OISEAU RARE
BRUIT CHIC / L’Autre Distribution
Sortie du CD le 13 octobre.
Concert de sortie au Studio de l’Ermitage (Paris) le 18 octobre.
Pratiquant l'alternance dans la longueur des dix compositions, toutes de sa plume, peaufinées lors du confinement, Yoann Loustalot nous présente son Oiseau rare sorti sur le label Bruit Chic. La pochette du CD n’est plus vraiment un voyage dans l’imaginaire du groupe mais fait référence à de drôles de volatiles. C’est par un trio de cordes frottées que commence le concert, mais avec son bugle Loustalot ne flâne pas hors du temps, il s'enroule plutôt dans ce “Nom de plume”qui semble imager le titre, en écho à la pochette.
Que lui est il donc arrivé? Un désir soudain d’écrire pour les cordes, de se frotter à des sons et textures nouveaux avec ces traits d’archet qui tranchent et découpent dans “Tango de Fuga”?
S’est il pris pour Bird? A-t-il cédé pendant cette période si incertaine et angoissante à l’appel du règne animal? L’envol est la figure la plus appropriée quand on évoque le style du trompettiste-bugliste. Son univers poétique nous est à présent familier, l’ayant suivi dans des formations diverses en leader ou sideman. Mais quel que soit le répertoire, son jeu se reconnaît très vite, à la trompette et au bugle : il sait à merveille envelopper de brume la force du souvenir, répondant encore dans cet album à un besoin de douceur, explorant le détail sans faire trop de notes (“Balcon de Malte”) s’abandonnant volontiers à un certain impressionnisme des sensations.
Soutenu par une rythmique essentielle indispensable à son envol (le regretté Matyas Sandaï tient la contrebasse sur trois titres...Yvan Gelugne sur les autres) le trompettiste se pousse vers le ciel dans une palette nuancée de couleurs plutôt similaires. Le temps s’étire comme une aile et on se laisse prendre au charme de certaines pièces en forme de plume et non plus de flocon comme dans l’un de ses albums antérieurs.
Si le trio de cordes est parfait, on appréciera la délicatesse du toucher de Julien Touéry, alter ego du leader. Souple et précis, il a le sens des nuances et sonne toujours juste.
Une des pièces préférées est “A la dérive”, ballade introduite subtilement, en accord parfait avec le piano avant de dérouler un thème qui ferait une B.O de film noir impeccable, encore plus nostalgique que mélancolique. Les cordes parachèvent le travail en pizz sautillants qui annoncent une échappée brillante, plus décisive. La composition est longue et on ne s’en plaindra pas tant elle se transforme pour finir sur des notes inquiétantes. Les cordes en aucun cas ne constituent un écrin moelleux et lénifiant, toujours franches d'attaque. Le trompettiste semble lutter avec elles dans un “Oiseau rare” court et convaincant qui installe le décor. Mais il trouve un refuge avec l’ouverture du violoncelle d’Atsushi Sakaï dans ce “Peaceful wood” où l’on aimerait bien se perdre, en apesanteur. Le voyage musical de ce drôle d'oiseau se conclut sur un “Baïkal Blue Ice” (souvenir de la tournée épique qui donna Sleeper train ?) les cordes frottant en contrepoint sur ce miroir de glace.
En écoutant cette musique intrigante dont on cerne moins facilement contours comme dans ce “Perdersi e perdere”, on sent que le trompettiste suit des chemins qui bifurquent. Il prend de la hauteur, créant à sa manière une ode à la fragilité de la vie.
A noter que cet Oiseau Rare sort aussi en Vinyle avec 5 titres exclusifs et 4 du CD “Nom de Plume”, “When We Say Goodbye”, “Trick in a Dream”, “Peaceful Forest”.
Sophie Chambon

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