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9 janvier 2026 5 09 /01 /janvier /2026 15:31
Trond Kallevåg               Minnesota

Trond Kallevåg Minnesota

 

 

Label Hubro

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Rembobinage pour ce début d’une année qui s’annonce encore difficile avec cet album apaisant de la fin 2025 que j’avais quelque peu délaissé . Et pourtant il n’y a pas de mal à se faire du bien en écoutant ce Minnesota, quatrième opus sur le label Hubro du guitariste norvégien Trond Kallevåg. Son précédent Amerikasbäten évoquait déjà l’Amérique des grands espaces du Midwest. Le Minnesota, l’état aux dix mille lacs où le Mississipi prend sa source est celui des frères Cohen, de Bob Dylan, des écrivains de la wilderness. Il y a évidemment quelque chose de cinématographique dans ces paysages traversés tout au long des onze titres de l’album sans évoquer Ry Cooder obligatoirement, plutôt le Blues Dream de Bill Frisell, comme une bande son dans l’Amérique profonde, désespérément vaste.

Les autres musiciens, tous norvégiens qui entourent Trond Kallevåg sont des habitués du label ECM : ils savent en conséquence se glisser dans cet environnement sonore épuré : un quartet à l’instrumentation volontiers folk (violon lyrique de la jeune Tulva Hase, vibraphone et batterie douces de Gard Nilssen, contrebasse de Mats Eilerstsen). Les synthés, cloches, pedal steel, la guitare créent le climat idéal en écho à la côte ouest sauvage des fjords dans l’imaginaire du Norvégien.

L’album fut conçu lors d’une résidence dans l’île de Traena à l’été 2024 d’où ce premier titre « Twins of Traena » qui renvoie à l’histoire d’une immigration à Hawaï « Postmarked from Honololu ». Car on se doute qu’il sera question de ces vagues d’immigrations vers l’Amérique qui frappèrent la Scandinavie dès le 19ème siècle (« Kindness of Strangers »).On ne peut s’empêcher d’évoquer le bel Emma du guitariste franco-suédois Paul Jarret qui racontait l’histoire émouvante de son arrière-grand-mère partagée entre désir d’ailleurs pour un avenir meilleur et attachement viscéral au terroir natal.

Entre spontanéité de l’improvisation et fignolage des titres au mixage, la musique du guitariste creuse un arc narratif complexe, quasi documentariste, attaché à l’histoire récente de son pays et aux liens indéfectibles avec les Etats-unis. On entend nettement souffler le vent dans ce troisième titre lancinant « Pine Ridge » suivi du blues « Edward Curtis portraits » photographe « attrapeur d’ombres » comme le surnommaient les Amérindiens dont il fut en ethnographe, gardien de la mémoire autochtone.

On ne saurait citer quels sont les titres les plus attachants de l’entraînant « Pretty Polly » où le lapsteel du guitariste nous entraîne irrésistiblement à la simple évidence mélodique de ce « Boat Song » ou au lancinant Lighthouse Boogie.

Un album envoûtant où la guitare recrée les images du genre, installe une quiétude quelque peu mélancolique. Un voyage qui peut donc réserver quelques surprises si on se laisse embarquer à la suite des pionniers.

 

Sophie Chambon.

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