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La contrebassiste surgit dans l’actualité de cette fin de saison de deux manières, avec deux disques qui parlent éloquemment de son parcours artistique et musical : avec ‘Puzzle’, musique advenue sur scène voici à peine plus de trois ans avant de venir au disque ; et avec le quartette du violoniste Jackie Molard, qui célèbre vingt années d’aventures
HÉLÈNE LABARRIÈRE «Puzzle»
Hélène Labarrière (contrebasse), Catherine Delaunay (clarinette), Robin Fincker (saxophone ténor), Stéphane Bartelt (guitare), Simon Goubert (batterie)
Bringolo, Côtes-d’Armor, mars 2024
Jazzdor Series 23 / l’autre distribution
Un disque singulier, à tous égards. Riche de son répertoire, des figures féminines qui l’ont inspiré, et de la folle énergie qui préside à son avènement. Hélène Labarrière, au travers de cinq compositions, évoque cinq femmes qui, à des époques différentes, ont incarné des combats, des luttes, des aventures individuelles au service du bien commun, et des rêves collectifs qui s’inscrivent dans la réalité. Cinq compositions signées par la contrebassiste, et confiées, pour leur arrangement, leur mise en émoi(s), à des compagnons de route et d’aventure musicale. Les femmes qui ont inspiré ces musiques sont Thérèse Clerc, à la pointe des combats féministes des années 60-70 ; Angela Davis et Emma Goldman qui à, des époques différentes, ont incarné la résistance à l’oppression raciale et sociale aux États-Unis ; Jane Avril, danseuse de French Cancan et aussi un emblème d’émancipation féminine ; et Louise Michel, qui fut la militante que l’on sait, avant, pendant et après la Commune de Paris, au prix souvent de sa liberté. Les artisans qui ont œuvré artistement sur ces compositions sont François Corneloup, Sylvain Kassap, Dominique Pifarély, Jacky Molard et Marc Ducret. La musique traverse les codes, les contourne ou les subvertit, dans un lyrisme retenu comme dans des débordements paroxystiques. Et l’ultime composition de ce puzzle, l’énigmatique Souvenir, échappe à l’intention programmatique et aux arrangements-relecture des amis. C’est tout un monde lointain qui se dessine, «absent, presque défunt», et Baudelaire n’est pas loin. Ce n’est pas une musique neutre, c’est un art esthétiquement engagé, servi par des solistes et des improvisations qui nous emportent loin de nos certitudes, peut-être du côté de nos rêves. Formidable aboutissement d’un travail aussi collectif qu’inspiré.
Le groupe fêtera la parution de ce disque à Berlin le 6 juin, dans le cadre du festival Jazzdor Strasbourg-Berlin
Un avant-ouïr sur Youtube
https://www.youtube.com/watch?v=emtW5PMxS7g
JACKY MOLARD «4»
Jacky Molard (violon), Yannick Jory (saxophones), Janick Martin (accordéon), Hélène Labarrière (contrebasse)
Bringolo, Côtes-d’Armor, décembre 2024
Mojola 0525
https://mojola.bandcamp.com/album/jacky-molard-4
Ce disque vient célébrer les 20 ans du groupe, avec une musique mûrie au fil des concerts, ou advenue plus récemment. La tradition musicale bretonne, et plus largement de toutes les cultures celtiques, s’y mêle à des compositions (et des improvisations) qui fleurent bon le jazz contemporain, et plus largement la musique de tous les mondes qui nous entourent, y compris le monde des rêves. J’y entend parfois (phantasme d’auditeur ?) l’écho des musiques répétitives états-uniennes, magnifiées par l’obstination de la différence dans l’apparente répétition. Et je me dis que cette musique répétitive d’Outre – Atlantique, comme beaucoup de musique de là-bas, doit beaucoup aux racines celtes, à l’Irlande, à l’Écosse. Mais ce qui compte vraiment, c’est ce qui se joue, dans ce disque et maintenant, de la mémoire qui se réinvente en musique.
Xavier Prévost

