagrant entre une première partie « historique » et le deuxième mouvement, celui de l’enquête en elle-même, totalement bâclée.

Bref un polar plutôt mauvais dans l’ensemble.

Seul intérêt, cette brève rencontre avec Valaida Snow, jeune trompettiste noire de l’orchestre de Earl Hines qui connaîtra au sommet de sa gloire un destin tragique dont elle ne se remettra jamais tout à fait.

C’est le seul intérêt de ce livre. Avouons qu’il est bien mince.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

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6 janvier 2007 6 06 /01 /janvier /2007 09:58

Les musiciens de jazz et leurs trois vœux

Propos recueillis et photographies

 

Ed. Buchet Chastel 2006

 

 

 

 

La baronne Pannonica de Koenigswarter (« Nica » pour les intimes) est de ses « ladies » sans qui le jazz n’aurait sans doute pas pu s’épanouir. A la fois fée, muse, protectrice, conseillère et agent, elle est une figure tutélaire du jazz de ces dernières années. Sa célèbre Cathouse a accueilli les plus grands, pour une soirée, pour plusieurs mois ou plusieurs années. C’est dans cette maison que l’immense Charlie Parker mourut et que Thelonious Monk passa les neuf dernières années de sa vie. Elle milita pour la suppression de l’enregistrement des empreintes digitales des musiciens dans les night-clubs ou de la carte de cabaret. Elle aida Barry Harris à créer son école de jazz sur la 8ème avenue, « The Junction Jazz Cultural Theatre ».

 

Ce livre est un précieux et rare cadeau d’une femme passionnée à tous les amoureux de cet art majeur. Patiemment et scrupuleusement, elle a questionné tous les musiciens de passage chez elle, dans sa célèbre Cathouse, sur leurs trois vœux : « Si on t’accordait trois vœux qui devaient se réaliser sur le champ, que souhaiterais-tu ? ». Ce qui pourrait paraître enfantin ou dérisoire se révèle terriblement touchant, parfois provocant (« Être blanc », Miles Davis), souvent drôle « 1. Être la lampe d’Aladin, 2. Être le king du swing ! 3. Avoir le pouvoir de suggestion », Frank Gant). Tout à coup nous pénétrons un peu plus l’intimité et les rêves de ceux dont nous révérons la musique : John Coltrane, Miles Davis, Lee Morgan, Bud Powell, Count Basie, Charles Mingus, Mal Waldron, Ben Webster, Cannonball Adderley, Bill Evans, Roy Eldridge, Duke Ellington…et tant d’autres musiciens mythiques. Ils disent la vie difficile des musiciens de jazz (« Je voudrais que des subventions soient octroyées à la forme d’expression artistique qu’est le jazz, pour que les musiciens qui ont vraiment la flamme puissent créer une musique qui ne soit pas, disons, altérée, déformée par des contraintes d’ordre social et économique », Cannonball Adderley), les conditions inacceptables de jeu dans des salles à l’acoustique douteuse pour un salaire de misère, la non reconnaissance de leur musique, le racisme quotidien, la foi comme mât de leur vie (« Garder la foi (ce qui englobe tout) » dit Yusef Lateef) , la vie de famille ballottée, l’amour comme seul espoir et leur désir de se renouveler sans cesse dans leur art (« Avoir une fraîcheur inépuisable dans ma musique (pour l’instant je me répète un peu) » dit Coltrane). Dans leurs propos sans afféterie, une même foi en la musique malgré les galères et la dérive présentes malgré quelques propos excédés : « Terminer ma formation de technicien radio et télévision pour ne plus être obligé de souffler dans ma trompette. » déclare Roy Eldridge. Précieux et émouvant témoignage d’une époque. L’autre passion de Pannonica était la photo. Ses clichés au polaroid illustrent cet ouvrage et sont splendides. Là aussi le même naturel sans pose ni sourire figé de circonstance, dans l’intimité de Cathouse : une exceptionnelle galerie de portraits ! 

Régine Coqueran             

 

 

 

de Pannonica de Koenigswarter

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6 janvier 2007 6 06 /01 /janvier /2007 09:55

JJ Louis Prima

Bd jazz – Nocturne 2006
1 BD  + 2 CD

 

 

 

 

  La collection BD Jazz de Nocturne (dans la série BD Voices) consacre un long box  au chanteur  et amuseur Louis Prima. Louis Prima, vous savez le gigolo que everywhere he go, people know the part is playing etc etc…..

