
Clovis Nicolas (contrebasse), Brandon Lee, Bruce Harris (trompette), Grant Stewart (saxophones ténor), Kenny Washington (batterie)
Brooklyn, 23 novembre 2016
Sunnyside SSC 1495 / Socadisc
Cela fait 15 ans que Clovis Nicolas a choisi de vivre à New York sa vie de contrebassiste, et il nous envoie ce message phonographique, qui fait suite à «Nine Stories», enregistré en 2012 pour le même label. Le précédent CD comportait une grosse moitié de compositions personnelles, et c'est le cas cette fois encore ; mais les reprises comportent un morceau de choix (presque un défi !) : la Freedom Suite de Sonny Rollins (millésime 1958, avec Oscar Pettiford et Max Roach). Clovis Nicolas a choisi de donner, de cette célèbre pièce en trio, une version de quartette, avec saxophone et trompette (le trompettiste pour la suite, comme sur la majorité de l'album, est Brandon Lee). De ce changement d'instrumentation procède une nouvelle approche : on pense (notamment dans l'harmonisation des exposés) aux rencontres de Rollins (ou de Coltrane) avec Don Cherry. Le contrebassiste intercale deux courts interludes entre les parties, confirmant ainsi son désir d'un éclairage personnel sur une œuvre abordée avec amour et enthousiasme ; et le résultat en valait la peine. Les compositions du contrebassiste révèlent (ou plutôt confirment) un sens aigu de l'idiome, maîtrisé comme il se doit, mais surtout servi par un désir de faire chaque fois un pas supplémentaire (de côté, ou vers l'avant, selon les plages), comme le firent les compositeurs solistes des années 50 et 60, recevant un langage en héritage, mais s'efforçant de conquérir une vraie singularité. La plage 8, Nichols and Nicolas, est à cet égard très éloquente : son caractère sinueux, et ses bifurcations subtiles, montrent à quel point on peut encore labourer les territoires du jazz de stricte obédience en quête de nouvelles sensations. Les standards (Fine and Dandy, en quartette, puis Little Girl Blue, en solo), viennent à propos rappeler que le jazz ne dédaigne pas le répertoire, pourvu que l'on pose sur l'objet sacralisé une regard neuf. Et cela nous prouve que décidément, et notamment par la réussite de ce disque, Clovis Nicolas confirme son importance, comme leader autant que comme sideman, ou comme soliste, sur les deux rives de l'Atlantique.
Xavier Prévost
Clovis Nicolas sera en quartette (avec Bruce Harris, Dmitry Baevsky & Steve Brown) le 19 mars à Paris au Duc des Lombard, à 19h30 et à 21h30, mais les deux concerts sont complets. Le lendemain, 20 mars, le groupe jouera au «Jazz Fola Live Club», dans le Quartier de Luynes, à Aix-en-Provence.

