1Cd BLUE NOTE/UNIVERSAL
Sortie nationale le 24 mars
Voilà que paraît le troisième opus du jeune prodige de la trompette Ambrose Akinmusire, son second album sur le prestigieux label Blue note, après The heart emerges glistening.
Au-delà de son titre poétique, The imagined savior is far easier to paint, il confirme qu’Ambrose n’est pas seulement l’un des plus brillants trompettistes post bop de sa génération, un coloriste dans l’âme, un compositeur fécond mais aussi un humaniste préoccupé par les combats sociaux actuels.
Certains des invités ont écrit les paroles de leurs « chansons » puisque l’idée générale qui sous-tend la conception de cet album est de dresser des portraits précis, de tracer un contour, une esquisse que les musiciens s’approprient et font évoluer. On est vraiment dans la vérité du jazz, dans la volonté d’inscrire cette musique dans son temps, plus encore que dans l’abstraction, même impeccable d’un jazz de chambre mâtiné de musiques actuelles.
Le trompettiste franchit une étape supplémentaire en invitant sur cet album des chanteurs formidables. Théo Bleckmann stratosphérise à merveille dans « Asiam (Joan)» : comment ne pas être séduit par la beauté de la voix qui s’enroule autour du chant de la trompette, à moins que ce ne soit l’inverse, puisque l’un et l’autre ne font qu’un ? Cold Specks est exceptionnelle, sa voix grave, rauque nous plonge dans une soul gothique, spectrale dans « Ceaseless Inexhaustible Child » qui traite de prison et d’enfermement à vie. Les paroles des chansons de l’album traitent de sujets graves (des sans-abri de « Our basement» de Becca Stevens) aux jeunes victimes des armes à feu « Rollcall for those absent »),et témoignent, comme dans le passé de l’inscription des jazzmen dans leur temps.
Par ailleurs, le plus béotien d’entre nous reconnaîtra la virtuosité du trompettiste, la beauté classique.de son travail. On croirait entendre Maurice André dans certaines attaques de solos, d’autant plus qu’il s’adjoint l’Osso string quartet dans « The Beauty of Dissolving Portraits ». Ambrose Akinmusire se laisse traverser par la musique, tentant l’aventure d’une création collective, aidé de son quintet et d’invités nouveaux comme le guitariste Charles Altura dans « Vartha ». La section rythmique se signale par une précision et une finesse non exemptes d‘intensité, Harish Ragavan est à la contrebasse et Justin Brown à la batterie, sans oublier le saxophoniste Walter Smith III ; au piano Sam Harris brosse l’arrière-plan ou joue en solo avec élégance. Le trompettiste, lové au creux de son quintet, s’avère d’un calme et d’une retenue impressionnantes, laissant la musique s’installer. L’ensemble fonctionne admirablement. On vous disait « Une vraie réussite »...
Sophie Chambon

