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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 21:36
WHIPLASH Film de Damien Chazell


https://www.youtube.com/watch?v=f_bmXeLbr7k



Faut- il aller voir Whiplash ?

Sans vouloir parodier les duels de certains chroniqueurs de la presse écrite au sujet des films ou des livres qui sortent, la question se posait au moment de la sortie en France, le jour de Noël du deuxième film du jeune franco américain Damien Chazelle . Précédé d’un buzz très favorable, Whiplash a raflé de très nombreux prix du cinéma indépendant. Il est tellement rare de voir un film actuel sur le jazz, dont la B.O fait entendre du jazz et le thème traite de l’apprentissage d’un jeune musicien au cœur d’une des plus célèbres écoles de musique de Manhattan ( Shaffer pour Julliard ?) qu’on ne va pas faire la sourde oreille.

Avouons d’abord que le film est réussi cinématographiquement, électrisant, avec une mise en scène sous tension, des éclairages de film noir, orchestrant un terrible affrontement psychologique. Comme tout bon thriller, il réveille littéralement, fouette les nerfs et le sang ( « whiplash » signifie d’ailleurs « coup de fouet »). Le duel entre un maître sadisant son étudiant est haletant. L’extraordinaire J.K Simmons (qui a une certaine ressemblance, seulement physique, précisons- le, avec Marc Ducret) joue au chat et à la souris avec son étudiant Andrew (le jeune Miles Teller, qui savait déjà jouer en autodidacte de la batterie !). L’éducation se fait dans la douleur, comme s’il fallait payer le prix fort pour révéler le talent, voire le génie. Avec la référence répétée du jeune Charlie Parker qui manqua de se faire décapiter lors d’un « cutting contest » au Reno Club par une cymbale du vénéré Jo Jones . Rentré chez lui, il se mit au travail très sérieusement et donna un an plus tard un solo mémorable... comme dans le final où Andrew éclabousse de son talent (et de sa sueur) l’orchestre entier et son chef au JVC Festival. On l’aura compris, c’est un peu « Blood, Sweat and Tears » et c’est la première des réserves que je formulerai, mettant en doute l’efficacité d’une telle méthode d’apprentissage. C’est avant tout aux notions de compétition et de transmission d’un état d’esprit que le film s’intéresse. Et les conséquences de ce formatage peuvent être cruelles, voire dramatiques.

Ensuite, le film sert-il véritablement le jazz ? Ceux qui ne connaissent rien à cette musique retiendront que les batteurs, certes gardiens du tempo, sont essentiels. Outre la boutade, cette lutte acharnée pour être le meilleur, donne une image quelque peu déformée de la pratique musicale, même à un très haut niveau. Selon le professeur qui agit comme un sergent instructeur des marines, les étudiants ne sont jamais dans son tempo, « not quite my tempo » martèle t-il avec insistance. Ou alors, il leur hurle dans les oreilles « rushing or dragging » ? Sportif de combat, obsessionnel du je(u), le personnage d’Andrew est antipathique, arrogant dans sa recherche effrénée de perfection, et très seul. Où est donc l’ « interplay », l’improvisation collective, le désir d’écouter et de répondre à l’autre ?

Quant à la place de la femme, elle est cruellement inexistante : la seule musicienne de la classe de jazz qui auditionne, au premier rang dans le pupitre des vents, se voit rabrouer par le tortionnaire enseignant sous le prétexte qu’elle n’est là que pour son physique. Il est vrai que tous les musiciens de l’orchestre se font humilier, encore plus violemment même. Quant à la délicieuse petite amie avec laquelle Andrew tente d’avoir une relation, elle se révèle vite, de son point de vue, un obstacle à son ambition. Alors... exit Nicole.

Et la musique ? Dans sa composition et la sélection même des thèmes, elle souligne avec cohérence l’angle d’attaque du cinéaste. La musique originale est de Justin Hurwitz et Tim Simonec, musiciens intéressants à découvrir ici. Le batteur percussionniste vedette et leader qui inspire Andrew est Buddy Rich, surnommé « Traps, the drum wonder » à ses débuts, au professionnalisme plus qu’exigeant dont on voit le portrait et le CD Birdland, que le jeune batteur écoute en boucle. Un batteur qui pouvait privilégier le côté spectaculaire de l’instrument...ce à quoi aboutit Andrew dans son solo final sur le thème de Juan Tizol et Duke Ellington « Caravan », morceau de bravoure très long et de plus en plus angoissant. Quant au rendu orchestral, il m’a semblé y entendre des réminiscences schiffriennes, le maître de la Bo Jazz fin des sixties /seventies. Mais incontestablement, le thème qui revient le plus souvent est « Whiplash », du saxophoniste Hank Levy, compositeur, arrangeur pour les orchestres de Stan Kenton et Don Ellis. Musicien original, créatif, enseignant à la Towson University, Maryland, c’est musicalement la meilleure inspiration du film et c’est une trouvaille que de lui rendre ainsi hommage.
Sophie Chambon

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Published by Dernières Nouvelles du Jazz
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