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Andy Sheppard (saxophones ténor & soprano), Rita Marcotulli (piano), Michel Benita (contrebasse)
Lugano, mars 2025
ECM 2856 / Universal
J’ai le souvenir d’avoir écouté Andy Sheppard avec un groupe londonien nommé Sphere, en 1982 au Petit Opportun, et d’avoir chroniqué ce concert dans Jazz Magazine . Andy s’est ensuite installé à Paris, où il a joué notamment dans l’orchestre de Laurent Cugny. Et puis ce furent pour lui beaucoup de disques avec Carla Bley, des concerts avec Gil Evans, George Russell, et de multiples collaborations de part et d’autre de l’Atlantique. Dans ses disques pour ECM il a plusieurs fois accueilli Michel Benita ; et pour un autre label Rita Marcotulli. Les voici ensemble pour ce trio inédit qui respire une forme de musicalité complice : lyrisme, un lyrisme retenu qui ne cache pourtant pas son intensité ; un goût des thèmes qui louvoient avec finesse, s’offrent des unissons, et une sensation de profonde liberté, dans les exposés comme dans l’improvisation. Parfois, sur des enchaînements harmoniques très courus, ils nous étonnent par des cheminements qui nous semblent neufs. Avec un goût du vrai dialogue, presque subliminal, qui nous embarque en territoire de beauté sereine, mais avec les tensions de l’intranquillité. Huit compositions du saxophoniste, et une de Carla Bley, comme un souvenir d’amitié et de révérence, qui évoque aussi sans doute Steve Swallow : avec eux Andy Sheppard a enregistré plusieurs disques en trio, et ce trio d’aujourd’hui en garde forcément le souvenir. Je me suis longuement interrogé sur le sens de Salt Catchers : est-ce que ce seraient les pirates qui détroussaient les cargaisons de sel ? Ou plutôt celles et ceux qui vous tirent des larmes, salées comme il se doit, de mélancolie ? En tout cas c’est une très belle musique, d’une densité secrète.
Xavier Prévost