 

Et bien Louis Prima à entendre les enregistrements de  1935-36 aurait pu tout aussi bien devenir un excellent trompettiste. Il ne manquait pas de talent pour cela. Pas crooner pour un sou, Louis Prima s’inscrit plutôt dans la lignée des clowns amuseur  dans la lignée des Cab Calloway et autres Slim Gaillard à la différence qu’il se découvre rapidement un filon en exploitant son coté rital dans ce que l’on a appelé le style Gleeby, sorte de farce à l’italienne (Angelina, Please no squeeza banana, falicia no capicia, ….). Louis Prima ne manque pas de titres de gloire. Souvent réduit à son  I’m Just a Gigolo, on a tendance à oublier que le fantasque trompettiste au swing et à l’énergie bouillonnante fut aussi le compositeur du fameux Sing, Sing, Sing véritable tube planétaire avant l’heure.  Qui se souvient encore qu’en 1967, Louis Prima sera la voix de King Louie dans le livre de la Jungle.  Faconde éternelle de ce troubadour saltimbanque qui sera aussi jettera allègrement dans le rock ‘n roll (Buona Serra) et dont on oublie qu’il participera à l’invention du twist. Comme le montre avec humour la bd, pour un peu si on lui avait demandé, Prima serait devenu le 5° Beatles….

 

Le dessinateur du livret François San Millan plutôt connu pour ses illustrations de livres éducatifs pour enfants est associé pour l’occasion au scénariste qui sous le pseudo de Stéphane Allégret cache un journaliste, un libraire, un auteur de polar, un adaptateur de dessins animés, un ghost writter pour Karl Zero et un scénariste pour le cinéma et la télévision. Toute cette bande de joyeux quinqua a volontairement placé ce livret sur le terrain de prédilection de Louis Prima lui-même, celui de la grosse farce, de l’humour et de l’amour des femmes. Louis Prima y est présenté sous les traits d’un personnage à la fois libidineux et grotesque. Humour grinçant au fil de ces pages que celui que les auteurs portent sur un personnage au clownesque pathétiquement sympathique. Un certain regard de l’Amérique d’après guerre.

Jean-Marc Gelin

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:28

SWING – Jean-Yves CHAPERON

 

Pourquoi parler de ce livre dans une newsletter consacrée au jazz ? Peut être simplement à cause de son auteur, animateur d’une émission de jazz sur RTL, «  L’heure du Jazz » ( le dimanche de 23h à minuit).

Parce que forcément lorsque l’on vit dans le jazz, lorsque l’on écoute cette musique au point qu’elle vous imprègne absolument, forcément elle est un peu présente dans votre patrimoine culturel au point que ce que tout ce que vous écrivez s’en ressent un peu. Et même si ce n’est pas le propos du livre, le jazz est là, sous jacent, tapi quelque part et prêt à surgir au détour d’une ligne ou d’u chapitre. E qu’à la première ligne du livre on sait bien qu’à la fin le jazz émergera.

 

Cette saga commence de nos jours à partir d’une énigme : celle d’un tableau inconnu du peintre Joseph Gaignault sur lequel on trouve cette inscription «  Joseph Gaignault n’est pas peintre ».

Après cette brève introduction en forme d’énigme le récit bascule aussitôt en 1906 pour prendre la forme d’une véritable saga. On y croise des personnages connus. On suit le ténor italien Caruso dans le séisme de San Francisco ou dans cette session d’enregistrement mythique mais jamais révélée au public avec le célèbre basse Chialapine. On y croise aussi le boxeur noir américain Jack Johnson qui un jour, défia l’Amérique blanche en battant James J. Jeffries dans un des moments sublimes du livre où Chaperon donne vie sous nos yeux à ce magnifique combat au rythme incandescent. On aperçoit le chef d’orchestre jazz, Jim Europe un jour assassiné par son batteur devenu fou. On se bat dans les tranchées de la grande guerre dans une vision très célinienne de l’horreur de cette boucherie absurde. Le nom de Sydney Bechet apparaît furtivement ainsi que celui du pianiste Willie « the Lion » Smith. On y voit des danseurs américains et même des fanfarons noirs peinturlurés en noir dans les fameuses troupes des Ministrels. Il y a même Joséphine Baker, jeune danseuse de 15 ans qui pointe le bout de seins au hasard d’un chapitre.

