Robin Fincker & Janick Martin VISON VISU
Label Le Grand Pas / L’Autre Distribution
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Robin Fincker & Janick Martin "Vison Visu" - Al lann melen & Echoes of the riverbanks
Issu des musiques populaires de tradition orale Janick Martin à l’accordéon diatonique ( membre du quartet du violoniste Jacky Molard) est rejoint par le saxophoniste et clarinettiste Robin Fincker dans ce goût des musiques trad bretonnes et celtes plus généralement. Robin Fincker, toujours tenté par de nouvelles formations avec des musiciens ouverts à tous les horizons a rencontré l’accordéoniste dans le quintet de Vincent Courtois illustrant le film de Jean Epstein (1929) Finis Terrae tourné sur l’îlot désertique de Bannec au large de l’île d’Ouessant. Un poème marin sur les pêcheurs de goémon de ce Finistère rude, plongé dans la brumaille.
« Vison visu »? Cette locution adverbiale et familière ne pouvait que plaire à Raymond Queneau qui l'utilisa ainsi dans Pierrot mon ami (1942) : les deux hommes s’assirent vison visu. Pierrot eut vaguement l’impression d’avoir déjà rencontré ce type là quelque part. Pierrot, 1942.
C'est assurément une sacrée rencontre humaine, vite amicale magnifiée par la musique de ces musiciens qui posent sur la couverture en vis-à- vis! Vison Visu en voilà une manière originale de raconter ces terroirs, une certaine histoire et géographie régionales dans un folklore plus ou moins imaginé. D’où une certaine familiarité que l’on ressent à la première écoute. La fantaisie est assumée dès le premier titre, « Ecoutez la plaisante histoire » sur une mélodie traditionnelle issue de collectage du pays de Redon, l'émotion aussi. Dans l'imaginaire collectif, l'accordéon est associé au folklore, à la chanson, à la danse, le diatonique au fest-noz. Instrument très complet, il est un véritable orchestre à lui seul, avec ses deux claviers, et plusieurs registres. Un duo sensible que vous n’oublierez pas dès que vous aurez entendu certains airs plus mélancoliques comme cette composition de Janick Martin « Al lann melen/ Echoes of the river banks ». Ils n’entonnent ni biguine, valse, ou musette comme l’autre duo de compères Monniot-Irthursarry mais puisent dans le fond très riche des passepied, gavotte, plinn, rondes ou chaînes. Preuve qu’il y a encore de la place pour ces instruments et musiques populaires dans nos musiques actuelles et le jazz qui s'exalte alors à leur contact.
S’ils ont choisi ces mélodies bretonnes, gigue écossaises ou folklore du pays cajun « La danse du Mardi Gras », c'est pour mieux les arranger ou les déranger, dévoilant souvent le thème puis se laissant aller au jeu des improvisations et associations libres. Tout un répertoire arrangé de façon très personnelle (sur les onze compositions, sept le sont des deux musiciens dont trois impros ) des formes empruntées mais revivifiées. Une musicalité savamment construite, dont le fond populaire est détourné avec une invention assumée. L'accordéoniste sait s'adapter au soufflant qui à son tour, le soutient et renforce sa vigueur rythmique. Ces deux là alternent les rôles, se cherchent et s'harmonisent avec élégance. Avec mélancolie dans certains passages, dans le souffle déchirant du ténor, contrebalancé par des pirouettes free. Un équilibre irrésistible entre les deux musiciens qui se complètent en jouant de toutes ces nuances dans des mélodies qui résonnent en profondeur et réveillent les sens, « Oregon » la chanson des pionniers de cette nouvelle frontière du Nord ouest.
A noter le travail délicat sur le son, les timbres respectifs qui s’accordent. La recherche d’une matière tangible, du grain sonore à l’état pur, anime ce Vison Visu enregistré avec classe (comme toujours) à La Buissonne, album que l'on vous recommande chaudement.
Sophie Chambon
Prochain concert :
25/10 Vison Visu L'Atelier fait son Cirque (Paris)

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