Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
29 avril 2026 3 29 /04 /avril /2026 16:23
GARDEN OF SILENCES    Clément JANINET

GARDEN OF SILENCES

 

Clément Janinet (violon, nyckelharpa, compositions ) Arve Henriksen (trompette, électronique), Ambre Vuillermoz (accordéon). Robert Lucaciu (contrebasse)

Garden of Silences | clementjaninet

www.bmcrecords.hu

 

Sortie le 1er Mai sous le label BMC

Concerts  12/05/ La Dynamo de Banlieues Bleues ( Pantin)

                  13/05/ Jazz sous les Pommiers

 

GARDEN of SILENCES - Teaser

 

Si on écoute seulement la musique de Garden of Silences sans rien lire des notes de pochette toujours très précises de Guillaume Malvoisin, on est en proie dans cette suite mystérieuse à un vertige sensoriel où les instruments mêlent leurs timbres, s’ajustent ou s’échappent dans des impros.

Allons-y-voir de plus près cependant ! On avait aimé Clément Janinet dans l’insolite trio chambriste de la Litanie des Cimes quand il prenait de la hauteur sur la canopée. On l’avait suivi dans O.U.R.S, cette autre formation qui annonçait quelque peu son goût des musiques répétitives (Ornette Under Repetitive Skies) et du free.

On continue à présent à explorer ses territoires musicaux de prédilection qui sont nombreux car le violoniste mandoliniste aime unir styles (musiques de chambre, répétitives, trad...) folklores et époques : il s’est choisi cette fois une nouvelle équipe européenne, des compagnons au solide background respectif pour lesquels il particularise certains thèmes ( les basses de l’accordéon, la précision de la contrebasse), les mettant ainsi en valeur. Sur dix compositions qui prennent le juste temps pour se déplier, huit sont de sa plume de compositeur et d’habile arrangeur.

Le quartet poétise de façon certaine, s’attachant à remonter le temps avec la musique baroque des origines à la suite d’extraits des Lamentations du compositeur italien Emilio de Cavalieri, musicien novateur de la cour de Ferdinand de Médicis à la fin du XVIème, introduisant  ces premières Leçons des Ténèbres baroques. C'est une écriture subtile sur un chemin balisé de références (s)électives en se permettant écarts et pas de côté vers ces musiciens au rayonnement européen du XVIIème par des « transmutations » audacieuses qui gardent souvent la mélancolie des originaux. L’amateur plus « classiquement » jazz découvre un envoûtant et orientalisant "Musette" d’après le gambiste Marin Marais ou une adaptation singulière d'une cantate de Dietrich Buxtehude( Garden Hosts Mystery").

La qualité évidente de la musique vient de ce travail collectif, spontané et complice qui exalte aussi les diverses textures d’un instrumentarium incongru : trompette troublante avec ses effets, accordéon, contrebasse, violon... Et en amoureux des cordes frottées, pincées, Clément Janinet délaisse parfois son violon pour la nyckelharpa suédoise, aimant s’amuser d’alliages nouveaux avec cette sorte de vielle.

S’il a montré par ailleurs son goût pour les rythmiques de musiques traditionnelles mandingues, peul aussi bien que bourguignonnes, ce sont les musiques trad du centre de la France redécouvertes avec le Malicorne folk des seventies, auxquelles il va faire subir des « Transformations » en exaltant le jeu en pizz ou à l’archet du contrebassiste Robert Lucaciu. Ou encore cette Lola inspirée du violoncelliste Mario Boisseau. On retrouve enfin sa fascination pour les minimalistes américains Steve Reich et John Adam qu’il branche sur des harmonies de Dietrich Buxtehude dans ce « Repetitive Cantum » au titre explicite.

Recyclant des thèmes plus ou moins obsessionnels, Clément Janinet y revient en organisant des variations, reprenant par exemple deux thèmes de ses divers O.U.R.S, « In the head » de 2017 arrangé cette fois pour le Norvégien Arve Henriksen et ce « Third meditation » apaisant qui clôt un album somme toute serein. Clin d’oeil très bref comparé à la première mouture dans l’album de 2020 Ornette Under Repetitive Skies qui soulignait la couleur de l’album sur près de 13’ à grands traits d’archet, jets continus introduisant des micro-variations, changements infimes de ces cellules redondantes, aux échos d’un saxophone coltranien de la dernière période.

En dépit de cet éclectisme singulier, ce Garden of Silences finit par révéler  quelques-uns de ses secrets dans ce modèle d'équilibre et de cohérence dans le montage des diverses compositions. Un concert spirituel, “aux tempos lents, aux contemplations harmoniques” sans rupture brutale, ni même dérèglement contrôlé, le free est métaphoriquement présent dans ces libres échappées stylistiques.

On ne peut que reprendre la formule si pertinente d’ «ancient melodies of the future” dans cette assimilation décomplexée de courants divers. Clément Janinet et son fécond imaginaire nomade musical méritent décidément d’être suivis de près.

 

Sophie Chambon

 

Partager cet article
Repost0

commentaires