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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 22:13

INFERNAL MACHINES

New Amsterdam records 2009

Darcy-James.jpg

C'est d'une vraie découverte dont il s'agit ici. La formation de Darcy James Argue, jeune compositeur de 34 ans qui signe là son premier album était quasiment inconnue au bataillon avant qu'un ami nous la signale comme l'un des plus prometteurs big band du moment. Pourtant, de prime abord, si sa "Société Secrète" flirte avec la tradition des larges formations c'est avant tout et surtout pour mieux en réinventer le discours et y introduire une sacrée dose de modernité.

Car le travail de ces jeunes musiciens qui la composent est basé sur la formidable écriture de Darcy James dont la force narrative impressionnante confine presque aux ambiances symphoniques. Darcy James possède en effet un sens aigu de la dimension orchestrale de sa formation vers une sorte de jazz "malherien" totalement fascinant. A la manière de grands compositeurs comme Maria Schneider ou Guillermo Klein ( même si leurs univers sont très différents), Darcy James utilise le big band pour faire naître un ensemble de thèmes émotionnellement très forts. Il n'est que d'entendre les couleurs étrange sur Phobos ou le now man's land magnifique sur Redeye pour s'en convaincre. OU encore « habeas Corpus » thème écrit pour Maher Arar, un martyre de la guerre de l’administration Bush, capturé à l’aéroport John F. Kennedy Airport en 2002 et  extradé en Syrie. Darcy James sait créer un climat instable dans lequel on sent bien que la machine infernale, sans être pour autant chaotique, est toujours à deux doigts de se dérégler. Un suspens latent. Un peu à l’image d’une longue marche dans une forêt à la fois bienveillante et menaçante. Derrière les solistes, au demeurant magnifique dans leur collectif, des motifs rythmiques se mettent en place comme autant de rouage à l'allure plus ou moins rapide. Il y a chez Darcy James Argue de l'ordre dans le désordre et réciproquement. Une capacité à faire sortir de ses gonds tout l'orchestre. Ses compositions sont toujours évolutives. Pas des compositions à tiroirs comme on entend souvent les big band moderne le faire mais des compositions qui progressent dans le temps, dans un approche cyclique du thème. Et dans cet ensemble magnifiquement servi on repérera quelques voix qui émergent comme celle de la jeune saxophoniste Erica Von Kleist que l'on se plaira à entendre sur Obsidian Flow. En mai dernier le jazz Journalist Association a désigné Darcy James Argue comme l’une des révélations de l’année ( jute derrière Esperanza Spaulding, c’est dire !). Ce n’est pas immérité du tout. Car Darcy James Argue et sa machine infernale, machine à écrire et à jouer des thèmes puissants montre, sans rupture la voix de la modernité des big bands. Il franchit là une étape assurément décisive. Jean-Marc Gelin

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