New Amsterdam 2013
Nous nous étions complètement enflammés en 2009 lorsque le jeune compositeur canadien Darcy James Argue avait sorti sur le label New Amsterdam, son « Infernal machine ».http://www.lesdnj.com/article-darcy-james-argue-secret-society--41608651.html
Nous parlions de révélation à l’époque et n’hésitions pas à le comparer à des compositeurs de la dimension d’une Maria Schneider tant son intelligence d’écriture pour big band nous avait frappé.
Darcy James récidive et nous surprend encore avec ce nouvel album totalement iconoclaste, sorte d’OVNI dans ce qui se fait de mieux en matière de big band. Car pour alimenter son écriture, le compositeur, installé à Brooklyn est allé y puiser la source de son inspiration, s’appuyant notamment sur les travaux du plasticien Daniel Zezlj qui avait imaginé une sorte de tour de babel des temps modernes.
Fantasque parfois mais jamais foutraque. Décalé toujours, Darcy James dynamite les big band de jazz en en bousculant tous les codes. Evoquant parfois le talent d'écriture de Maria Schneider par la richesse des pages écrites pour les solistes et par l’évocation de climats très expressionnistes, Darcy James en revanche la dépasse en provocation.
L ‘écriture de Darcy James parfois très classique connaît aussi de brusques inflexions rock, pop mais puise aussi avec une certaine allégresse dans le creuset folklorique que l’on trouve dans le faubourg brooklynien de New York. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'ouverture de ce mini-opéra. Une ouverture qui prend des allures de marche dans les rues et les quartiers bigarrés de ce district, oú des fenêtres s'ouvrent, des musiques s'échappent, des balkans, des ashkenazes ici, de little italy là bas en un long travelling étonnant, déconcertant, fascinant. Et puisque Darcy James est provocateur pourquoi ne pas aller jusqu'au mauvais goût d'une fanfare pas assumée du tout qui tourne en rock noisy puis en bandas trompetantes Rarement entendu en jazz !
Quelques pages de l’album laissent de superbes solistes s'exprimer avec brio. Mais jamais bien longtemps car vite détournés par ce diable de Darcy James.
Parfois ce jeu de piste peut être usant a force de déstabiliser l'écoute. Mais il est a l'image de ce Brooklyn labyrinthique, moderne et classique, jazz ou pas, acoustique ou électrique, creuset de la créativité new yorkaise. Melting pot musical et culturel. La vocation de NY serait-elle décentrée a Brooklyn ?
Ce que fait Darcy James c’est écrire en fait un vrai film sur Brooklyn en utilisant son écriture comme une caméra, multipliant les plans séquence, les travellings, les zooms et les dezooms.
Et c’est absolument formidable.
Jen-Marc Gelin

