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Dans ses notes d’introduction, l’auteure Rolande HUGARD-GOURLEY se rappelle ... Pour la sortie du disque ‘’The Jazz Trio’’ (1983), Alain GERBER écrivait un long article intitulé « Jimmy n'a jamais su tricher » :
« ... la profession de foi de Jimmy tient en peu d'articles : ne jamais tricher ; avoir le courage de « jouer propre », c'est-à-dire de ne jamais sacrifier le « texte » à la mise en scène - ce qui oblige précisément à avoir un « texte », un contenu musical à délivrer ».
Et il ajoutait, sans craindre d'être excessif dans ses propos :
« Ces exigences n'ont l'air de rien. Si chacun les prenait pour des critères, cependant, les trois quarts de la musique que l'on entend aujourd'hui rejoindraient ipso facto leur lieu naturel : le fond des chiottes ».
Au micro de France Musique, il développait un autre aspect du jeu de Jimmy :
« Sa manière a toujours été l’élégance même, une grâce liée, comme chez les danseurs, à une grande sureté de geste. Cela suppose par exemple de ne pas jouer deux notes quand une seule peut suffire, voire un silence. Cela implique aussi que ces deux notes soient définitives. Le dépouillement ne se justifie que par une certaine infaillibilité. On voit qu'il ne faut pas avoir froid aux yeux pour improviser à l'économie ! On comprend qu'il faut avoir les nerfs solides pour faire à la fois le pari du lyrisme et celui de la décantation. Il devient si facile de rater son coup. Si on rate une note, elle est alors très ratée ! Ce n'est pas comme si on en rate une parmi deux cents ! Par son attaque incisive, la puissante découpe des phrases, la netteté des articulations, l'autorité de son énonciation, Jimmy prolonge la tradition qui est celle de Charlie Christian ou d'Oscar Moore ! »
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Voilà, tout est dit ... ou presque, qui révèle 6 décennies de musique, partagée par ce parisien d’adoption, ‘Dictionnaire du jazz à lui tout seul’’ (Francis Marmande, Le Monde, 29 mars 2001), sur les scènes et dans les studios du monde entier avec tous ceux à qui le jazz doit quelque chose et/ou qui doivent quelque chose au jazz : Henri Renaud, Bobby Jaspar, Lee Konitz, Clifford Brown, Gigi Gryce, Bud Powell, Bob Brookmeyer, Roy Haynes, Duke Ellington, Buddy Banks, Chubby Jackson, Lester Young, Lou Bennett, Louis Armstrong, René Urtreger, Eddy Louiss, Stan Getz, Johnny Griffin, Sonny Stitt, André Villéger, René Thomas, Mundel Lowe, Marc Johnson, Vic Lewis et tant d’autres ...
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Pour mettre cette biographie* en forme, Rolande, la fidèle compagne, a puisé dans sa mémoire, dans une riche iconographie et d’abondantes archives sonores et écrites la matière à construire un ‘’Jimmy Gourley, Day by Day, Film by Film’’, dont l’idée originale lui avait été soufflée par l’ami constant, Félix Lemerle.
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Se reflète donc ici la trame sur laquelle se tisse jour après jour le quotidien d’un artiste musicien de jazz expatrié, et dont elle constitue un peu l’archétype, avec ses faux-départs, ses obstacles, ses emballements, ses passages à vides et ses sommets, en France, Europe, Etats-Unis, Afrique et partout ailleurs ... Bref, tout ce que l’on n’imaginait pas disposer un jour sur l’un des musiciens les plus discrets°, les plus originaux, les plus élégants et ... les plus injustement oubliés de l’histoire du jazz, disciple de Jimmy Raney : Jimmy Gourley, Un américain à Paris !!
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En même temps que cet ouvrage, premier et unique à ce jour consacré à la mémoire de Jimmy et qui se lit d’une traite, Frémeaux & Associés édite une anthologie sonore des périodes les plus riches de sa carrière dans un coffret de 3 CDS (1951-1954, 1954-1961 et 1972-2002)** ... l’un n’allant pas sans l’autre !
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Pour le reste :
- On consultera avec bonheur la discographie complète de Jimmy, rassemblée par Christian Oestreicher (récemment disparu).
- Jordi Pujol a édité en 2019 sur le label Fresh Sound Records «The Cool Guitar of Jimmy Gourley · Quartet & Trio Sessions 1953-1961» - FSRCD1101, (compilation complémentaire de la présente édition avec peu de doublons).
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*Rolande HUGARD-GOURLEY, « Jimmy Gourley, Un Américain à Paris ». Frémeaux & Associés - FAL3270.
ISBN : 978-2-38283-270-7
** « Jimmy Gourley, Un Américain à Paris, 1051-2002 »,
Un coffret de 3 CDS Frémeaux et Associés - FA5901
À paraitre le 10 septembre.
°Il est assez stupéfiant de constater que Jimmy n’enregistra son premier album en leader que plus de 20 ans (1972) après son arrivée en France (1951), et que cet album ne sera publié que plus de 10 ans plus tard : « Jimmy Gourley & The Paris Heavyweights », après un enregistrement réalisé avec Lou Levy et Stan Getz (sous le pseudo de Dju Berry) : « No More ».
NDLR : le format éditorial choisi ne rend pas complètement justice à la qualité des documents photographiques sélectionnés (souvent inédits et qui ne représentent qu’une partie du fonds disponible) ... On rêve d’une édition grand format, en souscription par exemple, à l’instar de ce que Jean-Luc Katchoura avait réalisé avec Michele Hyk-Farlow pour la biographie de Tal Farlow, ''Accord Parfait'' (2014, distribué par Paris Jazz Corner).
Francis Capeau.

