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15 novembre 2025 6 15 /11 /novembre /2025 18:17
D' Jazz Nevers  septième jour  :  La Traversée de Gautier Garrigue et le Kris Davis Trio

La traversée de Gautier Garrigue

Vendredi 14 novembre La maison, 20h 30.


 

Je me souviens d’avoir entendu le jeune batteur Gautier Garrigue en 2018 pour les quarante ans de l’Ajmi avignonnais au Chêne Noir de Gérard Gelas où démarra l'histoire de ce club d'abord nomade, hébergé dans diverses salles de la ville, jusqu'à ce que le Chêne Noir (ancien garage) ne les accueille en 1985 . C'était dans le groupe d’Henri Texier  Sand Quintet  (on entend six compositions anciennes, amplement développées par la grâce du jouage et de l'improvisation collectives, avec une rythmique en fusion... Le batteur Gautier Garrigue, déterminé, combatif, ne faiblit jamais. Son nom évoque des sonorités intéressantes, affirmées franchement, ardentes.)

Sept ans plus tard après un beau parcours, pour son premier album en leader la Traversée sur le label Pee Wee, le batteur a constitué un quartet autour du trio de base de Flash Pig qu’il constitue avec Florent Nisse et Maxime Sanchez et last but not least, le subtil guitariste Federico Casagrande.

Gautier Garrigue a construit son album autour d’une histoire développée d’après les mythes fondateurs de la culture hawaïenne.  Comme son mentor le conteur Henri Texier, il n'hésite pas à reprendre certains de ses thèmes, à les remodeler autrement.

Remettre ses pas dans de lointaines traces... aller plus loin , toujours plus loin mais pas forcément au delà." disait Texier dont l'inspiration fait retour éternellement, explorant en profondeur, sans jamais se lasser. Le jeune Garrigue a déjà compris cela  dans sa musique désirante,  sans nostalgie, ouverte au contraire au monde actuel.

Une suite de trois compositions en ouverture «  Lueur », « Présage» et « la Traversée » plongent dans un poème de la nature, plein de souffle et de sonorités composites, une traversée nocturne et mélancolique  de galaxies, de ciel et de forêts, d’oiseaux et plus abruptement  la présence de Kenny Wheeler  tellement admiré « Kenny are you in this room ?»

Tout ceci on le comprend en lisant les notes de pochette de Pierre Tenne amplement développées dans le livret soigné et classieux. Car, et c’est  mon seul bémol pour ce concert, le batteur ne présentera pas son travail dans ce concept de l’album. Ce qui est dommage car la narration est mise en scène avec soin jusqu’au final plus ardent « Plage du Troc » sur lequel il prend un solo vigoureux que l’on n' attendait plus tant son jeu est nuancé, sa batterie caressante. « Laniakea » (l’ horizon céleste en hawaïen) présenté en rappel est tout indiqué pour finir ce concert atmosphérique.  

Le répertoire enchaîne des compositions subtiles et tendres, retenues, des pièces souvent brèves, évocatrices et si raffinées qu'elles gagneraient à  dessiner des motifs plus en relief. Mais Gautier Garrigue s’avère un créateur déjà accompli, qui a le sens de la  'sfumature',  un compositeur de thèmes à la guitare pour ses complices musiciens auxquels il laisse tout espace pour improviser. Le guitariste italien semble d’ailleurs mener le groupe par moment et l’alchimie développée avec le pianiste tout proche donne à entendre de fructueux échanges fluides et inventifs. La complicité du batteur avec ses copains de Flash Pig est quasi fraternelle, il remerciera d’ailleurs Roger Fontanel d’avoir eu l'audace de programmer le trio et son nouveau groupe dans la même semaine de D’Jazz Nevers. Nous, au terme du voyage, c’est la cohésion et la musicalité du collectif que l’on retiendra.


 

Kris Davis Trio

Kris Davis piano
Robert Hurst contrebasse
Johnathan Blake batterie


 

Changement d’atmosphère avec le trio de Kris Davis, pianiste canadienne adulée de l’avant-garde new yorkaise depuis son arrivée au début des années 2000. C’est un tout autre style, une pratique différente du trio classique piano-contrebasse-batterie, forme qu'elle dynamite quelque peu. Une personnalité et une technique affirmées, un style très personnel identifiable quand on arrive à l’entendre car le concert débute dans le fracas d’une batterie tonitruante. Quand le vigoureux Johnathan Blake (qui travaille avec Kenny Barron) réduira l’intensité de sa frappe, on saisira alors toutes les nuances d’une pianiste pour le moins originale et intrépide. Mais peut-être ressent-elle le besoin d'être immergée dans ce bain sonore, de se fondre en arrière-plan.

Elle ne jouera pas ce soir tout le programme de Run the Gauntlet, son dernier album sur son label Pyroclastic Records où elle rend hommage aux six femmes pianistes qu’elle admire le plus, nous en fera partager seulement quelques compositions comme « The little footsteps », « Subtones ». Il est certain que dans son approche d’improvisatrice imaginative, elle explore toutes les possibilités de ce qu’elle appelle des sons trouvaille selon sa propre expression. La rythmique assure la cohésion du trio, une basse élégante, fluide et charpentée, un batteur groovy à souhait. C’est pourtant elle qui rebat les cartes du jeu, redistribuant constamment les dynamiques, sans hésitation. J’ai retenu à ce titre un désorienté et divagant « Lost in Geneva », le sautillant et pointilliste « The bluesy bird in the backyard » où elle expose son lexique d’idées et de sons, y compris au piano préparé dont elle n’abuse pas. Pour finir ce concert très américain, une reprise de Monk, l’incontournable « Evidence » que l’on aura entendu aussi dans un tout autre contexte le même jour avec le duo de Jean-Charles Richard et Eric Löhrer et un hommage à Jack DeJohnette, figure essentielle du jazz, disparu ces derniers jours. Blake, batteur à l’exceptionnelle vitalité, à l’aise dans les musiques funk, soul et pas seulement jazz, livre un solo spectaculaire toujours attendu par le public.

 

Sophie Chambon

 

Encore merci au photographe Maxim François qui suit avec nous le marathon des concerts

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