imuZZic Grand(s) Ensemble : Jean Aussanaire (saxophones ténor & soprano), Alain Blesing (guitare), Rémi Gaudillat (trompette, bugle), Antoine Läng (voix, électronique), Perrine Mansuy (piano), Fred Roudet (trompette, bugle), Bernard Santacruz (contrebasse, guitare basse), Olivier Thémines (clarinette & clarinette basse), Bruno Tocanne (batterie).
Bourgoin Jallieu, avril 2015
IMR 008 / Muséa
À l'origine Escalator Over The Hill , une œuvre un peu folle de Carla Bley (triple 33 tours à l'époque, aujourd'hui 2 CD), sur des textes du poète Paul Haines, œuvre enregistrée entre 1968 et 1971 à la faveur des disponibilités des studios et des interprètes. Pas un opéra, ni un oratorio, mais selon leurs auteurs une chronotransduction, terme intraduisible qui évoque une sorte de voyage dans le temps et l'imaginaire. Œuvre légèrement pataphysique et totalement déjantée, à laquelle tout ce que New York comptait alors d'allumés notoires de la musique (tous styles confondus) apporta son concours : Jack Bruce, Linda Ronstadt, Gato Babieri, Don Cherry, John McLaughlin, Enrico Rava, Charlie Haden, Paul Motian, Sheila Jordan, Jeanne Lee, Don Preston, Jimmy Lyons, Howard Johnson, Roswell Rudd, Dewey Redman....). Puis le désir, tout aussi déraisonnable, chez Bernard Santacruz et Bruno Tocanne, d'en donner une nouvelle version, partielle et à neuf musiciens. Carla Bley, sollicitée pour donner son accord, leur dit : « Si vous êtes assez fous pour le faire, allez-y ! ». Ainsi fut fait. Au festival Djazz de Nevers 2014, où elle jouait en seconde partie de leur concert, Carla Bley leur manifesta son enthousiasme en venant avec eux saluer sur scène. Et quand elle a reçu le disque, tout récemment, et après l'avoir écouté en compagnie de Steve Swallow, elle leur a écrit ceci : « Nous avons écouté votre merveilleuse version d'ETOH hier soir et nous avons été stupéfaits et ravis comme nous l'avions été à Nevers. C'est une parfaite combinaison de l'ancien et du nouveau, du contrôle et de l'abandon, du réalisme et de l'abstraction... ». Et à l'écoute de ce disque, on ne peut que souscrire au jugement enthousiaste de la compositrice. Dix thèmes sont repris, arrangés par des membres de l'orchestre, et en ordre bouleversé, sur les 27 que comportait la version princeps. Des thèmes parfois développés, ou au contraire condensés, souvent métamorphosés, mais dans l'absolu respect de la magie originelle. Tout est là : la cérémonie des fanfares, mystérieuse, mélancolique ou enjouée ; l'énergie héritée du free jazz, canalisée par une ambition esthétique aboutie ; un esprit de fête et d'apocalypse tout à la fois ; une folle liberté des solistes, tous impeccables ; et un esprit collectif comme l'on en voit rarement. L'auditeur passionné que je fus de la version originale est totalement conquis par cette relecture amoureusement libre. Carla Bley a toutes les rasions du monde d'être comblée par le travail de ces doux énergumènes !
Xavier Prévost
L'ensemble imuZZicz jouera cette musique le 5 décembre à 17h30, à Paris, Maison de la Radio, pour la série « Jazz sur le vif » d'Arnaud Merlin. Ce concert sera diffusé sur France Musique le mercredi 9 décembre à 20h.