 

On comprend donc que les références historiques abondent et que les personnages réels y côtoient des personnages de fiction. Ces personnages s’entrecroisent et leurs destins se mêlent dans une sorte de chassé croisé un peu déroutant qui renforce le caractère énigmatique du propos. Le rythme est présent et maintient le lecteur en constant éveil un peu à la manière de ces séries américaines où plusieurs histoires sont racontées dans le même épisode. C’est d’ailleurs peut être pour cette rythmique romanesque que le livre s’appelle «  Swing ». Ce qui, en contrepartie peut donner parfois le sentiment d’un grand zapping. Certes Jean Yves Chaperon prend le temps de s’attacher à la psychologie de ses personnages et de leur donner une certaine épaisseur. Mais c’est pour, l’instant d’après les abandonner et passer à un autre. Les références historiques abondent mais c’est un peu à la manière d’un documentaliste qui aurait d’abord cherché ses références et cherché par la suite le moyen des les relier entre elles.

 

Il n’empêche. Chaperon possède une réelle force narratrice et traverse avec brio une partie de ce début du XX° siècle, mêlant habilement les deux côtés de l’Atlantique reliés sous sa plume par la magie du jazz.

Jean-Marc Gelin

 

Collec. Anne Carrière  2006, 453p. 19,80 €

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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 09:20

LE RIRE DE SWANN – André HodeirCollec. Rouge Profond  2006, 140p. 14€

 

André Hodeir on le sait est une légende. Ses écrits ont marqué l’histoire de la critique et du journalisme de jazz avec quelques écrits célèbres comme  « Hommes et problèmes du jazz » paru en 1954 ou encore « Les mondes du jazz » en 1970 ou encore « Jazzistiques ».A 85 ans il publie un petit recueil de nouvelles qui n’ont pas grand-chose à voir avec le jazz mais dans lequel la musique est toujours bien présente. 13 petites nouvelles délicieuses où l’auteur écrit à la première personne et raconte des histoires entre absurde et surréalisme. On le trouve, écrivain célèbre égaré par hasard au paradis des musiciens, on entre dans sa famille où un oncle animateur de télé possède un étrange pouvoir, on le voit transformé en Babby Sitter essayant de faire découvrir la musique à un enfant capricieux et attachant. Les violonistes c’est bien normal (Hodeir est violoniste lui-même) peuplent cet ouvrage truculent qui raconte des petits instants de vie rêvés, des fragments d’histoire qui ouvrent sur tous les possibles et tous les imaginaires. La musique est là en surimpression toujours tapie dans un coin ou au centre du débat. Les musiciens sont de géniaux tartuffes à la fois imaginaires et terriblement humains. C’est un ouvrage remarquable, magnifiquement écrit au surréalisme parfois drôle , souvent émouvant et toujours malicieux. Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 09:17

TOUS LES BLUES D’ALBERT AYLER – Simon GuibertCollec. Voyage au bout d’une vie. Vol.2 é/dite. 2005, 133p. 12€

 

 

 

 

 

 

 

