Le festival de Roger Fontanel avait démarré sa 39ème édition depuis plusieurs jours et nous étions très impatient de le rejoindre pour passer cette journée qui s’annonçait sous les meilleurs hospices avec Vincent Courtois, Clément Janinet et le nouvel ONJ qui venait présenter son nouveau projet.
Et, ce qui ne gâte rien, nous fûmes accueillis par un magnifique soleil qui venait jeter sur les bords de la Loire et sur la pierre de Nevers une lumière sublime. Le temps d’un petit détour par la cathédrale St Cyr pour admirer les vitraux de Jean-Michel Alberola et nous voilà à pied d’œuvre, direction le Théâtre pour le 1er concert de la journée
TRIO JOHANNES
Vincent Courtois (cello), Catherine Delaunay (cl), Sophia Domancich (p)
Une affiche inattendue pour cette 38eme édition de ce beau festival nivernois animé par Roger Fontanel.
Au départ cela aurait dû être un duo du violoncelliste Vincent Courtois avec le pianiste Colin Vallon mais au dernier moment, ce dernier se trouvait contraint d'annuler pour des raisons personnelles. Vincent Courtois eu alors l'idée de faire venir son tout nouveau trio pour présenter ce projet tout juste sorti de l’œuf et qui n'avait été joué qu'une seule fois, à Rome il y a un mois.
Trois musiciens d'exception réunis pour une musique chambriste assez largement écrite entre classique et musique contemporaine mais laissant néanmoins une part à l’improvisation libre. On y trouvait des arrangements d'Alban Berg, d' Arvö Part ou encore de Friedrich Cerha ainsi que quelques morceaux composés par chaque membre du trio.
Entre les trois c'est comme s'il existait un fil tendu qui les reliaient. On a l’habitude de parler de lien télépathique mais c’est surtout d’écoute mutuelle dont il est question. Avec une forme de tension palpitante qui exige à la fois la concentration de l'auditeur à l'écoute du contre-chant mais aussi de se laisser embarquer dans cette conversation a trois.
Certes on n’était pas vraiment dans le jazz mais plutôt dans une pièce d'enluminure musicale. Où les trois membres de ce trio tissaient la trame d'une musique dont l'exigence se mêlait à la fluidité.
Du grand art.
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GARDEN OF SILENCES, création de CLEMENT JANINET
Clement Janinet (vl, compos), Arve Henriksen (tp), Ambre Vuillermoz (accdn), Robert Lucaciu (cb)
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Le concert suivant, toujours au théâtre de Nevers était une création de Clement Janinet, le violoniste qui avait marqué les esprits avec cette incroyable « Litanie des cimes » paru en 2019.
On ne savait donc pas trop à quoi s’en tenir sans que l’on avait le sentiment que la poésie dominerait les lieux et l’espace avec cette façon qu’à Clement Janinet d’écrire de la musique dans le ciel. Et force est de constater que l’on ne s’était pas trompé tant le violoniste nous offrait un pur moment de grâce autour de thèmes très inspirés des folksongs français ( on y entend même du Malicorne).
Son instrumentarium original, évoquait à mon voisin (Alex Dutilh) un projet de Dave Douglas qu’il avait entendu naguère. Bien vu en effet puisque la base de ce projet est bien inspiré de l’album « Charms of the night sky » ( Winter and winter) du trompettiste américain.
Ici Clement Janinet joue en douceur, en subtilité porté par le timbre fascinant du trompettiste norvegien Arve Henriksen dont la chaleur nimbe l’espace. L’accordéoniste française Ambre Villermoz semble déployer un tapis moelleux sous les pieds du quartet par de longues notes tenues et des harmonies chaudes. Le contrebassiste allemand Robert Lucaciu semble lui-même totalement porté par le projet dont il est un des cœur battant. Et Clement Janinet ? Le violoniste dessine l’espace passant du violon au nickelharpa (instrument ancien et peu joué qui nous vient de Suède) et semble dicter la phrase poétique avec un supplément de grâce.
On sortait de ce concert absolument subjugué par l’émotion après un dernier morceau à nous tirer les larmes sur des mélopées chantées par le trompettiste.
Après ce moment d’exception et de grâce, il n’y avait plus que le silence pour nous rappeler que la musique élève les âmes.
NB : ce concert fabuleux sera retransmis samedi 15 novembre dans l’émission de Nathalie Piole sur France Musique.
Nous nous dirigeames ensuite vers la Maison pour y entendre le tout nouvel Orchestre National de Jazz ( ONJ) dirigé par la flutiste Sylvaine Helary, toute nouvelle directrice venue présenter son premier projet.
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ONJ : « With Carla »
Sylvaine Helary ( fl, vc, dir, arrgts), Réli Siuto (arr, saxs) , Lea Ciechelski (saxs), Hugues Mayot (ts, cl), Sylvain bardiau (tp), Quentin Gomari (tp), Jessica Simon (tb), Mathilde Fevre (cor), Fanny Meteier (tuba), Amaryllis Billet (vl), Anne le Pape (vl), Guillaume Roy (alto), Juliette Serrad (cello), Antonin rayon (p, orgue), Illya Amar (vb, percus), Sebastien Boisseau (cb), Franck Vaillant (dms)
Là encore il s’agissait pour nous d’une vraie découverte puisque nous n’avions jamais entendu le projet de l’ONJ autour de Carla Bley.
Sylvaine Helary entourée de ses seize musicien(ne)s prenait le temps avant d’ouvrir le concert de nous expliquer pourquoi ce choix de travailler autour des compositions de la pianiste et cheffe d’orchestre d’Oakland et compositrice notamment du fameux Escalator Over the hill dans les années 60.
La directrice de l’ONJ nous expliquait que le travail d’arrangement pour cette formation avait été en grande partie réalisé par le saxophoniste Remi Siuto qui semblait dans les faits co-diriger avec Sylvaine Helary cet ONJ pétri de jeunes talents.
Est-ce par ce que le projet est très jeune et qu’il n’a été joué que trois fois, ou bien à cause de l’exigence de l’écriture que l’on sentait, malgré une belle ambiance de camaraderie entre les musiciens, une certaine réserve sur la première moitié du concert. Il est vrai que l’écriture est complexe et les arrangements aussi comme sur cette version de Musique Mécanique où des tiroirs semblent s’ouvrir les uns sur les autres dans un enchevêtrement savant. On ne retrouvait pas la liberté de Carla Bley. Il fallait attendre une bonne partie du concert avant de voir tout à coup les premiers chorus se libérer totalement sous l’impulsion de la saxophoniste Lea Ciechelski à laquelle emboîta le pas le ténor d’Hugues Mayot et la trompette de Quentin Gomari.
On retrouvait alors la facétie de Carla Bley avec une forme de marching band ou plus tard avec cette sorte de symphonie des oiseaux à la fois charmante et mutine. OU encore une belle version augmentée de Up and down. Sans oublier le clin d’œil (puisque la période s’y prête) au bel album « Christmas carol » que Carla Bley avait enregistré en France en 2008 avec son compagnon Steve Swallow.
On se quittait alors avec une furieuse envie de retrouver cet ONJ sur ses nouveaux projets et de réentendre ces formidables musicien(ne)s dont l’enthousiasme, il faut bien le dire était sacrément communicatif.
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Jean-Marc Gelin

