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25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 09:11
Conversation             Jan Harbeck Quartet

 

Conversation Jan Harbeck Quartet

 

Label Stunt Records

Sortie le 24 avril

 

Jan Harbeck – saxophonist/composer

 

 

Conversation, voilà un titre bien trouvé pour le cinquième album du quartet (exclusivement) danois de Jan Harbeck qui depuis 2008 est fidèle au label Stunt. Jan Harbeck rencontre le succès dans son pays, jouant régulièrement dans les clubs de Copenhagen et quand le quartet est en tournée, il reste plutôt en Europe. Il s’agit bien d’un échange intime, sensuel, plus soutenu à d’autres moments (« Out of the Blue ») dans ces sept compositions jamais trop longues qui composent un album au timing et montage parfaits.

Comment ne pas remarquer cette communion entre musiciens qui se pratiquent depuis vingt ans ? Ce quartet soudé  cultive en effet cette « Interaction », cette intuition du jeu quasiment télépathique. Comme dans le bon vieil âge d’or du jazz quand les musiciens toujours ensemble, passaient leur temps à jouer, en tournée, sur la route et improvisaient alors en live facilement.

On notera le dialogue fécond entre un ténor inouï et un pianiste Henrik Gunde allumé quand il le faut, plus qu’inspiré dans ses contrepoints sur « Passing Clouds » ( qui rapproche des vers de Baudelaire ),  son échappée dans « Odd One Out » ou le final « Arena ». Cette osmose, j‘avais déjà pu l’observer à Parfum de jazz en 2023 sur le programme de son Balanced tout à fait exceptionnel où le ténor, devant un public admiratif suspendu à ses lèvres, rendait hommage à ses aînés sur un Selmer Balanced Action de 1939 qui avait appartenu au « Sound » lui même, le grand Stan Getz du « ténor en or ». Car Jan Harbeck nous parle en effet, susurre à l’oreille,  enlace inévitablement dans son phrasé. Quel est l’instrument le plus proche de la voix humaine ? J’aurais opté pour le trombone mais après avoir entendu Jan Harbeck, je n’en suis plus aussi sûre.

Instrumentiste délicat, son interprétation transcenderait n’importe quel thème, solidement soutenue par les lignes de basse d’Eske Nørrelykke (« Interaction ») et le tempo toujours juste d’un batteur discret Anders Holm.  On croirait que le quartet rejoue des standards tant ce jazz nous est familier. Or aucun thème n’est revisité sur ce nouvel album : ce sont toutes des compositions de Jan Harbeck mais il a souvent puisé dans le Songbook américain et des références subliminales jaillissent comme dans ce « Sparkle Sight » qui titille notre mémoire en swinguant de la plus belle façon.

Facile d’écoute, cette musique? Oui, si cela signifie que l’on est dedans dès les premières notes, une balade voluptueuse et amoureuse, ouverte et légèrement mélancolique, feutrée comme le souffle de Ben Webster. Pas un hasard s’il a reçu le Ben Webster prize en 2018. Précisons une autre évidence son inscription dans l’héritage du swing avec une inclination particulière pour Paul Gonsalvès. Surtout qu’il a connu la pratique des big bands où l'on attend des ténors et autres solistes de chaque pupitre qu'ils se lèvent et délivrent un solo d’anthologie comme chez Duke Ellington !

Cette musique s’oriente t-elle vers de nouvelles directions ? Peut-on suivre son évolution avec la discographie de son quartet ? Sensible à ce jazz qu’il aime et sert avec ferveur, outre une habileté technique évidente, Jan Harbeck saisit par une profondeur musicale dont on sait d’où elle tire son origine. Son expression seule suffit alors pour nous mettre sous emprise, pour notre plus grande jouissance. Il est irrésistible.

 

Sophie Chambon

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