Ralph Alessi (tp), Tony Malaby (ts), Mat Maneri (vl), Albrecht Maurer (vl), Lucian Ban (p, arr), John Hebert ( cb, arr), Gerald Cleaver (dm), Badal Roy ( tablas)
SUNNYSIDE 2010
C'est à un colossal travail de réécriture pour cuivres et cordes de l'oeuvre du compositeur roumain Georges Enesco (1881-1955) que se sont livrés le pianiste et compatriote Lucian Ban et le contrebassiste américain John Hebert pour ce travail présenté en public à [. ] le [ ].
Comment rendre compte d'une oeuvre aussi complexe que celle de Enesco tout en la modernisant, en la relisant mais sans toutefois la trahir. C'est l'audacieux pari des deux co-arrangeurs qui, c'est le moins que l'on puisse dire ont livré là une oeuvre orchestrale d'une incroyable densité. Si dense d'ailleurs que (tel qu'on pourrait le dire d'un livre) elle a un peu tendance à nous tomber des mains. Il est vrai que la complexité de cette musique s'illustre par la multiplicité de ses grilles de lecture. Chaque morceau ouvre d'innombrables tiroirs avec un art consommé du "passage". Les influences s'y mêlent tout en restant très liées à la musique de chambre du compositeur Roumain, à l'exception toutefois du dernier thème tiré de la Symphonie Inachevée de 1935.
Avec pour base une formation orchestrale réduite, les deux arrangeurs parviennent à faire sonner et à donner à l'oeuvre une très vaste dimension orchestrale.
A l'ouverture, Aria et Scherzino présente une version très classique, fidèle aux intentions de son créateur. Histoire de garder les repères en tète. Mais tout de suite après l'Octet for Strings Op 7. s'ouvre sur des rythmes tribaux grâce aux tablas que les arrangeurs ont eu cette remarquable intelligence d'introduire et qui, tout au long de l'album vont ancrer leurs travaux au delà du folklore Roumain, dans un ancestralitè prégnante et entêtante. Trait d'union entre l'histoire roumaine et la tranversalité de l'oeuvre de Enesco.
Mais Ban et Herbert n'oublient pas non plus ce que lui doivent les compositeurs de musique contemporaine. Ils ménagent ainsi quelques espaces d'improvisations libres, presque free dans des sortes d'insert, encadrés dans deux mouvements distincts. Il est en ainsi, après la mystérieuse sonate pour violon n°2, de la sonate n°3 pour violon et piano que Ralph Alessi et Tony Malaby parviennent à rendre plus étrange encore. Orchestral suite n°1 comme son nom l'indique laisse l'orchestre s'exprimer librement et tracer des routes d'improvisation. A les entendre, ils seraient 20 ! 0ù l'on entend la présence incroyable de la rythmique portée par le mariage de Badal Roy et de Gerald Cleaver, pièce essentielle du dispositif auquel il insuffle un dynamisme qui sans lui ferait peut être défaut. Dans un dernier mouvement l'album s'achève par cette Symphonie Inachevée(là ils seraient 40 !!) dans une sorte de bacchanale, et de moment d'ivresse collective et communicative.
La multiplicité des approches et leur intelligence perdent néanmoins un peu l'auditeur confronté à l'ambition de l'oeuvre. Déconcerté aussi puisque tout se passe comme si, les arrangeurs hésitant sur le parti à prendre, et soucieux de ne pas dénaturer les intentions du créateur, choisissaient de ne pas choisir en ouvrant juste des fenêtres aussitôt refermées. Le travail, captivant, peu perdre aussi. D'autant que l'on ne peut s'empêcher de regretter les conditions d'enregistrement très médiocres qui, en laissant se perdre le son dans la salle, atténue considérablement la dimension orchestrale de l'oeuvre et ses ressors rythmiques.
Jean-Marc Gelin

