
Vincent Bourgeyx (piano), David Prez (saxophone ténor), Matt Penman (contrebasse), Obed Calvaire (batterie)
Meudon, 21-22 septembre2017
Paris Jazz Underground PJU 019 / l'autre distribution
La même équipe que pour le disque «Short Trip» (Fresh Sound New Talent, 2016, chronique ici), mais sans la chanteuse invitée Sara Lazarus. Et toujours cette passion ardente du jazz, d'un jazz qui repose sur ses fondamentaux tout en laissant respirer la liberté jusqu'à l'abandon total. Le disque débute presque sagement, dans les canons de l'idiome : dans un thème original une partie en trio un peu 'à la Hancock' du début des années 60, avant l'entrée du sax comme aux temps du Coltrane (ou de Dexter) de la même époque, puis vient une ballade, I Fall In Love Too Easily, jouée en trio avec une savante ferveur qui donne le frisson. Au troisième titre on décolle vers le sinueux, le tendu, l'audacieux, sans quitter le souci du 'cap au jazz' . Aux côtés du piano et du sax, basse et batterie entretiennent la tension, l'enrichissent et la subliment. Comme une sorte d'idéal du quartette de jazz quand la maîtrise, l'imagination et l'engagement sont au rendez-vous. Mais déjà chaque solo du pianiste nous dit qu'il y a là une manière de fuir la redite, le cliché, ces faiblesses qui portent à dérouler une improvisation avec les mêmes valeurs rythmiques assorties de transitions harmoniques soigneusement préparées à la maison. Le pianiste est mélodique ET inventif, il prend des risques mais garde un œil sur la cohérence de l'horizon. Au fil des plages, des chansons ou des standards du jazz : I Love Paris me rappelle un peu la manière dont, au début des années 60, Martial Solal métamorphosa Sous le ciel de Paris. Le jazz a cette faculté de modifier sans trahir. Lush Life, que l'on croirait intouchable, verra aussi ses couleurs harmoniques changer, dans une relecture aussi libre qu'amoureuse. Les compositions originales sont toutes d'une indiscutable densité, et Peace d'Horace Silver, qui clôt le disque, vient comme un ultime hommage à ce jazz qui suscite tant de libertés pour qui sait les conquérir : Vincent Bourgeyx et ses amis sont au nombre de ces élus. Beau disque de jazz, qui nous entraîne loin de nos bases tout en nous parlant une langue familière : peut-être est-ce là le 'rêve cosmique' de «Cosmic Dream».
Xavier Prévost
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Vincent Bourgeyx joue en quartette les 7 & 8 juin 2019 à Paris au Sunside
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Un extrait en trio
https://www.youtube.com/watch?2=&v=4o_W_GtdBpM
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Le site de Vincent Bourgeyx

