SINGÜLAR
Edward Perraud (batterie, FX), Pascal Schumacher (vibraphone, claviers électronique), Sebastian Studnitzky (claviers, FX)
Label: XJAZZ ! Music
Pascal Schumacher - Musician & Composer | SINGÜLAR
Voilà un album expérimental dans lequel il est possible de s’immerger très vite... ce Singülar porte bien son nom avec ce « u tréma » qui accentue la singularité de ce voyage au long cours dans l’espace. Le son devient sensation tissant synthés, vibraphone, trompette, batterie et électronique dans un flux hypnotique.
Dans une salle de concert luxembourgeoise trois Européens, un Français, un Allemand et un Belge, à savoir Edward Perraud, Sebastian Studnitzky et Pascal Schumacher qui ne se connaissaient pas auparavant ont expérimenté un coup de foudre musical. On le sait le jazz et les musiques actuelles sont prétexte à ces happenings d’un drôle de type entre des personnalités marquées, tempéraments forts et leaders à leurs heures.
Le premier album de ce nouveau groupe saisit leur partage immédiat en une énergie commune liée à la même pulsation intérieure intense. Une première rencontre-qui ne devrait pas être brève ou accidentelle, où se fondent dans des textures travaillées et sophistiquées, ambient, jazz, électronique. C'est une plongée au coeur du son comme "force cosmique" avec des instruments chanteurs, le jeu sensible, explosif autant que raffiné d’ Edward Perraud, batteur tout à la fois percussionniste et coloriste en harmonie avec les boucles hypnotiques de la trompette libre de Sébastien Studnitzky. Le son prend peu à peu son envol porté par les improvisations délicates, irréelles au glockenspiel et vibra de Pascal Schumacher. Curieux équipage qui parfois nous leurre quand on croit entendre non pas un trio mais une seule source d’un hydre à trois têtes.
Une vision fugitive, une danse envoûtante du son, avec ces chuchotements imperceptibles, ces bruissements de rêve éveillé, ce éclats de free sons, voilà ce que nous propose ce trio si peu académique. Ces pièces hors norme, il n'est pas évident d’en rendre l’étrangeté et la saveur. Parler de travail sur les timbres et textures n'est pas vain mais banal. Une dynamique audacieuse captée en studio qui jamais ne se répétera ainsi. Autrement dit le trio ne rejouera pas le CD en concert et s’embarquera avec son public vers l’immensité intersidérale pour trouver à défaut de nouveau, un ailleurs du son. Suivant un mantra que définit Sebastian Studnitzky : il ne s’agit pas seulement de jouer de la musique, mais de ressentir l’instant ensemble. La musique naît de cette expérience partagée : brute, sans fard, mais intensément vivante et habitée.
Dans Singülar, cinq compositions peu nombreuses mais intenses et très longues (18’ pour le titre éponyme) prennent largement le temps de se déployer, « Liaima » au mitan de l’album est construit entre ordre et dissolution, le trio toujours en évolution naviguant sans relâche entre exactitude assumée et incertitude rêveuse. Sont-ils prêts à disparaître avec « La Fin d’un Monde » ballade méditative sur la transition, le passage vers le début d’une nouvelle ère comme le résume Edward Perraud ?
Nouveau trio, nouveau répertoire mais une constante que vivent les trois musiciens : la force d’un langage rythmique, une écriture contrastée et des intuitions harmoniques. L’improvisation engendre entropie, deséquilibre, ruptures des directions affirmées.
Quant à la pochette fantaisiste de ce Singülar "vachement singulier", est-elle dans l' imaginaire poétique et drôle du trio' un clin d’oeil au mythique Atom Heart Mother du Floyd?
Sophie Chambon

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