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26 mai 2026 2 26 /05 /mai /2026 11:28

    « Pour Rollins, il n’est pas question de divertissement. La musique trône à l’évidence, à l’étage au-dessus. Elle est spirituelle et exprime la force positive qui existe dans le monde. » Le saxophoniste Jean-Louis Chautemps (1931-2022) avait parfaitement saisi la raison d’être et de jouer de Theodore « Sonny » Rollins, son contemporain, décédé le 25 mai à Woodstock (Etat de New-York) à l’âge de 95 ans (il était né le 7 septembre 1930).


     Retiré dans sa maison de Woodstock depuis des années, ayant délaissé le saxophone ténor depuis 2014 pour des problèmes pulmonaires, donné son dernier concert en 2012, Sonny Rollins se consacrait à la méditation, lisant des ouvrages sur Bouddha, le yoga, et parfois jouait quelques phrases sur le clavier d’un Fender Rhodes. Dans un entretien avec le New York Times paru en 2020, le saxophoniste confiait : « Physiquement je souffre en permanence mais spirituellement je ne me suis jamais senti aussi bien ».


     La spiritualité aura été centrale dans la vie de Theodore Rollins, que son grand-père dénommait affectueusement « Sonny » (fiston) et qui s’inspira des mélopées chantées par sa maman, originaire des Iles Vierges, dans « Saint Thomas », calypso le plus célèbre de l’histoire du jazz, ou encore « Don’t Stop the Carnival ».


     Le saxophoniste, talent précoce se produisant auprès de Thelonious Monk, Bud Powell, sur la scène new-yorkaise dès la fin des années 40 en pleine période du be-bop, avait choisi de faire retraite après avoir acquis la célébrité avec deux albums de 1956, « Saxophone Colossus » et « Tenor Madness », seul enregistrement disponible avec son comparse –à tort présenté comme son concurrent- John Coltrane. C’est l’épisode, devenu historique, de Rollins s’entraînant seul sous le Williamsburg Bridge de New-York dont il témoignera dans « The Bridge ».


     Le saxophoniste au son majestueux, qui vouait grande admiration à Coleman Hawkins (Sonny meets Hawk, 1963) ...

...se libère de toutes les contraintes stylistiques. Il fait un séjour en Inde, c’était « tendance » alors, et ouvre un nouveau chapitre de sa carrière. Rollins accède au rang des stars, au même titre que Miles Davis, remplit les salles, se produit dans le monde entier. Chaque concert est une performance, Rollins va au bout de lui-même de son improvisation dans des envolées lyriques et fougueuses : près de trois heures un soir d’été de la fin des années 90 devant 8.000 spectateurs rassemblés dans l’amphithéâtre antique de Vienne.

 

     En juin 2010, à l’approche de ses 80 printemps, au festival de Montréal, c’est un Rollins à la démarche hésitante, à la stature un peu voûtée et à la chevelure couleur de neige, très chic dans sa tunique rouge que nous voyons entamer son concert par un solo intégral de dix minutes.


     Sa renommée dépasse les frontières du jazz. Réticent au début –ce n’est pas au niveau du jazz, dit-il- Rollins accepte, sur l’instigation de son épouse, l’influente Lucille (39 ans de mariage, décédée en 2004), de participer à un album des Rolling Stones (Tattoo You. 1981).


     Musicien engagé dans la lutte contre le racisme, reçu à la Maison Blanche par Barack Obama, Sonny Rollins aura toujours témoigné d’une générosité sans borne, ne s’interdisant rien, porté par une imagination, une passion de l’improvisation qui constitue l’essence même du jazz.
Ironie de l’histoire, il quitte définitivement la scène la veille du centième anniversaire de la naissance de Miles Davis.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo Jean-Louis Lemarchand et X. (D.R.)

 

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