Hugo Lippi Olha Maria
Label For Musicians Only/ Distribution -Intégral Pias
Sortie le 23 Janvier 2026.
Concert de sortie de l'album le 10 mars à 20h30 au Studio de l’Ermitage (Paris 20ème).
Stéphane Belmondo (tp)
Gael Rakotondrabe (p)
Laurent Vernerey (b)
Denis Benarrosh (dm)
Hugo Guezbar (g)
Sorti sur le label For Musicians Only et Caramba Records, Olha Maria nous fait entrer dans les souvenirs et bonheurs d’écoute d’un des très grands guitaristes de la scène française Hugo Lippi. Il ne s’arroge que deux titres sur les onze de l’album, préférant jouer des compositions qu’il a aimées, recréer la vibration d’une époque, trouvant, avec le CBE de la rue Championet à Paris, inauguré en 1966, « année mirifique » selon Antoine Compagnon, le studio idéal. Fidèle aussi à l’esprit de certains labels des seventies comme CTI de Creed Taylor. Se dessine ainsi le portrait d’un musicien exigeant et discret, conscient d’un certain engagement artistique.
Coup au coeur assuré dès le premier titre, le mélancolique « Still Crazy after all these years » du formidable songwriter Paul Simon.
Mais l’heure n’est pas à la seule nostalgie : entraîné par la rythmique souple mais assurée de ses complices Laurent Vernerey et Denis Benarrosh, habiles à le suivre et à donner une chair supplémentaire à la mélodie, Hugo Lippi vire sur le versant rock avec la reprise de la chanson de Donald Fagen (cofondateur de Steely Dan) en 1972 « Do it again ».
N’ayant pas peur de s’attaquer à des chansons passées dans la mémoire collective comme « l’Hymne à l’amour » de Marguerite Monnot que Piaf immortalisa, le guitariste accompagne avec une exquise légèreté Stéphane Belmondo au bugle, plus fragile qu’à l’ordinaire.
Le disque s’envole vers la mitan de l’album avec la reprise du génial Freddy Hubbard « Little Sunflower » (1973) créé sur le label CTI justement : sur un rythme chaloupé, la trompette et la guitare dansent un hymne au soleil, avec une grâce suspendue aux fines notes d’un piano et d’une guitare cristallines.
Les recréations choisies et montées avec soin voyagent d’un style à l’autre avec aisance, dans une légereté et sûreté de phrasé. Libre à celui qui écoute de se lover dans ce nuancier émotionnel sur l’un des versants, rêve éveillé au fil de la mélodie ou groove dynamisant sud-américain. Les titres s’enchaînent dans une diversité joyeuse, Hugo Lippi sait faire le lien, sans perdre de cohérence. Cela fait beaucoup de modèles, sans oublier Django dont il a revisité dans un disque antérieur l'inoubliable "Manoir de mes rêves", Hugo Lippi s’inscrit dans une belle lignée et parvient à dégager un style singulier qui le fait reconnaître très vite.
Prix Django Reinhardt 2020 de l’Académie du Jazz, Hugo Lippi n’est que le sixième guitariste à être décoré depuis sa création en 1954. Il mérite cette reconnaissance car il nous livre en toute simplicité un véritable récital de guitare, de Wes Montgomery dont il reprend avec un autre guitariste Hugo Guesbar « Up And At It » dans l’esthétique vintage de l’époque à Jim Hall ou Kenny Burrell. Un guitariste dont les doigts agiles se baladent sur sa gratte, pas vraiment soucieux des effets de pédale et divers trucs électroniques. "Les mélodies qui marchent, ce sont celles que l’on peut jouer a cappella sans accompagnement harmonique".
D’un éclectisme de bon aloi, il nous livre une toute petite pièce qui swingue « Alley Cats » mais il n’a pas peur d’enchaîner avec l’un des tubes de la grande prêtresse de la pop anglaise le « Babooshka » de Kate Bush (1980).
Il a su s’entourer d’un pianiste rare que l’on découvre, soutien constant, portant le disque jusqu’à la fin, Gaël Rakotondrabe. Avec le don précieux de savoir finir un album en beauté sur le standard « But Beautiful » de Jimmy Van Heusen où guitariste et pianiste unissent leur chant lyrique, poétique, discrètement nostalgique. L’heure est à la douceur des souvenirs estompés par le temps, à leur recomposition. Mais la réminiscence est tendre, lumineuse (« Spolete »), Hugo Lippi et ses complices préservant fraîcheur et mystère. Un album régénérant en ces temps violents, à déguster comme il se doit.
Sophie Chambon

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