Nous avions évoqué avant l’été le petit ouvrage que cet éditeur avait consacré à la mort de Chet Baker. Séduits par la conception de cette collection consacrée à la disparition mythique des quelques figures légendaires du siècle (John Lennon, Jim Morrison, Jean Seberg, Pasolini, Saint Exupery….) nous sommes remontés à des premiers numéros consacré à une autre légende du jazz, Albert Ayler.Le 25 novembre 1970 le corps du saxophoniste est retrouvé sans vie à Brooklyn dans l’East River. Noyade. C’est la conclusion officielle et celle qui aujourd’hui après avoir trouvé ses détracteurs semble être la cause la plus unanimement reconnue. 133 pages courtes, concises et tranchantes comme de minuscules focus, des spots éclairants pour nous faire comprendre la personnalité d’Albert Ayler. Le saxophoniste qui se raconte, des amis qui l’ont croisés et qui parlent (Alain Corneau ou Delpheil de Ton ) et les plus proches ceux pour qui la disparition d’Albert Ayler sonna comme un drame, Daniel Caux et Michel Le Bris qui tous deux partirent enqûeter sur la mort d’Albert Ayler. Par bribes on essaie de comprendre la haine que suscita souvent sa musique difficile (le faire jouer à Pleyel n’était ce pas l’envoyer aux Lions !). On approche timidement ces relations d’amour-haine avec sa mère (la lettre envoyée par Myrtle Ayler au journaliste français est terrible d’absence d’amour). Cette mère qui déclara un jour à propos de son fils «  j’aurais préféré qu’il n’ai jamais existé ». En Europe paradoxalement, Albert Ayler est aimé. Il revient de Saint Paul de Vence auréolé d’un immense succès à la Fondation Maeght mais aux Etats-Unis, son pays, se retrouve plus bas que terre à tel point que son label pourtant prestigieux (Impulse, le label de John Coltrane) vient de rompre son contrat. Et puis ce lourd sentiment de culpabilité vis-à-vis de son frère qu’il regarde impuissant basculer vers la folie. On connaît les relations de celui que l’on surnommait Holy Ghost avec Dieu et l’inspiration qu’il trouvait dans la bible. Albert Ayler était l’homme d’un passion dévorante celle de la création, de l’art pour l’art. Le discours d’Ayler était un chant de vie, une sorte de flot créateur animé par le sentiment de jouer quelque chose qui émane de l’instant, du suprême : « ailleurs lorsque je jouais  il arrivait que les gens disent que c’était mauvais et cela me faisait pleurer car ce que je jouais, c’est vraiment c que je ressentais ». Bien sûr cet ouvrage n’est pas un ouvrage sur la vie et l’œuvre de Albert Ayler. C’est un ouvrage bref  au rythme quasi radiophonique qui ne possède aucun sens mais a ce charme des objets parfois inutiles. En quelques fragments de mots et quelques éclats de musiques suggérés et surtout grâce  à quelques paroles souvent très belles de ses proches il rend pour un instant sa part de vérité à l’artiste que fut Albert Ayler. Restitue pour un instant la passion devastatrtice de la création brute. La brutalité de la création. Celle devant laquelle nous ne pouvons jamais rester indifférents. Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:09

JJ ALL MY JAZZ, Figures et accords majeurs – Julien Deli Fiori

 Ed. Le cavalier Bleu 2006, 170 p. 19€

Notre confrère journaliste et animateur d’une émission de Jazz sur France Inter s’est amusé à un petit ouvrage sur le jazz dont on est bien en peine de trouver le fil conducteur. Juste l’évocation de quelques « figures » du jazz  choisies de manière totalement aléatoire et arbitraire selon le (bon) goût de l’auteur. Fiche brèves qui par le biais de récit historiques et surtout anecdotiques viennent éclairer quelques musiciens ou quelques aspects du jazz. Figures joyeuses ( Fats Waller, Cab Calloway, Slim Gaillard) aux côtés de figures généreuses (Ella), charismatiques ( Stan Getz), élégantes ( Louis Armstrong), chaotiques ( Billie, Monk) ou encore dramatiques (Tony Fruscella, Joe Maini). Une histoire événementielle du jazz faite de petits détails croustillants plus que de grande mise en perspectives musicologiques roboratives. Des figures aléatoires perdues entre la nouvelle Orléans et le Festival de Vienne. Des petites choses drôles ou graves à raconter sur Slim Gaillard autant que sur Jaco Pastorius. Des anecdotes qui relèvent du domaine public (genre Mingus qui sur scène dans l’orchestre de Ellington colle un bourre pif à Juan Tizol) ou moins connues (les danses de derviche de Monk en plein milieu d’une interview donnée à un journaliste anglais). Cet ouvrage a décidément un petit côté people qui parce qu’il est écrit de manière savoureuse n’est pas pour nous déplaire.

 

 

 

 

 

Savoureux est le mot juste. Car ce petit livre est presque culinaire et l’on ne sera pas surpris qu’au hasard d’un chapitre dans lequel Deli Fiori n’a pas grand-chose à raconter, qu’il nous livre lui l’amateur de bonne chaire, de merveilleuses recettes de cuisines ( !) qu’il associe chacune à un musicien donné. Quand on promet de rendre à son éditeur 190 000 signes faut bien faire avec ce qu’on a. Faut remplir….Mais peut importe le prétexte puisque finalement on y gagne pour notre part la recette de la caponata à  l’italienne !

