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3 août 2025 7 03 /08 /août /2025 19:38
Laurent Briffaux    Bill Evans  Le Cercle de Trois

Laurent Briffaux

Bill Evans Trio Le Cercle de Trois

Editions Lenka Lente

 

www.lenkalente.com

 

Bill Evans : Le Cercle de Trois de Laurent Briffaux / Editions Lenka lente

 

 

Si on a beaucoup écrit sur le premier trio de Bill Evans formé de Paul Motian et de Scott LaFaro entre 1959 et 1961, Laurent Briffaux publie sur les éditions nantaises Lenka Lente de Guillaume Belhomme un récit tout à fait étonnant, sensible et poétique, très documenté sur l’émergence de cette formation qui allait révolutionner l’histoire du jazz. Un trio hors norme, trois personnalités vraiment différentes que la musique seule rassembla, association improbable et éphémère, le génial contrebassiste ayant disparu dans un tragique accident de voiture. Musicien, Laurent Briffaux l’est assurément quand on découvre sa façon de décrire le jeu et les moments musicaux, l’atmosphère des gigs. Sa passion pour le trio remonte à loin puisqu’il est déjà l’auteur d’une biographie du contrebassiste aux Cahiers du Jazz. Car on ne peut pas dire que  le pianiste  a les projecteurs constamment braqués sur lui : il est certes le leader mais nous est surtout montrée la création d’un triangle totalement équilatéral où chacun sut rapidement trouver sa place et entrer en résonance avec les deux autres.

Autre originalité : si Bill Evans avait une passion pour la « forme » qu’il voulait imprimer à sa musique, luttant entre l’ordre et l’émotion, trouvant sa liberté dans le cadre et la partition, l’auteur nous livre « a narrative non fiction » sur la ligne de crête périlleuse entre fait et fiction. Ce n’est ni une biographie, ni un récit factuel nécessairement plus sec comme Bill Evans : Portrait d’un artiste au piano dans l’excellente collection Bleu Profond en 2004 d’Enrico Pierannunzi qui s’était livré à un exercice d’admiration d’un pianiste à son modèle et mentor.

Suivant sans doute l’écrivain du jazz Alain Gerber qui écrivit nombre romans du jazz sur les grands de cette musique, en fictionnalisant quelque peu leur vie, Laurent Briffaut imagine et réécrit avec talent la rencontre et la vie du trio de 1959 à 1961 selon les dates précises des concerts et tournées, par touches progressives, dans de courts chapitres qui finissent par dresser un portrait des plus vifs, titrant chaque entrée d’une chanson ou composition du trio. Pour cette reconstitution passionnante, nul doute qu’il s’est livré à un travail considérable de recherches, épluchant tous les types de documents possibles. Il intègre ainsi témoignages, anecdotes essentielles, précisions historiques, réflexions culturelles, sociales, biographiques évidemment et analyses musicales des plus fines. Sur une trame d’utiles points de repère, avec un système astucieux de notes en fin d’ouvrage qui éclairent considérablement le contexte, Laurent Briffaux tisse une toile de fond sur laquelle va se dérouler l’une des plus formidables aventures musicales et humaines du jazz, d’autant plus intense qu’elle ne dura que deux ans. Sans oublier d'établir à la fin du volume une chronologie précieuse et une discographie particulièrement soignée en inédits.

On a l’impression de lire un roman et en cela, l’auteur s’inspire aussi de Jean Echenoz et de son Ravel avec plus de bonheur dans la collecte des faits, car il est plus facile de se lancer dans une véritable enquête sur la vie et l’aventure du trio ( Motian gardait par exemple tous les comptes des concerts). Il réussit à apporter une belle singularité à ce qui aurait pu être une chronique de plus sur un trio même mythique  qui révolutionna l’art du trio justement. Il montre dans une approche sensible et progressive comment ces trois musiciens qui n’avaient pas grand-chose en commun ont réussi à s’apprivoiser et à inventer l’inouï : s’acharnant comme tous les grands à ne ressembler qu’à lui même, toujours à la poursuite de la mélodie, Billy savait pourtant s’abandonner à chaque improvisation que souvent ses acolytes lui rendaient imprévisible.

Véritables personnages de fiction, tenaces mais chahutés par la vie des musiciens de l’époque (et pourtant ils ne sont pas noirs), l’issue nous importe autant que la musique, le fil du suspense n’étant jamais négligé. Un « page turner » en somme.

Le style est enlevé, on découvre enfin une écriture ce qui est plutôt rare dans ce genre de livre « musical ». Et c’est drôlement agréable que de se laisser entraîner, de par la maîtrise narrative et l’érudition musicale dans un  scénario bondissant qui balise deux années folles en d’audacieux travellings.

Sophie Chambon

 

 

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