INTIMATIONS
Musique improvisée et composée par Denis Fournier et Denman Maroney
Vents du Sud/Allumés du Jazz
Pochette d'un paysage à l'austère beauté où les oiseaux sur leur perchoir ne ressemblent pas aux volatiles hitchcockiens même si la musique parfois rugueuse, inquiétante, semble vriller nos tympans. Non que le volume sonore soit trop fort mais l'alliance des textures et timbres du piano préparé de Denman Maroney (qu'il appelle "hyperpiano" ) et la batterie également accommodée de Denis Fournier, surprend sans agresser et plonge très vite dans un questionnement accepté jusqu'au final hypnotique et énigmatique "Calm Weather".
Les titres à compter de celui de l'album sont inspirés de l'une des odes les plus célèbres (pour les Anglo-saxons du moins) "Intimations of Immortality" issue du recueil Recollections From Early Childhood du romantique William Wordsworth, le poète du Lake District... Le metteur en scène Elia Kazan y a pioché le nom de son film d'apprentissage Splendor In The Grass, vite devenu culte, sur les rêves et espoirs brisés de ces jeunes protagonistes.
La création, à savoir l'imagination et ici plus précisément l'improvisation prennent le dessus sur la composition réfléchie. Néanmoins, l'expérience revient sans nostalgie régressive, avec une forme de lucidité sur la nécessaire et injuste violence du temps qui passe.
Jamais tonitruante, la musique avance avec une tranquille assurance, dévoilant fluidité et cohérence.
Denis Fournier tisse une oeuvre intime et singulière, et Intimations en sera une nouvelle étape tant ce duo foisonne d'idées abouties pour étoffer une riche palette de sons : ainsi, les "Shadowy recollections" sont, de par leur durée, le morceau le plus représentatif de cet art des climats, tout en variations subtiles, où la musique prend son temps. Le batteur a trouvé en ce pianiste épatant un partenaire avec lequel il peut compter, qui ne se préoccupe de rien d'autre que de l'instinct, de l'instant. Cela peut être irritant "Obstinate questionings", surprenant, envoûtant, joli même. Incarné en tous les cas.
Sophie CHAMBON