 

 

 

Car c’est bien de cela dont il s’agit. Julien Deli Fiori nous donne un mezze goûtu de ce(ux) qu’il aime sans oublier d’écorner aussi ce qu’il aime moins (les faux chanteurs de jazz trop commerciaux, le free). Relève aussi sa passion pour les batteurs de jazz (de Chick Webb à Elvin Jones). Assaisonne avec du latin jazz bien épicé.

 

 

 

Ce petit ouvrage n’a pas grand sens. Pas grand intérêt non plus. C’est juste un petit moment qui passe tout seul, une agréable parenthèse en jazzitude, pas compliquée, d’anecdotes et de figures faciles, juste comme ça, pour se régaler. Comme un bon vin , un petit livre à boire sans soif. Juste pour la saveur !

 

 

 

Jean Marc Gelin 

 

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:08

JJJ MA VIE A LA NOUVELLE ORLEANS – Louis Armstrong 

Coda 2006, 232 p. 22€La petite maison d’édition Coda (diffusée par les Presses Universitaires de France) réédite l’autobiographie de Stachmo, «  Ma vie  la Nouvelle Orléans  » alors que l’édition originale en français datait de 1952. L’intérêt de cette nouvelle édition est de mette en parallèle cette version avec l’édition originale américaine partiellement censurée et proposée au public en 1954. Les passages figurant entre crochets nous permettent ainsi de voir les ajouts et retraits de la version française par rapport à la version américaine. Cet ouvrage (non achevé) débute logiquement avec la naissance de Louis Armstrong ( vraisemblablement en 1900). Il s’achève avec son départ de la Nouvelle Orléans lorsqu’il intègre l’orchestre de Joe Oliver à Chicago. Il avait alors 22 ans. Dans une langue parlée, dont la naïveté et la candeur trahissent son immense gentillesse, Stachmo raconte ce qui fut pour lui des jours heureux. Pourtant on imaginerait pourtant que la vie d’un jeune homme vivant dans des conditions proches de la misère, jouant la nuit dans des tonks et livrant du charbon la journée aurait pu (dû) le rendre amer. Lui n’y voit que le plaisir des rencontres et la chance d’avoir pu jouer de son instrument tous les soirs. Et lorsque, avec la plus grande simplicité et sans jamais s’apitoyer sur lui même il raconte comment il allait ramasser les déchets pour ramener des restes à la maison, ce n’est que pour raconter comment sa mère Mayann arrivait à en faire de fameux repas créole. Et même lorsqu’il raconte son internement en foyer entre sa 12° et sa 14° année pour un malheureux coup de feu tiré en l’air un soir de la Saint Sylvestre , il ne retient de ce passage de sa vie que cette rencontre avec Mr Davis qui lui apprit le cornet et lui permit de parader avec sa fanfare dans les rues de Storyville. Mr Davis a qui il doit tout. Mr Davis a qui nous devons tout. Sous le regard de Stachmo, les rues de la Nouvelle Orléans sont peuplées de gentils malfrats tous armés d’un couteau dans une main et d’un instrument de musique dans l’autre. Quelques figures hautes en couleur traversent ce récit comme Black Benny le gentil méchant, les putains à la lame facile lorsque leur mac leur manque de respect et les musiciens sur lesquels Dipper ( alors au sommet de sa gloire) ne cesse de se souvenir avec l’émerveillement d ‘un gosse ( les Kid Ory, Babby Dodds, Lil’ Hardin bien sûr et tous ces fameux qui hantent encore les rues de Perdido). Armstrong les a tous côtoyé ces légendes du jazz, lui qui entendait Buddy Bolden dans les rues quand il était môme. Il croit même se souvenir (mais cela est par ailleurs contesté) avoir rencontré Bix du côté de Davenport lors de ces années passées dans l’orchestre de Fat Marable à bord des bateaux à aube de la Streckfus Line qui remontaient le cours du Mississipi. Tous les voyous de la Nouvelle Orléans se prennent d’affection pour le gentil Dipper, jeune garçon bien sous tous rapports, qui joue comme un Dieu et peut se mettre les plus durs des truands dans la poche d’une simple note. Mais s’il y a un personnage attachant qui traverse cette autobiographie c’est Mayann, la mère de Louis. Avec une immense tendresse et une bonne dose d’humour, Statchmo décrit ce personnage typique de Mama de Nouvelle Orléans, protectrice ( mais pas trop), capable d’aller casser la gueule à ses petites amies ou d’aller se saoûler avec son fiston dans les pires rades de la ville pour lui apprendre à boire. C’est avec délectation que l’on lit ce livre. La même que celle que l’on a en entendant la rauque gouaille de Satchmo Si sensuelle au fond. Sa langue est celle de la rue, ses expressions d’argot celle des truands et ses exclamations des émerveillements d’enfant. Derrière sa gouaille transparaît un formidable amour de la vie et du genre humain pour qui Pops n’est que compassion et tendresse. Bienveillante figure d’humanité. A wonderful world. Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

