Sunnyside 2013
Laurent Coq (p), Ralph Lavital (g), Nicolas Pelage (vc)
Cet album de Laurent Coq aurait pu s'entendre comme dialogue à deux tant il repose avant tout sur la belle rencontre entre le pianiste et, découverte totale, le jeune guitariste Ralph Lavital que beaucoup entendront ici pour la première fois.
On connaît le goût de Laurent Coq pour les belles rencontres harmoniques. On se souvient aussi du travail d'orfèvre qu'il faisait il y a peu avec le saxophoniste Olivier Zanot ou encore avec Miguel Zenon autour de l'œuvre de Cortazar. Ici, le pianiste place la rencontre sous le signe des grands duos piano-guitare, l'une des formules les plus exigeantes qui soit tant les résonances harmoniques des deux instruments supposent aux musiciens d'être dans l'écoute permanente, dans la recherche de l'intention juste, pour toujours se compléter sans jamais se gêner. Dans les références absolues de tout ceux qui entreprennent de faire cohabiter ces deux instruments à cordes, il y a celle qui jadis réunissait Bill Evans et Jim hall et qui demeure en la matière le summum de ce type de réunion.
Ici la musique que propose Laurent Coq est une musique à la fois fluide et d'une grande fraîcheur. Une musique qui circule entre les deux, avec la légèreté de l'eau, et l'agilité d'un cours sinueux. La complémentarité du pianiste et du guitariste s’y fait exemplaire et empathique. Il y a des monuments d’infinie délicatesse sous les doigts du pianiste comme dans Carroussel où jamais l'élan pianistique ne déborde, jamais exubérant toujours avec un incroyable feeling tout en installant le groove. Il y a aussi des moments où l'on assiste à une sorte de danse entre les deux protagonistes. Écouter Prêchotin sur lequel l'aisance de Laurent Coq séduit.
Laurent Coq s’y révèle plus que jamais comme un admirable compositeur. Les très beaux thèmes exhalent ici des pépites mélodiques et harmoniques au point même d’en faire parfois des chansons interprétées sur 4 titres par Nicolas Pelage. Même si cette voix un peu détimbrée dénote parfois, il faut souligner ces très beaux moments comme cette jolie petite ritournelle, Souvenirs Ti Manmay qui m'a ému ou encore ce morceau d'ouverture Mwen two Kontan qui donne le ton d'un album à la créolité joyeuse et légère, comme un moment d'exaltation de musique. On marche dans l’histoire, on a envie de danser et de chanter. On suit Laurent Coq dans ce discours.
Mais il y a aussi cette sacrée découverte du feeling de ce nouveau guitariste, Ralph Lavital qui fut un temps l’élève du pianiste à l‘EDIM. Il faut l'écouter et se laisser embarquer par le lyrisme de ses improvisations sur Mwen Two Kontant pour comprendre d'emblée que l'on a affaire à un guitariste rare tout en feeling et en élégance du dire. Quel souplesse dans le jeu ! quel son ! quelle richesse des improvisations et, pour tout dire, quelle maturité dans le jeu !
Avec une science de l’équilibre parfait les deux musiciens jouent comme s’ils se connaissaient d’avant le déluge. Jouent entre la musique et les silences dans une parfaite osmose. Un peu comme une conversation entre deux musiciens totalement en phase.
Il y a de l’enthousiasme à dire et à jouer. Et c’est cet enthousiasme-là, si communicatif qui fait que cet album tourne en boucle depuis plus d’une semaine dans mes écouteurs et m’accompagne au petit matin, le cœur léger. Très léger.
Dans les liners note, Laurent Coq dédie cet album à ceux qui « regardent le ciel à travers la fenêtre de leur chambre d’hôpital et à ceux qui les accompagnent ».
Il leur fait là un magnifique cadeau du ciel.
Jean-Marc Gelin


