Universal – 2012
Bojan Z (piano, fender Rhodes).
Voilà une dizaine d’année que le pianiste d’origine serbe n’avait pas produit un disque en solo. Le nouvel opus de Bojan Z a été enregistré en Italie dans l’auditorium implanté au sein même de l’usine de fabrication de piano Fazioli, où sont produits des instruments parmi les plus somptueux du monde. Aussi risquée qu’elle puisse paraître, c’est aussi dans cette démarche que s’inscrit la confluence des cultures, si chère au pianiste. Jouant dans ce disque en permanence sur les dynamiques qu’offrent de tels instruments, Bojan nous transporte à travers les sonorités diverses de ses compositions, alliant liberté et lyrisme comme à son habitude. Il faut bien sûr parler aussi de l’inséparable Fender Rhodes que le claviériste trimbale depuis des années, de plus en plus trafiqué, bricolé, modifié pour ses besoins créatifs. On y retrouve logiquement une sorte de dualité entre acoustique et électrique. Un équilibre entre le son droit, juste et parfait d’un piano imperturbable et la fantaisie du timbre distordu de cet instrument issu des sixties qu’est le Fender Rhodes aux notes fausses (ce qui fait ici tout son charme !). Effets de vibrato et de saturation viennent ajouter encore plus d’étrangeté à la sonorité du piano électrique. Comme si cela n’était pas encore assez, Bojan explore aussi les contours de son instrument, jouant avec le cadre comme l’on se sert de percussions, frappant sur les cordes comme pour revenir aux origines de l’Histoire de la Musique. Poésie frénétique de la balade, introspection d’un musicien dévoué à sa Musique, discours improvisé sans aucune limite de temps et d’ambitus. Reflétant l’âme du musicien, le disque solo est sans doute l’œuvre qui par excellence est la plus similaire à un miroir.
Tristan Loriaut