S’ajoute au manuscrit original un petit addendum autobiographique où Louis Armstrong, pas vraiment dans son état normal raconte son point de vue sur la marijuana. Vaut le détour ne serait ce que pour le style pour le moins décousu et étrange.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:06

JJJ DUM DUM  un polar de FELIX J, Musique Vincent ARTAUD, illustration Thierry GUITARD

 

 

B Flat – Discograph 2006-07-14

 

 

 

 

Dum Dum est une sorte d’Ovni. Un polar regroupant au sein du même objet un scénar sombre aux textes slamés de Félix J(ousserand) où la musique est signée de Vincent Artaud et le livret illustré par Thierry Guitard.

 

 

A la fois CD, BD, et roman noir il a tout d’un vrai polar. Bien au-delà des clichés, ces trois garçons là créent de véritables univers à l’hypra violence glauque. Polar entre black and White de Melville, jaune- rouge vif façon Uma Thurman- Tarantino, violence des textes et de la musique à la Jim Jarmush. 42 minutes pour une formule choc ! Déambulations du slameur dans une sorte de course poursuite urbaine, basses et boucles rythmiques entêtantes, saturations de la guitare de Gilles Coronado, textes acérés, ambiance pesante, rythme haletant. En quelques petites scènes façon synopsis le décor est planté. Beaucoup de clins d’œil se bousculent et les références sont explicites : le cinéma bien sûr mais aussi le roman noir de Robert Mallet, Michael Connelly certainement pas très loin ou encore Thierry Jonquet.

 

 

Une mystérieuse Sidonie se faufile au travers de ces 14 brèves très courtes (2 à 3 mn chacunes) où le pouvoir appartient à l’imaginaire de l’auditeur. Choses dites ou suggérées. Montrées parfois mais jamais totalement révélées par les illustrations vives et judicieuses de Thierry Guitard entre comics américains années 60 et pop art.

 

 

Créateurs d’une atmosphère un peu glauque, parfois irrespirable. Ultra violence sous jacente plus ou moins explicitée de faits divers à la brutalité d’une brève de journal., rubrique Faits divers. Puis conclusion finale qui ouvre sur toutes les hypothèses. 10.000 angles d’approche, c’est le titre de l’un des textes qui résume bien la part de liberté et d’intelligence laissé à l’auditeur/lecteur qui prend sa part à l’intrigue et se tape le recollage des morceaux. Suffoquera peut être et se laissera emporter par le débit de Félix J qui ne lâche jamais son auditeur avec un débit monocorde au rythme quasi hypnotique.

 

 

Quand à la musique,Vincent Artaud confirme dans cet ouvrage qu’il est bien l’un des créateurs majeurs de la scène musicale d’aujourd’hui. Un auteur capable de s’approprier n’importe quel univers pour nous le restituer en couleurs sonores donnant à la musique une réelle force littéraire, poétique ou dramatique comme il le fait ici. Vincent Artaud créée des atmosphères, joue avec les connivences des instruments, les amène à se rencontrer pour nous raconter ensemble des histoires qui fascinent notre imaginaire. 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

Qu’il nous soit permis dans ces colonnes de regretter que des programmateurs par trop frileux aient décidé au dernier moment de déprogrammer « Dum Dum » prévu au Trabendo le 4 septembre.

