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15 février 2026 7 15 /02 /février /2026 20:54

     Son ami le photographe Guy Le Querrec a inventé un mot pour définir Michel Portal, « l’intranquillité ». Décédé le 12 février à l’âge de 90 ans, clarinettiste, saxophoniste, bandonéiste, le natif de Bayonne excellait en toutes musiques.  De Mozart à Ornette Coleman en passant par Boulez, la variété (aux côtés de Barbara entre autres), les musiques de film (plus de 50), il a toujours revendiqué cette diversité, cette liberté d’expression. « Cela fait partie de mes contradictions, nous confiait-il en 2006. J'ai des pulsions dans ma carrière. J’ai toujours rêvé de jouer dans un orchestre avec des musiciens qui auraient joué du Mozart, du Berio, du jazz, du folklore albanais… Les musiques, il faut les brasser. »
 


     Face à ses détracteurs, prompts à évoquer son aspect Frégoli ou Cocteau, Michel Portal, Premier prix au Conservatoire de Paris en 1959 et prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz 1967, ripostait, sans acrimonie : « Pourquoi demande-t-on à un acteur de faire mille rôles et pourquoi ne laisse-t-on pas au musicien sa liberté d’expression. Pourquoi les classer automatiquement dans une catégorie ? ».  Et sur scène, Michel Portal n’avait qu’un seul credo, laisser aller, selon ses pensées du moment. « J'adore arriver sur scène et ne pas savoir ce que je vais jouer, nous précisait-il en 2023. C'est un moment extraordinaire, le seul moment où l'on peut vraiment s'amuser. C’est mon côté anar…Il faut se libérer. Je n’ai pas envie de monter sur scène et de jouer les numéros 1,2,3 du disque qui vient de sortir… ».
 


     Inconditionnel de l'improvisation, Michel Portal avait dans les clubs et les festivals de jazz « horreur de réciter sa leçon ». Et d’ajouter en riant franchement : « Je récite déjà ma leçon dans Mozart. Alors là !  Comme disait Billie Holiday, je récite ma leçon ou je la crache ».
 
     Tout avait commencé à Bayonne pour Michel Portal : « Je n’ai pas choisi la clarinette, elle s’est comme imposée à moi. Pourquoi la clarinette ? parce que c’est le plus doux ». Il s’en souvenait le 9 février 2019 quand la ville décida de baptiser de son nom le théâtre municipal, évoquant son professeur de clarinette à l’école de musique de Bayonne, Monsieur Lespiaucq « très exigeant sur la façon de mettre le bec en bouche, sur le mouvement des lèvres ». Il s’était mis à la clarinette à sept ans après s’être essayé à tous les instruments de l’Harmonie bayonnaise dont son beau-père était l’un des responsables (flûte, cor, basson, trompette).  

 


     Jusqu’aux derniers jours de sa carrière, artiste comblé d’honneurs Michel Portal n’aura jamais été rassasié : « on essaie toujours de se renouveler et c’est ça qui nous fait vivre ».

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo Guy Le Querrec et Jean-Louis Lemarchand.

 

Michel Portal en quelques dates :


1935. 27 novembre. Naissance à Bayonne (64)
1942. Débuts à la clarinette.
1959. 1er prix de clarinette au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.
1965. Participe à Free Jazz, album de François Tusques (Mouloudji).
1967. Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz décerné au musicien de l’année.
1972. Création du Michel Portal Unit, dédié à l’improvisation.
1979. Dejarme Solo ! (Dreyfus Jazz).
1981. César de la meilleure musique de film pour Le retour de Martin Guerre (réalisateur, Daniel Vigne).
1999. Fast Mood, duo avec Martial Solal. (BMG).
1999. Rencontre, duos de clarinettes avec Paul Meyer avec des œuvres de Bach, Mozart… (EMI)
2001. Minneapolis, avec la rythmique de Prince. (Universal).
2021. MP 85. (Label Bleu).
2023. Michel Portal. Au fur et à mesures. Ouvrage de photos de Guy Le Querrec avec des textes de Jean Rochard (Les Editions de Juillet).
2026. Décès le 12 février.

 


 

 

 

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