Nouvelle série 10/ 2013
Le JAZZ AUJOURD’HUI
EDITIONS OUTRE MESURE
C’est peu dire que l’on attend toujours avec une certaine impatience la publication des Cahiers du Jazz, nouvelle série. Et ce numéro 10, dont le dossier est intitulé Le jazz aujourd’hui, a terminé l’année 2013 en beauté. On y retrouve la même exigence, la rigueur rédactionnelle qui animent les publications, toujours excellentes, des éditions Outre mesure.
Isabelle Leymarie présente en ouverture un panorama de la scène jazzistique actuelle d’une belle vitalité avant de dresser un portrait du regretté Mulgrew Miller accompagné d’une discographie exhaustive du pianiste. Marilyn Crispell, Steve Coleman auront droit à des articles circonstanciés et Etienne Brunet lancera non sans finesse, que ce n’est pas « le jazz qui est mort aujourd’hui mais le disque de jazz....»
On peut lire ces cahiers dans tous les sens, en rebondissant au hasard des pages, en se laissant entraîner par le jeu des associations, jouant de l’interdisciplinarité artistique : ainsi, Lucien Malson dans Gatsby. De l’âge du jazz à l’âge du rap, compare les deux dernières versions cinématographiques américaines du(grand) livre de Francis Scott Fitzgerald, espacées tout de même de près de quarante ans [i], Philippe Frechet découpe finement le Jazz dans le roman noir français de Manchette à Izzo, Villard ou Pagan ...
Accompagnant le dossier traité dans le numéro, des études « sérieuses » témoignent de l’essor de la recherche universitaire en musicologie, étudiant de très près, un musicien et son style, ici «La singularité rythmique de Kurt Rosenwinkel », une période de la carrière d’un artiste ou l’évolution d’un thème avec ses variations....
A la fois accessibles pour les amateurs et suffisamment techniques pour les professionnels, ces Cahiers s’attachent à la structure de cette musique et en dévoilent toutes les promesses, sans négliger une perspective historique indispensable de nos jours. On sera ainsi tenté de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur, dans le miroir que tendait le trompettiste et compositeur Christian Bellest en 1962, déjà dans les Cahiers, sur « L’écriture dans le jazz actuel ». Sont évoqués dans ce numéro des souvenirs de Radio France et du Bureau du Jazz, ainsi que la démarche actuelle, favorisant « la continuité dans le changement », comme le souligne Xavier Prévost.
Passages en revue est une rubrique où l’on revient sur l’actualité avec deux parutions du confrère éditeur des Pyrénées Orientales, Alter Ego, le formidable Hess-O-Hess que l’on se permet de recommander chaudement (à nouveau) et le non moins édifiant Petit dictionnaire incomplet des incompris d’Alain Gerber[ii] .
Ainsi ces Cahiers s’avèrent précieux pour tous ceux qui, justement, ne s’intéressent pas qu’à l’immédiateté, au « hic et nunc », à l’actualité promotionnelle du jazz, mais aiment à resituer inlassablement dans son contexte l’histoire de cette musique aimée.
[i] On voudrait cependant signaler à Lucien Malson que dans la version de 1974 de Jack Clayton, Nelson Riddle qui obtint un oscar pour la B.O du film, utilise le thème d’Irving Berlin de 1923 « What ‘I’ll do » comme un leitmotiv très approprié à l’époque du livre.

