Toute sa vie, longue (il est décédé le 12 juin dernier à 88 ans) et tourmentée, il aura été connu comme « Little » Jimmy Scott. Sa voix d’ange et ses années de galère lui avaient donné une puissance émotionnelle rare quand il était revenu sur le devant de la scène à la fin des années 80.
Ses débuts dans les années 40 s’avéraient prometteurs. Jimmy a tout juste vingt ans quand le légendaire boxeur Joe Louis arrange son premier contrat à New York. Ce sera ensuite un engagement dans le grand orchestre de Lionel Hampton, avant une traversée du désert de quelques décennies (problèmes personnels) où il survit grâce à des petits boulots comme groom d’hôtel.
Sa voix si particulière était due au syndrome de Kallmann qui avait stoppé sa croissance à la puberté. Il était admiré par ses pairs, les chanteurs, Stevie Wonder, Marvin Gaye, Tony Bennett. Il devra d’ailleurs son come back à Lou Reed à la fin des années 80. Alors il remplit les clubs, à New York, comme à Paris (La Villa, New Morning), passe à l’Olympia, devient une icône au Japon, acquiert un statut de star auprès d’un public « branché », apparaît dans la série Twin Peaks de David Lynch.
Dans un entretien qu’il nous avait accordé en 1999, à l’occasion de la sortie d’un de ses meilleurs albums « Holding back the years » (Birdology-Wea music incluant « Jealous Guy et Slave to Love, « Little » Jimmy Scott résumait ainsi son parcours :« La vie est faite de hauts et de bas, il y a un équilibre qui s'établit. Une seule règle s'impose : il ne faut jamais baisser les bras (….) Quand les jeunes viennent me voir pour me demander des conseils. Je leur dis des choses simples : ne cherchez pas à faire de l'argent facile mettez l'accent sur la sensibilité et accrochez-vous, accrochez-vous ».
Jean-Louis Lemarchand
A lire : « Faith in Time », biographie de David Ritz (Da Capo 2002).
A écouter : « All the Way »(Sire-Warner), « Falling in Love is Wonderful » (Rhino), « The Source »(Atlantic).

