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24 février 2026 2 24 /02 /février /2026 15:32
Jérôme Sabbagh    Stand up!

 

Jérôme Sabbagh Stand up!

 

Jérôme Sabbagh saxophone

Ben Monder guitare

Joe Martin contrebasse

Nasheets Waits batterie

 

Analog Tone Factory www.analogtonefactory.com

 

 

About — Jerome Sabbagh

Stand Up! — Jerome Sabbagh

 

Revenons sur cet album du quartet américain de Jérôme Sabbagh, figure de la scène contemporaine new yorkaise, sorti en octobre dernier, dont le concert aura lieu à l’Ecuje à Paris le 19 mars prochain.

Quel plaisir de « renouer » avec un saxophoniste trop rare en France qui a fait carrière aux Etats-Unis. Du plus loin que je me souvienne, ce potentiel était audible sur North de 2004 sur le label Fresh Sound. Si le saxophoniste a su parfaitement s’acclimater là-bas, est-il devenu américain ? En musique sans doute et avec ce quartet formé il y a plus de vingt ans !

 

Huit compositions originales du leader sur près de 40 mn, voilà le format idéal ! Réussit-il dans le toujours délicat montage de compositions à casser la « cohérence »  parfaite de l’album qui pourrait même sembler "lisse" à première écoute ? Et pourtant engageant dès l’ouverture. Car tout semble familier dès le premier titre, ce « Lone Jack » lascif dans un sud caniculaire où s’entend subliminalement le chant de Ray Charles à qui ce titre est adressé. Reprenant le thème d’abord exposé par Jérôme Sabbagh, le guitariste Ben Monder est irrésistible dans son solo le plus long de l’album : il étire les lignes, partenaire délicat, subtil, en place dans la musique du saxophoniste qui fait la part belle aux guitares électriques teintées de rock. Indéniablement il y a alchimie entre ces deux musiciens qui se connaissent bien, « frères de son », le velouté du saxophone s’accordant aux souples ornements de la guitare.

 

S’il ne cherche pas à « faire avancer » la musique, Jérôme Sabbagh est attiré par tout ce qui tourne autour du son d’où l’intérêt d’enregistrer en analogique Stand up ! sur son label indépendant Analog Tone Factory , tous les musiciens jouant ensemble dans les conditions du concert.

 

Ce Stand up! est plus que jamais de résistance en cette période sombre. En suivant les dédicataires de chaque composition se dessine un portrait des musiques aimées, des influences avouées (il n’y a pas que du jazz) pour préciser son identité dans le souvenir, la mémoire affective en s’appuyant sur ces échos amis. Cela revient à réintroduire dans ses paysages sonores toutes ces belles figures absentes.« High Falls » traduit par exemple l’admiration du saxophoniste pour Stan Getz (The Sound) et évolue sur un rythme de bossa décontracté.

Va-t-on trouver une marque distinctive dans chaque titre de l’artiste qui l’a inspiré ? C’est toute la question des exergues qui incitent à comprendre d’où « ça joue ». Un petit jeu troublant évidemment qui peut entraîner faux-sens, voire méprises. Ce n’est pas dans leurs échappées respectives sur « Lunar Cycle » en pensant à Sam Rivers, figure incontournable du free, que la musique se déchaîne le plus. Contre toute attente c’est le thème le plus court « Mosh Pit » pour Trent Reznor du groupe Nine Inch Nails qui évoque un esprit free jazz, bruitiste et  underground.

Retombée plus calme sans être vraiment sereine pour ce « Vanguard » souvenir du batteur américain Paul Motian au Village Vanguard justement où le sax se fait insistant, caressant sur les affleurements sablonneux de la batterie avant de laisser place dans un espace comme dilaté à son alter ego guitariste qui duettise à son tour en douceur. Quand on sait que tous deux ont formé avec le batteur un trio éphémère en 2001 peu avant sa disparition, la musique a un caractère plus émouvant encore.

Références, citations en bribes, fragments se glissent ainsi dans l’inspiration de Jérôme Sabbagh, fredons obsessionnels qui sont aussi sa signature sur lesquels il ne peut s’empêcher de revenir. S’il ne perd jamais ses repères, il sait aussi composer des thèmes qui inspirent ses camarades et en particulier le batteur Nasheet Waits qui joue depuis peu dans le quartet.

Stand up ! finit en beauté avec  "Unbowed" , un autre souvenir de Kenny Barron cette fois, l’immense pianiste avec lequel le saxophoniste a joué et enregistré pour son premier album avec piano, un mémorable Vintage en 2023.

Avec Jérôme Sabbagh tout l’héritage de cette musique remonte dans ses compositions finement ciselées, habiles à installer un climat propre. Avec une grande liberté de ton, un sens de l’envol bien à lui, un phrasé souple et élégant, il impose une musique sensible qui se risque dans le souffle. Un album au charme certain, fraternel qui sait conjuguer le mot réminiscence à tous les temps.Et cela est bien. 

 

Sophie Chambon

 

 

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