 

 

 

 

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4 août 2006 5 04 /08 /août /2006 17:40

Les éditions BD jazz ont demandé à Jacques Ferrandez d’illustrer le dernier né de la collection consacré à Miles Davis. Et Jacques Ferrandez, c’était l’homme qu’il fallait pour s’attaquer à Miles. En effet Ferrandez grand amateur de jazz et de be bop devant l’éternel aurait tout aussi bien pu devenir musicien professionnel, contrebassiste en l’occurrence si sa passion du dessin n’en avait pas décidé autrement. A 50 ans Ferrandez est devenu un grand nom de la BD bien connu pour ses histoires algériennes (son pays natal) et surtout pour quelques titres phares de la BD comme l’Outremangeur chez Casterman (2000) ou La boîte Noire paru chez Gallimard tous deux en collaboration avec Tonino Benacquista. La série des carnets d’orient débutés en 1987 a marqué les esprits et il ne serait pas étonnant qu’elle soit à l’origine d’autres voyages orientaux rencontrés chez d’autres dessinateurs.

 Dans le Miles Davis qu’il nous livre aujourd’hui, Ferrandez s’attache à la quête parkérienne de Miles , c'est-à-dire cette période qui le conduit dans les années 44-45 dans les clubs de la 52ème rue à la recherche de Bird, sorte de but suprême pour celui qui fut un jour embauché dans l’orchestre de Billy Eckstine. Ayant quitté sa vie bourgeoise auprès de son père dentiste à Saint Louis et destiné à se retrouver à la Julliard School , Miles rejette alors l’enseignement blanc qui lui est proposé et se trouve bien plus attiré, aimanté pourrait on dire vers les musiciens de cette nouvelle musique que représentait le be bop, certain qu’il se passait des choses historiques autour de Parker et désirant farouchement en être.

 Rencontre avec Parker, d’un Miles que Ferrandez représente comme farouchement déterminé à forcer son destin mais dans le même temps un peu halluciné par sa belle aventure. Comme s’il assistait autant en acteur qu’en spectateur de sa destinée. Le Bird en revanche n’est pas trop crédible représenté là en sale type superstar particulièrement vulgaire et grossier acceptant sans aucun état d’âme le départ de Dizzy, plus occupé alors à lever les poules de luxe et à se procurer de l’argent pour sa dope. Un portrait sans doute un  peu caricatural mais inévitable compte tenu du format très court de la BD ( 20 pages à peine). Cette BD qui commence quasiment avec l’arrivée de Miles à New York se termine dans un face à face émouvant avec son père, à Saint Louis à qui Miles avoue qu’il veut quitter la Julliard School pour se consacrer à la musique et recueillant alors contre toute attente l’encouragement du paternel qui loin de le décourager lui intime simplement cet injonction «  Quoique tu fasse, fais le jusqu’au bout et surtout trouve ton son. Trouve le son de Miles Davis ».

Le dessin de Ferrandez est vif, précis soucieux d’un réalisme presque documentaire. L’utilisation très maîtrisée des jeux de lumières, notamment sur les couleurs sombres dans les scènes nocturnes urbaines ( le noir lumineux des carrosseries de voitures, les visages des jazzmen, avec quelques traits de crayon disséminés pour accentuer les contrastes) parvient à nous mettre dans l’ambiance de Big Apple et des clubs de l’époque.

Pour la partie musicale les deux CD qui sont présentés représentent une sélection discographique de grande qualité montrant entre 1949 (l’époque de Birth of the Cool) et 1955 (« Milt and Miles ») un Miles en lente progression vers sa pleine maturité. On s’étonnera juste du choix de l’éditeur d’avoir volontairement écarté les enregistrements où Miles, d’ailleurs trompettiste très moyen à l’époque, joue avec Charlie Parker. Et ce sera notre seul regret dans l’histoire que de voir oubliées ces sessions de 1945 ou de 1947 comme ce Milestones par exemple qui ne pouvaient on ne peut mieux illustrer le propos du dessinateur et la progression de Miles Davis. Choix surprenant mais qui a sa propre logique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Xavier D’Almeida - Jean Marc Gelin

 

 

 

 

 

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